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20
juil 2011
la répression de la manifestation pacifique du 14 juillet 1953 à Paris ahmed bencherif
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La   répression de la manifestation

pacifique du 14 juillet   1953 :

 

A Paris

 

 

 

1.        Cadre socio politique :

                      La politique de répression poursuivie par la France contre le peuple algérien se prolongeait jusqu’en Métropole et visait spécialement les immigrés algériens qui affluaient de plus en plus à la recherche du pain. Ainsi le génie colonial de la France, pays des droits de l’homme, avait conçu et mis en application un dispositif de surveillance et de placement à partir de l’année 1920 pour accueillir de plus en plus de main d’œuvre nord africaine pour mener une politique économique de large reconstruction dans les mines, l’industrie, le bâtiment et les travaux publics. Des brigades nord africaines furent créées et avaient pour mission de placer les immigrés nord africains dans les différents secteurs d’activité et de les surveiller.  L’immigration algérienne prit de l’essor et atteignit le chiffre de 100000 individus en 1930 et commença à émerger le nationalisme algérien. C’est là que trouva sa signification ce dispositif de placement et de surveillance. En effet, les brigades nord africaines fichaient les militants, suivaient de près les meetings du mouvement nationaliste dont elles  dressaient des listes de participants qu’elles privaient du droit à l’allocation chômage ou familiale ; elles faisaient aussi pression sur leurs employeurs pour les licencier et par conséquent les rapatrier par contrainte.            

                 Le 8 mai 1945 sonna le glas du nazisme et mit fin à la deuxième guerre mondiale. 134000 soldats algériens (tirailleurs spahis zouaves..) combattirent au coté de la France qui leur avait promis l’indépendance de l’Algérie en contre partie. 11200 périrent dans ce conflit. Comme on fêta la victoire dans le monde, on la feta aussi en Algérie et des manifestations pacifiques spontanées eurent lieu le même jour dans la plus part de nos villes (Sétif, Guelma, Saida, Ain-témouchent etc ) et revendiquèrent l’indépendance, promise par la France aux Algériens. La France se déjugea et poursuivit sa politique de répression. Il y eut un massacre, un génocide qui fit 45000 ou 50000 morts en 3 jours. Le parti communiste français au gouvernement ne protesta pas. Le journal l’Humanité dénonça ce bain de sang :

              « A Sétif, attentat fasciste le jour de la victoire. Des éléments troubles d’inspiration hitlérienne se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation hitlérienne. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre »

             Dans la même année, les brigades nord-africaines, qui surveillaient et plaçaient les immigrants algériens en France, furent dissoutes. Leur personnel fut affecté dans les commissariats de quartiers difficiles à Paris.  

            En  1945, les travailleurs algériens retrouvent le chemin de la France et ils sont affectés dans les secteurs prioritaires : les mines, la sidérurgie, les industries mécaniques, chimiques et textiles, les infrastructures routières, ferroviaires et portuaires, les transports, les barrages. Ils participent à la relance de la machine économique et au maintien de l’équilibre entre campagnes, villes moyennes et métropoles. L’économie française a bénéficié d’une main-d’oeuvre jeune, robuste, directement introduite dans le procès de production, au coût très bas (absence de formation professionnelle, de droits sociaux, de logement), mobile et variable en fonction des besoins de l’économie.

          Les événements de Sétif de 1945 avaient accéléré la radicalisation du mouvement nationaliste. Cette année-là, le parti de Messali Hadj qui avait pris la suite de l’Étoile Nord-Africaine, le Parti du Peuple Algérien, fut dissout par les autorités coloniales.

          Mais depuis 1947, les Algériens devenus des  » franco-musulmans  » possèdent plus de droits sociaux et politiques. Ils s’organisent dans le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) qui reprend dans un contexte nouveau le programme et les traditions l’Etoile et du PPA. II réclame toujours la fin du régime colonial, les libertés démocratiques, l’indépendance du syndicat, l’émancipation de la femme, la laïcité de l’Etat, une Assemblée Constituante et le remplacement de l’Union française en un Commonwealth franco-africain. Ses militants restent à la CGT mais il existe des cellules MTLD d’entreprises. Ils participent à toutes les actions de la classe ouvrière et à ses manifestations. Au cours de son congrès tenu les 15 et 16 février 1947, le mouvement avait arrêté les principes de son combat dans le sens de la poursuite de la lutte sous toutes ses formes et en particulier à travers la participation aux élections, œuvrer à unifier les rangs du mouvement national en un front unique

          Fin 1947, il obtint 33% des sièges aux élections municipales; à la suite de quoi le gouverneur général de l’Algérie, le socialiste Naegelen, organisa le truquage des élections de 1948 pour l’Assemblée algérienne. Partout ailleurs en Algérie, les candidats de l’administration coloniale furent élus, sauf à quelques exceptions dont la circonscription des territoires du sud qui vit Baki Boualem élu.

La nouvelle direction issue de ce congrès était constituée de Messieurs ;

1.      Messali El Hadj, Président

2.      Dr Mohamed Lamine Debaghine, responsable des affaires étrangères

3.      Ahmed Bouda : chef de l’organisation politique

4.      Omar Ousseddik : adjoint du chef de l’organisation politique

5.      Mohamed Belouizdad : Chef de l’organisation militaire spéciale

6.      Hocine Aït Ahmed: intendant du mouvement et adjoint de Belouizdad dans l’organisation secrète

7.      Mohamed Ben M’hemel : Secrétaire du président du mouvement

8.      Mebarek El Djillali : responsable des travaux d’impression et de diffusion

9.      MEssaoud Boukadoum : Adjoint

10.  Mohamed Khider: Adjoint

11.  Ahmed MEzghanna : Adjoint

12.  Chaouki Mostefaoui : membre

13.  Mohamed Taleb : membre

L’organisation du Mouvement :

L’organisation du Mouvement s’est étendue à travers tout le territoire et l’Algérie fut divisée en dix wilayas et trente six daïras. Chaque daïra regroupait plusieurs cellules et l’émigration a constitué la onzième wilaya qui prit le nom de Fédération de France.

Le tableau ci-après montre l’organisation judicieuse du mouvement. A la tête de chaque wilaya ou daïra, il y avait un chef. L’organisation structurelle du mouvement se caractérisait par une gradation des prérogatives et missions comme suit:

Wilayas

Daïras

Constantine

Constantine- Batna- Nord Constantinois

Annaba

Annaba- Guelma- Skikda- Tébessa

Sétif

Sétif – Béjaïa

Basse Kabylie

Une seule daïra

Haute Kabylie

Tizi Ouzou- Tighzirt – Larba Nath Iraten – Bordj Menaïel – Dellys- Blida- Bouira – El Asnam

Médéa

Médéa – Sud Algérois

Oran

Oran- Mostaganem – Tlemcen- Belabbès

Béchar

Béchar – Mascara – Saïda

Alger

Alger – Belcourt- Kouba – Hussein Dey- El Harrach-  ND d’Afrique- Boudouaou – Birkhadem

Fédération de France

        Messali hadj est arrêté en décembre 51 et déporté à l’île belle mer en France, puis déporté en mai 52 à Niort ; il y eut des manifestations à Paris pour réclamer sa libération. Elles n’eurent point d’impact, mais le mouvement nationaliste prenait de plus en plus d’essor et fit craindre le pire aux autorités coloniales, compte tenu des résultats des deux scrutins précédents.  

           La police devient alors plus répressive vis-à-vis des Algériens de France. Ainsi, les policiers  criminalisés au cours de la deuxième guerre et radiés à la libération furent réintégrés, tel Maurice Papon, dans la période de décembre 1951-54. Maurice Papon fut promu comme secrétaire général de la préfecture de police, structure équivalente de la direction générale de la police. Cette politique d’encadrement fut mise en application par le préfet de police Jean Baylot.          On assiste à un gonflement de l’immigration qui atteint le chiffre de 210000 individus en 1954.  ISATIONU MTLD STRUCTURE ET ORGANISATION DU MTLD

            2. la manifestation pacifique du 14 juillet 1953

 

         Ce jour-là, 14 juillet 53, comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10 000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestants défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. La plupart sont algérien(ne)s, mais on y trouve aussi des Tunisien(nes) et des Marocain(e)s qui se battent pour la fin du colonialisme français dans leur pays. Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation.

        La manifestation était pacifique e il n’y eut aucune provocation. Mais la police ouvrit le feu. Le bilan était lourd : 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés dont quarante à l’état grave. L’un de ces blessés était Abdelhalid El Mokrani qui était entré dans le coma. Il fut soigné et eut la vie sauve. Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvrit la répression et soutint les policiers assassins qui ne furent jamais inquiétés. Pire, le journal le Figaro, dans son édition du 17 juillet, criminalisa les manifestants et les accusa d’avoir commis des actes barbares, pris des armes blanches (couteaux, barres de fer et des pavés, des chaises et des bancs), provoqué et agressé des policiers.  

             Les victimes sont :

           1. Abdallah Bracha

           2.Abdelkader Draris

           3. Isidore Illoul

           4. Larbi Daoui

           5. Taher Nadgène

           6. Maurice Lurot  ( Français)

           7. Amer TABJADI   

      

            3. parcours de Daoui Larbi

            Daoui Larbi est né en 1924 à Ain-Sefra. Avant de partir en France, il a travaillé chez plusieurs patrons européens à Ain-Sefra comme serveur, puis veilleur de nuit à l’hôtel le Progrès. Il habitait avec sa mère et ses frères au ksar de sidi Boutkhil ; Il immigra en 1950 en France et milita au MTLD. Il était simple et modeste, il avait une grande ferveur militante ce qui le faisait apprécier par son entourage. Il mourut comme martyr le 14 juillet 53 lors de cette grande manifestation pacifique. La fédération de France du MTLD ramena les restes de Daoui Larbi dans un cercueil et couverts du drapeau algérien, par bateau à Oran qui arriva vers le 21 juillet de la même année. A la mosquée Turque de la rue Philippe, on officia pour lui la prière des morts. De là, la dépouille fut transportée à Ain-Sefra. L’administrateur de la commune mixte était déjà avisé par sa hiérarchie. Des notables et le frère de la victime allèrent lui demander le permis d’inhumer. Mais il refusa et leur ordonna de l’enterrer au cimetière de Tiout et sans public, presque dans le secret et l’anonymat absolu pour ne pas en faire un symbole de la liberté. Ainsi les obsèques se déroulèrent comme l’avait décidé l’administrateur, Maison. Trois mois, la mère de Daoui reçut un mandat de 35000 francs émanant de la direction du MTLD.      

Témoignage Abdelhamid Mokrani,

          J’ai été témoin ce jour-là ; la manifestation était pacifique les militants n’avaient aucune arme blanche ; ils n’avaient pas provoqué la police. Ils marchaient en ordre et revendiquaient la libération de Messali et la liberté. Harbi Mohamed et hajd Harchouch étaient avec moi. Quand les agents de sécurité virent les banderoles qu’ils brandissaient, ils les chargèrent et tirèrent des coups de feu. Là il y eut une grande échauffourée. Moi-même j’ai été tabassé  et j’étais tombé dans le coma et transféré à l’hôpital. Je fus soigné et sauvé. Quand fut déclenchée la guerre de libération nationale, je rejoignis les rangs du FLN à Paris.

       Longtemps, la responsabilité des violences exercées le 14 juillet 53 fut imputée aux manifestants ; mais les travaux d’historiens ont récusé les accusations qui leur aveint été signifiés, comme il ressort de la bibliographie. Ce texte est une modeste contribution qui a nécessité une longue recherche afin de faire connaître notre histoire, toute notre histoire et en faire tomber tous les voiles qui cherchent à la décrédibiliser.

    

 

 

Bibliographie :

 

Danielle Tartakowsky :  Les manifestations de rue en France

 

http://www.franceculture.com/sites/default/files/oeuvre/images/2004/01/28/1229121/les_manifestations_de_rue_en_france1918-196820100424.jpg?1308302636

Sept morts à l’issue d’une manifestation à Paris le 14 juillet 1953. Danielle Tartakowsky, dans Les manifestations de rue en France, 1918-1968 a pu écrire (p. 634) : …la répression s’inscrit dans une logique de guerre avant même qu’il n’y ait guerre.

Maurice Rajfus : * Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot éditions, 239 pages, 14 euros.

             14 juillet sanglant

             Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, depuis de nombreuses années, avec un grand talent les basses oeuvres de la police française tout au long de l’histoire et jusque dans leurs développements les plus récents, les crimes policiers, appelés plus communément « bavures » et qui restent largement impunis. Dans son nouveau livre, il revient sur un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, s’inscrivant pleinement dans la politique coloniale de l’Etat Français.

Allons enfants… pour l’Algérie est un documentaire produit par la République Démocratique Allemande, réalisé par Karl Gass, sorti en 1962.

Témoignage du Abdelhamid Mokrani (Ancien  Moujahid) : 

ا

 

 

Ahmed Bencherif, écrivain et poète    

conférence donnée au musée du Moudjahed de Naama            

                           le : 05/07/2011

 


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