ahmed bencherif écrivain et poète

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1
juil 2010
le monument de la Chrétienne; marguerite tome 1, ahmed bencherif
Posté dans Marguerite t/1; t/2 par bencherif à 7:28 | 2 réponses »

         Un vent frais soufflait et faisait bruire les feuilles de la vigne, dont les sarments rampaient sur des roseaux, au dessus du patio. La lune balayait la nature endormie, la voûte céleste était constellée de milliers d’étoiles qui brillaient. Le silence nocturne était plat et ne donnait nullement l’impression que le village vivait. Cette sérénité invitait
La Douja, plutôt à murmurer que de parler, par respect à la nuit qui fournit l’heureuse aubaine aux gens pour se réfugier dans un repos compensateur. La vielle se conservait néanmoins, surveillait sa santé et, quand elle se plaignait d’une affection quelconque, elle préparait elle-même ses breuvages à herbes médicinales, dont elle connaissait toute une gamme répertoriée en mémoire. Elle souffrait les affres de la sénilité et sentait ses jambes fléchir, son dos se recourber, ses reins lâcher et son sommeil diminuer et, depuis quelques années, elle ne faisait plus son petit pèlerinage à sa ville natale, Tipaza, où elle avait grandi, en subissant l’influence des mœurs andalouses. De nature calme, elle piquait cependant des éclats de voix surprenants, pour amender ses belles filles qui se chamaillaient, quelques fois, par pure jalousie entre elles. Elle était saine d’esprit et narrait merveilleusement les contes inépuisables. C’était une mémoire, un caisson à trésors fabuleux dont elle révélait chaque soir les secrets, à ses petits poussins qui en étaient toujours émerveillés. De sa voix douce, elle les invita à l’évasion au royaume des merveilles :           

        « Dans les temps les plus reculés, un berger de
la Mitidja faisait paître ses vaches sur les grasses collines aux alentours du Kobor Roumia, non loin de Tipaza. Un soir, au moment où il éconduisait son troupeau aux bergeries, il s’aperçut qu’une bête avait disparu. Il en fut tellement peiné qu’il passa la nuit entière à pleurer. Le lendemain, aux premières lueurs du jour, il la trouva aux écuries et éprouva une grande satisfaction, heureux d’échapper au courroux de son maître. Il se dit qu’il s’était trompé en les comptant. Mais son heur ne dura pas longtemps, car, le même incident se produisit, le soir. Il crut qu’il délirait de fièvre, mais sa tête n’était pas chaude. Cette fois, il compta les vaches à plusieurs reprises et s’assura qu’effectivement l’une d’elles manquait. Il passa une nouvelle nuit blanche à verser un flot de larmes, terrorisé par une peur bleue. Le lendemain, le compte y était. Il ne comprenait pas du tout ce qui se passait et résolut d’éclaircir ce mystère. Au soir, et au moment de rentrer, il se cacha dans un endroit et épia son troupeau, quand il vit une vache s’éloigner. Il courut à toute allure et s’accrocha à la queue de la vache qui entra dans le temple, par une ouverture qui se referma aussitôt. Le lendemain, la vache ressortit du tombeau et, à sa queue, se tenait le berger chargé d’une grande quantité d’or et de pierres précieuses. Il devint rapidement un grand seigneur distingué et très riche. Il raconta naïvement comment il s’était procuré sa grande fortune et dit qu’il ne connaissait pas la porte du tombeau, ce qui était vrai. Le bruit courut vite et parvint à Alger. Des gens affluèrent à la recherche de trésors, mais la porte du sanctuaire qui était gardé par la fée Haloula ne s’ouvrit point ».    

        
La Douja s’arrêta, le gosier sec. Ses petits enfants, qui étaient transportés dans un monde de rêves fantastiques, flânaient dans des rivages paisibles que leur innocente imagination concevait, loin des forces du mal. Ils crurent qu’elle s’était endormie et demeurèrent émus. L’impatience les gagna et ils chuchotèrent : « Est-ce qu’elle dort ? Réveille-la. Elle est fatiguée ». A leur grande surprise, elle demanda à boire et Hamza lui versa de l’eau de cruche, les petits veillaient toujours et voulurent savoir qui était Haloula.   

        -  Haloula, dit-elle, appartient au monde des êtres invisibles. C’est elle qui garde le trésor du Kobor Roumia. Elle le défend avec bravoure et chasse tous ceux qui tentent de le voler. Nos fils ont vainement essayé, les Turcs et les Marocains, aussi. Allez maintenant au dodo.     

        La grand-mère se glissa lentement dans son lit, bénit ses descendants et implora le Seigneur de la combler de clémence. Gagnée par le sommeil, elle s’assoupit, la main droite sur son visage, et émit un douillet ronflement. Les enfants étaient chagrinés par l’obstination des hommes à vouloir toujours profaner le sacré et à salir le merveilleux, mais aussi heureux de l’invincibilité de la bonne fée Haloula qu’ils admiraient sans bornes. Ils aimaient leur grand-mère dont ils adoraient la prodigieuse mémoire qui les entraînait chaque soir, été comme hiver, dans un monde fantastique. La journée entière, ils s’accrochaient à ses pans, recevaient de tendres caresses, un joli bisou, un bonbon et n’hésitaient pas à partager avec elle leur part de viande. Comme nous, ils grandiront, se souviendront d’elle comme une sainteté et voudraient revenir enfants bercés par la main de l’aïeule pour fuir à tout jamais un monde qu’ils ne s’imaginaient pas autant ennuyeux. 

        La légende du berger, devenu richissime, fut bien établie. Par son mystère impénétrable, elle avait stimulé la cupidité des uns et la hardiesse des autres : particuliers et princes partirent à l’assaut de ce gisement aurifère et des recherches furent entreprises. Ainsi au 16ème siècle, elle parvint au dey Salah Rais, qui fut amené à faire une véritable expédition armée. Il dépêcha un peloton d’obusiers, qui canonnèrent le monument de tous les cotés pendant des jours et des jours.  Leur tentative fut vouée à l’échec et l’édifice, qui était gigantesque comme une montagne, ne subit aucun dégât majeur. Haloula avait repoussé les profanateurs des lieux sacrés. Le dey ne s’avoua pas vaincu et ordonna à des esclaves chrétiens d’effectuer des fouilles. Cette fois, une légion d’hommes armés de pioches entreprit des fouilles harassantes, en essayant de déterrer les roches soudées entre elles-mêmes. Haloula en fut courroucée et se défendit vaillamment pour décourager définitivement la vilaine cupidité des chercheurs de trésor : les piocheurs furent aussitôt envahis par des légions de frelons qui les piquèrent de leurs dards venimeux au visage, aux mains, enfin, sur tout le corps. Les malheureux prirent la fuite et le Kobor Roumia resta intacte pour une très longue durée et conserva tous ces mystères. Cependant au 18ème siècle, le dey d’Alger, désireux agrandir sa flotte de guerre, eut une idée diabolique et organisa une nouvelle expédition. Il ramena des charlatans marocains du Sous qui pratiquaient la magie et les dépêcha sur les lieux. C’étaient des chercheurs de trésor réputés, qui prospectaient les tumulus disséminés, un peu partout dans le pays. Ils consultèrent leurs livres, tournèrent autour du monument plusieurs fois, récitèrent un satané grimoire, en cherchant des issues probables :   

         « Tombeau de
la Chrétienne ! Si tu t’y rends, tiens-toi debout sur la tête du tombeau, orienté au Sud, puis regarde vers l’Est et tu verras deux pierres debout comme un homme debout ; par une fouille, descends entre elles et tu y rencontras deux chaudrons après avoir immolé.   

Leurs procédés de sorcellerie n’aboutirent à rien et les charlatans furent mis en fuite par la fée Haloula et, depuis, le tombeau attendit que germât l’intelligence humaine pour la découverte de son secret. 

 


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2 réponses:

  1. bencherif écrit:

    TRès belle rencontre qui me réjouit Catherine; oui j’espère bien que tu comptes y faire d’autres commentaires, ce qui constitue sans nul doute pour moi un encouragement.

  2. Catherine écrit:

    Que de délicatesse!Merci,pour cette invitation dans ton monde fantastique.

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