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Archive pour janvier, 2020


Isabelle Eberhardt extr Odyssée ahmed bencherif

31 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Isabelle Eberhardt

 

 

 

 

Le destin te croisa à la fleur de l’age,

Te souffla le plaisir de courir l’aventure,

Découvrir de nouveaux et lointains rivages,

Te travestir en homme, t’équiper de monture,

Connaître d’autres mœurs, un culte et ses rites,

Fréquenter des femmes tatouées sans pudeur,

Apprendre l’Arabe et divers dialectes,

Vivre près des valeurs de bonté et candeur,

Contempler le métier à tisser en œuvre,

Admirer les mailles d’un tapis truculent,

Tenir dans tes bras un bébé que la mère sèvre,

Manger à ta faim du couscous excellent,

Sentir les haleines des grandes cuisines

Où le feu crépite, trempé de résines,

 

Voir traire une chèvre qui mit bas la veille,

,          En manger du colostrum tonique et délicieux

Avec des dattes fraîches de couleur vermeille,

Prendre voix aux cérémonies aux chants pieux ?

Fouler de tes pieds nus le sable du désert,

T’asseoir à l’ombre d’un palmier tout en fruit,

Sous l’immensité infinie des bleus éthers,

Au bord d’une seguia qui ruisselle sans bruit.

 

Isabelle ! Tu vins ! Tu vins au mont des Ksours

Rapporter l’inédit des batailles du Mougar,

Que livra Bou-Amama, le héros de toujours,

Grand tacticien et brave comme un léopard.

Tu avais traversé des plaines et collines,

Des vallées et des monts, des coteaux de vigne,

Et l’immense steppe, dans un train noir de suie,

Roulant cahin-caha, assourdissant de bruit.

 

Tu avais débarqué en gare d’Ain-Sefra,

Capitale des Ksours de très longue date,

Des oasis froides, que couvre un beau drap

Blanc de neige en hiver, en été, nonchalantes.

C’était au printemps, la saison des éclosions

Des fleurs et des bourgeons, de la traie des brebis,

Du chant des abeilles, du vol des papillons,

Du concert très joyeux du merle et du colibri.

 

Un soldat t’accueillit, sur ordre de Lyautey,

Avisé lui-même sur mot de Barrucand,

Pour remplir la page du journal redouté

Par des colons soucieux de préserver leur camp.

 

Le général t’émut par son élégance,

Sa noble courtoisie et son tempérament,

Sa riche culture et de plus sa tolérance

Et tu fus aussitôt conquise d’engouement.

Lui-même découvrit la femme de lettre,

A l’esprit rebelle, bien plus originale,

Souffrant le mal d’autrui, comme un vrai prêtre,

Couchant dans son journal de brèves annales.

 

Tu élis ton logis sous les tuiles rouges,,

Dans ce beau village, d’un côté saharien

Qui invite aux évasions douces et songes,

De l’autre nordique, sans moissons, peu de biens.

Ton regard d’artiste tomba si amoureux

De ces couleurs douces et dorées de la dune,

Violentes des monts au dénuement affreux,

Présent contraste insolite qui domine.

 

Tu choisis là ton havre pour donner à ta plume

Ces élans d’engouement et cette élévation,

Ces éclats de phrase poétique sans rime,

Ce génie d’aller vers les sublimations.

 

Ton chemin menait à libérer la femme

Du joug masculin trop fort jamais ébranlé,

Jamais adouci malgré ses flots de larmes

Son combat douteux par la plume voilée.

Ce village t’en fit princesse unique,

Sa fille adoptive adulée et aimée,

Respectée sans faire vaines polémiques,

Sur tes goûts libertaires qui l’avaient charmé.

 

Le rendez-vous infaillible sonna son glas

Par un ciel serein vers la fin d’octobre,

Par un après-midi chaud et de calme plat,

Tu fus surprise par les flots dans ta chambre.

 

C’est là en l’an quatre du triste siècle

Des sales conquêtes que périt noyée

La belle Isabelle, éblouissante perle,

Emportée par l’oued en jour ensoleillé.

 

Belle mort de martyr, porte du paradis,

Comme un combattant pour les nobles causes

Qu’espère tout croyant tout le long de sa vie

Pour jouir dans la paix l’éternité rose.

 

le 5 juillet1892 extr Margueritte revisitée ahmed bencherif

31 janvier, 2020
Marguerite t/1; t/2 | Pas de réponses »

 

On était un lundi cinq juillet, une journée chaude qui évoque de paisibles vacances au bord de la mer, quand le soleil hale la peau, l’air s’alourdit, les feuilles des arbres se figent, l’ombre devient précieuse, et que l’on éprouve la forte envie d’une baignade ou d’une plaisance à la voile blanche, sous un ciel d’éther où des mouettes planent au dessus des eaux bleus dormantes, en donnant un concert monotone. Alors, l’homme s’oublie volontairement, s’évade de son spleen coutumier pour vivre intensément son plaisir qu’il sait court et éphémère, se donne pleinement à la jouissance des péchés mignons, en compagnie d’une douce compagne, objet de ses convoitises charnelles. Il est au comble du bonheur, car il est le roi de l’amour. L’engouement saisit ses sens et suspend son imagination, la raison déserte son esprit même ; les cimes de l’anatomie féminine sont violemment charmantes, le prétendu chasseur n’est plus qu’un gibier, soumis aux caprices de sa partenaire et, dans son subconscient, seront gravés ces moments idylliques.

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La date avait une signification précise et mémorisait un accident de l’histoire qui secoua brutalement l’ordre des choses sur le sol algérien. Le cinq juillet, terrible et désastreux, ouvrit la porte des enfers et charia un fleuve impétueux et intarissable d’horribles drames qui bafouent la dignité humaine et choquent l’imagination. Se peut-il qu’un homme commette du mal et s’y adonne de façon perverse pour atteindre le paroxysme de la cruauté ? Plus grave encore, quand l’hystérie le pousse à renchérir ses actes ignobles et que condamnent sans équivoque les valeurs universelles : la force donnait ce courage, l’avidité ingrate stimulait, la violence se justifiait pour écraser toutes les formes de résistance à la conquête.

 

Par cette journée lourde de chaleur, on commémorait le soixante-deuxième anniversaire de la capitulation du Dey Houcine, que le sort des armes provoqua de façon inattendue et bouleversante, en moins de vingt jours de combats. Jamais gloire ne sourit autant à un soldat : le général de Bourmont, commandant le corps expéditionnaire de trente cinq mille hommes, sortit vainqueur, alors que quinze ans plus tôt, il avait rallié l’ennemi, la veille de la bataille de Waterloo dont le désastre militaire provoqua la chute de son empereur Napoléon 1er. Son premier coup de canon, sur Alger, entraîna également la chute du roi Charles X et enterra cent quarante ans d’entente et d’amitié, de relations commerciales et d’alliance stratégique entre la Régence d’Alger et Paris. Il s’y trouva un Laborde qui désavoua la guerre au roi avant même qu’elle n’eût commencé, tant sur sa légalité, sa justesse, son utilité et son avantage : « est-il avantageux pour la France de prendre Alger sans pouvoir le garder » .

 

Jamais les conquérants et les conquis ne furent aussi éloignés les uns des autres. Le souvenir de la guerre était hallucinant : des morts tombés dans l’oubli, des invalides qui la rappelaient cruellement, des tragédies humaines narrées à bout de champ. Une muraille infranchissable les séparait, les compartimentait en deux blocs distincts et chacun  restait dans son propre milieu, fidèle à ses principes et ses vœux, sans que l’idée même ne le caressât pour aborder l’autre. Leurs comportements respectifs indiquaient clairement que la guerre n’était que partie remise, que les braises vives demeuraient ensevelies, sous une montagne de cendres que les vents de la liberté balayaient sans cesse : le colon avait le sourire au visage et la peur au ventre ; l’indigène s’indignait et ruminait sa vengeance.

 

L’évènement était exceptionnel et prestigieux et, partout en Algérie, dans les grandes villes comme dans les centres de colonie, l’on respirait l’air émouvant de la fête qui revenait chaque année rappeler la victoire et faire vibrer les sens. Le village de Marguerite ne manquait pas ce rendez-vous et redoublait d’ingéniosité pour s’embellir. La place publique, qui était clairsemée de petits carrés de verdure et de fleurs, sentait encore l’humidité des arrosages matinaux et les pavés blancs conservaient la trace grise de l’eau. Un millier de fanions multicolores bleus intenses, blancs mat et rouges vif flottaient dans l’air et donnaient des fragments d’ombre. Dans son milieu, le podium se dressait en surélevé, magnifié d’arcades et habillé de drapeaux et sur ses deux flancs, au rebord des rues, les magasins et les vitrines fermés se faisaient la même beauté.

 

Vêtus d’élégants costumes en la circonstance, les fêtards arrivaient de toutes parts, se saluaient jovialement et émettaient de cœur les vibrants souhaits d’avenir, pour prendre racine dans un pays étranger, qu’ils s’étaient appropriés. Subjugués par les dons généreux de la terre, ils criaient et criaient leur attachement à l’Algérie coloniale. Les femmes se rivalisaient de grâce et de beauté et, blondes ou brunes, noyaient le prédateur dans l’embarras du choix qui marmonnait par réflexe : « celle-là est belle et moins charmante, l’autre tout à fait le contraire » Mais, il dirait mieux en petit courtisan à l’une et à l’autre. Par leurs bras et leurs jambes nus, leurs corsages insolites en profondeur, elles révolteraient leur arrière aïeule. Mais, elles vivaient leur temps et leur lubricité, qui n’avait rien d’équivoque, leur ouvrait une ère nouvelle d’affranchissement à la vieille dépendance masculine.

 

Le podium constituait, de tradition, la tribune d’honneur des grandes cérémonies, où de singulières personnalités se produisaient en parfaits artistes, tenaient leurs harangues pour chauffer à blanc les foules, ou jasaient ennuyeusement en piètres orateurs. Les deux genres étaient là et l’on enviait ces hommes, assis sur des chaises rembourrées, sous la coupole, au dessus de laquelle, flottait, fièrement, un grand drapeau flambant neuf. Ils étaient tous là,  les élites de la société qui oppressaient le cœur par leur médiocrité et leur avidité et surtout leur opportunisme savamment cultivé. L’administrateur Martin et sa suite, le capitaine Paul et ses adjoints, l’adjoint spécial Jacques, redoutable représentant de la communauté européenne, des anciens combattants auréolés de brillantes médailles et enfin le caïd.

 

Pauline et Hamza extr Margueritte revisitée ahmed bencherif

31 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

La rue Saint Arnaud était animée par de multiples boutiques dont certaines répondaient au goût de leur temps, où l’homme était le propre artisan de sa vie et sublimait toutes ces belles curiosités artistiques qui manquent cruellement aujourd’hui dans nos salons ou sur nos épaules : là se trouvait un couturier brodeur, à coté un tanneur décorateur, un peu plus loin un armurier. Leurs articles et leurs produits procuraient de l’émerveillement qui coulait, fluide, dans l’âme ensorcelée  par un souvenir vivant, aux motifs admirablement ouvragés. Les deux cafés maures lui donnaient un charme particulier par un canari qui chantait au seuil de l’entrée, par un gros pot de jasmin qui poussait et exhalait ses parfums, par une énorme jarre d’eau fraîche scellée au mur et ombragée par une toiture en planches rustres. Dans ce décor chatouillant, le revendeur de tapis ne manquait pas d‘apporter une touche exceptionnelle et présentait des produits de l’art de différentes régions du pays.

 

Pauline et Hamza laissèrent, à leur gauche, le boulevard Bugeaud, longèrent l’artère animée bruyamment par des passants aux voix explosives, tournèrent à droite et s’engagèrent dans la rue Cavaignac qui desservait le quartier embourgeoisé. De part et d’autre de la chaussée, de somptueuses ou modestes villas se rangeaient, surélevées au sol, fleuries par de petits jardins à basse clôture, couvertes de tuiles rouges, vers lesquelles rampaient les œillets, ajourées par de grandes fenêtres aux rideaux fins et transparents. Sur une véranda, une vieille femme somnolait, sur une autre, un homme lisait le journal, tandis qu’un autre cueillait des roses. Et elle, Pauline, passait comme une lumière que dévora le regard d’un passant, vite corrigé au flanc par un cou de coude de sa femme. Dieu l’avait comblée de grâces et de formes harmonieuses : ses lèvres sensuelles brûlaient à distance, ses yeux noisettes ensorcelaient le derviche, les deux grappes qui pendaient à sa poitrine étaient succulentes ; sa longue et soyeuse chevelure, qui retombait sur ses épaules, inspirait le poète au bord de l’eau. Elle avait cette nature espagnole, gaie et cultivée par la note des castagnettes et la danse du flamenco ; en complément de es grâces, sa vertu la protégeait contre tous les prédateurs.

Ils arrivèrent au seuil de la petite villa, moins gaie en verdure et sans véranda.  Hamza voulut se retirer. Elle le pria d’entrer pour lui offrir un rafraîchissement. Il accepta difficilement et la suivit jusqu’à la cuisine où il déposa le couffin sur la table. Pauline, qui avait presque fondu sous la chaleur, ouvrit le robinet et se débarbouilla à la hâte. L’eau coula chaude et elle pensa qu’il valait mieux s’arroser sous la douche. Elle fit asseoir son hôte sur une chaise, lui offrit un verre de limonade et lui demanda de l’attendre quelques minutes. Elle se retira et l’on entendit l’eau tomber en cascades, puis elle revint, moulue dans une robe légère, plus belle et plus envoûtante. Elle prit une chaise et s’assit en face de Hamza qu’elle admira  sereinement et longuement : il avait une belle figure, des yeux mauves pénétrants, des sourcils assez fournis, une vitalité surprenante et de la tenue avec une grande modération de gestes. Il lui paraissait cependant énigmatique, l’air sévère. Lui-même, avait le regard suspendu sur cette merveilleuse créature qu’il contemplait, qu’il gravait dans son esprit. Il planait, il voguait dans une sphère inconnue, mais merveilleuse. Enfin un charmant sourire se découvrit sur son visage qui respirait un sentiment étrange.

 

-   Tu es belle Madame Pauline, dit-il d’un ton doux.

 

-   Enfin ! A la bonne heure ! Cela me fait plaisir de t’entendre parler. Au magasin, tu étais gai ;  en chemin, l’expression dure de ta belle figure m’avait fait peur. .Je t’ai peut être dérangé en te ramenant avec moi. Tu n’es pas fâché ?

 

-   Ce n’est pas cela du tout. Cela m’a fait plaisir.

 

-   En es-tu sûr ? Tu voudrais encore m’aider à faire les courses ?

 

-   Je ne sais pas, c’est tellement nouveau pour moi. Je n’ai jamais fait le porteur pour qui que ce soit. Tu sais, je n’avais pas obéi à mon père pour venir avec toi. Je l’ai fait de moi-même, poussé  par quelque chose que je ne parviens pas à m’expliquer. Tu viens d’où ?

 

Cette converse paisible s’arrêta soudain. Pauline hésita de répondre, par crainte de lui révéler la miséreuse vie qu’elle passa dans son pays. Elle voulut lui laisser cette image sublime que Hamza se faisait d’elle et, dans le même temps, elle éprouva une singulière nostalgie pour sa ville natale. Elle était espagnole et débarqua en Algérie, comme bon nombre de ses jeunes concitoyennes désireuses de se marier, car beaucoup de civils et de militaires qui affluaient d’Europe vivaient dans le célibat. Celles-ci, fort belles et attachantes, s’intégraient dans la société coloniale comme servantes et leurs vœux étaient à coup sûr exaucés. Pauline travailla, à ce titre,  chez deux gros colons à Alger. Mais les frictions et les scènes de jalousie empoisonnèrent son séjour de deux ans, quand la chance lui sourit enfin. Elle rencontra un interprète, Philipe, qui était en stage à la préfecture d’Alger. Celui-ci tomba vite amoureux d’elle et leur mariage fut célébré à la cathédrale de Katchaoua, ancienne mosquée séquestrée. Elle s’installa depuis trois ans à Marguerite avec son mari qui y travaillait à la commune mixte.

 

-   Je suis de Cordoue, une très belle ville d’Espagne. C’est l’Andalousie, tu sais.

 

-   Vaguement. As-tu des enfants ?

 

-   Non. Tu ne vas pas à l’école française ?

 

-   J’ai fait seulement trois années et je me suis arrêté.

 

-   Et pourquoi ? Les études sont utiles.

 

-   C’était dur pour moi, mais j’étudie l’Arabe. Je m’en vais maintenant.

 

Il poussa un long soupir et se leva promptement, l’air dur et les yeux en feu. Pauline en était sidérée, elle regretta amèrement sa curiosité et il la quitta en lui disant au revoir. Il marchait dans la rue, absent et évoluant dan un autre monde. Trois années d’école signifiaient pour lui trois années d’enfer sur terre. L’instituteur haïssait les élèves indigènes, les parquait au fond de la classe, les brutalisait, les humiliait et les poussait à abandonner l’école. Là, il apprit la haine et son corollaire le racisme, là, il refusa le triste surnom d’indigène. Il eut une sérieuse confrontation avec son père pour cesser d’étudier le Français dans ces conditions affreusement lamentables. Sa décision était irrévocable, alléguant que la langue arabe lui suffisait pour atteindre les cimes du savoir. Le père, qui ne cherchait que le bien être de son fils, dut s’incliner, confiant dans l’avenir de la langue arabe qui avait des racines profondes et donna tant à l’humanité.

 

L’image sublime de Pauline s’insinua dans son esprit troublé. Il la sentait en lui-même, autour de lui-même, saisi par une émotion passagère inconnue jusqu’alors. Le sourire timbra son visage et la gaieté le conquit. Il l’aurait voulue, une perle rare à conserver tout le temps avec lui-même, mai il ne savait pas où. Dans sa poche ? Mais une poche n’est pas le lieu d’élection d’une perle. Mais où ? Il ne le savait pas. « Ah, se dit-il, elle a de la noblesse et diffère de la femme du Hakem qui est exécrable par son arrogance ou Graziella, celle qui fait jaser tous les gens ». Sa Pauline était douce et discrète, respectée de tous. Elle n’appartenait pas au camp ennemi, son appartenance aux gens opposées ne faisait pas d’elle une vilaine personne à tous les coups. Hé ! Oui ! Est l’ennemi celui qui vous précipite dans l’ignorance, honnit vos usages et vos coutumes. Il estimait bien Pauline. Il ne parvenait pas à définir son sentiment envers sa Pauline et cela l’ennuyait

le procès des insurgés de Margueritte cour de Montpellier ahmed bencherif

29 janvier, 2020
le procès des insurgés de margueritte | Pas de réponses »

Chapitre 2 L’instruction judiciaire

 

Incroyable que cette révolte circonscrite à un douar, faiblement peuplé et quasiment pauvre,  eût incité les autorités coloniales à mobiliser une aussi importante force militaire pour mener une  vraie guerre. Une opération de simple police aurait suffi,  d’autant qu’elle était  maitrisée au bout de cinq heures. Il y a des éléments d’appréciation qui restent du domaine du secret stratégique. En tout cas, nos doutes sur la  véritable tribu insurgée se  confirment, comme nous le verrons dans les développements qui suivent. Et là, nous pourrons qu’exprimer notre étonnement qui soulève maintes interrogations. Le fait de charger trois torpilleurs à surveiller les côtes d’une région toute proche, du foyer insurrectionnel, au demeurant réprimé, n’est pas anodin. Comme, il  ne peut pas découler d’une indigence intellectuelle de la grande armée occupante dont nous connaissons l’intelligence, le sang froid et la stratégie qui la  caractérisent.

  1. A.     Battues.       

Une fois alerté, le haut commandement militaire réagit promptement pour semer la terreur, non seulement au sein des populations de la région, toutes tranches d’âge confondues, sans distinction de sexe  ni du degré de validité. Le chef du 19ème corps d’armée, le général Paul Grisot, recommande ou enjoint des ordres chiffrés ou oraux pour sévir pour sévir promptement, durement et rapidement.  C’est le laisser faire, le lâcher aller que chaque officier ou sous-officier doit lire entre les mots. Le commandement militaire connait fort bien la nature frustre, le tempérament impulsif et le caractère bestial de ses soldats qui sont pour la plus part des auxiliaires de l’armée, des indigènes dans leur ensemble, enrôlés dans les différents corps de tirailleurs, de Zouaves, de chasseurs d’Afrique qui ont guerroyé partout dans le monde, sous les couleurs françaises, que  cela fût  au Mexique, en  Crimée, à Madagascar, et pire en Algérie, dès les premières années de la conquête française.

  1. a.      La terreur

Ainsi, 800 soldats sont lâchés dans le relief montagneux du Zaccar, qui surplombe la plaine du haut Chélif au Nord, formé aussi de plusieurs ravins. Il est essentiellement forestier et occupe une superficie de 90 kilomètres carrés. Son point culminant atteint 1.554 mètres d’altitude. La surface de ratissage pour un miliaire est de 8 kilomètres carrés, ce qui est une  vraie partie de plaisir, une ballade meurtrière dont il vient à bout sans la moindre des peines. Cependant, le territoire de la tribu des Righa n’atteint pas 10.000 hectares. C’est dire que la machine répressive est requise pour écraser, traquer, sévir sans loi ni foi. C’est la guerre contre des populations civiles. Elle est presque totale, sans quartier et avec les plus tragiques abus.

  1. Tranches d’âge

Une seule directive fut donnée au commandement de l’opération : ramener les individus âgés de 15 à 65 ans. La question, qui mérite d’être posée, réside dans le fait que des adolescents ont été arrêtés. Selon la philosophie de l’armée française, c’est qu’ils sont  capables de tuer, puisqu’ils sont en âge d’être enrôlés. D’ailleurs, beaucoup  d’adolescents français ont servi sous les couleurs françaises, notamment dans la guerre franco-prussienne. Pour répondre au  manque en effectifs, ils servaient dans les unités au front et s’ils faisaient acte de bravoure, ils  étaient cités à l’ordre de l’armée. Cette mesure incitative encourageait ces garçons à servir sous les couleurs.  Ceci n’était pas exclusif à l’armée française, mais bien d’autres pays l’avaient fait  pour répondre aux besoins de la guerre, ou plus précisément aux fantasmes des hommes politiques. Comme on a si  bien dit : le politique déclare la guerre et le militaire la fait.

  1. c.       Les abus

Les soldats agissent avec la plus grande des ignominies et pratiquent la politique de la terre  brulée. Ils saccagent, détruisent, éventrent les sacs d’aliments et de céréales, renversent et  brisent les cruches et les assiettes en terre cuite ou en porcelaine, fiers d’eux-mêmes.  C’est le règne de la terreur, sur fond de barbarie.  Les femmes et les enfants fuient leurs gourbis, abandonnent tout derrière eux, petites  monnaies et bijoux. Les hommes essaient de se sauver lamentablement : ceux qui sont valides quittent les lieux à la recherche d’un endroit sûr. Des femmes et des filles sont violées sans honte, ni gêne. Elles ne trouvaient nulle part un refuge pour échapper à cette barbarie. Quasiment les gourbis et la forêt représentaient un danger certain, à tel point que cinquante autres femmes s’étaient cachées dans un ravin presque inaccessible. Combien elles étaient ces pauvres malheureuses qui portaient à vie cette offense ? Elles souffraient terriblement de cet affront, désormais gravé sur leurs fronts. Les pauvres éprouvées  gardaient jusqu’à la mort le secret, sans espoir pour elles de libérer leur  conscience auprès d’une voix compatissante et compréhensive. Car elles passaient toujours pour suspectes.

Des hommes étaient tués sans sommation, au seul indice apparent qu’ils portaient l’habit arabe, comme des journaux l’avaient cité, tels que AlAkhbar, La Dépêche,  Les Nouvelles et La Patrie pendant  ce tragique mois de mai qui semblait être à  ces victimes une éternité.  Trois indigènes blessés gravement, laissés pour morts dans les broussailles, sont au moins recensés. Car, ils ont été achevés par les colons, au lieu de les emmener à  l’infirmerie pour recevoir des soins d’urgence.

le myhte de l’institutrice de Margueritte extr regard critique de C.Pheline ahmed bencherif

27 janvier, 2020
aube d'une révolution regarde critique | Pas de réponses »

          « Mais c’est le comportement d’Adélaide Goublet, l’institutrice, qui dès les lendemains de l’échauffourée du 26 avril, reçoit toutes les louanges. L’intrépide enseignante, rapporte-t-on, s’était interposée, au péril de sa vie, pour protéger ses élèves : «  Tuez-moi, si bon vous semble ; mais ne touchez pas à ces pauvres enfants ! »…Reliant dans une même émotion l’autodéfense du colon, la faiblesse de la femme et de l’enfant et la vertu laïque et républicaine, l’épisode ne tarde pas à prendre la dimension d’une légende nationale »

 

          Le terme ‘ échauffourée’ retient évidemment mon attention, quant à sa portée par rapport à l’évènement. Définissons d’abord ce mot. Son caractère est d’abord spontané, impulsif, déterminé par un enjeu que se disputent deux forces adverses qui ne sont pas nécessairement des ennemis. Ils peuvent être voisins, frères, cousins, des fans… C’est une montée de tension dans le tempérament, de sang aussi dans les veines. Cet enjeu peut être un droit  de jouissance pour un pacage disputé par deux fractions, ou pour des labours extensifs dans le domaine privé de l’Etat ou encore autour d’un point d’eau servant à l’abreuvement de bestiaux. Les armes utilisées sont blanches ou encore les adversaires viennent aux mains. Ce terme ne couvre pas une dimension de justice et donc de droits et le plus important, il n’est pas l’expression d’une cause révolutionnaire, à l’opposé de l’insurrection, de la révolte et de la révolution qui sont plus violentes et recourent aux armes à feu. La violence de celles-ci s’exprime froidement, se caractérise par des sacrifices à consentir et engendre la mort entre des ennemis.

(Rappelons que les insurgés avaient fait le siège du village de Magritte, qu’ils avaient capturé les colons dont ils égorgèrent cinq d’entre eux pour avoir refusé de prononcer la profession de soi de l’islam.)

L’auteur Pheline est trop savant pour faire l’amalgame entre les définitions de termes usuels. Donc, c’est à dessein qu’il utilise le mot ’échauffourée’. Au premier chapitre, il avait refusé toute dignité au peuple algérien, en se sens que les insurrections qu’avait menées celui-ci avaient été motivées par le leadership de la fonction nommée de bachagha ou de caïd, comme si ces chefs insurrectionnels avaient été des seigneurs et leurs hommes des esclaves. Il leur avait ôté le caractère nationaliste au sens large du terme ; d’emblée, il nous présente le glorieux peuple algérien comme servile, s’accommodant de l’esclavagisme. J’ai en mon âme et conscience j’ai réfuté sa théorie, selon des données objectives authentiques.

Le travail de C. Pheline constitue un délire de l’imagination, comme s’il s’agissait de présenter un roman de fiction attractif de lectorat, quand il nous décrit l’héroïsme de l’institutrice Adélaïde Goublet, dans un cadre purement fantasmagorique. Il conte cette épopée douteuse par : «.rapporte-t-on ». Ainsi, cette allégation n’est étayée par aucune référence apportant la preuve de ce qu’il avance. Il cherche à semer le doute, espérant le travestir en vérité. Les propos qu’il impute à l’institutrice Adélaide sont vraiment d’une bravoure exceptionnelle, si vraiment cette épopée avait existé. En effet, Adélaide constituait de la sorte une victime qui aurait confondu les insurgés coupables de violation de l’école et de tentative de meurtres contre les enfants. Si cette histoire était vraie, Charles robert Ageron ne l’aurait pas passée sous silence. Comme il n’existe nulle trace dans l’ouvrage de Laadi Flici qui livre les auditions du procès de Margueritte à la cour d’assises de Montpellier. Il fait référence à Point n’est besoin de rappeler également que cette vertu laïque à laquelle il fait référence n’avait pas lieu d’être, car le Le concept de laïcité n’aura été institué en France que quatre ans plus tard conformément à la loi du 9 décembre 1905. Donc cette école, communale de sa vraie appellation, n’était pas laïque.

La référence à un journal n’établit guère de vérité scientifique, fût-il vertueux. En effet, ‘Le Petit Journal’ est tout à fait loin de toute équité et éthique et selon C. Pheline, il rend un vibrant hommage à l’institutrice, dans son supplément du 19 mai 1901 : « Cette merveilleuse phalange des instituteurs et institutrices de France, si laborieuse, si dévouée, si patriote, si courageuse enfin, quand la situation le commande » L’image de sa première page, une peinture en couleurs savamment accusatrice, est vraiment démentielle. Elle nous montre six insurgés assaillant une porte ouverte qui laisse apparaitre des enfants et la jeune femme, bras écartés, s’interpose.

Le délire continue sous la forme apparemment officielle illustrée par l’intervention de la députation algérienne à la fin du mois de mai, c’est-à-dire 34 jours après l’insurrection, qui s’indignait sur le fait qu’il ait été décerné seulement une médaille 2ème classe à l’institutrice qui avait par son courage sauvé 60 enfants. C. Pheline précise que cette indignation fut exprimée par l’intervention du député Morinaud de Constantine. Ainsi, la durée entre l’évènement l’indignation de la députation algérienne est ramenée à 30 jours. Quelle célérité des pouvoirs publics pour cette gratification !

le procès des insurgés de Margueritte Montepllier 1902-1903 ahmed bencherif

21 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

                               Le procès des insurgés de Margueritte

                                               Cour de Montpellier 

                                        Décembre 1902-février 1903

           

                                    Chapitre 1 : L’insurrection

 

  1. A.     Exposé des faits  

Le vendredi  26 avril 1901, des Righi du douar d’Adelia se soulèvent, munis d’armes de guerre et blanches. Cent vingt cinq  ‘indigènes’ se soulèvent  contre le colonisateur.  Ils marchent sur le  village européen de Margueritte, dénommé à l’origine Ain-Torki, créé vers 1880, situé à 9 kilomètres de Meliana, une vielle cité antique et riche terroir qui avait justifié l’implantation coloniale précoce. Sur leur chemin, ils passent par la maison forestière où un accident meurtrier se produit. Cette tribu était accablée d’impôts, de corvées, d’amendes forestières et de diverses humiliations. Elle était précocement frappée de dépossessions agricoles, dès l’année 1863. Et depuis, elle continuait à les subir, sans foi, ni loi. Elle subissait en se résignant devant la loi du plus fort, qui de surcroît, était inique. Longtemps, elle avait en accepté les injustices flagrantes et les vexations, en espérant de meilleurs lendemains. Ce n’est que tardivement, qu’elle s’était plainte, quand elle fut en fait saignée à blanc.

Définition de ce mouvement armée

En son temps, plusieurs définitions sont données à ce mouvement armé, aussi bien par la presse que par les services du gouvernement général, ainsi que l’archevêché d’Alger. Il faut  noter qu’il est de faible ampleur, puisqu’il est localisé à un petit village de 300 habitants au plus et que son impact immédiat reste relativement modeste. De ce fait, il est promptement réprimé dès la première intervention militaire. Or, les autorités coloniales et  la presse  étaient confrontées par le passé à des actions militaires puissantes et de longues périodes. Elles ne comprennent pas cette révolte de quelques heures et peinent à la définir systématiquement. Elles accusent directement les colons, fauteurs de troubles et de désordres à Alger et occultent le tempérament insurrectionnel de l’indigène, quand il le faut. L’archevêque d’Alger, Mgr Oury, le gouverneur général, Jonnart, le préfet Lutaud le justifièrent que  c’était là les frais naturels de l’anarchie. Les concepts utilisés et vulgarisés sont : la révolution, l’échauffourée, la petite révolte, la grosse révolte, l’insurrection.

Révolution.     

L’adjoint spécial Jenoudet fait la déposition suivante au procès dans sa vingtième journée : « Vers midi, Désiré Gay vint placidement me dire : «  il y a une révolution ! »  (1). A son tour, Monsieur Monteils, administrateur adjoint, fit lui aussi la déposition suivante quand il était aux mains des insurgés et s’apprêtait à prononcer la profession de foi de l’islam : «  Le caïd Kouider se présenta à moi et me dit : « C’est la révolution ! ». (2)

Cet élu communal ne parait pas du tout ni étonné, ni bouleversé. Il était loin de se douter que c’était une ‘révolution indigène’.  Car, la révolution est du seul registre des colons. En effet, les Français d’Algérie avaient fait leur propre révolution en 1898 contre les excès et les abus du pouvoir du gouvernement de Paris. Leur mouvement était dirigé contre les Juifs qu’ils jugeaient déloyaux dans la concurrence économique et surtout contre la France elle-même dont ils trouvaient la tutelle trop ferme et étouffante. Le parti colonial demandait une forme de fédéralisme avec la Métropole. Il obtint finalement en décembre 1900 l’autonomie financière qui s’exerçait par le bais des délégations financières, une forme de parlement qui établit le budget et fixe les taxes et les impôts. La révolution des colons menée par Max Régis avait longtemps défrayé la chronique et elle était encore très vive dans les mémoires aussi bien des colons que des indigènes.

Elle avait longtemps défrayé la chronique presque toute l’année 1898 et laissait encore des conséquences de  violence jusqu’aux mois d’avril et de mai 1901 dont les désordres avaient particulièrement déconcerté le préfet Lutaud. En effet, les jeunesses anti-juives avaient provoqué des bagarres dans le café-bar Tantonville et mis à sac la Maison du Peuple.

Pour revenir à l’action armée des Righa, force est de constater que ce n’est pas une révolution qui a pour objectif de renverser le régime, au moyen d’une stratégie pour y aboutir. Deux  critères indispensables lui font cruellement défaut : la discipline et le chef. Ces deux éléments sont constitutifs pour répondre  au caractère guerrier et à la projection dans le temps. Or, ils sont imperceptibles tout le long de l’opération militaire. Sans risque d’erreur, nous pouvons avancer le terme anarchique qui est manifeste pendant le siège du  village par les révoltés.

Margueritte revisitée t 2 entre l’amour et la révolution ahmed bencherif

17 janvier, 2020
Marguerite t/1; t/2 | Pas de réponses »

 

Au café maure, l’ambiance était à l’enterrement. Les clients en portaient le deuil. Ils étaient tristes, de mine quasiment abattue. Ils donnaient l’impression n’avoir jamais connu la joie tout au long de leur existence. Ils savaient que les colons avaient atteint leurs objectifs, ils les voyaient dans la rue ivres de triomphe, ils en percevaient toute l’arrogance du vainqueur aussi, tandis qu’eux descendaient aux enfers, échouaient dans les abimes dont ils ne pourraient en sortir. Hamza buvait un café seul dans un coin. Lui, n’était pas triste. Il était en colère, il enrageait dans son for intérieur. L’appel à la révolution le rongeait. Ses pensées l’écoutaient, son âme et son cœur, aussi. Son commando était prêt, armé pour faire mal au colon, très mal. Hélas, il était peu entrainé et il n’en avait fait que deux exercices. Car, tous se disaient aguerris. Il ne restait qu’à fixer l’échéance, le jour fatidique où, lui Hamza, entrerait dans l’histoire.

Dans la rue, Hamza marchait, telle une ombre fugitive, quasiment inconscient de ce qui se passait, dans l’impossibilité d’assimiler cette évolution politique qui ne présageait que des malheurs pour son peuple. Il en voulait au parti colonial, il en voulait à la France. Pourquoi la France avait-elle abandonné les musulmans français, comme elle le prétendait dans ses lois, alors qu’ils étaient de simples indigènes soumis à la loi, non protégés par la loi. La France les abandonnait aux appétits voraces des colons, à leurs arrogances, à leurs exactions, vexations de tous genres et oppressions. Jamais nation n’a été aussi avilie que cette Algérie meurtrie, tyrannisée, qui ne parvenait pas à se relever d’elle-même pour faire la joie de ses fils authentiques, vertueux et honnêtes, engagés à fond dans son amour. Ses propres fils la violaient tous les jours, tels ce caïd et ces tirailleurs qui croyaient que vraiment la France était leur mère.

 

Jamais le deuil et la joie ne s’étaient côtoyés de façon aussi apparente en pleine rue : la fête des colons arrosée à grands flots de vin, le noir abattement des indigènes sous leurs blancs burnous. Il était pire lorsque venaient à se croiser les regards des antagonistes. Ils disaient long, ils exprimaient long : l’arrogance et la jouissance sadique d’un côté, de l’autre, le feu de la vengeance qui dévorait les âmes. Là, la France avait échoué dans la dimension de fraternité qu’elle osait enseigner aux autres. Elle avait échoué à semer les graines de l’amour entre les gens. Elle avait tant opprimé ses sujets que le feu immense des vengeances couvait.

 

Hamza avait mal, sa colère tenait à un moindre regard équivoque, à la moindre ironie. Il maitrisait difficilement ses nerfs et évitait de croiser les gens, coupables ou victimes. Pour l’instant, il ne raisonnait même pas. On dirait qu’il avait mu en homme préhistorique à deux fonctions vitales : chasser, manger. Des colons l’interpellaient dans la rue, mus d’une joie excentrique. Il ne les entendait pas. Les indigènes le saluaient par courtoisie de circonstance. Son ouïe n’en percevait aucun son. Il était littéralement dans un état second, tant le choc avait quelque chose de sismique. Où allait-il ? Le savait-il lui-même en ces instants d’incertitude ?

 

Il marchait au hasard, ne sachant nullement où il allait. Il la vit ! Il la vit, comme une apparition surnaturelle qui lui parlait, le toucher. Peu à peu, il s’habituait à cette vision merveilleuse, féerique. Il la suivait des yeux, puis ses pensées prenaient imperceptiblement de l’ordre, son cœur commença à battre à son rythme normal. Alors, il sortit  de sa torpeur, son cerveau se mit à fonctionner de nouveau. Puis, il s’écria de toutes ses forces : Pauline. Elle s’arrêta, se retourna, resta immobile. Sa surprise était faite d’éblouissement et d’émerveillement, comme le soleil qui apparaitrait soudain dans la nuit. Elle ne croyait plus au retour de son amour et elle en était si heureuse. Il alla vers elle, sans gambader, ni courir, mais au pas d’un seigneur sûr de retrouver celle qui l’aimait. « Allons au jardin public, dit-il ».

 

Ils se tenaient par les bras, souriants et allègres, légers comme des feuilles de printemps, pleines de vie et de sève. Ils marchaient comme des anges, à la félicité divine, comblés par la grâce de dieu. Au jardin public, les roses épanouies leur souriaient, dansaient pour eux, au souffle de la brise légère du matin, les conviaient à l’amour éternel, les encensaient de leurs parfums enivrants. Sur leur banc d’accueil, ils s’oubliaient dans la douceur du moment qu’ils espéraient ne jamais s’achever. Pris dans l’enchantement, ils voyageaient dans les espaces aériens. Ils étaient heureux, s’aimaient seulement des yeux. Elle lui caressait les cheveux, Il la tenait par la hanche. Il ne voulait pas la posséder, fidèle au serment qu’il s’était donné pour lui éviter des illusions douloureuses. Elle ne le tentait pas, par respect à ce pacte auquel elle n’avait pas souscrit. Ils restèrent ainsi plus de deux heures en espérant d’autres moments similaires. Mais se reproduiraient-ils ces moments ? Ils n’en savaient rien. Ils s’en allèrent et chacun prit la voie de son destin.

                                   

Il fallait ce miracle de l’amour pour opérer la mue certaine dans l’état d’abattement dans lequel se trouvait momentanément Hamza et nul ne pouvait prédire combien celui-ci pourrait-il durer. Le jeune homme reprit vite ses esprits. Il était de nouveau maitre de sa boussole. Il partait droit devant son objectif, conférer avec ses compagnons, mettre au point ce qui ne l’avait pas été, fixer la date de la confrontation armée. Son courage n’avait nullement failli, sa volonté était de fer. Sur le plan du mental, il était ce guerrier intrépide. Il souriait à cette pensée. Il manquait d’expérience. Il ne savait pas que la guerre réservait les plus sinistres surprises qui n’étaient jamais du goût du soldat.

 

Hamza quitta le village et s’engagea à pied vers la forêt.  Après deux heures de marche, il arriva à la périphérie des gourbis. Des enfants jouaient. Ils étaient peut-être une dizaine. Dès qu’ils le  virent, ils sautèrent de joie. Désormais, Hamza était connu de tous, grâce à ses fréquentes visites. L’un d’eux lui dit que Mabrouk était à la clairière, avec quelques hommes. Il échangea deux ou trois mots avec eux et se dépêcha de rejoindre ses compagnons, qui étaient une dizaine et semblaient tenir une réunion. Ils furent joyeux de le voir et le prièrent de s’asseoir. Il fut rapidement associé à la discussion. L’un et l’autre prenaient la parole. Ils étaient loin de l’unanimité de l’action armée. Certains proposaient d’adresser une ultime requête au gouverneur général. D’autres prétendaient qu’ils étaient  malades. Hamza observa les uns et les autres et se rendit compte à l’évidence que ses compagnons ne possédaient nullement le tempérament guerrier de leurs pères. Il en était déçu et se mit en devoir de faire un autre prêche sur le djihad. Enfin, un consensus fut trouvé : ils mèneront leur combat au printemps suivant, pendant les fêtes festives. Sur cette résolution, ils se séparèrent et Hamza rentra chez lui content de l’accord entériné.

 

Vint le vingt-deux avril, journée qui était gaie. La nature elle-même souriait, le soleil se faisait plus clément, le vent frais soufflait, les fleurs s’épanouissaient, les feuilles d’arbres ou des légumes verdissaient avec éclat, un merle sifflait, un rossignol roucoulait, l’aigle planait fièrement, l’abeille bourdonnait, la guêpe construisait sa ruche en coquillage, le chant d’oiseaux ne cessait pas. Qui ne pourrait aimer notre mère nature quand elle nous prodiguait ses dons cléments et généreux ? Partout l’individu voyait la beauté ; mais l’artiste la pénétrait, lui donnait l’âme, un nouveau corps, une nouvelle vie ; il l’interprétait, l’exposait pour nous rapprocher davantage de notre mère nature que nous devons aimer comme notre propre chair, préserver contre les effets dévastateurs, contre les abus dans nos propres besoins. Elle n’avait pas les moyens de se défendre ; nous les avions. Nous disposions plus que jamais du savoir et des bras pour l’élever dans nos bras. Elle n’en sera que prodigue.

En forêt, dans le territoire des Righa, les gourbis étaient disséminés un peu partout, construits en terre sèche, en contrefort d’une petite élévation, couverts de toits en bois, composés de deux chambres spacieuses au plus, enchâssés de portes basses et peu larges,  couronnés par une cheminée difforme et rarement groupés en quatre ou cinq, en raison de l’exigüité de l’espace. La tribu était matinale et trop affairée, dans l’air des grandes aumônes qu’elle donnait pour ses saints.

 

Les femmes activaient chez elles, préparaient le petit déjeuner dont l’odeur sortait par les portes ouvertes et creusait l’estomac, ou encore elles étaient accrochées au métier à tisser dont on entendait le peigne à fer cogner l’effet en ouvrage. Certaines surveillaient une marmite qui fumait à l’air libre et profitaient pour se réchauffer au soleil. Elles étaient toutes jolies et adorables. Elles conservaient leur embonpoint, se souciaient à se donner l’apparat que l’homme désirait et la forêt fournissait l’écorce de noyer qu’elles mâchaient pour se teinter les lèvres d’un violet ensorcelant et la garance qu’elles appliquaient en pommade sur leurs joues. Elles portaient de longues robes, les unes moins belles que les autres, un cardigan à moitié boutonné pour aérer la poitrine, un châle, un foulard, des sandales et rien de plus, mais ça leur tenait chaud.

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Isabelle Eberhardt ahmed bencherif

11 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

DSC_0644Perception de l’engagement intellectuel d’Isabelle Eberhardt

Colloque international Isabelle Eberhardt

9 octobre 2016 Bibliothèque nationale Hamma Alger

Préambule

Haïr sans raison, c’est avoir une âme corrompue sans perspective pour cette haine de s’éteindre. Celle-ci trouve son espace nourricier chez l’intellectuel frappé d’aveuglement intellectuel, qui se suffit de déductions et de suppositions et s’emploie à semer la suspicion, alors qu’il doit fournir des preuves irréfutables pour sa propre survie en tant que tel et tout simplement pour sauvegarder sa crédibilité en tant qu’individu. Ces sentiments se retrouvent chez la plus part des détracteurs d’Isabelle Eberhardt qui lui reprochent d’avoir raté sa chance d’être un intellectuel engagé. Ainsi, ils se placent eux-mêmes comme disciples de l’engagement intellectuel, sans avoir jamais ou rarement pris fait et cause contre la raison d’état, pour une situation donnée. Certains la descendent dans les flammes de l’enfer en l’accusant gratuitement de choses inimaginables. Notre étude ne consiste pas à relater une accusation sans objet. Mais elle définit ce que c’est que l’engagement dans son contexte historique, pour mieux comprendre sa dimension dans le temps et donc disposer de données d’appréciation sur la question d’engagement intellectuel d’isabelle Eberhardt.

 

Engagement de l’intellectuel

 

L’engagement intellectuel se définit, pour les existentialistes, comme l’acte par lequel l’intellectuel ou l’écrivain assume les valeurs et donne, grâce à ce libre choix, un sens à son existence. C’est sa raison de vivre, son combat de tous les jours. La société attend son avis autorisé sur telle ou telle question. Il en prend fait et cause et fait connaitre sans hésitation ni ambigüités sa position. Car il est pour tant d’autres une référence, une autorité, certes morale mais qui a son poids. C’est le fait de prendre parti sur les problèmes de la société et par son action et ses discours. Qu’en est-il à la fin du 19ème siècle où Isabelle Eberhardt faisait son premier pas littéraire, toute jeune encore, à la fleur de l’âge, où l’on pense insouciance et amours et rien de plus ? Une jeune fille durement éprouvée par la vie, en quête de survie permanente, une étrangère suisse, devenue française par les liens du mariage avec un auxiliaire de l’armée française, moins rémunéré et moins considéré que les soldats de l’armée régulière ou de la légion étrangère qui comptait plusieurs nationalités dont celle de la Suisse, corps dans lequel s’était engagé son frère Augustin qu’elle aimait plus que tout au monde, une musulmane convertie de fraiche date, une femme libre et évoluant au milieu des hommes, une écrivaine attirée par le voyage, l’errance ou précisément une vagabonde mystique, comme il y’en avait tant en Algérie, communément appelés derviches qui étaient sains d’esprit et de corps, intégrés socialement c’est-à-dire qui avaient fondé une famille qu’ils continuaient d’entretenir. Isabelle Eberhardt était cette mystique, cette voyageuse, cette écrivaine, de grand talent certes, mais aux débuts si peu prometteurs. Elle n’avait pas de renom, ni gite, ni bourse.  Avec le recul du temps, nous pouvons nous demander comment elle avait pu réussir et entrer dans l’histoire, comme un monument littéraire.

 

Etre écrivain, c’était pratiquer le métier de l’écriture et rien de plus. Ces écrivains vivaient en chambre et n’intervenaient pas dans la vie publique qui, elle, était réservée aux hommes politiques. Le concept d’intellectuel n’existait pas. On parlait d’écrivains, comme on parlait de philosophes sans qu’ils eussent exercé d’influence.

Jean Paul Sartre se révèle comme écrivain engagé dans l’action militante et fondeavec Merleau-Ponty « Socialisme et Liberté », à Paris au début de 1941, groupe intellectuel de résistants. Il écrit sa pièce : Les Mouches. L’objectif est de sensibiliser les Français de la responsabilité de leur condition, de la nécessité pour chacun d’eux d’assumer le destin collectif et du devoir de s’engager dans la lutte présente comme seul acte de liberté possible. Il s’engage à toutes les manifestations contre l’exploitation et la répression.

C’est bien la politique qui préoccupe Sartre mais sans renoncer toutefois à la réflexion philosophique. Pour concilier ces deux pôles, mais aussi pour affirmer son engagement, il fonde à l’automne 1945, en compagnie de Merleau-Ponty, la revue Les Temps modernes dont l’orientation se situe résolument à gauche.Sartre répond au sujet de la conception bourgeoise de la littérature qui admet l’irresponsabilité de l’écrivain et la méthode analytique pour comprendre une soi-disant nature permanente des choses : « Nous nous rangeons du côté de ceux qui veulent changer à la fois la condition sociale de l’homme et la conception qu’il a de lui-même. »

« L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain. »

 

            Eléments biographiques d’Isabelle Eberhardt.

 

La ridicule accusation d’espionne à l’encontre d’Isabelle Eberhardt relève déjà sur un élément biographique du fantasme. En effet la tentative de son assassinat du 29 janvier 1901 à Behima (El Oued )ne semble pas du tout apitoyer l’autorité militaire Elle fut agressée par Abdallah Ben Si Mohamed Ben Lakhdar affilié à la zaouïaTidjaniya, alors qu’elle était aux cotés de si El Hachemi, chef religieux de la Qadiriya qui se rendait à Tunis pour assister à une commémoration funèbre de son père. Elle en fut grièvement blessée et il fallait l’hospitaliser pour lui prodiguer les soins. Cependant les structures sanitaires disponibles étaient exclusivement militaires et il était interdit d’y admettre des femmes. Néanmoins, l’humanisme inhérent à la médecine cherche un compromis et l’installe dans la buanderie de l’infirmerie militaire, en face de la buanderie, avec mention sur la porte  salle des isolés.

Voici ce qu’écrivit, à ce propos,la grande biographe Edmonde Charles-Roux : « Il n’y avait pas de place pour les femmes dans les hôpitaux militaires. La blessée Eberhardt posait problème. Où la mettre ? Elle fut installée en face de la buanderie. Sur la porte de sa chambre, on lisait : “Salle des isolés”

Quel curieux traitement des militaires pour leur collaboratrice, leur espionne. Voilà bien l’hérésie des fabulations de certains auteurs assoiffés par leur propre promotion littéraire au mépris de la morale et de l’honnêteté intellectuelle. Heureusement, ces auteurs en mal dans leur personne sont comptés sur les doigts d’une seule main. Néanmoins, ils exercent peut-être certaine de l’impact sur les néophytes. La conclusion qui découle du compromis des militaires pour soigner Isabelle Eberhardt nous dit clairement qu’il n’en est rien et fait tomber tout cet édifice mensonger pour salir la mémoire d’Isabelle Eberhardt.

Bien plus, cette tentative d’assassinat aggrava l’hostilité des colons à l’égard  d’Isabelle Eberhardt et compliqua sérieusement son séjour en Algérie, comme persona non grata. En effet, elle faisait l’objet d’une enquête d’information militaire, diligentée par le capitaine Cauvet, sur la base d’une dénonciation par lettre anonyme que l’écrivaine était accusée d’espionnage, d’empoisonnement, de vol et d’opportunisme de sa foi religieuse dans le but de conspirer contre la France. Le commandant du cercle de Touggourt transmet à sa hiérarchie  son rapport, pris sur la base de l’enquête du capitaine Cauvet. Voici ce qu’il écrivt :

« La lettre (d’accusation) était une vengeance personnelle et si les autorités considéraient Eberhardt comme une névrosée et une détraquée venue satisfaire ses penchants vicieux et son goût pour les indigènes, rien jusqu’à présent dans ses agissements ne m’a paru répréhensible et de nature à instruire des mesures de rigueur à son égard ».

Isabelle Eberhardt publia un article dans La Dépêche algérienne le 6 juin 1901, dans lequel elle relate les circonstances de cette agression :

« Tandis que le marabout se retirait dans une autre pièce pour la prière de l’après-midi, je demeurai dans une grande salle donnant sur une antichambre ouverte sur la place publique, où stationnait une foule compacte et où mon serviteur gardait mon cheval. Il y avait là cinq ou six notables arabes de l’endroit et des environs, presque tous khouans de l’ordre des Rahmanias, secte amie de la Quadrïa. J’étais assise entre deux de ces personnes, le propriétaire de la maison et un jeune commerçant de Guémar, Ahmed ben Belkacem. Ce dernier me pria de lui traduire trois dépêches commerciales, dont l’une, fort mal rédigée, me donna beaucoup de peine. J’avais la tête baissée et le capuchon de mon burnous rabattu par-dessus le turban, ce qui m’empêchait de voir devant moi. Brusquement, je reçus à la tête un violent coup, suivi de deux autres au bras gauche. Je relevai la tête et vis devant moi un individu mal vêtu, étranger à l’assistance, qui brandissait une arme que je pris pour une matraque. Je me levai brusquement et m’élançai vers le mur opposé pour me saisir du sabre de Si Hachemi. Mais le premier coup avait porté sur le sommet de ma tête et m’avait étourdie. Je tombai donc sur une malle, sentant une violente douleur au bras gauche. L’assassin, désarmé par un jeune mokhadem des Quadryas… et un domestique de Si Hachemi, nommé Saad, réussit à se dégager. Le voyant se rapprocher de moi, je me relevai et voulus encore m’armer, mais mon étourdissement et la douleur aigüe de mon bras m’en empêcha. L’homme se jeta dans la foule en criant : « Je vais chercher un fusil pour l’achever ». Saad m’apporta alors un sabre arabe en fer ensanglanté et me dit : « Voilà avec quoi ce chien t’a blessée ».

L’instruction judiciaire butta à établir les motifs tangibles de la tentative d’assassinat et conclut au fanatisme, un acte d’hostilité classique entre les confréries soufies. Cependant les amis communs d’Isabelle Eberhardt  et du regretté marquis Mores, assassiné à Tunis en 1898 et dont le coupable ne fut jamais identifié, portèrent leur accusation sur les autorités coloniales. Dans le dossier judiciaire, il n’existe cependant aucune preuve d’appartenance confrérique quelconque de Abdellah Ben si Mohamed Ben Lakhdar.

Isabelle Eberhardt pardonna à son agresseur.  Pourtant le dommage corporel de ses blessures  était important, comme le confirme le constat du médecin militaire Léon Taste :

« Mademoiselle Eberhardt a été atteinte sur la face postérieure de l’avant-bras gauche d’un coup d’un instrument tranchant ayant déterminé à deux centimètres au-dessus de la pointe de l’olécrane, une plaie transversalement dirigée de quatre centimètres de longueur, d’une fracture incomplète de l’olécrane, d’une demi-section du tendon du triceps huméral de l’ouverture de l’articulation du coude à sa partie postéro-externe. Sur la partie interne de l’avant-bras gauche d’une éraflure obliquement dirigée de trois centimètres et demi de long, à deux travers de doigt de l’apophyse styloïde du cubitus. Sur le sommet de la tête d’une plaie verticale de deux centimètres et demi de longueur. 2) La lésion du coude seule est « tenu » sérieuse sauf complication, occasionnera une incapacité de travail de trois mois ».

Le jugement est rendu le 18 juin 1901 par la cour de Constantine.  Son agresseur est condamné.  Personnage indésirable, Isabelle Eberhardt fiat l’objet d’une décision administrative d’expulsion. Elle regagne Marseille déguisée et méconnaissable. Slimane Henni le 17 octobre 1901 la rejoint et tous deux y célèbrent leur mariage. Cette union lui donne la citoyenneté française qui lui permet de rentrer en Algérie avec son mari.

Une lettre anonyme a failli injustement mettre durablement un terme à sa vie littéraire que la postérité apprécie immensément. De nos jours, une fâcheuse médisance d’un auteur court à titre posthume. Cet auteur, Khalifa Benamara, est le fils d’Ainsefra, demeure éternelle d’Isabelle Eberhardt qui a pourtant tant aimé cette petite ville où elle n’a vécu que cinq ou six mois en pendant deux séjours. Sa fausse accusation ne repose sur aucune preuve, sauf qu’il nous dit : « croyez-moi sur parole, comme s’il nous disait une parole sacrée ». Le pire encore, c’est quand il lui prête un rôle comparable à celui l’espion Boutin qui avait donné les informations pour l’expédition française de sidi Fredj en juin 1830. Ces fausses accusations dépassent toutes les mesures admises et ne reflètent pas du tout l’intégrité intellectuelle. Dans son ouvrage, une question mérite encore d’être mise en exergue. Il s’agit de la cérémonie funèbre dont il ne souffle aucun mot, alors qu’il devait la retracer en tant que musulman et fils de cette terre qui l’a vu naitre et qui porte dans son sous-sol la dépouille d’Isabelle Eberhardt.

Le 23 octobre 1904, il y eut la cérémonie funèbre à sidi Boudgemaa, nouveau cimetière choisi par le général Lyautey et où Isabelle Eberhardt fut le premier mort à y être enseveli. D’autre part la prière du mort a été officiée par le cheikh de la zaouiaTaybiya, Mostefa Ben Miloud Charif qui avait intercédé auprès du général pour inhumer la défunte selon le rite musulman et dans un cimetière musulman. Cependant l’auteur ne mentionne pas ces éléments biographiques, soit par oubli, méconnaissance ou carrément par intention pour laisser planer l’ombre d’une moindre tartuferie.

Tous les écrits d’Isabelle Eberhardt sont marqués d’humanisme. C’est là un consensus que font ses biographes, ses critiques, ses lecteurs. Oui elle a conté la misère du peuple indigène, les exactions du pouvoir colonial, la tyrannie des militaires français qui faisaient de l’amour avec la femme indigène un passe-temps, passe-temps qui arrivait jusqu’au viol et les victimes étaient livrées à leur sort, à l’exclusion, au suicide. C’est Isabelle Eberhardt qui intègre pour la première fois le peuple indigène en littérature et que le lecteur universel avait commencé à connaitre.

Cet humanisme est-il réducteur ? Mais non. L’humanisme est porteur du drame humain, véhicule des valeurs universelles pour le bien de la terre et des hommes. C’est plus qu’une philosophie. C’est un mouvement fédérateur des esprits animés par la confiance en l’homme et la recherche de son progrès, sur la base des observations sur les mœurs et les pays. Donc Isabelle Eberhardt décrit bien sa nouvelle patrie, son nouveau peuple. Elle raconte la misère de ce peuple indigène privé de pain, d’instruction, de terres agricoles, les exactions qu’il subit dans son quotidien. Elle va également milité pour que ce peuple indigène ouvre sa marche vers le progrès. Elle a également contribué à ouvrir une école d’apprentissage pour les filles.

Cependant Isabelle Eberhardt n’en restera pas au stade de l’humanisme. L’affaire de Margueritte allait lui fournir la matière à réflexion. Elle formula deux opinions contradictoires. Si la première nous surprend, la seconde traduit expressément son sa vraie nature.

Pour la clarté de l’exposé, je dirai brièvement un mot sur ce que l’on a appelé historiquement l’affaire de Margueritte. Marguerite est un village situé à 9km de Meliana et son nom originel est Ain-Torki, érigée en commune mixte, dirigée par un administrateur communal, rattachée à la subdivision militaire de Meliana, qui est également siège de la sous-préfecture. C’est un petit centre de colonisation créé en 1880, à population urbaine européenne, administré également un maire, soit un richissime propriétaire agricole, monsieur Jenoudet.  Sa population rurale est indigène exclusivement de la tribu des Righa. Celle-ci est brimée par le service forestier qui la surtaxait, le service des domaines l’avait dépossédée de ses meilleures terres agricoles, à tel point que sa situation sociale devint précaire et entra dans une phase de paupérisation en moins de vingt ans. Elle perdit les trois quarts de ses terres, de ses troupeaux bovins et ovins, de son capital fiduciaire. Cette dégradation économique avait accumulé un fort ressentiment et le 26 avril 1901, la tribu se souleva. 125 hommes armés assiégèrent le village et ont contraient par la force les habitants européens à se convertir à l’islam. Il se trouve que cinq Européens, qui n’aveint prononcé la profession de foi, furent égorgés. L’insurrection dura une journée et fut écrasée par une compagnie de tirailleurs qui vinrent de Meliana. Il y eut 17 morts parmi les blessés et un mort parmi les soldats. L’affaire fut portée à la justice et c’est la cour d’assises de Montpellier qui la prit en charge. Les insurgés ne menèrent donc pas un long combat et donc la révolte était jugée sans impact, ce qui ouvrit la voie à des polémiques.

Parmi ces voix, on retrouve celle d’Isabelle Eberhardt, alors expulsée d’Algérie, dans une lettre adressée à son mari  Slimane El Heni le 27 juillet 1901 qi disait :

« On ne voit dans la « funeste affaire de Margueritte » que l’une des révoltes inutiles, sanglantes et servant seulement d’armes aux ennemis de tout ce qui est arabe, ou propres à décourager « les Français honnêtes qui veulent aider nos frères »

Cette citation est reprise, par l’auteur Christian Pheline, dans son ouvrage ‘ L’aube d’une révolution Margueritte Algérie 26 avril 1901’. Il est également critique de mon œuvre Marguerite, publiée à Paris en 2008 et en 2009, respectivement à Publibook pour le tome 1 et à Edilivre pour le tome 2. Monsieur Christian Pheline, qui assista à la conférence que j’ai animée à Marguerite (Ain-Torki) semble avoir été motivé pour rendre hommage à son arrière-grand-père, Maxime Pheline, qui aurait exercé les fonctions de juge d’instruction au parquet de Blida, lequel aurait été chargé d’instruire l’affaire de Margueritte.

Voilà bien une curieuse citation, non dans sa véracité, mais dans son fond. En effet, comment Isabelle Eberhardt aurait-elle éprouvé d’abord ce sentiment de résignation à l’oppression, puis condamner sans équivoque cette levée d’armes, bien timide, il faut le noter ? La réponse ne peut être envisagée que de l’analyse succincte de sa propre personnalité, à défaut de tout élément écrit, justifiant son opinion. Nous sommes en présence d’un pouvoir colonial qui lui est hostile, mais également hostile à cette masse anonyme de colonisés qui éprouvent les pires difficultés pour survivre et qui ne font entendre leur parole confisquée que par la voie du baroud. Isabelle Eberhart a-t-elle peur alors de ce pouvoir qui l’avait toujours qualifiée de personnage gênant, provocateur par ses mœurs, converti à l’islam, qui a fait sa rupture avec son monde occidental pour se fondre dans ce nouveau monde oriental, plus précisément le monde algérien dont elle a aimé l’Arabe, le Berbère, le Kabyle, dont elle a aimé la générosité, la bravoure, la persévérance, la tolérance. Isabelle Eberhardt est loin d’illustrer ce personnage timoré, résigné, phobique. Le contraire est bien trop vrai. Toute sa vie, elle avait aimé le risque qui la poussait à voyager seule dans le désert, travesti en homme, en compagnie des hommes à qui il était fort possible de la violer, si jamais le hasard leur dévoilait son identité féminine. Comment cette peur aurait pu lui survenir, alors qu’elle avait aidé les anarchistes russes, alors qu’elle faisait partie de la famille Trophymowsky et de Nathalie de Moeder, respectivement son père ou tuteur et sa mère, qui faisait l’objet d’étroite surveillance de la police politique du tsar.

Isabelle Eberhardt s’insurge en elle-même. En effet, quinze mois après cette citation rapportée plus haut, nous découvrons sa vraie nature, nature rebelle, combattante. Elle se forgea alors une autre opinion, elle acquit une nouvelle aptitude. L’affaire Margueritte incarne pour elle son engagement sans équivoque pour la défense des Indigènes. Elle unit la parole de l’intellectuel à l’action du combattant. Je ne voudrais pas anticiper, mais je dirai juste que sa volonté dans l’engagement de l’intellectuel précéda toute la théorie de Jean-Paul Sartre. En effet, ce qu’elle écrivit est une grande avancée à cette époque où la contestation de l’indigène ne s’exprimait que par la voie des armes. Car la loi ne lui accordait guère le statut de citoyen et par conséquent tous les droits inhérents à cette qualité. Puis si peu d’entre eux étaient instruits et ceux-là même étaient quasiment francisés et suscitaient la désapprobation de leurs coreligionnaires. Isabelle Eberhardt exprime donc sa pleine adhésion au processus de défense des insurgés. Dans mes ‘ Journaliers’ elle écrivit en date du 13 octobre 1903 :

« Peut-être cet hiver me faudra-t-il aller en France, pour cette très importante question de reportage sur les insurgés de Margueritte. Oh ! Si seulement, je pouvais dire tout ce que je sais, tout ce que je pense là-dessus, toute la vérité ! Quelle bonne œuvre qui, continuée, deviendrait féconde et qui, en même temps, me ferait un nom…Commencer ma carrière en me posant carrément en défenseur de mes frères, les musulmans d’Algérie, lettre Eugène Brieux ».

Une phrase retient évidemment notre attention : « Oh ! Si seulement, je pouvais dire tout ce que je sais, tout ce que je pense là-dessus, toute la vérité ! ». Tout ce nous pouvons comprendre c’est qu’Isabelle Eberhardt n’était pas libre de révéler les oppressions, les exactions, les vexations dont était victime la société indigène. Il ne pouvait pas non plus crier haut sa condamnation pour ce drame colonial basé sur l’exclusion, le séquestre, la dépossession, le rachat légal des terres confisquées. Comme elle ne pouvait pas révéler toute la vérité sur la descente aux enfers de tout un peuple privé des droits de l’homme les plus élémentaires.  Quel était cet obstacle à toute son action militante ? Il faut savoir que le parti colonial était très puissant et réclamait toujours des terres agricoles, des pouvoirs, l’exclusion totale de l’indigène qu’il continuait à confiner dans l’ignorance et l’obscurantisme, en interdisant l’accès à l’école publique des enfants indigènes, en en limitant l’agrément ses écoles coraniques et des médersas. Ce parti colonial était tellement puissant que tous les gouverneurs généraux, militaires ou civils, qui avaient administrés la colonie, lui courbaient l’échine. Il s’était trouvé aussi qu’un ou deux gouverneurs, qui étaient animés de compassion envers les indigènes, tombèrent en disgrâce et furent démis de leurs fonctions. Quant au Gouvernement de paris et au Parlement, ils cédaient à chaque fois au parti colonial qui entretenait le chantage aberrant de quitter massivement l’Algérie et de rentrer en France, ce qui voulait dire en substance la perte de la colonie et un coup fatal au prestige français au regard des autres nations impériales.

La biographe, Annette Kobak, rapporte une citation d’Isabelle Eberhardt, infirmée cependant par le critique Mohamed Rochd, à propos d’une révolte qui s’était produite à Bône (Annaba). Elle nous montre Isabelle résolument engagée dans la révolution, si jamais celle-ci était  déclenchée.  La jeune écrivaine écrivit :

« Si la lutte devient inévitable, je n’hésiterai pas un seul instant, car ce serait une lâcheté. Et cela me fait sourire : comme jadis pour les anarchistes russes, je vais combattre, peut-être, pour les révolutionnaires musulmans…quoique avec plus de foi et de vraie haine pour l’oppression ».

Voilà son serment de foi de combattante. Ne sait-elle pas alors que, selon le Coran, est martyr, qui périt dans un champ de pour la cause de l’islam contre les infidèles qui se sont appropriés la terre d’islam ? Bien sûr qu’elle le sait et personnellement je trouve la citation de Annette Kobak tout à fait plausible. Néanmoins, je ne prétends nullement être un critique ou un biographe et mon ami Mohamed Rochd m’a suffisamment éclairé sur la position d’Isabelle Eberhardt sur l’affaire Margueritte dont j’ai écrit l’histoire. Evidemment, j’ai publié mon ouvrage réponse, regards critiques, à l’auteur Christian Pheline pour son essai historique l’aube d’une révolution Algérie Margueritte 26 avril 1901 et dans lequel j’ai cité la deuxième opinion d’Isabelle Eberhardt.

Quant au biographe, René-Louis Doyon, il conforte notre analyse qui met en évidence l’engagement de notre jeune écrivaine. Il écrit dans le même sujet de l’affaire Marguerite éléments biographiques qui sont dignes de la combattante :

«  …Il est arrivé souvent que les vindictes religieuses des vaincus se ravivent et font naitre des séditions. Celle du petit village de Margueritte en fut une preuve ; Isabelle, toujours prête à défendre les plus pauvres de ses coreligionnaires, soutint la cause des séditieux. Comme il était périlleux de faire juger les coupables par les Algériens…et Isabelle faillit représenter Le Temps (journal de France) comme spécialiste des questions indigènes ; il s’en fallut d’un permis et de 500 francs pour qu’Isabelle rentrât aussitôt en rapport avec la presse parisienne ».

Mohamed Rochd nous signale que Doyon s’appuyait sur des correspondances et des papiers,  rachetés par un beau- frère de Slimane ElHenni par un maire de Bône. Lui-même réfute en bloc toutes ces fabulations sur la condition d’espionne d’Isabelle Eberhardt et il est bien placé. Car il en est, aux côtés d’Edmonde Charles-Roux, le biographe le plus immense et le critique le plus attentif.

Voyons maintenant ce que dit l’auteur immense Edmonde Charles-Roux à propos de cette question d’espionnage. Dans son ouvrage majeur, elle réfute carrément ces fabulations. Une année après le centenaire d’Isabelle Eberhardt, Edmonde Charles-Roux est interviewée par le quotidien national ‘Liberté’, dans son édition du 11 janvier 1905, sous la plume du journaliste Tahar Houchi. Le journaliste pose crument la question :

« Isabelle espionne ? Le débat n’est pas encore tranché ?

Notre doyenne répond tout aussi crument :

« A l’époque où elle meurt, elle n’avait plus de dents, tant qu’elle vivait durement. Elle suivait les caravanes à pied, fumait le kif…C’est vraiment prendre les militaires pour des crétins, l’intelligent Lyautey de surcroit, de dire qu’ils ont une femme pareille pour une informatrice. On sait qu’elle n’est pas une femme de confiance. Elle était une raconteuse, on l’a dit à Lyautey ; ses traversées nocturnes, ses voyages dans le désert…Cela n’a rien à voir avec les rapports de police. C’est une accusation stupide, mensongère et sans fondement. C’est une méconnaissance de tout le milieu et une injure pour les mémoires de Lyautey et d’Isabelle ».

Une autre question du journaliste mérite d’être rapportée :

« L’authenticité des écrits d’Isabelle est aussi au cœur de la polémique ».

La réponse d’Edmonde est pertinente et met à nu toutes ces fabulations qui ont été tissées comme dans un métier à tisser :

« Vous avez tout à fait raison de faire allusion à un incident détestable relatif à sa première œuvre. Dans l’ombre chaude de l’islam, qui a paru sous l’initiative de Victor Barrucand qui s’est permis, par peur de l’opposition française à Isabelle, tat elle a été sévère au sujet de la présence française en Algérie, quelques changements. Barrucand s’est dit ‘si je donne le manuscrit in extenso, on aura une réaction française épouvantable. Nous dirons qu’il a fait le nettoyage. Il n’a pas ajouté des choses, il a transformé et neutralisé certaines choses. Je trouve cela important et très bon.

Toujours à propos des manuscrits, Edmonde dit en substance :

« On les a retrouvés tel quel avec des traces de sable dessus. C’est émouvant. On voit que tout va bien. Seul notre ami Mohamed Rochd, ayant remis en état les manuscrits d’Isabelle, est en mesure de soutenir le contraire. Il a fait un travail de moine. Il est magnifique ».

 

Cher monsieur,

Je reçois votre lettre du 11 mai dont je vous remercie. Ce que vous m’écrivez sur Isabelle Eberhardt me touche au plus profond de mon cœur. Ce sera avec joie que je me rendrai à votre colloque sur I. Eberhardt, si vous réussissez à le faire aboutir. Avec mes vœux et mes remerciements sincères.

Edmonde Charles-RouxAcadémie Goncourt

mémoire de Charles Guérib; ahmed bencherif

10 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Et soudain, à travers la grise immensité,
Je me vis dans un lieu funèbre transporté.
J’errais avec lenteur de tombe en tombe, l’âme
Tremblante encore du triste adieu de cette femme.
C’était un soir brumeux de Toussaint. J’arrivai
Au sépulcre où le nom de ma race est gravé,
Et, pressant d’un fiévreux baiser la pierre verte,
Ivre d’une douleur âcre, je criai « Certes,
Ô morts ! il ne faut pas envier ce vivant
Qui gémit comme un pin rebroussé par le vent.
Alors que vous goûtez dans votre nuit profonde
Le souverain oubli de vous-même et du monde,
Cet homme, cet enfant qui se jette à genoux
Pour être, ô bienheureux défunts ! plus près de vous,
Ce rêveur âprement s’enracine à la terre.
L’insatiable feu des voluptés l’altère.
Il ouvre son cœur vide à la gloire ; il attend
Comme une église où va tonner l’orgue éclatant ;
Il espère, il a soif d’aimer, il aime, il doute,
Et, buttant de fatigue, il traîne sur sa route
Son orgueil, son espoir et son ombre en marchant
Vers les monts envahis par la paix du couchant.
Vous qu’il a vus, les doigts crispés, la chair jaunie,
Supporter des saisons entières d’agonie,
Vous encore qu’il revoit, hélas ! joyeux et forts
Et rayonnants d’amour et de jeunesse, ô morts !
Ô morts, partagez-lui les fleurs et les prières
Que les passants pieux répandent sur vos pierres,
Pour que ce voyageur reprenne son chemin
Avec la foi dans l’âme et des lys à la main !

J’ouvris les yeux. Le ciel versait un jour avare.
Des troupes d’albatros volaient autour du phare.
Les voiles des pêcheurs se glissaient hors du port.
Le flot sur les récifs brisait d’un sourd effort,
Et sur la vaste mer au loin blanche d’écume,
L’aube grise traînait son suaire de brume
Qu’une pluie aux longs fils pressés tramait d’argent.

Et moi je demeurai, plein de larmes, songeant
Aux fins d’amour, aux nuits de départ où l’on pleure,
Aux serments révoqués par la fuite de l’heure,
Aux sanglots étouffés dans la gorge, aux baisers
Trempés de sel, aux cris, aux silences brisés,
A ces amants dont l’œil sourit au suicide
Et qui s’en vont, muets et hagards, l’esprit vide,
Emportant sous le ciel douteux du petit jour
Le froid intérieur d’un adieu sans retour.

Ô jeunesse qui fus la mienne, ô douloureuse !
Je te laisse clouée à ta croix amoureuse
Avec un poids mortel de roses sur le front.
Les femmes qui t’ont fait souffrir te pleureront.
Pour moi je redescends la colline gravie,
D’un pas viril, les yeux plus larges, vers la vie.
Forger, lutter, brandir l’épée ou le marteau,
Partager aux errants des routes son manteau,
Être bon, être pur, être grand, être un homme
Que le seul bruit du bien qu’il a semé renomme,
Entrer comme un rayon d’azur dans les taudis,
Remplir d’amour le cœur âpre et sec des maudits,
Visiter les chevets et les âmes sans joie,
Dire « Croyez en Dieu, car c’est lui qui m’envoie, »
Se sentir chaque soir plus paisible et meilleur,
Ce rêve d’une fin de nuit d’avril, Seigneur,
Ne sera-ce qu’un rêve encore après tant d’autres ?
Ou compterai-je un jour au nombre des apôtres
Qui, satisfaits d’avoir accompli leur destin,
Meurent les yeux ouverts sur l’éternel matin ?

Charles Guérin.

ancienne église ELKOL

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Monseigneur John Mac William Evèque de Laghouat Ghardiaia : ahmed bencherif

10 janvier, 2020
culture | 4 réponses »

Ahmed Bencherif

Ecrivain poète,

A

 

 

Monseigneur John Mac William,

Evêque de Laghouat-Ghardaia

 

Monseigneur,

C’est tout à mon honneur cette opportunité de lire votre lettre, celle d’un pontife, en charge d’un diocèse immense, soucieux de l’harmonie de ses églises, humaniste, ouvert au dialogue, énergique. Vos visites ne me surprennent pas tant, car vous êtes sur le pas de Monseigneur Mercier, mort si jeune, qui parcourait vingt mille km par an. Il faut dire aussi que de son temps, le diocèse s’étendait au Mali, le Niger, le Soudan Français.

Vous saurez, Monseigneur, que je ne suis pas écrivain  en chambre. En, effet je suis aussi actif dans le domaine culturel. J’anime aussi des conférences sur la mémoire de ma ville, Ainsefra. Aussi, j’ai été sollicité par des intellectuels pour donner une conférence sur l’odyssée d’une religieuse de Zaid Boufeldja. Leur argument de connaitre l’histoire de notre petit pays  vint à out de mes hésitations.

J’avais lu cet ouvrage, dès les premiers temps de sa parution, en temps que lecteur, bien sûr. Maintenant je l’étudie pour le dessein suscité. Croyez-moi, Monseigneur, j’en suis déconcerté. L’auteur du livre ne me parait pas tellement innocent dans ce drame, comme dans le texte. il reproduit des lettres qui  normalement doivent figurer en annexe. Alors on se pose la question sur leur authenticité. Il raconte des faits qui ne me paraissent pas plausibles. Pour lui, l’histoire s’arrête en 1949, soit à son enlèvement et à sa déportation au Congo, dans une léproserie, comme il l’écrit. Sœur Catherine me semble être vraiment une victime. C’était une Religieuse, monsieur Zaid lui devait estime et respect et non cultiver une ‘ amitié ‘ assidument.

J’ai été décontenancé en recevant de la mairie de Bolbec Havre l’extrait de naissance avec mention de son décès en décembre 1989 de Sœur Catherine, alors que le livre laisse penser qu’elle mourut en 1949 ou 1950. Qui survivrait dans une léproserie ! Cet élément biographique me donna une toute autre vision : rendre hommage à Sœur Catherine plus que de relater la saga dans la conférence ; pousser mes recherches et mes investigations pour établir la  vérité.

Voilà, Monseigneur, ce dont je voulais vous entretenir et je  vous prie de m’excuser pour exhumer cette affaire, quoiqu’elle le fût avant moi par messieurs Bruckberger et Zaid. Je solliciterai de  votre éminence d’authentifier la lettre jointe, comme émanant de la  congrégation des Sœurs Blanches de  Birmandreis ALGER.

Naama le 15/11/201820180724_165351cathédrale Saint Augustin Annaba Algérie

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