ahmed bencherif écrivain et poète

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16
sept 2021

I Le nationalisme

  1. 1.      L’émigration algérienne politique         

A ses origines, elle était essentiellement religieuse et elle remontait à l’année 1830, dans les jours qui suivirent la défaite du dey Houcine. Elle était motivée par le fait qu’un musulman ne devait pas demeurer dans un pays dont le gouvernement était impie, selon un verset du Coran et des commentaires du Prophète Mohamed. Les candidats à ce mode ‘émigration étaient surtout des notables qui appliquaient les prescriptions religieuses à leur corps défendant. Ils n’étaient pas nombreux. Néanmoins, quatre années plus tard, les groupes prenaient le chemin de l’exil, puis des fractions de tribus, dans le Sud Ouest du pays, de Tlemcen, de Mascara. Les gens de la Grande Kabylie et du Constantinois n’étaient pas épargnés par ce phénomène qui prenait de plus en plus d’importance, non sans provoquer les inquiétudes du gouvernement général. Ils se réfugiaient naturellement en Tunisie. Les pays voisins leur servaient à tous de transit pour aller en Syrie.

L’émigration s’accentuait à mesure que la colonisation exerçait sa tyrannie et imposait sa vision coloniale, au lendemain de la création du gouvernement civil qui n’avait d’existence propre que par l’existence même du colon. L’Algérien était régi par le code de l’indigénat qui avait été adopté le 28 juin 1881 par le gouvernement français, étendu ensuite aux autres colonies françaises. Il n’était ni citoyen ni sujet, mais un individu corvéable à merci, écrasé par l’impôt, dépossédé et refoulé de ses terres agricoles, rabaissé de sa condition humaine, privé d’instruction et de couverture sanitaire, en quête de son pain,  confronté épisodiquement aux famines et aux épidémies, sans soutien des autorités coloniales, interdit de circuler d’un douar à un autre sauf muni d’un permis de voyage, interdit d’aller à al Mecque.

Au début du vingtième siècle, le phénomène avait pris une ampleur manifeste, précisément à partir de l’année 1907. La loi sur la laïcité promulguée en 1905 s’appliquait uniquement aux religions chrétienne et juive. Quant au clergé musulman, il percevait toujours ses rémunérations et donc soumis au statut sous contrôle de l’administration coloniale. Cette situation était aggravée par le fait que les biens immobiliers incessibles des mosquées étaient gérés directement par les services du Domaine. Vers 1911, l’émigration algérienne devenait massive et soulevait de vives inquiétudes des autorités coloniales. Les destinations privilégiées étaient la Syrie, l’Egypte, l’Anatolie, la Palestine, la péninsule arabique. Cette même année, 800 habitants avaient quitté Tlemcen, d’autres avaient fui leurs régions de Meliana et de Bordj BouAreridj pour s’établir en Syrie qui drainera d’ailleurs  d’autres personnes des villes de Sabra, de Nedroma, de Remchi et de Sebdou.  Mais pour la ville médiévale de Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb Central subira cette même épreuve. Mille- deux-cent familles avaient pris le chemin de l’exil et regagnèrent le Proche Orient. L’administration coloniale en fut très inquiétée par cet exode et instruisit l’armée et les services de police de l’arrêter et de fermer les frontières. En effet, les chiffres sont éloquents de par leur grandeur :

-          20.000 à 30.000 émigrés algériens en Égypte.

-            10.000 à 15.000 émigrés en Péninsule arabique.

-            5.000 à 6.000 en Palestine autant en Cilicie et en Anatolie.[1]

-          35.420 en Syrie établis seulement dans les villes et un grand nombre dans les villages et les petites cités.

-          Istanbul était aussi la destination des exilés algériens, nous ne disposons pas hélas de statistiques.

Ces émigrés algériens étaient bien établis dans chacun de ces pays d’accueil. Ils recevaient des terres agricoles et bénéficiaient d’autres avantages. Ils accédaient à la citoyenneté et étaient exempts du service militaire.  Ils préservaient le contact avec leur propre pays et échangeaient des lettres avec leurs proches et leur disaient le bien-être et la quiétude dans lesquelles ils vivaient. Dans le même temps, ils faisaient l’apologie de l’islam sous le règne du sultan Abdelhamid. Néanmoins, leur formation politique n’accompagnait pas leur destinée. Car ces pays étaient loin d’être démocratiques, malgré le fait qu’ils accordaient une grande marge de liberté à leurs citoyens. L’élite qui pouvait réveiller la nation algérienne n’y émergeait pas. Elle allait se former bien plus dans le propre pays du colonisateur.


[1] Abou Kassem Saadallah- La montée du nationalisme en Algérie

6
sept 2021
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Le kif dans le Rif
Le Rif est une région montagneuse du Maroc,  situé au nord et longé par la Méditerranée et baigné à l ouest par l Atlantique. Le mot Rif signifie en Amazigh rivage ou bord. Sa superficie est de 34.631km carrés. Il est placé sous protectorat espagnol 1912-1956. En 1921,Abdelkrim Khatabi proclame la république qui sera réprimée dans le sang en 1926 par la monarchie.
C est une région pauvre habitée par un peuple rebelle. Sa culture première est le cannabis qui remonte au 16 ème siècle. En 1890, le sultan Hassen1er confirme l’autorisation de la culture du cannabis. La superficie cultivée est de 79.000ha pour le seul Rif qui compte une population de 1.000.000 d âmes. Une famille ne gagne que 500 euro par an. En effet en 1950, le kif est cultivé dans les plaines de Marrakech et de Kenitra.
La superficie totale cultivée est de 134.000ha.la production annuelle est de 47.000 tonnes de kif. Elle rapporte 200 millions de dollars pour les producteurs dont 1million d âmes y vivent. Ils sont excessivement exploitées à la limite de l esclavage et sous payes. En effet les trafiquants de narcotique en tirent un revenu annuel de 12 milliards de dollars. Le kif traité est écoulé vers l Espagne par la Méditerranée, par l’Atlantique  vers les Pays Bas, la Belgique,l Allemagne et par voie terrestre vers l Algérie. Ce trafic de hachich avec l Algérie est déjà l une des raisons de tension. En effet nos douanes interceptent au quotidien des quantités industrielles de kif et déférent les trafiquants aux tribunaux qui écopent des peines lourdes d emprisonnement qui atteignent parfois vingt ans.

6
sept 2021
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Lakhdar Brahimi
Un diplomate algérien qui a été plusieurs années ambassadeur d Algérie dans différents pays et ministre des affaires étrangères pendant deux ans. Cette Algérie indépendante qui a fait longtemps son bonheur il vient de la vilipender dans une interview au journal le Monde du 31 août 2021 à propos du retrait des Américains de l Afghanistan.  il répond  » ce n est pas une défaite militaire. Les Américains voulaient quitter l Afghanistan. Ils ont fait comme les Français avec l Algérie ».
Brahimi n avait pas à faire le parallèle avec notre glorieuse guerre avec la France . Mais il l a fait en connaissance de cause, il conforte la thèse des nostalgiques de l Algérie française. En clair il nous dit que le général De Gaule nous a donné l indépendance .
Brahimi est un intellectuel il connaît l histoire de notre Algérie mais il occulte ces immenses sacrifices ce long combat entre la quatrième puissance militaire de 800.000 hommes et une armée de fellagha de 40.000 tout au plus vers la fin du conflit.
Au cours de la deuxième guerre mondiale Alger était la capitale de la France libre aux ordres de De Gaule chef des armées et du gouvernement .les Alliés avaient débarqué en Algérie en novembre 1942. Roosevelt voulait démanteler les empires coloniaux et les placer sous mandat international. Churchill s était opposé et de Gaule aussi en clamant l Algérie française.
Commença un long combat qui aboutit au 1er novembre 1954. En 1958 , De Gaule est appelé en sauveur. Avec lui c était la guerre totale . L armement lourd de l OTAN nous bombardait. Sur près de 7.000.000 de la population musulmane 3.000.000. étaient cartonnés dans les centres de regroupement De Gaule était pour l Algérie française  Mais il n avait pas pu l obtenir face à la détermination du peuple de son gouvernement provisoire de son armée modeste mais résolue à arracher l indépendance
Oui De Gaule en voulant sauver l’Algérie française, Il a tout fait pour sauver la France tout court. Il a reconnu le FLN et à engagé des pourparlers avec le Gpra. Puis une communauté de 1.000.000 de pied noirs s était sauvée en France ou l État devait les placer n importe où n importe comment dans l urgence sans compter les collaborateurs harkis   est ce la une façon de partir et de laisser ses citoyens courir pour prendre une place au bateau
Non Mr Brahimi nous avons arraché notre indépendance avec des sacrifices innombrables des centaines de milliers de veuves d orphelins d invalides.
La vous rejoignez la déclaration de l ambassadeur onusien du Maroc qui a déclaré à la presse que notre peuple n à pas combattu et qu il ne compte pas de martyrs. Mais cet ambassadeur Omar Hilal est un ennemi.
L Algérie vous a tout donné et là vous attentez à son orgueil national vous effacez son histoire mais jamais son histoire ne sera effacée parce que écrite avec le sang de ses enfants.
Gloire à l’Algérie gloire aux martyrs gloire à notre peuple.

2
sept 2021
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                                        Colloque international

                          Sur la littérature francophone maghrébine

                              A l’université Hadj Lakhdar de Batna

                             Du 10 au 11 novembre 2014

 

                  Thème :  

 

          La condition humaine symbolique et signification dans le portrait de Djillali Boukadir dans le roman Marguerite de Ahmed Bencherif

 

 

 

La littérature, c’est projeter sa vie vers l’autre, la vie des autres vers l’autre ; elle est essentiellement humaine, dans ce sens qu’elle exprime nos forces et nos faiblesses, nos pulsions et nos désirs ; c’est présenter notre personnalité comme reflétée par un miroir parfait en surface et une sonde introspective dans notre moi profond. C’est notre cœur, notre âme qui parle tour à tour. C’est dire une fusion ou même une confusion de passions et de spiritualité, autrement dit une sagesse donc une forme de la raison. Elle a recours au langage pour s’exprimer, exprimer, éblouir, transporter dans l’imaginaire. Ecrire c’est parler de soi ou des autres, utiliser un style, employer des règles, des principes, une grammaire, une orthographe, un plan. Donc c’est quelque chose de normative qui s’impose. Ecrire, c’est laisser un relief de sa propre culture. Cette écriture est confrontation en double communication avec soi-même et autrui.

La littérature est souvent de culture plurielle, en un seul style d’écriture. C’est le cas de la littérature maghrébine d’expression française. Dans la littérature maghrébine, le pluriel s’impose, c’est le nous, c’est toute la société qui est visible dans la trame romanesque, d’où s’explique la multitude des personnages et une pluralité des héros. Ce n’est pas la ville urbanisée, modernisée, cultivée et partant espace  de l’individu agissant. L’individu est donc histoire en propre qui se distingue de la société, une forme d’égoïsme. Mais c’est le village, le douar, la ruralité qui manque cruellement de tout : ni école, ni viabilisation. C’est le groupe social, la tribu, la fraction mais jamais l’individu agissant. Nous relevons  ce caractère dans les moissons en la forme du volontariat bénévole, cette Touisa ; on va encore payer le taleb l’imam sur fonds privés par cotisation. Donc il existe toute une échelle de valeurs où l’individu a été formé et donc pour le cas c’est l’écrivain.

Cette littérature procède à la fusion du Maghreb et de la langue française qui sont deux univers différents.   C’est le lieu des métissages des cultures, le lieu des ouvertures et des accès offerts par la langue française, le lieu de coexistence de deux cultures qui dialoguent, s’entrechoquent,

D’un point de vue historique, il existe une littérature maghrébine depuis 1945.on distingue aussi une disjonction de trois ensembles de textes avec perméabilité. C’est avec les relations politiques et diplomatiques avec la France que l’on peut distinguer ces trois types de mouvements littéraires :

-  les littératures nationales produites en rabe classique, berbère ou dialectal échappent  à l’influence française.

- les textes qui s’inscrivent dans une logique coloniale écrits par des Français pour un public français.

- les textes se réclamant d’une identité maghrébine produits par des Maghrébins d’abord engagés au moment des luttes pour les indépendances qui vise un public français dont il fallait attirer la sympathie ; aujourd’hui cette littérature est devenue classique et figure parmi les programmes scolaires. Elle a survécu à l’arabisation dans les trois états. De nos jours elle s’adresse à un public maghrébin plutôt que français , installant un nouveau dialogue entre les deux rives.

Les auteurs se servent de la langue française parce que l’histoire de leur pays l’a voulu. Le français est la deuxième langue elle est enseignée à l’école et au lycée , elle a ses programmes radio télévisés, employée dans les administrations du Maghreb dans les trois pays sauf qu’en         Algérie elle n’est pas consacrée langue officielle mais elle possède quasiment la même place. La langue française ouvre une large audience sur le monde que la langue arabe.

Le débat critique est souvent biaisé et obéit à une forme de passion, loin de la sérénité avec l’ex colonisateur : les conflits refoulés, tour à tour l’attirance et la répulsion, les désirs camouflés sont en jeu dans le rapport avec lui. De plus, l’affirmation de soi est sans cesse convoquée, comme si elle était constamment contestée par l’ex colonisateur, qui l’est en fait- dans son subconscient.

La colonisation avait produit un phénomène d’acculturation. Cela avait posé une question essentielle ou disons existentielle : fallait-il écrire avec la langue du colonisateur sans être aliéné. Cette question ne cessa de hanter nos écrivains. le système colonial diffusait sa langue, sa culture par la presse, l’administration, la justice en dressant de solides barrières pour la langue arabe et berbère, par la fermeture des écoles, des séminaires, des universités traditionnelles. Il visait tout simplement l’assimilation des populations maghrébines pour les intégrer dans un ensemble de francophonie encore en formation. Sa tâche n’était pas aisée cependant, car les langues locales étaient solidement enracinées dans les trois sociétés qui avaient produit quand même produit un modèle de civilisation arabo-musulmane.

Alors c’est avec la langue du colonisateur que nos écrivains s’étaient exprimés. Ils ont composé des textes de dimension littéraire et identitaire complexe.

à suivre

31
août 2021
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                                  De la nuit

 

                                          

Quel beau séjour dans les nuits longues

Quand âme ne vive, ne respire,

Que se tuent les mauvaises langues,

Epuisées tout le jour de médire.

Que vienne le temps de communier

Sous le ciel constellé ou gris sombre

Quand soufflent les brises raréfiées

Que tombe la rosée sans nombres.

 

Eté, printemps, automne et hiver

Le désir est toujours conquérant,

Tendre ou Violent, mais téméraire,

Berceur d’évasion et suggérant,

Puis soufflant chaud  enfin affolant

Moissonnant les beaux champs de l’extase,

Sous l’ardeur des cœurs pris dans l’élan,

Quand la passion survoltée embrase.

 

Alors c’est la promesse de l’amour

Couronné de bonheur fastueux

Conçu sans magie par tes atours,

D’inégal panache somptueux.

31
août 2021
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                             Dérive sur tes rives

 

 

 

 

Sur la mer, le bateau dérive par houle,

S’expose vaillamment aux forces déchaînées

Et moi, prisonnier de ton amour charnel,

Je tangue dans tes bras, en toi, abandonné.

 

Le bateau est plus fort, il trouve son salut,

Fend hardiment les flots, accoste sur un port,

Et moi battu de tes câlins si bien voulus,

J’échoue dans ton amour érotique très fort,

Quand ta peau de chaleur excessive s’empourpre,

Tes yeux azur brillent, ton cœur s’emballe trop,

Ta raison déserte, ton fol instinct sombre,

Tes sens te fouettent, ta voix ne dit un mot,

Tes cheveux se défont, tes sens se dressent,

Tes lèvres mûrissent, tes mains jouent tendrement,

Tes  bras exquis se ploient et de fougue enlacent,

Tes instincts frémissent et vibrent insolemment.

 

 

31
août 2021
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Quelques jours plus tard, l’ambiance était multiforme au marché des fruits et légumes. Des fellahs, des laitiers et des montagnards vendaient leurs produits dont ils vantaient les qualités, en chantonnant indéfiniment, en interpellant chaque passant, en l’accrochant quelques fois. Astuce, savoir faire, manque de dignité ? C’était la coutume des ambulants, acquise au fil du temps dont ils tiraient le plus grand profit, sans état d’âme et sans complexe. Leur lexique était si recherché que d’aucuns n’y restaient insensibles. Il était soigneusement élaboré, richement imagé, malgré l’indigence intellectuelle de ses promoteurs ou de ses utilisateurs : « glands chauds pour les nuits d’hiver, herbes potagères pour la ménagère, plantes médicinales de virilité ». Les vendeurs étaient charmants, sympathiques, souriants en permanence. C’était leur caractère naturel qui leur permettait de commercer en plein air, dans la confusion des bruits, avec des clients diversifiés, peu exigeants, marrants qui complétaient ce décor burlesque unique.

 

Une peau blanche était là. Elle emplissait son petit couffin en osier qu’elle portait au bras : persil, radis, poireaux. Mais, elle se pavanait, se dandinait, promenait sa belle croupe plantureuse, exhibait les deux grappes rondes et pointues de sa poitrine, souriait malicieusement, faisait l’œil doux ou dardait de son regard, mâchait ses lèvres. Les hommes la suivaient des yeux, ne la quittaient pas, restaient suspendus à ses attraits, s’imaginaient avec elle, dans son petit studio qu’elle occupait dans une petite rue discrète du village. Elle incarnait la sensualité ce dont chacun en raffole ici-bas, elle faisait oublier la notion du péché, le jour de la résurrection. Chaque partie de son corps envoûtait et si les oiseaux avaient une capacité d’assimilation, ils s’y percheraient, la croyant un succulent mûrier.

 

Lolita, c’était son nom, un nom facile à prononcer, à retenir, comme de l’eau, trois syllabes qui sortent de la bouche comme un chant mélodieusement passionnant, s’insinuent à travers l’intelligence, se logent dans l’instinct, enflamment le désir, font bondir l’agonisant sur son séant. Elle était jolie, pleine et vivait amoureusement son trentième printemps. Elle s’installa depuis six mois dans le village et faisait fructifier, dans sa loge, son unique capital, son trésor caché. Elle sélectionnait ses partenaires et, pour sauver les apparences, fixait des rendez-vous, au lieu de se faire accompagner. Elle croisa Hamza qui circulait entre les allées. Elle le vit pour la première fois et l’eut dans sa chair. Elle s’arrêta en face de lui, posa sa superbe forme, cligna de l’œil. Il l’ignora, passa son chemin.

 

Hamza continua sa petite vadrouille et vit, dans la petite foule, son ami, Mabrouk, occupé à vendre des glands. Il le rejoignit aussitôt, content de masquer la gêne  qu’avait laissé en lui Lolita. Les deux jeunes gens se saluèrent amicalement, s’interrogèrent des yeux sur leurs préoccupations d’avenir et dirent en même temps : « Et alors ? ». La question resta sans réponse. Ils comprirent qu’il n’y avait rien de neuf. « Cette fille est un scorpion, au venin mortel, dit Mabrouk. Elle ira tout droit en enfer avec tous ceux qui tombent sous son hypnose et partagent sa couche ». Son voisin intervint sans être convié et dit : « C’est une jument qui s’emballe en piste ». L’allégorie significative révolta Mabrouk dont les traits se durcirent et les yeux giclèrent du sang.

 

- Quelle impudeur, dit Mabrouk. Quelle mauvaise éducation ! Tes paroles pécheresses te mèneront dans les chaudrons de la géhenne ; tu es homme corrompu par le diable.

 

Sa réaction prompte et vigoureusement moralisante sidéra le voisin. Celui-ci comprit machinalement qu’il avait à faire à l’un de ces gens bornés qui s’abreuvaient d’un Islam pur, à ses premières origines, et qui croyaient que l’humain devait se comporter en ange, ignorer ses désirs, bloquer les sphères de son imagination, taire les pulsations de son cœur, soit vivre dans un monde vertueusement idéalisé. Il savait que ces apprentis soufis ne comprenaient pas grand-chose ni à la religion, extrêmement tolérante, ni à la vie et renonça à lui montrer le semis de sa colère.

 

Hamza ne fit aucun commentaire, par crainte de jeter de l’huile sur le feu entre les deux antagonistes dont il ne pouvait prévoir les réactions. Il ne tenait pas à arbitrer une épreuve entre l’intolérance aveugle de l’un et la passion débridée, de l’autre. Les deux personnages manquaient d’éducation, la plus élémentaire : Mabrouk s’incarnait en censeur de mœurs avec brutalité, le voisin avait fait irruption dans une discussion sans être convié. Il dit calmement à son ami que la nature des hommes était complexe. En rencontrant son ami, Mabrouk n’avait plus envie de faire encore le marchand de fruits forestiers. Il ramassa deux ou trois tas de glands invendus et les mit dans son sac. Il l’offrit à Hamza et le pria de l’accepter, en soulignant que tous les gosses en raffolaient. Le modeste présent fut accepté  sans formalisme.

 

Les jeunes se retirèrent à l’écart pour discuter librement de leurs préoccupations. Mabrouk était moins enthousiaste que la dernière fois : l’action future était gigantesque et lui paraissait quasiment impossible. Il dit que la voie du baroud était semée d’embûches et de danger. Hamza le regarda avec perplexité et lui demanda s’il se rétractait. « Me rétracter, moi, répliqua-t-il ? » Il ne se rétractait pas ; la préparation matérielle s’avérait ardue et longue, exposée à de multiples aléas. Il n’avait pas flanché ; il doutait du succès de leur entreprise qui lui semblait suicidaire. Il s’agissait d’acheter clandestinement des armes à feu qui transiteraient par des frontières étroitement surveillées par la cavalerie.  Hamza le rassura en disant que les fournisseurs travaillaient aussi dans l’anonymat total, reliés les uns aux autres par une longue chaîne qu’il était difficile de remonter. Il ajouta qu’il faudra prendre contact avec les gens de Oued Souf qui ramenaient des articles prohibés, tels que les journaux égyptiens ou tunisiens qu’il avait l’habitude d’acheter à Meliana.

 

- Puisque tu dis que tout se passera bien, commençons à travailler au plus tôt, dit Mabrouk. Tu devras d’abord connaître les adeptes de la confrérie religieuse et je te propose de venir chaque vendredi prendre part à la cérémonie religieuse.

- Oui, je viendrai sans faute. A plus tard.

ext Margueritte revisitée 26 avril 1901

17
août 2021
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Ain-Sefra

 

 

Ain-Sefra, lotie dans l’immense vallée,

Entre deux puissants monts boisés sur les hauteurs,

L’un bleu qui, sur la dune, semble rouler

L’autre marron qui se dresse en raideur.

 

Et tous deux se dressent très haut dans le ciel,

Captent des nuages dont ils gardent des eaux

Qui, dans leurs entrailles, suintent et se faufilent,

Se gonflent sous terre et forment des ruisseaux,

Réserve humide qui fait la félicité

De grandes cultures très riches et variées

Qui trahissent combien avec l’aridité

Du milieu naturel insolite et bigarré.

 

Aujourd’hui aride, jadis très humide :

Ce fut un marécage  vaste et très arrosé,

Où partout l’eau faisait de la contrée féconde,

Dont toutes les moissons berçaient aux alizés.

 

Ce fut la savane sur les hauts plateaux,

Fournie abondamment en herbes très denses,

Enrichies de flore qui embaumait très tôt,

Adoucies de couleurs dont germaient les essences.

Sa faune africaine a disparu de nos jours :

Herbivores et fauves la peuplaient densément,

Depuis des temps anciens échus et sans retour

Jusqu’à l’ère de Juba, guerrier en mouvement,

Constructeur de cités, écrivain éclairé,

Agronome et fellah sur le pas de Carthage,

Chasseur de pachyderme au Sahara doré,

Auréolés de trophées sur tous les rivages.

L’éléphant, gros mangeur, broutait et s’abreuvait

Sur place sans chercher de nouveaux pâturages,

Au Sud vers de lointains et certains rivages

:          Se roulait dans la boue et dans l’eau se lavait.

 

La girafe, belle de sa robe tachetée,

De félin, de pas fier, tous les sens en éveil,

Courait dans la brousse avec agilité,

Peinait à baraquer et prendre le sommeil.

 

Le buffle en habit noir, impressionnant de taille,

Doux en comportement, puissant en défense

Elit son pâturage  aux sites de paille

Près des bois idéal abri par excellence.

 

Le gnou fou en course laisse des poussières

Sur ses pas bousculés comme une traînée

De poudre qui ne meurt et monte dans les airs ;

Jouant ou paniqué, il se sait dominé.

 

Le zèbre en rayures blanches et grises,

De bedaine pleine, de queue comme un fouet

Ne montre d’apathie, presque toujours muet,

Se prend en piège et sur le marais s’enlise.

L’antilope douce, belle et gracieuse,

Couleur fauve et blanche, de noirs yeux ravissants,

Rapide et agile, plus que merveilleuse,

Se cache dans l’herbe pour préserver son sang.

 

Le guépard tacheté avec grande beauté,

Rapide et silencieux, semble bien disposer

De muscles élastiques d’aisance et agilité,

Pour pourchasser sa proie bien inapte à ruser.

Très Puissant prédateur Il voit mal les couleurs,

Peut passer à côté de son gibier terré,

17
août 2021
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Puissance du parti colonial

Ismail Urbain  est l’homme d’une idée, d’une politique sur la question indigène. Sa théorie consistait à faire évoluer les Musulmans français pour se les concilier définitivement. Il fut l’apôtre d’une Algérie franco-musulmane. Enfant illégitime et mulâtre, il en porta toute sa vie la blessure, la cachant soigneusement, vivant presque dans la réclusion et sans ambition carriériste, par peur de s’expliquer sur sa naissance. Au soir de sa vie, il dit : « J’espérais concilier les Noirs et les Blancs dans une estime réciproque mieux qu’ils ne sont rapprochés dans des amours passagères ». Il agit non en Noir européanisé, mais en défenseur des Arabes d’Algérie, en passionné de la Justice. Adepte du Saint-simonisme dont il accomplit durant quelques mois son noviciat. Sa politique en fit sa postérité. Souvent d’illustres hommes politiques, militaires ou de lettres lui rendirent hommage et en furent peu ou prou inspirés. C’est ainsi qu’il fut de : Albin Rozet, Victor Barrucand, le maréchal Lyautey, vers la fin du 19ème siècle.

La politique d’Albin Rozet est édifiante dans le sens d’une égalité des droits, la séparation des pouvoirs. Sa proposition de loi, déposée le 14 janvier 1909, créa un tsunami de politique coloniale. C’était un réquisitoire contre l’administration algérienne, aux mains des colons dont elle incarnait l’esprit, et contre le régime de l’indigénat. Il condamnait les pouvoirs exorbitants des administrateurs et la confusion des pouvoirs. Il demeurait au fond un assimilationniste. Il voulait réduire le code de l’indigénat et le confier intégralement au juge de paix, d’en retirer définitivement la compétence à l’administrateur. L’administrateur condamnait sans procès-verbal, ni preuve de l’infraction, sans audience publique, sans greffier ni interprète, il jugeait sans appel. Le régime de l’arbitraire incarnait l’infaillibilité de l’administration. (Ageron p.660) : « L’heure a sonné d’édifier une Algérie libérale et d’assurer à nos sujets musulmans les plus indispensables Droits de l’homme, disait-il ». .

 

         Victor Barrucand n’en partageait pas la théorie. Il voulait l’allègement du code de l’indigénat pas sa suppression. Il écrivit au gouverneur général Jonnart pour alléger le code indigène : « A tort ou à raison, notre système algérien est basé sur l’administration. Qu’elle soit donc comme un miroir placé à mi-chemin ; impressionné par la clarté nationale, il saura le transmettre sous l’angle nécessaire. » La loi sur la séparation des congrégations de 1904 et 1905 allait encore créer des remous politiques. Barrucand y vit une probable mesure de libération du culte à condition de lui restituer les biens Hobous. En effet le clergé musulman hiérarchisé était rémunéré par le budget de l’état, alors qu’avant la colonisation il  était pris en charge par chaque collectivité. Ce fut alors une occasion pour les Musulmans de revendiquer en permanence ces biens.

La politique scolaire menée montre à quel point les divisions étaient profondes entre ceux qui considéraient que l’école était une arme dangereuse, si elle était ouverte aux Indigènes, dans la mesure où elle permettrait à brève ou longue échéance un facteur de regroupement de leur nationalité. Ils tenaient absolument à garder la supériorité intellectuelle sur les Indigènes et les maintenir dans le statut de sujets. Ils représentaient l’écrasante majorité. Dans la Dépêche coloniale du 24 décembre 1908, W. Marçais y précise l’opinion coloniale : « L’école en Algérie s’adresse à des populations politiquement françaises mais en fait étrangères. Elle doit former des sujets non des citoyens.» Rares quelques voix étaient dissonantes. Parmi celles-ci, on relève le recteur Jeanmaire qui était chargé de la mise en œuvre de la politique scolaire. Il jugeait l’instruction comme une libération et il refusait de parquer les Indigènes comme dans une réserve et dispenser un enseignement au rabais. V. Barrucand le qualifie d’assimilationniste et vraiment à tort. En effet le recteur voulait libérer l’esprit indigène en lui prodiguant un enseignement de qualité, selon toutes les normes pédagogiques en vigueur à l’école française. Jeanmaire lui répond : « je ne crois pas que ce qui fut bon pour nos enfants soit mauvais pour les enfants indigènes. » Il refusa de cautionner la politique scolaire telle que la voulaient les colons et fut démis de ses fonctions par le gouverneur général Jonnart le 5 novembre 1908.

Politique d’association ???

Vers 1900, la politique d’assimilation, tant idéalisée et tant évertuée, montre les limites dans son application.  C’était l’impossible fusion qui se mit au grand jour : comment transformer un peuple de croyants en libres penseurs, buveurs de vins ? Les théoriciens semblent bien convaincus de cette voie, combattue et par les colons et par les Indigènes : les premiers craignant de fondre dans la masse majoritaire qui prendrait infailliblement le pouvoir, par les voies démocratiques, les seconds craignant de perdre leur identité. V. Barrucand rejette cette assimilation, il est donc comme tout le monde et ne veut gêner personne. Mais la nouvelle politique adaptée aux indigènes qui veut rapprocher l’indigène dans son propre mode de gouvernance, en somme le garder dans son conservatisme, sans intégrer les bienfaits du progrès de la civilisation occidentale. C’est en somme l’évolution des Musulmans dans leur civilisation. Cette voie est condamnée, combattue par la bourgeoisie métropolitaine, alors que la gauche la voulait. Mais c’était aussi une belle utopie. Certains avancèrent une forme de protectorat, idée qui ne pût germer. Mais cette fameuse association resta tout simplement un concept qui attirait la dérision.

 

( Barrucand avait été envoyé en 1900 à Alger par la ligue des Droits de l’homme, en qualité de rédacteur en chef du journal du docteur Gérente. La séparation est consommée en 1902, Barrucand reprend à son compte le journal Alakhbar disparu en 1897 et lui donne la forme hebdomadaire ; à partir de 1903, la dernière page est publiée en arabe.) la devise de la publication est : ni exploitation, ni assimilation, association. Il n’avait pas tenté pourtant d’ébaucher une théorie de cette association. C’était une idée qui plaisait sans pour autant avoir un contenu quelconque. Isabelle Eberhardt collabore à ce journal dès l’année 1902.

 

17
août 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 10:14 | Pas de réponses »

Muriel, dans sa cour

 

 

 

O jeunesse perdue ! Qu’en est-il des vieux ans ?

Souvenir ou regret des beaux jours insouciants,

Quand valsait le ballet pour toutes les saisons,

Naissait la mélodie en constante ascension,

Coulait comme source la liqueur limpide,

Régnait la mixité en habit fantaisiste,

Enivrait le parfum féminin dans le vide,

Que l’ambiance chassait l’ennui et l’air triste.

 

Ce soir-là, au printemps, surgissent mes démons.

Le cristal me tente, le rythme m’emballe,

Ses yeux me fascinent, j’oublie mes abrupts monts,

Sa grâce m’enchante, j’oublie mon aride val.

Les anges sont absents et d’ailleurs dieu aussi,

L’interdit ne m’effraie, il a goût de l’amour

Mais le temps égrené me plombe sans merci,

Le rêve est-il permis quand brillent ses atours ?

Vers en alexandrins, ou libres ou classiques,

Vous dansez dans nos cœurs en rythme cadencé,

Vous créez le jour dans la nuit opaque,

Quand on sombre à fond dans nos noires pensées.

Vivons alors l’instant dans sa plénitude

Ses joies ne sont mortes, ses ennuis passagers,

Savourons le nectar, rompons aux habitudes,

Melons-nous aux autres,  et mort aux préjugés.

Elle est sublime, déesse du temple

Phare de la soirée, mire de tous les yeux,

Aisée dans son voile qui à rien ne ressemble,

Voile rouge sacré au teint harmonieux.

Son mot est un ruisseau qui coule mélodieux,

Trouve la voie des cœurs, se greffe à l’esprit,

Un mot solennel qui azure mes cieux,

Qui gonfle mon voilier aux épaisses soieries.

 

 

 

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