ahmed bencherif écrivain et poète

Bienvenue sur le blog de ahmed bencherif blog de culture et Littérature

  • Accueil
  • > culture
  • > lettre à Khalida Toumi, ministre de la culture ; ahmed bencherif
8
sept 2014
lettre à Khalida Toumi, ministre de la culture ; ahmed bencherif
Posté dans culture par bencherif à 9:35 | Pas de réponses »

Naama le 24 avril 2014

 

 

 

 

Union des écrivains algériens                A madame la ministre de la Culture        

Section de Naama                                                Cabinet Alger 

BOITE POSTALE 9

       Naama

 

 

                                                               Madame,

 

 

Une idée folle a germé dans mon cerveau et n’est pas poète qui n’est pas fou. Mais rassurez-vous, madame, elle est attrayante et fascinante, riche et instructive. Elle a besoin de votre génie créateur pour lui donner l’éclat dont elle a besoin et lui inoculer l’élément fécondateur pour pouvoir fédérer les forces autour d’elle et rayonner dans la vaste sphère : un mot, un seul mot de vous, votre aval ; alors elle fera date et la postérité parlera à loisir de cet évènement, de ses acteurs, dont vous et votre humble serviteur, qui est moi-même. Jusqu’ici, votre pouvoir a été sollicité pour les vivants, moi, je m’incline d’abord à votre bravoure et votre perspicacité. Car au moment opportun, vous avez su choisir la voie, la bonne entre tant d’autres, pas nécessairement mauvaises, mais moins bonnes à mon sens : vous avez choisi l’Algérie.

Alors, je vous parlerai de mémoire qui, plus qu’elle, est vivante à jamais, transmissible de génération à génération. C’est la mémoire d’une femme qui avait montré aux autres femmes l’audace, l’esprit d’aventure, la persévérance, la conquête de sa place dans un monde essentiellement masculin dans les arts, la science, la politique. Il s’agit de cette dame pionnière, Isabelle Eberhardt, inhumée dans notre généreux pays, après avoir adopté nos mœurs et coutumes, notre religion et notre soufisme confrérique, au registre de la Qadiriya, qui avait eu pour maitre notre héros et illustre penseur l’’émir Abdelakader. Comme vous le savez, elle mourut en martyr, emportée par l’oued d’Ainsefra, le 21 octobre 1904 et mon grand-père, imam et maître de zaouïa,  en avait officié la prière du mort, conformément à la loi coranique, ce qui lui confère théoriquement la citoyenneté post mortem dans la ‘Oumma ‘ dans tout le monde musulman. Mais elle a adopté notre pays qui a son tour l’a adoptée. Donc à nous de prendre soin de cet héritage qui fait partie de ce patrimoine, auquel vous consacrez partout dans notre pays maints efforts et maintes ressources.

Qui est Isabelle Eberhardt ? C’était une Genevoise, animée par l’esprit d’aventure certes, mais qui n’avait pas trouvé de réponse existentielle dans sa propre culture et sa propre religion, lesquelles poursuivaient une domination sur le monde musulman, dominées elles-mêmes par le capital transfrontalier et l’état de servitude dans lequel elles maintenaient statutairement la femme, privée de liberté relative. Or ces deux questions avaient été réglées par l’islam qui avait consacré une liberté à la femme et avait frappe le capital d’une taxe (la zakkat) au profit des pauvres et non pour le trésor public. Elle fit deux

années d’études de médecine à Genève, la ville enneigée, puis visite l’Algérie en compagnie de sa mère, où elle découvrit la chaleur physique du pays, la simplicité des mœurs, la générosité des populations, un islam tolérant, le mysticisme, l’amour de Dieu. Toutes ces valeurs l’avaient fascinée. Elle les adopta, les partagea, les fit siennes. Son ouvrage dans l’ombre chaude de l’islam n’est qu’une glorification de celui-ci. Il faut se rappeler que la femme occidentale à cette époque n’était pas plus libre que la femme musulmane. Isabelle Eberhardt n’a jamais été une orientaliste qui recherchait l’exotisme en Orient. Elle devint une fille de l’Orient dont elle était fière et elle en transmettait par ses écrits sa civilisation.

Sur le plan de l’engagement, elle avait décrit la misère des indigènes et seulement. Mais que pouvait-on exiger d’une journaliste reporter, très peu connue, apolitique, vilipendée par les colons, mariée à un Arabe, un spahi ? Condamner le colonialisme, créer le nationalisme, engager un mouvement libérateur, quant au même moment toutes ces notions étaient absentes chez le peuple opprimé et aucune élite indigène ne les avait conçues. Non c’était au-dessus de ses forces, de ses moyens. A titre d’exemple, je dirai que Nasserieddine Dinet s’était converti à l’islam et avait continué à faire de l’art et seulement.

Mythe ou élue de Dieu ? La frontière entre les deux attributs est mouvante certainement, donc indéfinissable. Morte en martyr ! C’est ce chaque musulman espère. Mythe ! Oui elle a atteint ce mythe, car elle est entrée dans l’universalité par sa personnalité et ses écrits et elle a suscité d’innombrables travaux de biographes et pas des moindres, tel Mohamed Rochd ou encore Edmonde Charles-Rous, membre de l’académie française. Elle envoûte tant d’autres, Européens, Américains, des Algériens qui y voient leur patrimoine, des Suisses qui ont célébré le centenaire de sa disparition le 21 octobre 2004, de façon grandiose et où était impliquée une association algérienne-suisse Harmonie, présidée par un de nos concitoyens, Benaouada Belghoul

Alors, j’en appelle, madame la Ministre, à votre souci de restaurer notre patrimoine, à votre sens de l’équité qui se manifeste dans le secteur de la culture que vous gérez avec sagesse et opiniâtreté, pour octroyer post mortem à notre écrivaine Isabelle Eberhardt cette reconnaissance que des millions d’admirateurs, des centaines de biographes attendent de notre Etat, combien noble, généreux, altruiste qui ne cesse de hisser la culture aux plus hautes sphères et de louer tout un chacun qui a apporté sa contribution à notre patrimoine.

Aussi, je viens solliciter de votre personne, avant votre personnalité politique, les moyens, qui sont considérables, et l’aval, qui est éminemment primordial et de haute portée digne de l’évènement, à l’effet de permettre à la section des écrivains de Naama, dont je suis le président, d’organiser le premier colloque international sur cette écrivaine qui avait tant aimé l’Algérie et dont la mémoire attend de ce pays qu’elle avait choisi et qui abrite ses dépôts sacrés. La meilleure date qui nous semble appropriée pour cet évènement sera le 21 octobre, date commémorative de sa disparition tragique par l’oued d’Ain-sefra, pour une durée de trois jours.

Je saisis également cette opportunité pour demander votre intervention auprès des autorités locales à l’effet de baptiser du nom d’Isabelle Eberhardt, une rue ou un édifice public à Ainsefra.

Pour les estimations prévisionnelles du colloque international en question, il est plus que probable que le milliard de centimes le couvrira intégralement dont je vous ferai un devis détaillé après votre accord.

Veuillez madame, croire au sentiment d’admiration que je voue à votre personne de militante, puis à l’estime que je porte à votre rang de ministre dont je ne cesse de louer vos efforts en privé comme sur les médias lourds.

Votre dévoué.

 


Fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Yasume |
les poèmes de mistigri |
philantrope de mbarta |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | HAZA LANITRA
| beauty $pot
| lalarmedelephant