ahmed bencherif écrivain et poète

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26
mai 2022
Posté dans Poésie par bencherif à 9:44 | Pas de réponses »

Halte ! Il faut penser. Trop de fatuité nuit.

La page est tournée, la romance mourut,

Le discrédit blesse, la hargne se poursuit,

Rien n’a plus d’intérêt, c’est l’heure de la mue.

 

L’artiste dessina de belles images

Figurées clairement avec talent et art ;

Le mage dispensa de probants adages

Avérés dans la vie, sans bruit, ni fanfare.

 

Le poète chanta l’idylle sibylline ;

Le courtisan se crut proche de son dessein

Par la voix, les regards, les traits et les signes.

Ivre de passion qui prenait son chemin.

Le Seigneur exhorte les humains à aimer.

Ceux-ci sont des frères par le sang ou le culte.

La mue peut s’opérer si l’ardeur est calmée.

L’amitié et l’amour mèneront leur lutte.

Le cerveau abrite notre intelligence ;

Le cœur est l’unique foyer des sentiments ;

Dans l’âme, la vertu élit sa résidence ;

Leur conflit est toujours constant et violent.

 

Ne me bouscule pas, garde ta patience.

Le temps ferme les plaies, du moins je l’espère.

Conserve ton sang froid et ton indulgence.

Qui aime préserve, qui aime tolère.

 

Ta prose coulante m’accrédite noblement,

M’octroie un prestige illustre sans égal,

M’augure le succès acquis subtilement

Me hisse dans un rang presque phénoménal.

 

C’est un pacte moral, voulu par le destin,

Qui défie les années, une fois mis au jour.

Il requiert dignité et les honneurs sans fin

Et, à tous les instants, attentions et amour.

 

Paix ! Mot doux, sublime, gage de l’harmonie.

Penseurs et poètes l’évertuèrent sans fin.

Il fascine l’esprit, conte les mélodies,

Assure pour tous de meilleurs lendemains,

Répudie les conflits entre les bonnes gens,

Se place en arbitre entre tous les mauvais,

Instaure le bonheur en exclusif agent,

Bannit les compromis, condamne le laid.

 

Elle vint, nous dicta à faire la trêve,

De bonne réflexion pour voir clair en nous-mêmes,

Abandonner ou bien poursuivre le rêve,

Ou garder l’amitié. Voilà le dilemme

18
avr 2022
Posté dans Non classé par bencherif à 5:00 | Pas de réponses »

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                                                        Ahmed Bencherif        

 

 

 

 

                                             Getuliya et le voyage de la vie   

 

 

 

 

 

 

 

                                                            Chapitre 01

                                                           Doug, le village

                                                      

Au sud du royaume des Maures, dans l’atlas saharien, le Mons Malethubalus (le mont des ksour), forme la frontière entre les terres fertiles du nord et les immensités désertiques du Sahara. Il est puissant et généreux, densément boisé sur ses hauteurs, gorgé de sources dont les eaux pures vont se perdre dans les lits des oueds qui traversent de nombreuses vallées ou encore échouer dans les marécages disséminés çà et là, sur des centaines de lieues au sud-est. Son altitude dépasse deux-mille-deux-cents mètres et Il est d’accès difficile. Il représente un retranchement idéal, en  cas de danger imminent.  C’est aussi la frontière entre les terres fertiles du  nord et le Sahara,  de nombreuses tribus Gétules  vivaient. Les chasseurs cueilleurs étaient leurs ancêtres. Ils avaient évolué au fil des âges, depuis la préhistoire, environ quatre à cinq-mille ans, avant notre ère, dans un environnement hostile au milieu de grands fauves et de pachydermes  avec lesquels ils se disputaient la vie. Ils avaient en outre laissé à la postérité de mémorables témoignages sur leur existence, qu’ils avaient sculptés sur les roches, au moyen d’outils primitifs, dont l’inventaire exhaustif  n’a pas été établi entièrement.

Au nord du bassin-versant, la montagne bleue se dressait majestueuse et imposante, avec des parois raides, favorable à l’ascension, marquée de dépressions abruptes où tombaient, de façon torrentielle, les eaux pluviales de saison. Son sommet, qui dépassait les deux mille mètres, semblait toucher le ciel. Ses bois étaient étagés et plus on montait, plus ils étaient épais et denses, parfois inextricables, par un tapis broussailleux de romarin, d’alfa, de palmiers nains. Le chêne vert, le genévrier et le pin les peuplaient essentiellement et en faible partie le châtaignier, le caroubier et même le pommier sauvage. Son gibier était  composé de mouflons, insuffisant cependant pour nourrir tous les grands prédateurs en grand  nombre et dont la mobilité rendait la chasse aléatoire.

Sur plusieurs éminences, étaient construits des groupes de tumuli, en  dalles, les unes posées sur les autres, qui faisaient huit mètres de diamètre et un mètre et demi de relief. C’étaient des sépultures familiales, comme il y en avait partout dans toute la région ou encore sur les Hauts plateaux et plus au sud. Malgré, ces grandes dimensions, la hauteur des chambres funéraires n’atteignait pas un mètre. Au fil de l’évolution des mœurs du peuple Gétule, elles avaient succédé aux Basina que l’on retrouve dans certains endroits dans le  Nord du pays. Les premiers tumuli remontent au troisième millénaire et leur développement avait été réalisé à deux-mille ans avant notre ère, en rapport avec l’accroissement de ces populations et de leur niveau d’émancipation.  En effet, il y a vingt-deux-mille ans, toutes ces tribus s’étaient notablement. Elles parlaient leur langue berbère dotée de son alphabet propre et qu’elles partageaient avec l’ensemble des populations de l’Afrique du nord. Néanmoins, l’écriture n’était pas vulgarisée et restait du domaine de quelques érudits ou des rois. C’était le  cas, des tribus du Mons Malethubalus dont celle de Doug. Elles sont semi-nomades, semi-sédentaires.

Sur les contreforts de la montagne, sillonnés de talwegs, situés à mille-trois-cent  mètres d’altitude, le  village Gétule, Doug, s’étendait sur un immense site, d’Ouest en Est. Il comptait plus d’une cinquantaine d’habitations, distantes les unes des autres, alignées sur plusieurs rangées, comme si les concepteurs avaient voulu tracer des boulevards infinis. Leurs matériaux étaient faits de troncs d’arbres, de branches, de roseaux, de terre glaise, de peaux  d’animaux sauvages ou domestiques.

Le village se réveillait aux premières aurores, comme à son accoutumée et toute la  vie renaissait avec un beau sourire et une promesse de bonheur et de paix. Le soleil sortait lentement de son disque jaunâtre. Ses rayons, sans grande fluorescence, éclairaient à peine l’horizon. Déjà, les chaumières dégageaient les fumées qui s’élevaient vers le ciel en spirales, sans cesse tourmentées par le souffle d’une légère brise. Les sanglots d’un bébé martyrisaient le silence auroral, alors que sa mère dormait du sommeil du juste. Un mari grondait sa femme qui tardait à lui servir son petit-déjeuner. Un vieillard appelait de toutes ses forces sa bru pour l’aider à sortir de la hutte. Les gens se levaient par un  grand bruit, toujours pressés à vaquer à leurs occupations.

Le monde animalier, qui apportait ses lots de bienfaits, ne manquait pas à cette grande chorale du petit matin. Les  cris troublaient le silence pastoral. Ils se mêlaient, fusionnaient, se  confondaient, interprétaient une partition musicale des bêtes : des bœufs beuglaient lugubrement, des brebis bêlaient sourdement, des chèvres chevrotaient tendrement, des chiens aboyaient furieusement, des ânes brayaient à en perdre haleine, des poules caquetaient de façon aigue et prolongée et de temps en temps, des barrissements d’éléphants donnaient l’effroi ou encore des rugissements rauques et  craintifs des lions.

Les troupeaux partaient à la conquête des hautes herbes sur les contreforts de la montagne et laissaient derrière eux des trainées de poussière qui tourbillonnait indéfiniment. Ils étaient très  nombreux et témoignaient de la prospérité de la tribu. Des  adolescents vifs et alertes les conduisaient. Ils portaient des sacs au dos, confectionnés par leurs mères ou leurs sœurs, en fils de grosse laine, travaillée chez elles. Déjà, ils étaient armés d’arcs et de poignards pour parer à tout danger. Ils tiennent cela de leurs parents. En effet, les Gétules étaient de redoutables guerriers, au courage légendaire et craints par tous. Leurs alliances étaient également recherchées par les rois maures, numides,  carthaginois dont ils payaient les services à des prix très élevés.

Les femmes étaient les premières à l’ouvrage domestique. Elles faisaient bouillir le lait additionné à l’armoise dont les vertus médicinales sont connues notoirement depuis la nuit des temps par les humains, ou encore elles faisaient cuire des piles de galettes. Leurs cuisines étaient disposées à l’extérieur de leurs huttes. Les feux brulaient sous d’ardents brasiers de bois de chêne, à même le sol dans des excavations, quant aux fours d’argile, ils dégageaient une trop grande chaleur. Les ménagères entretenaient méticuleusement leurs foyers dont elles ordonnançaient avec du bon sens les articles de la literie, de la  vaisselle et les produits alimentaires. Elles faisaient tout pour rendre les hommes heureux qui, à leur tour et chacun selon sa bourse, les comblaient de belles robes et de bracelets en argent, à chaque voyage qu’ils effectuaient dans les  capitales des royaumes des Maures, des Numides ou des Carthaginois.

Le soleil était déjà levé, jaune pale et sans grands éclats ni sensation de chaleur.  Il faisait froid. La gelée couvrait encore le sol et brillait admirablement.  La  neige avait gelé sur les sommets de la montagne et reluisait de blancheur. Une brise soufflait légèrement. C’était le printemps. La gelée tombait chaque nuit et rendait les températures très basses.            Une nuée de corbeaux planait presque au-dessus des chaumières. Ils poussaient des cris des cris graves, rauques, lugubres, tellement puissants qu’ils troublaient la mélodie du réveil du  village. Ils étaient chassés, injuriés et plus par les femmes que par les hommes, dont la culture superstitieuse était bien faite, depuis la nuit des temps. Ils annonçaient le  malheur imminent, bien plus par réputation que par des faits prouvés. N’était-il pas l’oiseau de mauvais augure, à tel point que la beauté de son plumage ne lui accordait aucune disgrâce, puisque sa proximité avec la mort est manifeste, en pleine nature principalement, autour d’une charogne, ce qui lui ôte toute noblesse.

Au  village, l’activité battait son plein. Les uns et les autres vaquaient à leurs occupations. Certains partaient couper du bois en montagne,  d’autres convoyaient leurs chariots tractés par des zébus pour ramener de tendres herbes pour l’alimentation de leurs troupeaux. Des filles se rendaient à la source jaune et colportaient de l’eau dans des cruches, quand les adolescents en remplissaient des outres en peaux de chèvre. Cette rencontre se passait toujours de façon joyeuse et presque romanesque. Souvent, l’amour y naissait et conduisait au mariage, qui était fêté en grande pompe.

Getuliya et Adherbala étaient venues, elles aussi, chercher de l’eau. Les deux fillettes étaient des amies inséparables, âgées neuf ans en moyenne. La première était d’une rare  beauté, louée par les jeunes et les vieux. Ses yeux verts exerçaient un charme magique, ses cheveux  blonds et soyeux  brillaient comme des milliers de faisceaux lumineux. Sa taille svelte et haute était d’allure princière. Un fort magnétisme se dégageait de sa personnalité. A son âge, elle était aimée par tous et fort estimée par les sages du  village. Les deux fillettes remplirent leurs  cruches d’argile et se mirent à quelques mètres en retrait de la source. Elles s’assirent au pied du rocher en grès rouge, qui était gravé de magnifiques figures préhistoriques dont les sujets étaient : un chasseur cueilleur, un éléphant, un lion, un bélier à sphéroïdes et une orante.

-. Regarde ces gravures, dit Getuliya à son amie. Elles sont les témoins laissés par nos ancêtres à une très vieille époque. Il en existe plusieurs dans le périmètre de notre village. Observe un peu l’homme. Il a une taille gigantesque. Puis, il est tout nu. A leur époque, il n’existait surement pas d’habits et ils se couvraient de feuilles. Remarque comme son allure est menaçante. Ils chassaient sans peur les grands fauves et les éléphants.

-. Qui t’a enseigné toutes ces connaissances, demanda Adherbala ?

-. Mon sens de l’observation me permet de voir  ce que tu ne  vois pas. Ton père, Tafren, m’a dit que  ces hommes sculptés sur la roche sont nos ancêtres. Je suis trop  curieuse et je pose trop de questions aux gens qui me comprennent.

Ces propos, qui interrogeaient la mémoire du passé, furent suivis par un silence serein, propice aux méditations dont se distinguait la fillette Getuliya. Elle se posait trop de questions sur leur mode de vie, leurs alliés, leurs  ennemis, leur rite de l’enterrement. Elle butait hélas face à un mur d’obscurité qui ne lui dévoilerait jamais la lumière sur ses aïeux. Adherbala se gardait bien d’interrompre les méditations de sa meilleure amie, sinon, l’unique. Elle la trouvait exceptionnelle, intelligente, pudique, généreuse, sociable. Elle donnerait sa vie pour elle. Elle trouvait que Getuliya possédait une  certaine maturité, en ce sens qu’elle pensait comme les grands et n’aimait pas jouer avec les enfants.

Leur silence fut troublé par de timides rugissements qui se rapprochaient de plus en plus. Getuliya en fut agréablement surprise. Son  visage rayonna de joie : elle reconnut les cris de ses deux lionceaux. Elle se leva et alla à leur rencontre. Elle enlaça l’un, puis l’autre avec beaucoup d’attachement. Puis, elle offrit deux petits morceaux de viande qu’elle retira de sa petite gibecière, qu’elle portait en  bandoulière. En un bref instant, ils les avalèrent en un instant bref et commencèrent à jouer avec leur maitresse. Un jeune homme, du nom de Baga, fou amoureux de Getuliya, vint l’importuner. Il lui faisait médiocrement la cour et  ne savait même pas la combler d’éloges ni lui dire de jolis mots, pourtant la langue des Lybiens était romantiquement riche. Elle lui restait indifférente, car l’amour ne lui disait rien. Elle pensait qu’elle était élue pour une autre destinée. Baga se sentit offensé et se mit  vite en  colère. Il saisit la fille par le bras et la secoua énergiquement. Elle gémit douloureusement, pria son agresseur de la laisser en paix et d’aller draguer une autre fille. Il s’obstina et il  ne lâcha pas prise, en  exerçant davantage de pression. Alors, elle cria de toutes ses forces, comme pour appeler au secours. Aussitôt, l’on entendit un puissant rugissement qui ne s’estompa pas. Puis,  la lionne apparut. Elle était en colère et menaçante. Elle courut alors vers Getuliya, qui lui parla et la caressa pour la calmer. Baga prit la fuite aussitôt.

Après ce petit incident, les deux filles prirent le chemin du retour au  village. Elles étaient suivies par les deux lionceaux qui avaient pris un habituel plaisir à se mêler aux habitants, sous l’aile protectrice et bienveillante de leur maitresse.

 

Tafren et Meztoul revenaient d’une partie de chasse qu’ils avaient effectuée dans les hautes plaines alfatières au nord-ouest, au-delà des Mons Malethubalus ( Monts des ksour),  une région abondante en gibier mais aussi fréquentée par les Gétules de l’océan atlantique, présence insolite qui générait parfois des heurts. Ils ramenaient chacun une antilope  dont la viande suffirait à peine à pour trois ou quatre jours. Ils galopaient en logeant le pied de la montagne. Ils  allaient à leur aise et bavardaient le plus souvent sur cette terre dont ils percevaient le changement lent qui s’opérait dans sa structure. Les petits amas de sable dispersés ça et là les intriguaient plus qu’il n’en fallait. Ils étaient nombreux et formaient presque une mosaïque naturelle, sans cesse faite et défaite par les vents de l’Atlantique.

-.  Je constate qu’il fait plus chaud que d’habitude et qu’il tombe moins de pluie, dit Meztoul. Même, le marécage n’est plus uniforme. Il est partout divisé par des lots de terre ferme.

-   Oui cher compagnon des grands chemins, j’ai aussi remarqué cela. D’ailleurs le gros du gibier remonte au nord.  Car les bêtes trouvent moins d’eau au sud de notre vallée.

- La nature de notre région change. Nos vieux sont formels là-dessus : le marécage s’étendait sur plusieurs jours de marche à cheval  vers le Sud. D’ailleurs, on y rencontre de moins en moins de crocodile et de rhinocéros. Quant aux éléphants, les troupes sont moins  importantes et se réfugient à proximité de la rivière Ghir dont les sources jaillissent sur les hautes  montagnes de la Maurétanie. C’est te dire que la  vie devient plus aléatoire pour  notre population très nombreuse et aussi pour nos troupeaux auxquels nous tenons comme  nous tenons à  nos propres vies.

Ils rentrèrent au village et éprouvèrent un  beau sentiment de revoir leurs enfants,  de plaisanter avec eux, leur faire manger des grillades. Ils leur vouaient un grand amour, comme un père quelconque pour ses enfants dans  ce globe. Ils les élevaient en y pour voyant à tous leurs besoins vitaux, sans trop les gâter.  Ils leur inculquaient de  nobles sentiments de bravoure, d’hospitalité, de générosité et surtout le sens du défi et le mépris de la mort. L’éducation était ici à la bonne école gélule, contrairement à ce que prétendaient leurs ennemis, les Romains, dont ils pressentaient la menace pour leur grand pays la Lybie, gouvernée par des rois, trop occupés à se faire la guerre, chacun  vivant dans son étroit égoïsme.

Dans leur chaumière, Chanoufa et sa fillette Getuliya se regardaient seulement. Elles n’avaient rien d’autre à faire. Elles étaient émues, fragilisées par le destin qui frappait à leur porte. Rien ne pouvait le conjurer. Cette famille était abandonnée par les siens.  Les petits enfants restaient immobiles, comme paralysés, comme si leur sang avait glacé dans leurs veines. Leur demeure de fortune était vide, sinistre, exigüe malgré ses dimensions normatives dans le  village. Le feu ne brûlait pas, ne conservait point de chaleur. Il était froidement macabre. Les cendres avaient été raclées et jetées au vent. Il n’y avait rien à manger. C’était la famine qui avait frappé de plein fouet ce foyer, qui ne mangeait pas depuis cinq jours au su et au vu de tous.

La  croyance voulait que devait être enterrée vivante dans un tumulus toute famille qui était arrivée au bout de ses infortunes, dès que toutes ses ressources auront été épuisées. C’était quasiment un culte inviolable que personne n’osait ni profaner, ni remettre en  cause. Ce peuple souffrait dans les fondements de son humanité et faisait de l’égoïsme une règle de vie sacrée et au lieu de solliciter des secours en cas de besoin vital, il préférait mourir, construire son monument funéraire et y attendre stoïquement la mort. Cette croyance était vieille et rien ne permettait de la situer dans les siècles obscurs passés. Elle  n’était pas exclusive au village de Doug. Mais elle était en pratique dans toute la région et con cernait spécialement le peuple Gétule,

« Getuliya, nous  vivons  nos derniers instants sur terre, dit Chatoufa.  Sois forte et courageuse. L’épreuve est terrible ». Sa voix fut littéralement brisée, telle une vague qui se jetait sur un récif. Ses larmes commencèrent à tomber faiblement, puis par flots qui lui trempaient tout le visage. Elle la serra fortement sa fille dans ses  bras, comme si elle espérait du fond de son âme lui prolonger la vie. D’ailleurs, c’était le vœu fort du père. Il n’avait hélas aucun pouvoir pour l’exaucer. Getuliya, la fillette de neuf ans presque ne disait rien, n’éprouvait aucune phobie. Elle était  calme, en pleine possession de ses facultés mentales. Elle méditait sur  cette façon de mourir que son peuple avait adoptée et qui lui paraissait inhumaine. Elle la désavouait en silence par crainte de heurter ses convictions. Elle se devait d’agir, sans savoir comment. La mère la tira de ses méditations et lui dit d’aller rejoindre leur future demeure.

Elles s’en allèrent, guidant deux petits poussins. En chemin, des habitants les regardaient sans la moindre compassion  ni pitié. Ils traitaient même  Chatouf d’homme in capable d’assumer son foyer et donc il méritait la mort. Ils le qualifiaient de paresseux et éprouvaient pour lui seulement du dédain. Ils étaient durs comme, humainement insensibles à ce mode cohabitation qui dépassait toutes les bornes admises de l’égoïsme. Et pourtant, leur peuple sacrifiait ainsi ses enfants de façon la plus horrible et la plus sinistre. Il en arrivait souvent  cette mort  volontaire, qualifiée comme un culte funéraire. Getuliya et sa mère n’en étaient nullement affectées. Elles demeuraient grandes dans leur malheur et aucun moment, elles n’eurent à l’esprit d’aller demander l’aumône.

Le père était en  chantier au sommet d’une colline, le chantier de la mort irréversible, infaillible. C’était une fatalité dont personne ne pouvait s’y soustraire. C’était ça la dictature de la mort indomptable, voulue malgré soi, sous les vicissitudes impérieuses de la vie et des lois de croyances aveugles. Ses enfants valides travaillaient avec lui. Ils avaient tous l’air placide, silencieux comme dans une veillée funèbre. Le grand-père ne ménageait pas ses efforts, malgré ses quatre-vingt ans. Ils étaient tous à pied d’œuvre, inlassablement et sans passion, ni dégoût. Ils construisaient leur tumulus, la demeure éternelle de toute leur famille pour s’y enterrer vivants le lendemain et ainsi accéder à la faveur des dieux pour avoir refusé de faire la mendicité pour survivre.

Au nord de la montagne bleue, la colline barrait le débouché d’un ravin et formait  barrière naturelle de la rivière Essif qu’elle détournait brusquement vers l’est, au point de jonction des deux vallées Nord et Sud. C’était à le site de la sépulture que  construisaient Chatouf et les siens en moellons et en dalles de grès, d’une forme cylindrique de 6 mètres de long, 1,20 mètre de diamètre et un relief de 1,50 mètre, dans le voisinage de quinze autres tumulis. Les pierres étaient soudées entre elles avec de la terre et du sable. Au centre,  c’était la chambre funéraire ou le  caisson, construit en dalles de 0,10 mètres d’épaisseur, alignées les unes aux autres verticalement, sur lesquelles reposaient d’autres horizontalement, qui formaient pour ainsi dire le couvercle, sur fond rocheux de la colline, qui s’ouvrait au moyen d’une dalle qui glissait, quand elle était actionnée de l’ intérieur. Les constructeurs macabres continuaient à édifier le monument de protection, laborieusement, religieusement, sans remords, ni tristesse.

Chatouf s’arrêta de poser les dalles et les moellons, dès qu’il vit le reste de sa famille arriver, principalement Getuliya, pour qui il espérait un grand destin dès sa naissance. Au fur et à mesure qu’elle grandissait, son vœu s’affermissait davantage. Il voyait en elle une grande prêtresse, tant le peuple Gétule croyait que celle-ci faisait des miracles et pouvait même influer sur la paix et la guerre. Il lui en avait même parlé de son ambition qu’elle avait trouvée exaltante et merveilleuse. Mais comment cela pourrait être exaucé ? Ni elle, ni son père ne le savaient.

En fin d’après-midi, la famille sinistrée acheva l’ouvrage et regagna son foyer. Le soir commençait à tomber, les derniers rayons de soleil disparaissaient et emportaient la  vie avant terme de  ces  nobles gens. Bientôt la nuit allait effacer leur existence, jusqu’à leurs noms, sans laisser le moindre trace ni souvenir. Car le peuple Gétule restait analphabète, malgré les tentatives isolées de l’écriture libyque à cette époque, du fait de l’utilisation généralisée de la langue punique. Mais comme leurs ancêtres, les hommes de l’âge de pierre, ils laissèrent à la postérité ces tumuli, témoins éternels de leur passé glorieux.  Car les Gétules accordaient une importance particulière au culte funéraire et donnaient à leurs morts des tombeaux familiaux, contrairement à leurs frères Maures, Numides et Ethiopiens qui enterraient leurs morts dans des grottes dans le meilleur des cas.

Getuliya sortit voir son amie Adherbela, qu’elle retrouva non loin de l’enclos familial où elle faisait jouer un agnelet qui tenait à peine sur ses jambes. Elle l’éloigna un peu plus loin du cri des troupeaux qui couvrait leurs voix. Puis, elle lui confia le projet funèbre de sa famille et s’empressa de dire tristement : « Je ne veux pas mourir ». Deux larmes glissèrent sur ses joues, limpides comme de précieuses perles. Son amie était en fut bouleversée. Ses pleurs tombaient à flots, sa mine était chagrinée, l’angoisse lui tenaillait la gorge. Elle essaya de parler, sa  voix était hélas  brisée. Difficilement elle parvint à dire : « Tu vas mourir ? ».

-  Non, rassura Getuliya. Je ne partirai pas au tumulus avec ma famille, je me cacherai dans la petite grotte où nous avons l’habitude de jouer. C’est là que je  vivrai le restant de mes jours, à moins que ton père et ta mère veuille bien me récupérer deux ou trois années, juste le temps de prendre un peu de maturité et des muscles. Tu m’apporteras à manger tous les jours. Je ne serai pas exigeante, je me contenterai du peu. Quand je grandirai, je partirai en errance. Je vivrai à l’état sauvage dans la forêt au contact des fauves et des charognards

- Oh ! Tu me rassures, je  croyais que tu étais venue me dire tes adieux dont je fais déjà le deuil.  Oui, bien sur. J’en parlerai à mes parents. Ils t’adorent et voudront bien te donner l’asile.

- Merci  beaucoup ma chère amie. Mes parents regagneront le tumulus avant l’aube et au milieu de la nuit, je quitterai notre chaumière pour me réfugier dans la grotte. Mes deux lionceaux me tiendront compagnie. Ne crains rien pour moi. Je saurai convaincre les Grands de notre peuple sur l’aberration de cette croyance.

- Tu es folle ? Ils vont te tuer pour avoir profané nos dieux.

- Ne t’inquiète pas, je me défendrai et je gagnerai la bataille contre eux. Bonne nuit ma très chère amie. A demain, alors. J’attendrai ta visite dans la grotte.

Getuliya revint chez elle. Il faisait déjà noir. Sa famille dormait.  Elle s’allongea à même le sol et resta éveillée. Elle chassait le sommeil et toutes les idées noires qui pouvaient assiéger l’individu dans de pareilles circonstances. Elle était éminemment calme,  bien déterminée à  vouloir  vivre et à rester en vie. Elle se sentait désormais capable de livrer bataille pour sa survie et surtout pour abolir cette pratique dont personne de son peuple ne pouvait en fournir la légende. Au dernier quart de la nuit, elle se leva sur la pointe des pies comme un félin, sortit de la hutte et partit vers la grotte, seule au milieu des ténèbres, dans un concert horrible des fauves et des charognards.

Aux premières lueurs de l’aube, Chatouf réveilla sa famille. Ils se levèrent tous, prêts à affronter la mort. Ils ramassèrent des ustensiles : une grande assiette, une grosse marmite, une cruche, le tout en terre cuite, des grattoirs en bois, des couteaux en fer. C’était là une partie du mobilier funéraire qui devait reposer avec eux dans la chambre funéraire. L’autre partie, c’était tous les  bijoux en argent que portaient la mère et ses filles. Puis, Chatouf ramassa ses armes : le bouclier, la lance, l’arc, le javelot, le sac à projectiles.

Getuliya n’était plus là. Chanoufa éprouva un vif bouleversement, en remarquant l’absence de sa fille et commença à prier à sa façon les dieux pour conjurer le sort et leur pardonner le sacrilège dont était coupable Getuliya. Le père la tranquillisa et invita les siens à affronter la mort.

Ils arrivèrent à leur dernière demeure. Le père Chatouf ouvrit la trappe du tumulus. Les grands-parents entrèrent les premiers, puis vint le tour de Chanoufa, puis les enfants et enfin le père qui referma la petite entrée aménagée dans un tas de pierre en élévation.            La chambre funéraire était obscure. Le jour et la nuit s’y confondaient. Elle était hermétiquement fermée et tôt elle manqua d’oxygène. Ils s’assirent tous : genoux pliés, tête penchée sur la paroi sur le coté ouest. Ils respiraient à peine, se sentaient étouffer. Leurs visages brunissaient, leurs yeux sortaient de leurs orbites. Ces individus, sacrifiés spirituellement d’eux-mêmes, restaient calmes et supportaient la douleur sans geindre. Les enfants moururent les premiers, puis leurs grands-parents, puis Chanoufa. Le père résistait encore. Une force prolongeait encore ses instants à vivre : il pensait à Gétuliya. Il souriait à l’idée que sa fille était sauvée et qu’elle incarnerait la prêtresse qui mettrait fin à cette coutume pour ouvrir enfin la voie à la mutualité au sein de son peuple. Il ferma les yeux, puis sa vie s’éteignit.

 

Mais oui, Gétuliya était sauvée. Elle s’était confiée à Adherbala sur le projet macabre de sa famille. Elle lui avait conté toute sa tristesse et son désarroi pour la fin tragique que son père avait envisagée d’accomplir. La pauvre enfant était en deuil et toute joie en elle avait péri. Elle était devenue comme une ombre dans la nuit : elle ne parlait pas, ne jouait pas, se mouvait à peine, bougeait au prix d’effort exceptionnel. Elle était quasiment vidée de ses forces, de ses énergies. Même, ses larmes avaient tari. Elle avait certainement peur de mourir, mais elle ne voulait pas que cette coutume continuât encore à faire d’autres victimes. Elle avait résolu d’échapper à ce sinistre sort, quitte à affronter la désapprobation vigoureuse des habitants pour sa profanation. Car pour eux, désobéir à la coutume des anciens était un parjure. Elle voulait se sauver, fuir toute cette contrée, vagabonder dans les pays lointains ou en forêt parmi les bêtes sauvages ou dans les bourgs et les douars parmi des gens inconnus.

Gétuliya s’était cachée dans la petite grotte. Elle avait eu peur d’être découverte et forcée d’aller avec sa famille au tumulus. Elle ne risquait plus rien. Néanmoins, elle craignait le hurlement du vent, le cri des animaux sauvages, tout ce qui pouvait bouger. Elle était parvenue difficilement à dormir aux premières aurores et fit une mystique vision : elle se voyait une fée, vêtue en blanc, parlant aux habitants, leur expliquant que cette coutume de mort volontaire était à bannir et qu’il fallait s’entraider entre tous les individus de la tribu pour en permettre la pérennité.

 

Elle se réveilla au petit jour, plus fatiguée que reposée, plus inquiète que rassurée. Comment allait-elle affronter le courroux de ses gens ? Comment allait-elle expliquer son renoncement à mourir ? Comment pourrait-elle désavouer ce que tous pensaient être sacré ? Autant de questions qui la préoccupaient et accentuaient ses peurs. Elle passa ses heures, terrée au fond de cette petite cache. Elle n’avait rien mangé depuis la veille et ressentait son ventre se plier par la faim. Elle avait  soif et froid. Elle perdait graduellement patience, aimait tant sortir se réchauffer au soleil, ou allumer un feu. Néanmoins, elle se résignait à s’aventurer dehors et  faire une rencontre malencontreuse. Elle n’avait rien d’autre qu’à attendre la visite de son amie. Hélas, celle-ci ne vint pas ce jour. Gétuliya passa encore une nuit trouble, partagée entre ses craintes, ses espérances, son courage, sa détermination. Elle était motivée à l’extrême par son amour de vivre. Cette nuit, elle dormit sereinement. Elle eut la même vision de prêtresse, libératrice de son peuple d’une pratique sacrée, inutile et vaine.

 

Au matin, un peu tard, Adherbala vint voir son amie. Elle l’invita à sortir de sa cache et lui annonça que sa famille était disposée à l’accueillir, comme leur propre fille. Les deux amies étaient très heureuses de se retrouver après deux jours de séparation. Elles rentrèrent au village, puis regagnèrent la hutte de Tafren qui les attendait avec impatience. Il serra joyeusement les gamines contre lui. Puis ce fut au tour de sa femme de les enlacer toutes deux ensemble et de les embrasser. Elle les entraîna ensuite vers le feu et leur servit un petit déjeuner consistant. Gétuliya, qui crevait de faim, mangea avec appétit, quant à son amie, elle se restaura légèrement.

 

- Tu n’as rien à craindre Gétuliya, dit Tafren. Je te défendrai contre tous les habitants. Même Meztoul partage ma résolution.

 

- Oh comme c’est gentil de m’accepter à continuer à vivre parmi vous, affirma Gétuliya. Mais nos gens hélas ne vont pas m’accepter facilement, surtout nos grands, nos notables, nos vieux qui sont soumis aveuglément aux traditions anciennes. Mais je leur parlerai comme parle une prêtresse et leur montrerai que la mort volontaire est le résidu du non sens et qu’elle n’a rien de sacré. Seule la vie est sacrée alors eux, ils ôtent la vie.

 

Tafren fut surpris par la résolution de Gétuliya. Il lui semblait entendre la sentence d’un juge, doublée par la prophétie d’un oracle. Il ne prononça pas un mot et resta absorbé dans ses pensées qui l’interpellaient sur la question. Il apprit d’elle une chose nouvelle qui changeait radicalement son jugement sur cette coutume.  Finalement la lumière germa dans son esprit et il commença à s’imprégner vraiment de la philosophie de Gétuliya. S’il l’avait  sauvée par pitié, désormais il jugeait son acte comme sensé, logique, sans tabou surtout. Un homme vint dire à Gétuliya qu’elle était convoquée par le grand de la tribu, qui s’était réuni sur la place avec trois de ses pairs, formant ainsi un prétoire. La fille ne fut point émue et ne ressentit aucune peur. La maîtresse de séant l’habilla d’une tunique blanche qui lui donnait l’air d’archange.

 

Gétuliya sortit et resta debout sur le seuil de la hutte, plongée dans ses réflexions profondes. L’heure de la vérité avait approché. Personne ne la connaissait d’ailleurs, pour la simple raison qu’elle découlait d’une situation nouvelle qui, jamais vécue au paravent nécessitait une solution nouvelle, un effort de créativité intellectuelle. Le Grand et ses pairs se heurtaient à  imaginer une résolution quelconque, les hommes sortis en curieux avides étaient en émoi, les femmes rassemblées pleuraient en silence le sort de la petite fille.

Elle fit un premier pas sans se presser, confiante en elle-même, sereine et déterminée à affronter cette dure épreuve, trop grande pour elle, trop grande pour le Gétule le plus hardi. Elle avança d’un pas mesuré, d’un courage exceptionnel Elle maîtrisait ses émotions, affichait sa fierté sagement et sans arrogance. A aucun moment, elle ne fléchit ; à aucun moment, elle n’exprima une complainte, ni tenta une imploration. Comme ses gens, elle avait dans le sang ce sens du défi, ce mépris de la mort. Elle avait à l’esprit Tafren et ses duels dans le cirque de Rome contre les éléphants et les lions dont il triomphait toujours. Elle avait tant de fois écouté ses épopées qu’elle les imaginait dans le moindre détail, en assimilait les coups de maître pour parer les assauts des fauves, les coups de trompe des pachydermes, les vaincre et les apprivoiser. Mais Tafren combattait avec la force de l’esprit et la force du corps, pensa-t-elle. Elle se dit aussi que le duel qui l’attendait se déroulerait avec la force de l’esprit et qu’elle pouvait le gagner, qu’elle allait le gagner.

 

Elle marchait, vêtue de blanc, comme un ange que tous adorent et aiment, comme un mage qui révèle la vérité à ses initiés, comme un sage qui prodigue la sérénité à ses adeptes inquiets. Elle dégageait un fort magnétisme qui se répandait autour d’elle et attirait les individus. Elle était fort belle aussi, comme le soleil. Elle créait l’émerveillement de tous : les femmes avaient asséché leurs larmes, les hommes souriaient déjà, présageant son triomphe ;  le Grand et ses pairs restaient ébahis, perplexes, indécis à vouloir vraiment la juger.

 

Elle arriva au petit podium, bas et quadrilatère, situé au pied du chêne, qui n’avait vraiment servi à rien, ni à un jugement quelconque, ni à un oracle, ni à une proclamation de guerre, sauf qu’il abritait les siestes et les courtes veillées d’été du Grand de la tribu et de ses pairs et personne d’autre. C’est dire que cet édifice avait un aspect sacré quelconque et personne n’en violait l’enceinte. Les cinq initiés juges y étaient assis et attendaient la comparution de la profanatrice de la coutume sacrée, jamais violée par qui ce fût. Ils la dévisagèrent longuement, avec une réelle curiosité, comme s’ils voulaient lire dans ses pensées et adopter une ligne de conduite. Elle les regarda sans vraiment les regarder. Son esprit était absent, loin de la terre, sur une autre galaxie. Elle communiait avec une autre âme, une sorte de divinité qu’elle invoquait intérieurement, une sorte de divinité qui lui indiquait la voie du salut, lui révélait le message authentique à diffuser.

 

- Gétuliya, dit le Grand. Pourquoi tu n’es pas morte au tumulus avec ta famille ? Pourquoi as-tu profané notre coutume, selon laquelle une famille qui tombe dans le besoin vital va s’enterrer vivante dans le tombeau familial, afin de préserver leur égoïsme de cette misérable faiblesse qui consiste à demander l’aide et l’assistanat ?

 

Le court réquisitoire, mais combien lourd de sens ne la perturba guère. Car elle avait elle-même préparé le sien. Elle ne donna à aucun moment l’impression d’incarner la profanatrice mise en accusation. Mais elle était convaincue qu’elle représentait le véritable tribunal qui allait juger le non sens de la coutume qui attentait à la vie. Elle les regardait tantôt avec émoi, tantôt avec indulgence. Quant à eux, le Grand et ses pairs, ils se consultaient à voix basse. Ils ne disaient rien de spécial, sauf qu’ils répétaient le réquisitoire de façon calme, sans désir de vengeance de la société qu’ils représentaient peu ou prou. Leur débat creux et stérile n’apportait rien de concret, ni de nouveau. Gétuliya pressentit alors que l’heure de son réquisitoire avait sonné. Elle se pourvut de courage et se lança dans son oraison :

 

» Notre coutume profane la vie, au lieu de la respecter. Entre la vie et la mort, notre choix sera vite fait. La vie est une espérance à vivre, une entraide entre les hommes. Est-ce que seuls les hommes riches ont droit à la vie ? Est-ce que le pauvre qui n’a rien à manger a droit à la mort. La vie nous est donnée par les dieux, la mort aussi. Pourquoi alors, vous hommes, décidez d’ôter la vie à la place des dieux ? Personne d’entre vous n’est à l’abri des infortunes. Un mauvais sort est vite arrivé : une tempête de neige qui décime vos troupeaux, une maladie incurable qui cloue un chef de foyer sur son lit, enfin un fléau quelconque qui peut s’abattre sur le douar. Est-ce à dire que tous ces infortunés choisiront la mort volontaire et creuseront leur propre tombeau ? Nos creusons nos propres tombes, c’est-à-dire que nous nous exterminons nous-mêmes, nous accomplissons la mission des dieux qui consiste à ôter la vie. Regardez-moi ! Regardez-moi bien vous tous, le Grand et tes pairs, vous autres Gétules, je ne suis pas la profanatrice. Seul un sanctuaire est profané, or je n’ai pas profané de sanctuaire. Donc cette coutume ne revêt nullement un caractère sacré, susceptible d’être profané. Qui d’entre vous peut me dire pourquoi elle a été initiée, puis adoptée depuis une époque immémoriale ? Non ! Je ne suis pas la profanatrice à proscrire par vous. Je suis votre sauveuse, votre salut. Oui je suis votre prêtresse. J’ai fait une vision et les dieux m’ont parlé. Ils m’ont instruit d’abolir cette coutume, cette mort volontaire de toute une famille. Alors, obéissez à nos dieux, ne vous exposez pas à leur courroux. Peuple Gétule sois clairvoyant, clément vis-à-vis des tiens, répands la vie parmi tes fils ! «

 

Gétuliya acheva son oracle et resta solennellement silencieuse. Elle avait été tout ce temps calme et n’avait éprouvé aucune émotion, ses yeux lointains, le teint blanc de sa peau. Elle n’avait ressenti ni chaleur, ni froid, ni convulsion, ni fièvre. Pendant toute sa séance, elle fut sereine, pondérée, convaincante. Tous l’avaient écoutée avec une réelle envie et une curiosité certaine. Le Grand et ses pairs entamèrent leurs consultations. Mais franchement, ils n’avaient rien à se dire de concret et s’interrogeaient des yeux. Ils étaient vraiment dans l’embarras et se heurtaient à imaginer une sentence quelconque. Pour leur bonheur, les habitants scandèrent le nom de Gétuliya, puis l’ovationnèrent sous des cris de joie expansive.

 

Puis vinrent Tafren et Meztoul, suivis de Massine et de Chatoufa. Ils l’embrassèrent tous sur la main avec déférence, d’autres les imitèrent. Puis le Grand et ses pairs arrivèrent, l’embrassèrent aussi respectueusement. Enfin,  tous les hommes et toutes les femmes lui rendirent un salut analogue. Certains se prosternèrent devant elle, baisèrent sa main, comme s’ils s’adressaient à une divinité. Un cri s’éleva du village abolissant la coutume des anciens qui édictait cette triste mort volontaire. Puis les festivités commencèrent au son des tambours, des danses et des chants, de la liqueur du jujubier. Les habitants fêtèrent tout le jour, puis toute une semaine. Enfin, la raison avait triomphé de l’illogisme, la vie avait triomphé de la mort.

Désormais, l’abandon du culte funéraire caractérisé par la  mort  volontaire n’était plus qu’une douloureuse épreuve d’un passé obscur dont nul ne pouvait révéler la légende. Pour la première fois de leur existence, les hommes et les femmes éprouvèrent le besoin de s’entraider. Ils le disaient, le  calmer, le  criaient bien haut. Ils répétaient sans  cesse partageons nos nourritures,  sauvons ceux qui auront été trahis par les infortunes de la vie. C’était tout un monde nouveau qui venait de naitre, qui croyait à la solidarité sociale, et pour marquer l’évènement, ils convinrent de célébrer une grande fête le lendemain, un évènement de liesse baptisé : fête de la vie. Ils dansèrent, chantèrent jusqu’au déclin du jour, comme de grands enfants et souvent les larmes aux yeux. C’était  vraiment un jour divin.

Au point du jour, le village Doug se réveillait comme à son accoutumée, dans une ambiance  champêtre. Les troupeaux très nombreux partaient aux pâturages aux flancs de la montagne et sur les plaines d’est en ouest. Leurs cris rauques résonnaient à plusieurs lieux à la ronde. Les fumées des foyers tourbillonnent dans le ciel et créaient un petit écran de fumée  blanche.  Les individus sortaient, se cachaient plus loin derrière les buissons et faisaient leur toilette, soulageaient leurs appareils digestifs, puis revenaient, leur  bonhomie bien affichée.

 

Massine se mit à allumer le feu, dans un trou foré à même le sol. Elle frottait énergiquement deux morceaux de bois, l’un contre l’autre, produisant de la sciure qui s’accumulait au point de friction, se carbonisait peu à peu, produisait une petite braise, qui mise au contact d’herbes séchées et sous l’action de la ventilation, alluma le feu. Chenoufa la rejoignit et toutes les deux s’adonnèrent aux travaux ménagers dont la préparation du petit-déjeuner.

 

Tafren prit une  brindille en combustion et alluma la lampe à huile. Il prit une amphore en  bronze qu’il emplit d’eau et sortit faire sa toilette, derrière un  buisson à l’orée du  village. Il nettoya ses dents en les frottant  vigoureusement avec un chute d’étoffe, arrangea ses longs cheveux  en spirales qui retombaient sur ses épaules. Il fit de cours exercices de musculation. Il entretenait bien sa personne. Il était jeune, beau, costaud, bâti comme un Hercule, aux yeux marron de lynx. De plus, c’était un guerrier redoutable, dompteur de lions, dresseurs d’éléphants, chasseur hors pair. Il passa réveiller son coéquipier Meztoul et s’en alla. .

 

Il regagna sa cabane. Celle-ci  faisait 8 mètres de long sur 6 mètres de large. Son toit était pyramidal, couvert de pailles, recrépies de terre glaise, à forte pente pour l’évacuation de l’eau de pluie, au milieu duquel était aménagé, juste au-dessus du foyer de feu de cuisine, un orifice incliné, couvert de chutes de chêne-liège sur les côtés. Les murs étaient armés de troncs de genévrier, résistant à l’humidité, émaillés de branchages et enduits de mortier. Le sol était dur, à surface plane, sans bosses ni excavations, méticuleusement propre. La porte, elle aussi, était en  branchages, solidement attachées avec des fibres d’alfa, qui foisonnaient en haute altitude.

 

Massine lui servit le petit-déjeuner assez consistant : du lait bouilli à l’armoise, de la galette fumante, du beurre et du miel, des dattes. Le menu était très varié et assez riche en protéines et en glucides, de quoi faire le plein pour toute la journée de grande fatigue.  Il mangeait avec pondération, sous l’œil  vigilant de ses deux épouses qu’il adorait  vraiment. Elles-mêmes le comblaient d’amour, ce dont il était heureux et refusait de prendre trois ou quatre autres femmes, alors même que sa bourse lui permettait : ses troupeaux étaient  nombreux. De plus, il était très futé dans le négoce avec les Maures, les Numides, les Ethiopiens ou encore les Carthaginois et les Romains. Bien rassasié, Il embrassa tendrement ses deux femmes, jeta un regard très affectueux à ses enfants qui dormaient encore.  Puis, il  rejoignit ses coéquipiers de chasse.

Des cavaliers s’étaient regroupés sur un espace de rassemblement pour les fêtes et autres cérémonies. Ils se préparaient à partir chasser l’antilope pour le grand repas du soir. Ils étaient impatients de galoper, de pourchasser le gibier, de se mesurer aussi les uns par rapport aux autres.  Dès qu’ils virent Tafren se joindre à eux, ils poussèrent un soupir de satisfaction. Celui-ci était le chef sans l’être vraiment. Le concept de hiérarchie était quasiment occulté chez le peuple Gétule. Cet handicap sociétal n’empêchait pas cependant l’existence de la discipline et de la rigueur qui régissaient les rapports sociaux. A cela s’ajoutait la liberté inconditionnelle à laquelle tenait chaque individu. C’étaient là des freins qui n’avaient pas suscité des idées pour  créer un royaume chez eux, alors que leur population était beaucoup plus nombreuse que leurs frères les Maures et les Numides.

Les cavaliers prirent le départ aux toutes premières lueurs de l’aube. Ils montaient à  vif leurs chevaux qu’ils tenaient par des rênes. Ils étaient armés d’arcs, de lances, de javelots, d’épées et de boucliers, comme s’ils devaient aller en guerre. Ils étaient de cavaliers jeunes et solides, déterminés et endurants, malins et habiles. Ils descendaient au sud-est de la montagne, dans la  vallée sableuse qu’arrosait un grand oued, aux portes du Sahara, verdoyant tout l’an. Après une heure de galop, ils atteignirent la première oasis, très arrosée d’eau et cultivée en palmiers-dattiers. Ils la contournèrent et s’enfoncèrent plus au sud et contournèrent, à trente kilomètres plus loin, la deuxième oasis des Mons.

Ils continuaient de galoper et s’enfonçaient de plus en plus vers le sud, presque en ligne droite. Désormais, ils étaient dans l’erg occidental qu’arrosait la grande rivière à tamarix, habitat par excellence des moustiques qui coulait sur 350 kilomètres, donnant ainsi la vie à des dizaines d’oasis, cultivées par les Ethiopiens, qui couvrait également une superficie de 10.000 kilomètres carrés. Le paysage était merveilleusement contrasté : là s’étendaient à perte des  vues de champs de pierre que se disputaient des herbes chétives, plus loin se succédaient de vastes champs de sparte, là-bas des marmites de Géants gardaient les eaux miraculeuses de pluies et des ruissellements. Les plaines n’étaient pas toutes vertes et certains espaces restaient nus, signe que le phénomène de l’aridité était amorcé. L’eau ne manquait pas  cependant et donnait là  vie partout, grâce à l’Atlas saharien.

Ça et là se dressaient des dunes dorées sur une altitude de 60 à 80 mètres. Elles s’étendaient sur de grandes longueurs. Elles étaient donc in contournables. Alors, les cavaliers descendaient de monture et entamaient l’ascension. Ils portaient des semelles en peau de gazelle, attachées par des lacets aux jambes, pour se protéger contre le sable qui brulait au moment des ardeurs du soleil. Ils tenaient leurs chevaux par les rênes et montaient en déployant de gigantesques efforts. Ils se fatiguaient vite, tandis que les bêtes supportaient bien la fatigue particulière des dunes qu’elles descendaient aussi facilement.

Au-delà, le grand marécage prenait sa plus nette expression. La grande rivière temporaire était jonchée des champs de hautes herbes, ou de jujubiers cramponnés au sol sableux, entrecoupés par des marres d’eau où croissaient les lotus dont les baies étaient prisées par les Gétules, qui en extrayaient des liqueurs qu’ils buvaient occasionnellement lors des fêtes et des mariages. Puis se succédaient des bois de tamarix, d’oléates, de pistachiers. C’était là l’habitat par excellence des antilopes dont un grand troupeau paissait. Elles broutaient, constamment aux aguets. Parfois, elles émettaient des cris rauques, à peine audibles. Déjà, elles perçurent la présence de prédateurs dont les bruits leur paraissaient insolites. Alors, elles entamèrent leur course effrénée.

Tafren dit à ses compagnons de se déployer en deux groupes. Il en commanda l’un, tandis que son coéquipier Meztoul eut en charge l’autre. Les hallalis commencèrent aussitôt.   Les chevaux se lancèrent à la poursuite des proies. Ces bovidés fendaient l’air, plus qu’ils ne couraient, faisaient souvent des sauts extraordinaires. Ils parvenaient sans peine à distancer leurs poursuivants. Les coursiers étaient endurants et ne donnaient aucun signe de fatigue, ni de découragement. Les respirations des uns et des autres s’essoufflaient de plus en plus et donnaient parfois un son pareil à des grognements. Déjà quatre antilopes donnaient des signes d’épuisement. Elles s’arrêtaient longuement, retombaient sur leurs genoux et par venaient difficilement à se relever pour continuer à courir. Ils étaient distants de cent mètres environ les uns des autres et bien en vue, en terrain découvert. Alors, les arcs se tendirent et une pluie de flèches s’abattit sur ces proies qui touchées près du cœur lancèrent un râle d’agonies lugubre. Puis, ce fut le silence de mort.

Les cavaliers étaient fous de joie ; ils exultaient, poussaient des cris de triomphe, chantaient de brefs refrains. Une pause était bien méritée pour tous. Dans une marre vaste, l’eau avait la profondeur d’une jambe. Les hommes s’étaient désaltérés et avaient pris une courte toilette. Les chevaux s’abreuvaient quand l’un d’eux fut pris de panique, dès qu’était sorti des fourrés un  crocodile qui disparut rapidement dans les flots  bourbeux et avait adopté l’attitude d’un mort.  Il faisait tard et personne ne s’était intéressé à  cette  bête.

- Donnons un sursis à  ce reptile aquatique pour une autre opportunité et rentrons au  village, dit Tafren. Nos ménagères attendent la  viande pour le grand repas du soir. De plus  nous devrons abattre des moutons pour avoir la bénédiction des dieux.

Les chasseurs emportèrent leur gibier et reprirent le chemin du retour. Ils galopaient dans une  cadence rythmée, à travers des bancs de sable, des marécages, des collines. Ils ne parlaient pas, ne chuchotaient même pas, dans joie, ni ennui, mais à la manière de mercenaires disciplinés dans un  champ de  bataille. Le disque de feu rayonnait dans tous ses éclats et indiquait presque midi. La nature bruissait sauvagement, les bourgeons s’épanouissaient dans un mélange de couleurs féerique : là, le blanc mat scintillait, plus loin, le rouge adoucissait la  vue, là-bas le jaune souriait comme une multitude de rayons solaires, et en fin ça et là le bleu turquoise émouvait par ses attraits.

Au  bout de trois heures de chevauchée, ils arrivèrent enfin au  village.  Ils passèrent d’abord à la grande marre, près d’une station de gravures rupestres, pour se désaltérer et faire boire leurs chevaux. Les eaux de la source jaillissaient à près de deux mètres de hauteur,  retombaient dans un désordre inouï, allaient ruisseler en une multitude de rus qui  se croisaient ou se séparaient, pour finir leur course dans le marrais à cinq cents mètres plus  bas.

Cinq jeunes femmes étaient là, venues remplir leurs cruches d’eau pour les besoins ménagers. Elles étaient belles, élancées, de peau blanche, charmantes et sensuelles.   Leurs cheveux flottaient au souffle léger de la brise, leurs yeux tiraient vers le marron acajou. Elles portaient des robes longues de qualité, couleur pourpre, au corsage bien haut, manches longues. Elles étaient toutes d’un statut aisé, visible aux joyaux dont elles étaient parées : des bracelets de poing, de cheville, des boucles d’oreille en forme de croissant, des bagues, le tout en argent dont le blanc cendré était éclatant.

Elles ne firent point attention aux hommes qui restèrent à l’écart, fort accueillants et respectueux. Elles parlaient de voix anxieuse, précipitée et un peu brisée, qui s’accordait mal à la partition musicale des gazouillis tendres et mélodieux. Les yeux embués piégeaient pourtant deux ou trois larmes aux cils et demeuraient ouverts, comme frappés de stupeur ou d’horreur. Le visage blême dominait littéralement la teinte pourprée aux joues, une poudre extraite des plantes dont elles avaient le secret. Les mots étaient plus libérés que prononcés, comme si une force mystérieuse les propulsait. Leurs angoisses les minaient presque sourdement : terribles et  poignantes, elles traquaient leurs bonnes humeurs. L’évènement d’hier les avait résolument troublées. Elles brouillaient à le qualifier. Etait-ce un abandon du culte funéraire comme le faisait croire Getuliya pour justifier ses peurs d’avoir failli de s’enterrer vivante dans le tumulus avec sa famille ?  Le fait était inédit et se définissait par beaucoup de Gétules comme une abjuration du culte funéraire. C’était d’avis quasiment unanime une profanation aux Dieux Soleil et Lune, ces deux astres géants que les Getules vénéraient.

Zafir, qui allait vers ses vingt printemps, était l’épousée cadette de Zarhi. Elle parlait avec beaucoup de craintes à ses quatre rivales Mefilja, Gati, Talrham et Debibida dont la plus âgée dépassait légèrement trente ans. Elle était la plus belle aussi, donc honnie par ses rivales qui ne lui souhaitaient le pire et seulement le pire.

« J’ai fait un affreux cauchemar, dit Zafir. Des hommes à face d’animal m’ont conduite à une grotte, à l’entrée de laquelle était de garde un monstrueux chien, aux crocs géants et aux griffes acérées. Une chaleur étouffante se dégageait et avait failli m’asphyxier. Le fond était encombré de trous d’où s’éjectaient des flammes que gardaient des bêtes sauvages. Sur un  siège en pierre siégeait un vampire géant aux grandes oreilles qui lui parvenaient aux épaules. J’éprouvais une abominable terreur, face à ces horreurs sans nom. Le vampire, qui était leur maitre, m’embrassa sur les lèvres, me fit asseoir sur ses cuisses dont je ne se sentais ni la douceur humaine, ni le désir de l’amour. Puis, il me coucha à terre et tenta de me pénétrer. Alors je fus réveillée en sursaut et prise de panique je criais, quand mon cher époux  me bâillonna la bouche avec sa main. Je découvris alors qu’il voulait me faire l’amour ».

Les notes  du silence tombaient, graves et asservissantes, à chaque fois qu’une image étendait ses couleurs horribles qui glaçaient le sang de ses auditrices. Celles-ci ressemblaient à une peau de citron flétri. Elles respiraient si lentement, qu’elles donnaient la nette impression qu’elles allaient expirer leur dernier souffle. Debibida eut un ultime courage et, sous l’impulsion d’une folle jalousie lui dit : « Est-ce qu’il t’a fait l’amour ? » Zafir n’eut aucune peine à acquiescer de la tête. Debibida encaissa très mal la réponse. Mais elle ne montra nullement sa colère. Une idée diabolique germa dans son esprit et elle dit : « On dit que le vampire peut muer et prendre la face d’un homme. Es-tu bien sur que  c’était bien Mzimer ? Zafir ne répondit pas tout de suite. Elle avait compris que son ainée voulait lui semer le doute pour la séparer du mari que se partageaient ses femmes à tour de rôle. De voix assurée et convaincante, elle rétorqua qu’elle reconnaitrait son homme parmi des milliers d’hommes de tout le peuplement Gétule.

Le trouble dominait ces femmes fragilisées et entamait leur équilibre psychique. Au fond d’elles-mêmes, elles qualifiaient l’acte de Getuliya comme une profanation de leur culte funéraire et elles lui en voulaient à mort. Mais que pouvaient-elles faire ? Elles se doutaient bien que la fille était protégée par les Dieux et que de nombreux  habitants la considéraient déjà comme une prêtresse. Elles restèrent préoccupées dans  leurs idées lugubres, quand d’autres femmes arrivèrent, par petit groupe, tout aussi  bien  vêtues et élégantes, venues elles aussi remplir leur cruche d’eau.

Ah ! La femme ! Elle est le bonheur, cet éternel soleil qui se lève toujours et apporte son lot de joies et d’espérances. Elle est cette lumière divine dans les ténèbres que l’homme est appelé sans cesse à traverser. Elle crée l’ambiance partout où elle passe, consciente de ses dons pour donner la vie et la joie avec l’art possible et imaginable, avec si peu de moyens qu’elle nous donne vraiment l’impression qu’elle tient des attributs de divinité et qu’elle réalise tout simplement des miracles.

Les chasseurs ne s’attardèrent pas au point d’eau et regagnèrent le village. Une animation sans précédent y régnait. Les cris de joie retentissaient partout, se lisaient dans les yeux, dansaient sur les lèvres. Tous exultaient, les hommes et les femmes, les garçons et les filles, les vieux et les nourrissons. Tous rendaient des hommages chaleureux à leur libératrice, chacun rivé sur son activité. Les uns allumaient de grands feux, d’autres ramenaient des outres d’eau à dos d’âne ou encore des fagots de bois, d’autres encore nettoyaient l’aire centrale des cérémonies et l’hippodrome de fortune. Des adolescents donnaient déjà le ton de la soirée et jouaient au tambourin ou à la flûte, quand d’autres dansaient en faisant des mouvements quasiment virils avant terme. Les volutes de fumée,  quant à elles, dessinaient des spirales, d’abord opaques, puis claires à mesure qu’elles montaient dans l’air au-dessus des cabanes innombrables et occasionnaient ainsi un nuage flottant qui se dissipait lentement, comme pour attester d’une  beauté féerique.

Tafren arriva chez lui. Il fut reçu amoureusement par Chatoufa et la belle Massine aux yeux  verts. Il fut tout de suite envahi avec beaucoup de chahut par ses enfants, toute une douzaine dont le plus âgé avait signé, il y avait un mois de ça, ses seize ans. Il déposa deux  carcasses sur le côté de la cabane, prit son couteau et commença à les dépouiller.   L’opération était rude et complexe. Son fils aîné, Mezang, l’aidait et quand furent dévidés tous les boyaux il alla les enterrer le plus loin possible du village, pour éviter le maraudage des charognards à proximité. Tafren se rendit ensuite à la  bergerie et ramena un bélier, bien gras et bien beau. Il invoqua le Dieu Ammon et Il coucha la bête à terre dont il attacha les pattes avec une corde en fibres d’alfa, puis il lui tordit le cou d’un coup sec et l’on entendit le craquement sec des  vertèbres  cervicales. Alors, la mort était instantanée et  Tafren se mit vite à retirer la peau du mouton. Au bout de quelques instants, la  carcasse était prête à subir le feu.

Bientôt, des dizaines de foyers de feu  brûlaient, à travers tout le  village, çà et là, à proximité de chaque cabane, où s’agglutinaient des enfants, plus curieux que frileux, à quelques heures de la nuit qui s’annonçait froide et dont la tombée de la gelée avait commencé. Les senteurs résineuses s’exhalaient et, emportées par la  brise, elles chatouillaient agréablement les narines. Les fumées dansaient et tanguaient, avec chorégraphie comme des silhouettes humaines dans un bal. Les bûches de bois tonnaient en craquant, sans  cesse consumées et de grosses  braises tombaient, amassées et dressées les unes contre les autres,  formant une petite pyramide. Puis les hommes se mirent à rôtir la cinquantaine de  carcasses de gazelle ou de moutons, les premières chassées, les secondes offertes en  sacrifice par ces contemplateurs.

C’était la grande fête, jamais célébrée auparavant. Elle ne ressemblait en rien aux festivités habituelles des mariages ou des sacrifices au Dieu Ammon. C’était le renouveau de ce peuple, comme s’il vivait sa propre résurrection. C’était aussi une nouvelle conscience du  vivre en commun, d’observer les règles usuelles de la solidarité, peut-être même imaginer une forme de pouvoir qui régirait leur société, comme rêvaient Tafrezn et Meztoul, infatigables voyageurs dans le pays des Maures, des Numides, des Carthaginois, des Romains dont les apparats du pouvoir les émerveillaient.

Une grosse foule s’était rassemblée dans un genre d’hippodrome, où une dizaine des cavaliers exécutaient d’admirables jeux équestres. Ils se lançaient dans une course folle sur un parcours de cinq cents mètres, puis ils revenaient avec la même vitesse du vent. A l’arrivée, ils se dressaient sur leurs chevaux, lâchaient les  rênes, arboraient de grands sourires, fiers de leur art et de leur habilité, quand les femmes chantaient des youyous allègres et des hommes les ovationnaient par des cris rauques. Et quand les coursiers étaient sollicités, ils balançaient leurs crinières, levaient leurs pattes avant, faisaient rouler leurs croupes, occasionnant une joie ivre des gamins qui essayaient de les imiter sans parvenir. Le jeu dura une heure et tous vaquèrent qui à leurs affaires, qui à leurs loisirs.

Dans le foyer de Tafren, les femmes étaient déjà à l’ouvrage. Elles préparaient le repas du soir : la Numide roulait du  couscous d’orge dans un plat rond et grand, la Gétule surveillait la sauce qui mijotait dans une grosse marmite. Elles portaient chacune un tablier-fessier, en cuir de gazelle mauve, un châle sur les épaules, un bandeau autour de la tête, cheveux décoiffés. Elles étaient outrageusement maquillées au pourpre, par de simples dessins géométriques aux joues, au bas du menton et au front, et, encore superbement parées de boucles d’oreilles et de chaines avec pendentifs en argent qui brillait avec grand éclat à la lueur des braisiers.

Au fond de la cabane, la rescapée du voyage de la mort essayait une belle robe blanche qui lui a été offerte par son amie Adherbala. Elle lui seyait à merveille. Elle se présenta aux femmes qui l’encensèrent d’éloges très flatteurs peu communs. Dans sa démarche, elle ressemblait au cygne gracieux dans son élément aquatique qui suscitait l’admiration de l’artiste, du poète et même du navigateur. Dans son aisance et son apparence aérienne, elle était un ange dont les pas étaient légers et les yeux, célestes. Sa famille d’accueil la considérait déjà comme un être à part, supérieur à l’humain. Elle lui vouait une infinie déférence due à une prêtresse, qui serait l’oracle de son peuple. Elle lui prodiguait aussi un amour immense tout  comme à leur propre fille. Puis, elle la traitait de façon sublime, presque adulatoire.

Gétuliya ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait. Du jour au lendemain, elle était devenue un symbole de mutualité et de foi. Cependant, elle s’y adaptait avec une spontanéité peu commune. Elle  n’était plus la gentille petite fille qui avait peur de mourir, qui aimait jouer à la corde avec son amie Adherbala et bavardait longuement avec elle. Elle était désormais sobre dans ses gestes et ses paroles. C’était comme si elle avait accédé précocement à la maturité et qu’elle devait exécuter des actes de pleine conscience. Durant toute la journée, elle était sollicitée par des femmes dont elle interprétait de façon naturelle les lignes de leurs mains et  leur prédisait un avenir radieux. Elle ne jouait guère la comédie, mais elle y croyait de toute la force de son âme. Même des hommes, les moins  crédules, la consultaient et lui demandaient une lecture astrologique.

Elle était aux petits soins par sa famille d’accueil. Tous l’aimaient, la couvraient de petites attentions. Même, les petits poussins se  voulaient en être les gardiens et les serviteurs. Plus que tous, Massine se sentait très proche d’elle et espérait d’elle de convaincre Trafen pour partir à Cirta rendre visite à sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis près de cinq ans.

Les lumières du jour désertaient déjà la contrée et le disque de feu s’était englouti à l’horizon derrière la montagne, quand s’élevait le tendre concert des gazouillis des oiseaux qui regagnaient leurs nids, quand encore fredonnait le  cri des troupeaux qui retournaient à leurs enclos après une journée de pacage et de loin en loin se percevait le hurlement des fauves et des charognards. Alors, mille feux furent allumés presque en même temps avec une parfaite synchronisation, comme à la guerre que ce peuple farouche et redoutable savait mener. Ils brillaient comme des astres dans un ciel noir, à mesure que l’obscurité tombait. On aurait dit des vagues de feu qui dansaient au gré du vent du soir et soufflaient des haleines chaudes, dissolvant les fines glaces de la gelée de ce mois d’avril.

De grandes assemblées, plus de cinquante,  s’étaient formées en cercles de plus de cinquante individus, les uns distants des autres d’au moins deux cents mètres. Le village Doug semblait être comme une grande ville avec toutes ses rues et ses places, ses maisons et ses palais, tant les mille cabanes étaient soigneusement alignées, ni trop serrées, ni trop éloignées et lui donnaient ainsi le cachet de grande cité, une capitale sans  nom, héritière véritable de son ancêtre préhistorique. Les hommes étaient séparés des femmes, mais à peu de distance, si bien que leurs ombres se confondaient à la lumière.

Alors commença la veillée joyeuse sans vacarme, mais empreinte de sérénité. Les flûtes donnèrent le ton et leurs mélodies tendres et douces captaient les attentes secrètes de l’amour, appelaient l’âme à faire un  voyage céleste. Leurs notes graves prolongées se relayaient à d’autres plus gaies et moins timbrées, mais avec une parfaite synchronisation orchestrale, sans solfège pourtant. Les tambourins les accompagnaient en sourdine à quatre coups rythmés. Les hommes chantaient un couplet spirituel en hommage au Dieu Ammon, sur un mode grave, presque mélancolique. Les youyous s’élevaient d’un moment à l’autre, prolongés et harmonieux, relayés aussi par des chansonnettes allègres d’amour. Toutes ces voix fortes, dont les échos résonnaient dans l’immense contrée, créaient une atmosphère de culte et non un appel à une expédition guerrière quelconque.

Le repas était servi. Partout de grands plats de  couscous étaient servis, ainsi que des dizaines de carcasses de viande rôtie. C’était délicieux et les gens mangeaient avec un réel plaisir, en parlant et en commentant l’évènement qui faisait date dans l’histoire de leur peuple. C’était la fête et tous la prolongeaient dans la nuit. Tous étaient gais et joyeux. Certains buvaient la liqueur des jujubes qu’ils écrasaient et faisaient  bouillir pour en extraire du  vin fort qui  brulait les tripes. Mais, ils restaient conscients, respectueux des usages, sans tanguer le moins du monde. Ils n’étaient pas nombreux.  Car le peuple libyen n’était pas un consommateur d’alcool, comme les peuples romain ou grec.

Aux dernières lueurs du couchant, le silence recouvrit la plaine. Il était quasiment religieux. L’on n’entendait plus ni chants, ni musique, encore moins de chuchotements. L’instant était solennel et chacun le respectait dans toute sa rigueur. C’était le moment inédit du sacrement de Gétuliya, comme l’élue des Dieux.  Elle était conduite pat Tafren et Meztoul vers le Conseil des Sages. Elle était vêtue de robe  blanche, parée de bracelets et de boules d’oreille. Elle marchait déjà comme une petite prêtresse. Elle faisait des pas lents, mesurés, cadencés, tel un ange qui viendrait au milieu de la  nuit rendre visite aux humains. Elle fut accueillie avec tout le respect cérémonial voulu par les Grands de la tribu, puis elle  se prosterna face au prêtre. Celui-ci rendit gloire au Dieu Ammon et la couronna d’un diadème d’argent et prononça tout bas la formule de consécration spirituelle de prêtresse, malgré son âge approximatif de neuf ans. Alors des ovations fusèrent de partout à la gloire de Gétuliya qui incarnait vraiment l’enfant divin.

Gétuliya n’affichait aucun sentiment de joie, ni de vanité. Elle  ne les ressentait même pas au fond d’elle-même, alors que sa consécration était assurément d’une grande distinction, naturellement enviable. Elle semblait déjà inspirée par une force mystérieuse surnaturelle et elle jouait bien  ce rôle. Elle regagna la hutte de ses hôtes dont les enfants dormaient déjà. Elle se préparait déjà à sortir son peuple de son énergie sauvage et l’intégrer dans la civilisation des Maures et des Numides, les fils de sa propre race. Elle en avait le pouvoir de prêtresse par lequel son peuple lui obéissait et elle avait aussi la protection de son père adoptif Tafren, combattant et voyageur, qui lui ferait des voyages initiatiques aux pays des Maures, des Numides, des Ethyopiens, de Carthage et de Rome et qui lui inculquerait la haine des Romains pour en repousser les invasions.

                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17
avr 2022

je souhaite que mon lectorat m’encourage et passe commande de mon ouvrage ci-dessous décrit ; je vous remercie infiniment image.html

17
avr 2022
Posté dans Non classé par bencherif à 10:33 | Pas de réponses »

                    Aphrodite, tes lèvres

 

 

 

Sur Tes lèvres mon baiser échoue sensuel,

Posé par miracle et passion sulfureuse,

Baiser des abeilles et gelée du miel

Depuis l’origine du monde prometteuse.

Baiser jadis conçu dans le chant védique

Des amants pardonnés de s’aimer dans l’ombre,

Livrés dans les textes millénaires antiques

Des Indes réveillés de léthargie sombre.

 

Un trophée sur mode sémillant et riant,

Un talent des filles de l’ile océanique,

Frivoles et déhanchées, de genre pétillant,

Aux gestes et mouvements gracieux et féeriques.

De nature gaie, frivole et insouciante,

Encensée aux fleurs tropicales bigarrées,

Pétillante de vie, ma sublime amante

Me séduit et en elle mon cœur est amarré.

 

Ses lèvres, un dessin au caprice lascif,

Légèrement tracées et de suc humectées,

Deux lames de la mer qui brisent les récifs,

Et moi leur esclave, sans pouvoir résister.

 

Prompte à aimer dans ses rivages chauds et gais,

L’Aphrodite de mes temps surpasse le mythe,

Dans son art, ses ardeurs, ses atours, ses attraits,

Potion magique de la plaie, source bénite.

 

Par elle, mon ascension céleste s’opère

D’étoile en étoile, scintillante en éclat,

Voisin de la lune, dans l’immense éther

Evadé terrestre, son amour m’appela.

 

Promesse des jardins fabuleux de Vénus,

Profusion de mille fruits aux belles saveurs

Notre nuit longue va jusqu’à l’angélus

Amants, nous  baignons dans l’océan des ferveurs.

extr les vagues poétiques

 

 

                     

 

17
avr 2022
Posté dans Poésie par bencherif à 10:27 | Pas de réponses »

La rigueur et probité qui étaient les miennes

Me faisaient barrières à toute promotion

Pour grimper l’échelle et assumer les rennes

De commandement, remplir de hautes missions.

 

J’attendis des années le sourire du sort,

Dans l’espoir qu’un commis de l’Etat investi

De souveraineté, de haut rang puisse alors

Me confier ce poste dont j’avais les outils.

 

Mon dossier me plaidait comme un bâtonnier,

Sur le plan compétence et sur la moralité

Attestées et sans que puisse les renier

Un habile enquêteur connu et redouté.

 

Passa l’an dans l’espoir, puis d’autres sans espoir,

Sans jamais recevoir l’avis de nomination

D’agent de la nation, récompense notoire

De mes valeurs partout tenues en adulation,

Partout ailleurs  à l’échelle planétaire sauf chez moi,

Dans mon grand pays où de petits hommes corrompus

Jusqu’à l’âme écrasent  de leurs pieds notre droit,

Gèrent la société comme leur propre du,

Ecartent les agents aptes et vertueux

Pour faire entendre leurs ordres, prétendus

Louables pour servir la nation au mieux.

 

Ils sont là, ils étaient là, ils seront là aussi ;

Ils se souviennent de notre jeune Etat,

Ils l’ont blessé, brisé en plusieurs organes,

Ils le mettent en brancard, le portent à trépas,

Ils l’ont dépouillé à fond de sa grande manne.

Ils se paient nos têtes, achètent le silence,

Vont en campagne de l’intox très savant,

Mûrement réfléchie avec trop de brillance,

Menée à bras de fer et toujours à l’avant.

 

Qui se dit engagé est vite éliminé.

Ils lui cherchent des poux sur toute la tête

Et quand ils n’en trouvent pas pour le condamner,

Ils en ramènent d’ailleurs et ils l’infectent.

Alors, ils l’encadrent pour se taire à jamais,

En  l’affligeant d’un timbre mensonger habile

De manipulation de tiers ou de débile

Vomi par la masse et partout déclamé.

 

Mes patrons successifs ne furent que véreux,

Aptes à s’enrichir, très aptes à construire

De somptueuses villas dont l’éclat ne cesse de luire,

En trophées importés par des moyens douteux,

De pays voisins et proches sur fonds du Trésor,

Savamment détournés en brouillant les pistes,

En camouflant l’achat d’articles sur listes

Qui servent leurs appétits encore et encore.

Ils prolongeaient les vœux de leurs propres patrons,

Leurs éducateurs futés en basse magouille,

Qui prenaient leur quota en pressant le citron

Sans penser un instant à probable fouille.

Eux tous faisaient pacte avec le diable

Pour sucer et pomper la nation torturée

Par des fous à lier, cupides insatiables,

Fiers de leurs actes, de sang froid, perpétrés.

Ils ne craignaient pas de se faire prendre

La main dans le sac, dans le flagrant délit.

L’outil de contrôle faisait défaut sans feindre,

Depuis des décades, bien tombé dans l’oubli.

Quand la masse jase, L’enquêteur dépêché

Au prix de grandes tergiversations

Par le veule décideur vient sans vouloir chercher

La dilapidation des biens en augmentation,

Mais il est mis aux frais dans le luxe honteux

Reçoit mille cadeaux, se rassasie en mets

Succulents et exquis, d’arome mielleux

    Consume son plaisir, fume le calumet
extr l’Odyssée Edilivre

Cependant, l’arbitraire régnait en maître pour les peines d’emprisonnement ou d’internement. En effet, les internements administratifs que subissaient les Indigènes relevaient de l’arbitraire. Les généraux commandant de territoires et le gouverneur général les décrétaient sans limitation de durée, pour quelque motif que ce fût. Il aura fallu attendre la décision du 15 juin 1855 pour les fixer à 6 mois pour les généraux et une année pour le gouverneur général. Cette décision intervint à la suite de la scandaleuse affaire du capitaine Doineau. Cet officier, Doineau, chef de bureau arabe de Tlemcen, fut condamné à mort en 1856 pour avoir fait assassiner un agha. Il faisait exécuter à son gré les Indigènes qui gênaient son action. Il fit exécuter en présence de témoins 12 indigènes et fut déféré par conséquent à la cour d’assises d’Oran. Néanmoins, l’esprit de corps fut au-dessus des lois. En effet, le corps des officiers des Bureaux Arabes se solidarisa avec Doineau. Ses complices furent condamnés à 20 et 10 ans de réclusion criminelle avec travaux forcés. Le capitaine Doineau fut condamné à mort puis gracié 2 ans plus tard. (Charles André Julien pages 339-340).

Il n’est pas inutile de rappeler que l’Algérie fut gouvernée, dès 1830 jusqu’en  1870, par le régime militaire. L’ordonnance du 24 juillet1834 réalisa l’annexion de l’Algérie à la France et de ce fait les lois de la Métropole étaient par conséquent  applicables à l’Algérie. Ce régime militaire se distinguait essentiellement par deux structures :

-les Bureaux Arabes pour les Indigènes.

-les subdivisions militaires pour les Européens. Cependant la communauté européenne connut tôt une organisation municipale suivant l’ordonnance du 28 septembre 1847, administrée par des maires et des commissions municipales nommés. Un arrêté du chef du pouvoir exécutif en date du 16 août 1848 éleva les conseillers au régime démocratique, par voie d’élections, ce qui représentait une notable ouverture politique pour les Européens. Deux ans plus tard, ces mesures furent suspendues et un décret du 18 juillet 1854 replaça la municipalité sous le régime de l’ordonnance de 1847, soit la première organisation. Ce régime subsista jusqu’en 1866. En effet la politique de Napoléon III par les décrets du 27 décembre 1866, 20 mai, 18 août et 19 décembre 1866, qui étendit le nouveau régime municipal à tout le régime civil, c’est-à-dire pour tous les centres de colonie. Ces communes furent appelées commune de plein exercice, dotées de commissions municipales et administrées par les commandants des territoires. Pour les Indigènes, des communes subdivisionnaires furent érigées. Un décret du 29 mars 1871 place l’Algérie sous le régime civil avec à la tête de la pyramide un gouverneur général, dit civil. L’empereur était déchu et donc route sa politique le fut. Ce fut le premier triomphe des colons dont le pouvoir s’exerçait désormais par la voie de l’autorité municipale. Et nombreux historiens qualifièrent ce saut qualitatif des colons comme le gouvernement des maires.

L’action des colons était désormais affranchie de l’autorité militaire qu’ils jugeaient comme un frein à la colonisation et l’arrivée de nouveaux immigrants, ainsi que la garantie pérenne des privilèges consentis aux grandes familles indigènes qui plus ou moins pouvaient influer sur le cours des insurrections qui éclataient à travers le pays.

Enfin la loi municipale du 5 avril 1884 fut déclarée applicable aux communes de plein exercice d’Algérie. Cette commune de plein exercice comporte des particularités. Elle est une agglomération majoritairement européenne et territorialement minoritaire à laquelle sont rattachées des tribus et des douars du voisinage pour lui permettre de vivre par le biais de taxes et d’impôts que ces derniers groupements humains payaient, organisés en douars dont les biens communaux sont administrés par des djemaa constituées par des notables.

La commune mixte se caractérise elle aussi par des particularités. Elle forme un centre de colonisation et sa population est européenne et indigène, celle-ci étant majoritaire. Elle est administrée par un administrateur nommé pat arrêté du gouverneur général, assisté par une commission municipale dont il est le président. Cet organe est vraiment d’une expression citoyenne et administrative. En effet, les membres élus sont français et les membres nommés par l’administration sont indigènes, tels le caïd et le président de la djemaa. L’élu municipal est appelé adjoint spécial ou municipal pour le différencier des adjoints de l’administrateur dont le nombre varie de un à deux ou trois en fonction de l’importance de la commune mixte.

extr regard critique sur l’oeuvre l’aube d’une révolution MARGUERITTE aLG2RIE 26 AVRIL 1901

 

Au premier appel du muezzin, Mohamed pénétra dans le ksar, par le grand portail nord qui était déjà ouvert, fait en bois fruste et très robuste, de grande hauteur. Il faisait encore très noir, cependant quelques croyants se rendaient à la mosquée. Certains s’éclairaient de lampe à signal dont la faible luminosité balançait au gré des mouvements de la main et scintillait, d’autres scrutaient la pénombre et marchaient carrément contre le mur et leurs ombres se confondaient au néant. Leurs pas étaient silencieux, presque feutrés, les pantoufles ne crissant pas. Des enfants, qui allaient à l’école coranique, se mouvaient aussi, indistincts et sans peur, car la sécurité absolue régnait. Les ruelles étaient étroites et tortueuses, sans ballast, montantes ou descendantes légèrement. La cité semblait encore endormie et ne donnait presque pas signe de vie à l’extérieur. Ses cuisines activaient pourtant et préparaient très tôt le petit déjeuner pour les laborieux habitants.

Juste au grand portail, se déroulaient deux voies opposées, limitées de part et d’autre de maisons. Mohamed emprunta celle de droite et laissa à sa gauche une impasse, élevée de façon abrupte et très courte. Il ne fit pas plus de vingt mètres et arriva chez lui. Il frappa à la porte qui , bien épaisse, ne résonnait pas. Il cogna plus fort avec sa canne, aucune voix ne répondait de l’intérieur. Alors, il commença à maugréer : « Mon dieu, le beau ! Personne ne vient m’ouvrir ? La fille de mécréants est sourde ; pourquoi j’ai épousé cette femme, moi ? Je lui donnerai une ou deux baffes pour lui apprendre à me laisser poiroter par ce sale temps ; il fait un froid de canard, par dieu, c’est vrai. Pourtant, elle sait que c’est mon heure d’arrivée, au premier appel du muezzin. » Au repos, il gelait et pour se réchauffer, il  remua les pieds, ôta  ses gants et se frotta les mains. Alors, il tapa de toutes ses forces avec son poing ; personne ne répondait à ses coups, violents pourtant, qu’amortissait l’épaisseur du bois. Il bougonna encore  et dit avec dépit : « On cherchera longtemps dans ses ruelles terreuses, on ne trouvera point un caillou pour taper fort et se faire entendre. » Désespéré, il se dit faire le compte à sa femme et la répudier. Il se corrigea vite par regret et maudit le diable qui lui jouait des tours et lui indiquait déjà de très jolies créatures, quelques unes mariées, d’autres, jeunes filles. Finalement, Fatma vint ouvrir, dit bonjour et retourna à sa cuisine, sans laisser le temps de réflexion à son mari.

Mohamed conduisit son âne dans le dépôt de bois dont il alluma un plafonnier électrique dont le voltage était si faible que l’on ne voyait presque rien. Il rangea les bûches dans un coin et s’écorcha un doigt qui saigna aussitôt. Il le suça instinctivement et le sang coagula. Il regagna la cuisine et sermonna fortement sa femme, puis il la saisit par les cheveux et la secoua vigoureusement et dit : « Maintenant, je vais t’apprendre à être prompte pour m’ouvrir la porte. ». Elle eut peur un peu, mais ne trembla pas, ne cria pas. Et dit : « Ne me frappe pas ; je t’ai préparé à manger et l’eau est chauffée pour que tu fasses tes ablutions. » Il la tenait toujours par les cheveux sans exercer de violence pourtant, alors qu’il était très nerveux. Quant à elle, elle restait humblement soumise et sûr d’elle-même. Elle n’essaya même pas de se dégager de l’étreinte de son mari qui dit : « Je vais t’apprendre à savoir qui suis-je. » Fatma restait imperturbable, malgré sa fragilité. Elle connaissait tout de son homme, sa violence, sa modération, ses limites. Aussi, elle n’en fut pas trop émue et dit : « Je sais qui tu es ; tu es  mon lion qui rugit et fait fuir les braves. » Elle fit mouche et, à chaque fois que Mohamed entendait les mêmes propos, il se désarçonnait et jamais il ne put déceler la boutade du compliment. Pour s’authentifier comme tel, il rugit comme d’habitude, prit une amphore qu’il remplit d’eau tiède et regagna le dépôt de bois qui faisait office de salle de toilettes.

extr hé hé c’est moi qui l’ai tuéAiN

6
avr 2022
Posté dans Non classé par bencherif à 1:37 | Pas de réponses »

                                           Ton nectar

 

 

 

Le suc de ta bouche, miel blanc de montagne,

Suave et peu fourni, suggestif du désir,

M’abreuve comme une source pure qui me baigne

Le palais et mes sens, mon esprit en délire.

 

Déjà c’est l’ivresse accomplie dans l’éveil,

Le bel art bien traduit dans l’amour en couple,

En tendre communion, grisé de merveille,

Dans sa danse nuptiale féerique souple.

 

Et en toi florissait un amour tendrement gracieux,

Par tes gestes câlins qui pourvoyaient, dans l’air

Du chant des sirènes charmant et mélodieux,

De fortes sensations expirées pour plaire.

 

Vaine résistance face à tes splendeurs,

Ton pouvoir séducteur, tes atouts frémissants,

Tes envies déchaînées,  ton habile candeur,

Ton corps soumis aux flots de l’amour gémissant.

 

Mon présent pour toi vient des jardins de la terre,

Qui renaît toujours pour adoucir notre vie

Offrir l’espérance, tout comme naguère,

Quand on chantait l’amour de jour comme de nuit :

 

Collier de marguerites, symbole de passion,

Posé dans l’engouement tout en frémissant,

Sur tes blonds cheveux, épis d’or mûrissant,

Aux heures ultimes du printemps en désertion,

les vagues poétiques

6
avr 2022
Posté dans Non classé par bencherif à 1:35 | Pas de réponses »

                                Sous ta Khaima (tente)

 

 

Sous ta Khaima en poils fins de chameau

Emaillés en poils caprins durs et malléables,

Résistante aux bourrasques et imperméable

Aux pluies et aquilons, montée loin des hameaux,

Suspendue aux bâtons d’oliviers sauvages

Trempés et endurcis  à l’huile de cade

Qui défient l’air humide, l’usure des âges

Vieux génie primitif forgé aux bravades

Des aïeux Gétules tous craints par les Romains,

Valeureux guerriers et transhumants au terroir

Des immenses plaines du Tel, riches en grain

Qui bivouaquaient en plein air sans manoir.

 

Toi, bergère, vêtue d’ample robe bien claire,

Bracelets à tes mains, médaillon à ton cou,

Tes noirs cheveux épars, tu fredonnes bel air,

Allongée sur la soie, joyeuse de beaucoup,

Tu attends ton berger qui fait cuire le méchoui

Au trépied de sable où flambent deux bûches

Les braises s’effondrent et leur flamme éblouit

Autour du feu, des pierres posées comme ruche.

Au moindre mouvement résonnent tes joyaux

Dans un tintement bref, comme tendre musique

Jouée sans solfège par des ténors loyaux

Qui interprètent la mesure magique.

 

Tes joues roses tentent fatalement le saint,

Sorti de son temple dans la grande ferveur,

Reliques du sermon encore dans son sein

Le vice étranger à son noble et grand cœur.

 

Du regard langoureux, tu séduis ton berger,

Ivre dans l’euphorie et de baume encensé

Qui, des yeux, admire tes atours arrangés

Rêveur un bref instant avant de s’annoncer.

les vagues poétiques

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