ahmed bencherif écrivain et poète

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Archive pour janvier, 2020


aux armes roman en veille ahmed bencherif

9 janvier, 2020
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chapitre 1 Ainsefra

 

 

Le crépuscule tombe, les oiseaux crient et vont nicher dans les arbres, la grosse tâche jaunâtre et rougeâtre du soleil disparait, la pénombre envahit imperceptiblement les rues, l’employé communal allume les lampadaires, les magasins ferment, le marchand de saucisses allume son  barbecue, le muezzin appelle à la prière, des croyants vont à la mosquée, des  buveurs investissent les bars, trois jeeps sont stationnées sur la place de la République, des officiers en uniforme font le boulevard, des couples flânent, le chef de la  commune mixte passe dans sa belle traction noire, le bachagha ferme son administration. Un bal sera donné ce soir à la salle des fêtes.

C’est le vingt du mois de mars. Cette date reste gravée dans la mémoire de ma ville, ni tellienne, ni saharienne, Ainsefra. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce personnage qu’on appelle Messali Hadj était venu, le même jour, il y a deux ans. Ce petit homme, ce barbu, à la blanche gandoura, à la canne d’apparat, au tarbouche bien haut avait beaucoup de classe. Sa visite était attendue de façon messianique. Il avait chamboulé le calme du village. Une grande foule était venue à sa rencontre, rue sidi Moulay, près du local du parti. Il y avait plein de posters suspendus ça et là, qui le représentaient, dans différentes circonstances. Une poignée d’hommes portaient des brassards. Ils  en assuraient la sécurité, m’avait-on dit. Je  voulais le voir, le toucher, lui parler. Les gardes en question ne m’avaient pas laissé l’approcher. Ils me voyaient d’un œil niais, presque méprisant. C’est sûr, leur chef est très important et assume une mission capitale. Cependant, est-ce une raison pour m’interdire mon vœu. Il est vrai que je le trouve emblématique. Pour qui, pourquoi ? Franchement, je ne sais pas.

Cet hôte illustre d’une journée dégageait beaucoup de charisme. Son costume était sobrement impeccable, ses paroles touchaient le cœur des gens, ses gestes étaient méticuleusement étudiés, fier de lui-même jusqu’à un égocentrisme outrageant. Il regardait trop souvent le ciel, comme pour invoquer Dieu ou se donner une caractéristique de sainteté. Les gens le percevaient comme la Providence pour sauver l’Algérie du joug colonial. Lui-même faisait tout pour interpréter ce rôle. Cependant, il demeure énigmatique, si peu de gens parviennent à en percer le secret.

Le vent glacial souffle, la gelée tombe encore pendant la nuit. Ces deux forces de la nature font des ravages au niveau des petits jardins de nos fellahs. Il arrive que les bourgeons des arbres fruitiers soient détruits, les cultures maraichères, brûlées. Ils sont si fragilisés, les pauvres. La société indigène de prévoyance ne leur vient jamais en aide. Trop de paperasse constitue une aberration dans le monde steppique, au mode de vie agro-pastoral, que cela soit pour l’accès aux aides ou aux  modestes crédits de campagne.

 

Je sens parfois le froid jusque dans ma colonne  vertébrale. Il est vrai que je ne porte pas de vêtements chauds et que je ne mange pas bien. La misère me colle trop à la peau. Je suis né au ksar et je suis adopté comme l’un de ses fils et donc, je profite de la solidarité sociale. Je vis seul avec ma mère dans un logis d’une pièce cuisine. C’est suffisant pour nous. Je ne suis pas marié, alors la famille ne risque pas un accroissement.

La terrasse du café maure est déserte, les clients l’ont quittée depuis au moins une heure. J’ai passé tout ce temps, assis seul, sur une chaise en fer, autour d’un guéridon, tout aussi en fer. Le cafetier sort. Il est visiblement très courroucé et me fait une remarque désobligeante : « tu ne t’ennuies pas en restant seul comme un hibou, au froid, dans la pénombre ; allez dégage le plancher ». Je me lève promptement, le regarde hébété. Il soulève le guéridon d’un  bras et de l’autre la chaise. Il me tourne le dos. Son pantalon en toile bleu usé et rapiécé partout me distrait. Le tenancier est aussi misérable que moi, alors qu’il bosse près de vingt heures. Je ne sais pas si le travail de forçat  crée la richesse. Si oui, je ne serai jamais forçat, ni laborieux.

Je quitte le lieu, remonte la rue qui mène à la gare, laisse sur ma gauche le cadran solaire, sur ma droite, l’église, puis la poste, la pharmacie, et enfin, je tourne à droite, en direction de la mosquée. C’est plutôt une salle de prière, sans calligraphie coranique sur le mur oriental, ni sur le  minbar modeste, pourvue d’une petite coupole vitrée, avec sur le sol des nattes d’alfa multicolores, dures et rugueuses, épineuses, on dirait. Sa forme est bizarroïde, ni rectangulaire, ni trapézoïde. Puis, elle est trop exigüe, moins grande que la vieille  mosquée du ksar, ce qui est  bizarre. Cela dénote surtout que l’état colonial reste modestement bailleur de fonds pour le culte musulman, la politique laïque suivie rigoureusement.20190622_181306-1

Ainsefra Odyssée ahme bencherif

8 janvier, 2020
Poésie | Pas de réponses »

 

Ain-Sefra

 

 

Ain-Sefra, lotie dans l’immense vallée,

Entre deux puissants monts boisés sur les hauteurs,

L’un bleu qui, sur la dune, semble rouler

L’autre marron qui se dresse en raideur.

 

Et tous deux se dressent très haut dans le ciel,

Captent des nuages dont ils gardent des eaux

Qui, dans leurs entrailles, suintent et se faufilent,

Se gonflent sous terre et forment des ruisseaux,

Réserve humide qui fait la félicité

De grandes cultures très riches et variées

Qui trahissent combien avec l’aridité

Du milieu naturel insolite et bigarré.

 

Aujourd’hui aride, jadis très humide :

Ce fut un marécage  vaste et très arrosé,

Où partout l’eau faisait de la contrée féconde,

Dont toutes les moissons berçaient aux alizés.

 

Ce fut la savane sur les hauts plateaux,

Fournie abondamment en herbes très denses,

Enrichies de flore qui embaumait très tôt,

Adoucies de couleurs dont germaient les essences.

Sa faune africaine a disparu de nos jours :

Herbivores et fauves la peuplaient densément,

Depuis des temps anciens échus et sans retour

Jusqu’à l’ère de Juba, guerrier en mouvement,

Constructeur de cités, écrivain éclairé,

Agronome et fellah sur le pas de Carthage,

Chasseur de pachyderme au Sahara doré,

Auréolés de trophées sur tous les rivages.

L’éléphant, gros mangeur, broutait et s’abreuvait

Sur place sans chercher de nouveaux pâturages,

Au Sud vers de lointains et certains rivages

:          Se roulait dans la boue et dans l’eau se lavait.

 

La girafe, belle de sa robe tachetée,

De félin, de pas fier, tous les sens en éveil,

Courait dans la brousse avec agilité,

Peinait à baraquer et prendre le sommeil.

 

Le buffle en habit noir, impressionnant de taille,

Doux en comportement, puissant en défense

Elit son pâturage  aux sites de paille

Près des bois idéal abri par excellence.

 

Le gnou fou en course laisse des poussières

Sur ses pas bousculés comme une traînée

De poudre qui ne meurt et monte dans les airs ;

Jouant ou paniqué, il se sait dominé.

 

Le zèbre en rayures blanches et grises,

De bedaine pleine, de queue comme un fouet

Ne montre d’apathie, presque toujours muet,

Se prend en piège et sur le marais s’enlise.

L’antilope douce, belle et gracieuse,

Couleur fauve et blanche, de noirs yeux ravissants,

Rapide et agile, plus que merveilleuse,

Se cache dans l’herbe pour préserver son sang.

 

Le guépard tacheté avec grande beauté,

Rapide et silencieux, semble bien disposer

De muscles élastiques d’aisance et agilité,

Pour pourchasser sa proie bien inapte à ruser.

Très Puissant prédateur Il voit mal les couleurs,

Peut passer à côté de son gibier terré,

Busqué dans les touffes, mais il sent les odeurs,

Doté d’un flair très fin de tout temps avéré.

 

Le léopard musclé en robe tachetée,

Panthère d’Afrique fougueuse et féroce,

Parcourt la savane, crainte et redoutée,

Croque son gibier aux branchages denses.

Le crocodile rampant  et excellent nageur,

Court vers l’eau des marres et d’étangs,

Attend en immersion  avec joie et bonheur

Chaque proie assoiffée sous les crocs succombant.

 

Et enfin le lion ! Ce fauve et grand roi,

Couronné par les lois de mère nature

De belle crinière qui inspire l’émoi

Et l’émerveillement comme une parure.

Sur nos roches l’homme primitif, conscient

De son identité, laissa de son outil

Un trésor de dessins gravés à bon escient

De ses joies et chasses, d’expression retentie,

Somme de mémoire très riche d’age en age,

Qui permit d’aller sur ses traces à coup sûr

Afin de remonter le temps et ses plages,

Présent fabuleux trouvé sur la roche dure.

 

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les vagues poétiques ahmed bencherif

8 janvier, 2020
Poésie | Pas de réponses »

                                          Ma femme  

 

 

Ton regard  lumineux dans ton œil de gazelle,

Esquisse d’acajou, comble de tendresse,

Tableau féerique, divine aquarelle,

Un verger exotique, samba dans ma tristesse

Havre de mes peines, le chantre de ma joie,

Source de mon label, tambour de mon combat,

Gardien de mon cœur toujours amoureux de toi,

Le plus beau faisceau de mes nuits ici-bas

Le pacte de nos amours scellées sous serment

Un cinq août, dans le fief, au pied de la dune,

Echo bien sonore de nos plus  beaux moments,

Livre ouvert de nos veillées sous la pleine lune

Sa jalousie vis-à-vis de  ces fées  nombreuses,

Sa fureur prompte, dieu soit loué,  passagère

Comme léger nuage par nuit orageuse

Immense noblesse, tolérance salutaire,

Ma chanson inédite de l’amour ressourcé,

L’évasion de mon âme au lointain firmament,

Rappel à notre vie commune bien pensée,

Pardon de mes péchés, immensément clément,

Tes yeux, un arc-en-ciel au chatoyant couchant,

Enviés par l’ange, jalousées par la femme,

Deux pierres précieuses encensées par mes chants,

Mélodie de nos soirs dans la joie et le calme,

Leur beau lac, clair comme la lune de l’été,

Un cristal où je bois le vin de ton amour

Facile à déborder quand je suis attristé

Ma fragilité, aussi, et ce depuis toujours

Souviens-toi ma chérie de mon amour pour toi,

Immense, sincère, fécond et ressourcé

C’est une légende évoqué chaque fois

Par tes concurrentes depuis lors délaissées.      20191022_104721-1

Getuliya et le voyage de la mort ahmed bencherif

7 janvier, 2020
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Deux petites filles jouaient à l’écart. Elles étaient voisines et surtout de grandes amies presque inséparables. Elles se disaient tout, y compris les secrets de leurs propres familles. Une véritable confiance régissait leurs rapports. Elles n’étaient pas grandes, mais de petite taille, âgées de neuf ans seulement. L’une était blonde, l’autre brune. Elles étaient habillées en tunique forte, rouge pourpre, qui les gardait au chaud. Tous les habitants du hameau connaissaient le fort attachement qui les liait. Souvent elles étaient citées en exemple dans un milieu où la devise de la vie était : chacun pour soi. En effet, les Gétules étaient égoïstes, à la démesure, de façon inimaginable. Ils n’assimilaient pas ce beau sentiment d’amitié et de confiance qui unissait les petites filles Getouliya et Adherbala. Cela dépassait leur intelligence et ils avaient un cœur dur qui ne ressentait pas les émotions de la vie. Elles couraient, faisaient la course, se rattrapaient l’une l’autre, roulaient à terre, prenaient leur souffle, riaient aux éclats. Ah ! Elles étaient heureuses, insouciantes. Elles aimaient immensément la vie, malgré son austérité qui éprouvait visiblement leur petit peuple. Celui-ci  luttait héroïquement  contre la rigueur du climat et des peines éprouvantes dans la quête permanente de leur pain du jour. Il vivait carrément dans le besoin dans cette contrée farouche, isolée des foyers de civilisation du nord. Mais il était né ici et comptait y mourir. La terre lui collait à la peau. L’air  qu’il respirait l’avait marqué durablement. Il aimait ces fauves qu’il chassait par fierté, ou encore ces éléphants, moins grands que ceux de l’Afrique centrale, pour leur ivoire qui était prisé dans les villes de la Numidie ou de Carthage, ou encore d’Egypte. Adherbala cessa de jouer, de rire, de s’amuser. Elle avait faim et sentait ses boyaux se tordre. Voilà trois heures qu’elle avait mangé un bout de galette et bu un petit bol de lait à son  réveil et depuis elle jeûnait malgré elle. C’état son heure pour aller se rassasier, se donner des forces et des calories pour affronter la journée qui était glaciale. Elle invita son amie à l’accompagner chez elle pour calmer les crampes de la faim que ressentait d’ailleurs Gétuliya. Celle-ci consentit joyeusement. Elles partirent toutes les deux, en sautillant et en sifflotant comme un oiseau chanteur. La  gelée, qui était tombée la nuit, n’avait pas encore fondu dans des endroits ombragés. Ses pellicules blanches étaient fines, poudreuses, fragiles. Elles craquaient facilement sous le moindre pas. Les deux fillettes marchaient sans peur, même en traversant les hautes herbes où pouvait se cacher une lionne en devoir d’allaiter ses petits. Elles arrivèrent enfin à leur destination et avaient les pieds gelés, leurs sandales offraient une protection moindre. La hutte était construite non loin de deux enclos, montés eux-mêmes en branches. Sa porte était faite de peaux d’antilope doublées et cousues avec du fil de palmier nain, contenues aux quatre côtés par un bâton d’olivier sauvage. L’intérieur se formait d’une seule salle de superficie moyenne polyvalente. Celle-ci était couverte par plusieurs peaux de mouton, de chèvres. Son mobilier se réduisait à une seule jarre, une marmite, deux cruches à anses, quelques bols, le tout en terre cuite.  Une outre de chèvre était pendue à un long trépied, une outre de mouton,  couchée au sol. Dans un angle bien en vue, une idole en bois, de petite taille, était fixée à un long bâton. Elle représentait un bélier, symbole d’adoration des antiquités. Dans un autre, le feu crépitait et la fumée montait vers le haut et sortait par un orifice aménagé au toit. Trois grosses pierres plates formaient le trépied sur lequel la marmite ronronnait. Des sacs de cuir étaient entassés au fond, les uns faits avec la peau de vache, les autres avec la peau de chèvre.  Ils contenaient des denrées alimentaires impérissables qui formaient des provisions pour des circonstances exceptionnelles. La sécheresse, les tempêtes de neige ou les inondations rendaient les habitants plus ou moins prévenants.

hé hé hé c’est moi qui l’ai tué ahmed b encherif

7 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

IMAG1098Les pauvres fellahs, laborieux travailleurs de la terre et donc si peu imaginatifs, restaient rivés dans la réalité qui était en face d’eux. Elvire existait bel et bien pour eux, en chair et en os, en beauté ensorcelante, mais aussi de personnalité digne et respectueuse. Eux-mêmes conservaient une attitude presque mystique et ne faisaient qu’admirer cette sylphide. Ils dirent tous ensemble bonjour avec douceur qu’ils ne témoignaient pas à l’égard de la gente féminine, même pas avec leurs femmes, le soir au lit. Elle venait souvent leur acheter des produits maraîchers et maintenait la distance nécessaire avec eux, non par discrimination raciale, mais pour laisser toujours cette image d’elle, divine et vénérable. – Bonjour les nourriciers de l’espèce humaine. Je suis un peu en retard aujourd’hui ; j’espère trouver de belles légumes à cette heure. Oh ! Mohamed, tu cultives des roses maintenant ? Elles sont belles et fraîches. Tu veux te convertir en fleuriste ? Tu ne risques pas de faire de gros gains. – Madame Elvire, sous le sac de toiles tu trouveras des radis, betteraves, poireaux et voici encore les herbes potagères. Elvire, j’ai cultivé les roses pour toi. Tu te souviens tu me l’avais suggéré, un jour d’été quand tu te promenais le long de l’oued. – Oui, je me souviens. C’était l’été dernier, en fin d’après-midi, j’avais fait une promenade  en remontant le lit de l’oued. C’était si beau cette nature paresseuse : de minces filets d’eau coulaient, des grenouilles jouaient dans les marres, des oiseaux gazouillaient, des fellahs se hélaient mutuellement, la terre humide exhalait une senteur acre, les dattes de chine parfumaient l’air. Tu comprends ce que je dis Mohamed ? Mohamed ne comprenait pas ce qu’elle disait, sauf deux ou trois mots usités dans le langage courant. Mas la petite dame avait parlé avec emphase, presque en chantant. Sa voix était douce et mélodieuse. Elle faisait rêver Mohamed qui s’oubliait et voyageait dans un monde fantastique irréel. Il arbora un sourire discret, la toisa d’un regard distrait. La difficulté à communiquer lui imposait le silence. Mais jamais un silence ne fut aussi beau, souhaité le plus long possible. Elvire était de nature romantique et le souvenir de cette promenade dans l’oued l’interpellait et l’embarquait dans un voyage spatial. Les hommes, quant à eux, en admiraient la beauté avec un regard profond et courtois, comme s’ils la dépeignaient sur une toile. L’instant était merveilleux et ils priaient qu’il ne s’arrêtât point. A contre cœur et poussant un gros soupir, Mohamed lui offrit un bouquet de roses qu’elle accepta toujours dans sa petite évasion. Leurs mains se touchèrent légèrement et ce fut le contact. Elvire en sentit la chaleur du mâle et revint sur terre. Mohamed en sentit la douceur de la peau et la foudre le frappa. Leurs regards se croisèrent, doux et naïfs. Un généreux sourire fut échangé puis la séance s’acheva sur rien. Elvire acheta ce dont elle avait besoin et s’en alla furtivement, comme un songe. Les hommes se réveillèrent de leurs rêveries et commencèrent à bruire, déçus pourtant par leur médiocre pouvoir de séduction qui n’eût jamais à briller. En fin de matinée, Mohamed avait écoulé ses produits dont il avait tiré une bonne recette qu’il escomptait départager entre ses besoins domestiques et personnels. Il rangea ses affaires, emprunta la rue Isabelle Eberhardt. Celle-ci n’était pas grande, mais elle comptait plusieurs commerces d’Européens, de Juifs, de Musulmans. On y vendait tout, on y trouvait tout : pour faire le plein de l’estomac, ou pour se vêtir ; le vin n’y manquait pas, ni les liqueurs, encore moins la limonade. L’écrivain public, qui était aussi poète, y tenait son bureau excellait dans l’art d’écrire des lettres de famille ou des pétitions au chef de la commune pour la société indigène , quasiment analphabète dans son ensemble. Le trafic n’était pas énorme et seuls quelques villageois faisaient des courses. Quant aux tenanciers, ils s’activaient ; certains ramenaient des marchandises sur un chariot manuel ; d’autres achalandaient leurs nouveaux. Enfin, deux ou trois prenaient un bain de soleil sur le trottoir. Une brise printanière soufflait, faisait tanguer les larges feuilles très vertes des caroubiers plantés de part et d’autre de la rue, ramenait les senteurs fortes et acres des dattiers de chine qui poussaient dans d’autres artères du village. Mohammed respira à lien poumons l’air embaumé et dit : « Ah ! Comme c’est bon, ça tonifie l’individu ». Il déboucha sur la rue de France et passa chez le gros commerçant arabe, un fils chérifien comme lui. Celui-ci, politiquement progressiste, militait dans le mouvement nationaliste qui revendiquait pacifiquement l’indépendance de l’Algérie. Il en avait même reçu, chez lui depuis deux ans le leader, Messali Hadj, père fondateur du nationalisme algérien, venu faire un grand meeting programmé dans le cadre d’un grand périple à travers le pays pour vulgariser son programme aux masses. . – Bonjour mon cousin, lança Mohamed joyeusement. Est-ce que ça va ? Ta santé ? Tes enfants ? Tes affaires ? Mohamed parla de la sorte, par esprit tribal et rien d’autre. Il se croyait tenu au nom des valeurs ancestrales pour faire ses achats auprès du fils de la même tribu qui lui était apathique d’ailleurs. Cependant le commerçant ne se sentait pas concerné par la solidarité agnatique depuis qu’il habitait au village et donc il se croyait affranchi de ses devoirs envers les fils de sa cité qui à leur tour le négligeaient et ne comptaient pas sur lui aux divers travaux collectifs.  La cité chérifienne s’attachait à la rigueur dans ses rapports avec les tiers. Elle-même laborieuse, elle condamnait la paresse jusqu’à la limite du chacun pour soi. Elle faisait aussi des aumônes, mais là où il fallait et au moment où il fallait. Cette culture était payante pour chacun de ses éléments, qui devait ainsi se prendre en charge vaille que vaille. Ainsi, un foyer subvenait toujours à ses besoins primaires ; car il comptait naturellement sur quelqu’un de valide, si ce n’est pas le père, c’est le fils ou l’oncle.

Margueritte ext Odyssée Ahmed Bencherif

7 janvier, 2020
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SAM_0189                                            Margueritte

 

 

Œuvre prometteuse qui pare de trophée,

Balaie le nuage de mes ans obscurs,

Pioche le génie, si longtemps étouffé,

Ressuscité vivant, vigoureux, clair et pur

D’une tombe froide, habillée de marbre,

Fermée d’une dalle hideuse et puissante,

Renouvelant son air abject et macabre,

Toujours appesanti par les heures lentes.

La muse me tient compagnie fidèle,

M’éclaire d’un flambeau à l’abri des typhons,

Me comble d’un espoir ravissant, mais frêle,

M’éloigne du tyran, l’éloigne des bouffons.

La muse l’affronte, s’expose au courroux,

Risque la mise au banc, puise ses énergies

En creusant la tombe par le moindre trou,

Atteint la nappe d’eau et se cure d’orgies.

 

Elle cure son spleen, reprend sa gaieté,

Epargne ses trésors, respire de l’air frais,

Attend la revanche de l’homme redouté,

Par sa grande rigueur qui ne manque pas d’attraits.

 

Elle se ressource dans les fonds de splendeur,

S’abreuve d’eau bénie, se pare de saphirs,

S’encense de baume, renforce sa candeur,

Se muscle, prend l’élan, remonte sans frémir.

 

De grande vaillance, elle fend la dalle,

Sort à l’air, court sans frein, fête son renouveau

Sans dire ses adieux aux valets en salle,

Ces grands voraces, ces générateurs de maux.

 

Ma muse et ma plume m’embarquent dans leur char,

Battant sentier vers le panthéon des lettres,

Rêvé dans l’enfance sur le pas de Ronsard,

Sculpté dans l’exil, sous les bois de cèdre,

Dans mon adolescence en pays d’accueil

Où ma vie dépendait de générosité

Par un grain de riz, croqué dans le deuil,

Au bruit des morts, par le feu déchiquetés.

 

Elle parut enfin, mon oeuvre baptisée

Fresque grandiose au concours d’agrément,

Par les lettrés savants, d’avis autorisé,

Fruit de valeurs nobles, acquises longuement :

Probité, hardiesse, deux grandes qualités

Qui font d’eux d’éminents chevaliers dignes

D’assumer leur mission avec notoriété,

Haute charge et distinction insigne.

C’était chez Mathilde que naquit mon œuvre,

Dans Paris l’illustre, le berceau du roman,

Le phare dans la nuit, royaume du Louvre,

L’éclosion des sciences et du verbe charmant.

 

Savoir et probité font sa réputation.

Rigueur dans le label, clé de sa réussite,

Conscience élevée dans sa noble mission.

Pleine d’attentions et de bonne écoute.

 

Et femme de lettres, savante en poésie,

Qui sut analyser mes strophes plaintives,

En notant l’image dans cette frénésie,

Dans ce ruisseau de vers de source active,

Subtil témoignage perçu comme un trésor

De perles précieuses péchées au fond marin,

Jalousement gardées, gravées en mémoire,

Qui brillent, scintillent à travers leur écrin.

l’aube d’une révolution de C.Pheline; regard critique Ahmed Bencherif

7 janvier, 2020
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 Chapitre 1er 

: « Il y a une révolution ! »

 

 

                        Page .11

          «  Il y a une révolution ! »

 

Voilà un titre à sensation qui chatouille l’orgueil de tout homme libre. Christian Phéline nous oriente à dessein vers cette direction et en fait toute une polémique. Il emprunte cette phrase qui a été  prononcée par un acteur pendant ces évènements. Cependant, l’interprétation qu’en font les forces en présence diffère. Nous verrons plus loin comment était son contexte historique et quelle était sa réelle portée.

         «  Parquet Blida télégraphie soulèvement indigènes commune de Margueritte. Cinq colons, un garde champêtre et un tirailleur tués, plusieurs blessés, troupes sont parties et ont refoulé indigènes dans la montagne. Parquet Blida sur les lieux. Je m’y rends à l’instant. »

 

Voici un télégramme d’apparence officielle bien intriguant et qui d’emblée ée sème les doutes sur l’authenticité de l’ouvrage. En effet, comment peut-on concevoir un document officiel sans référence, sans expéditeur, sans destinataire. Mais l’auteur fait carrément du spectacle au lieu de faire un travail d’historien comme il prétend l’être, ou comme le conforte dans ce statut François Lavergne,  dans sa note de lecture.

Ceci nous permet de poser judicieusement la question suivante : qu’est-ce qu’un historien ?

Un historien nous rapporte des faits passés, d’en proposer une interprétation équilibrée justifiée par des sources, sachant que la source désigne l’origine de l’information. Celle-ci est un concept complexe lié aux notions suivantes : contrainte, communication, contrôle, donnée, formulaire, connaissance, signification, perception, représentation. Quant aux éléments bibliographiques, ils ont un rapport avec  la masse des sources et leur qualité est importante pour transmettre un fait. Ainsi Christian Phéline néglige totalement de recourir à la source mère dans les événements qu’il tente de transmettre, en l’occurrence la thèse magistrale de Charles Robert Ageron : les Musulmans Français et la France de 1871 à 1919. En revanche, il recourt à une source, d’abord négligeable en volume et en diversité, celle de Peter Von Sivers, modeste article édité dans un ouvrage groupé l’islam dans les révoltes algériennes. Ceci nous amène à poser judicieusement la question pourquoi il le prend comme référence. Disons tout de suite que l’interprétation qu’il fait de celle-ci le conduit irrémédiablement à des manipulations et souvent dans la trame de son enquête, les contresens foisonnent.

     – pages 12 / 13.

       « L’alerte provient de Kouider Ali Laribi, caïd, adjoint indigène……Aux dires du caïd, Taalibi …lui aurait révélé que leur but était de rejoindre Bouamama….. » 

       «il faut plus de deux heures pour qu’un jeune administrateur adjoint, Raoul Monteils, se mette en route, accompagné de deux cavaliers…..Kouider a la maladresse de se rendre à la mechta d’où les futurs pèlerins le prennent en chasse. Il se retranche dans la maison forestière. »

      «  Un siège s’organise. Labsède, le garde champêtre, de passage, tente une sortie, le fusil à la main. Est-il le premier à tirer ? Entraîné dans la cour, il est sommé de prononcer la Chahada….S’y refusant, il est matraqué puis achevée d’une balle. La maison est fouillée, on s’empare du caïd, qui plus tard réussira à s’échapper. »

       «  Lorsqu’il arrive enfin à Tizi-Ouchir, l’administrateur adjoint est désarçonné, décoiffé, déshabillé, revêtu d’un burnous.. Il en va de même pour les conducteurs de quatre chariots chargés de sable, dont les chevaux sont pris comme montures. »

Ce récit est imprécis. Voilà ce qui s’est passé :

 

» Une information était arrivée à l’administrateur de la commune mixte Marel, selon laquelle les Rahmaniya allaient donner une aumône votive au mausolée de sidi Bouzar le 22 avril. Il enjoignit, deux jours plus tôt, au caïd Kouider Ali Larbi d’aller s’en assurer.  Celui-ci ne s’y rendit pas. Le 24 avril, 30 adeptes de la Rahmaniya se réunissent au marabout de sidi  Yahia Benbouzar. Trop inquiet par cette information non confirmée qu’avait transmise le garde-champêtre Labessède, Marel dépêcha l’administrateur adjoint Monteils et le caïd Kouider, escortés par deux goumiers, pour la vérifier. Car toute aumône votive est soumise préalablement à une autorisation de l’administration. L’inobservation de cette règle expose les contrevenants à de sévères sanctions. Mais cette mission d’investigation s’arrêta à la maison forestière, quand un groupe d’insurgés armés les eut assaillis. Les hommes de l’ordre paniquèrent et Labessède prit son fusil et tira en direction de leurs assaillants dans la précipitation et la balle alla se perdre dans les buissons. Au moment où il tirait, un insurgé tira sur lui et le tua à bout portant. Monteils, qui connaissait l’arabe, prononça la profession de foi islamique, quand les insurgés lui commandèrent de l’adopter.

Pour les insurgés, l’aumône votive sans autorisation constituait un acte de rébellion, ainsi que la réunion de préparatifs.  L’idée de l’insurrection avait germé lors du premier regroupement, donc elle n’était pas planifiée de longue date, quoique certains insurgés eussent exprimé le souhait de rejoindre les rangs de Bouamama, dans le Territoire Militaire d’Ain-Sefra. Autre fait significatif : ils étaient pour la plus part armés de fusils. Il nous reste à préciser l’origine de ces armes : ou bien, les insurgés les avaient acquis de fraîche date en provenance du Maroc ou de la Libye, ou bien ces armes constituaient un stock d’armes à feu non restituées au lendemain de la grande guerre de 1871 de El Mokrani. Dans le premier cas, leur dessein était préalable à leur action, dans le second cas ils comptaient les utiliser dans une probable opportunité et donc celle-ci s’était présentée trente ans après.   20191119_205607

Jocelyne la garnde ode ; ahmed Bencherif

7 janvier, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Jocelyne ! Souviens-toi des moments merveilleux,

Vécus à travers les ondes sans frontières,

Dans la stratosphère à des milliers de lieues,

Où nos âmes se mariaient loin de la terre,

Du verbe magique qui glissait dans ton cœur.

De la joie ressentie pour me voir sur écran,

Tu restais captive de plaisir et douceur,

En suivant l’épisode à travers mon roman.

 

Tes mains frêles roulaient sur un simple clavier,

Libéraient un beau flot qui coulait en cascades,

Fraîches et pures, plus folles qu’un coursier,

Douces et suaves, au goût de muscade.

 

L’automne te souriait dans sa mue éternelle,

La couleur superbe des arbres t’enchantait,

Tu valsais dans les bois de chêne et d’érable,

Parmi les feuilles tombées qui crissaient.

 

Sur la plage entre deux mers magnifiques,

Tu livrais de belles impressions d’avenir,

Prodigieux stimulant pour ma grande fresque,

D’art subtil bariolé au son de la lyre.

 

Paris te semblait proche pour m’accueillir,

Partager avec moi le toit de ton amie,

Libérer nos belles émotions sans frémir,

Comblés par le bonheur d’être enfin unis.

 

Je vis alors Vénus, ses jardins et ses fleurs,

Ses sources limpides bruissant aux feuillages,

Ses fruits magnifiques d’inégale saveur,

Beau rêve d’évasion parmi les ombrages.

 

Au mois sacré, tu fis serment dans la mosquée,

A l’issue du prêche officié vendredi.

Ton âme avait bu l’odeur de sainteté,

Bénie par l’oraison d’augustes psalmodies.

SAM_0798

Margueritte revisitée 26 avril 1901 t1 ahmed bencherif

5 janvier, 2020
Marguerite t/1; t/2 | Pas de réponses »

Chapitre 2

Au  village

 

 

Quelques jours plus tard, le marabout prenait du thé, au matin, dans sa maison. Calme et souriant, sobre en paroles, le chapelet à la main, assis, les jambes croisées, il discutait avec sa mère d’une alliance qu’il projetait avec la riche et puissante tribu des Beni Menaceur dont il attendait les émissaires, d’un moment à l’autre. Le parti était influent dans la société et les gens ne pouvaient mieux espérer. Mais, la famille maraboutique, moins riche,  ne l’était pas moins et ne contractait pas mariage qu’avec un choix rigoureux, longue tradition, héritée de père en fils, et à laquelle elle se conformait. Fatima, adorablement gaie, sortit de sa chambre et ramena, plié dans ses bras, le burnous nouvellement tissé qu’elle remit à son mari pour l’essayer. L’habit, qui coûtait trente francs, était merveilleusement exécuté, fin et lisse, de laine très blanche et à rayures de soie bleu éther. Il  se leva, le porta sur ses épaules larges, se coiffa du capuchon dont il plia le rebord et demanda à sa femme s’il lui seyait. Elle répondit par une phrase toute simple sans oser l’appeler, par son nom ou son qualificatif d’époux : « il te va fort bien et épouse ta haute stature ».

 

-   Que Dieu te bénisse fille de Menaceur, relança le Moqadem. Alors, qu’en dis-tu pour la main de ta fille que tes gens demandent pour le fils de Hadj Kadda ? C’est une famille de grands pasteurs qui sont bien.

 

-   Elle devra vivre à la campagne sous une tente, alors qu’elle a grandi dans une maison. Elle sera loin de moi et je ne pourrai la voir tous les jours, se plaignit Fatima.

 

-   Tu la verras à diverses occasions. Je sais une chose : c’est qu’ils prendront grand soin de Zahra. Ils sont des gens d’honneur qui nous respectent énormément. Qu’en pense Zahra ?

-    Elle ne s’oppose pas, mais je ne sais pas si elle est sincère avec elle-même. Ma fille est si petite.

 

-    O fille des gens, pas de complaintes. Toi-même, je t’ai épousée à son âge et tu as grandi sous ma bienveillante éducation. Cela a beaucoup servi notre harmonie conjugale. Va l’appeler. Je dois connaître son avis, la religion le prescrit formellement et nous ne ferons que ce qui contentera Allah.

 

Dans la cuisine, Leila faisait cuir des crêpes sur une poêle en fonte qui lui brûlait souvent les doigts par inattention, tant elle languissait de jalousie que lui provoquait la douillette séance de sa rivale avec le mari commun. Zahra essuyait les verres à thé et l’argenterie, l’air pensif et sans grand enthousiasme à l’idée de fonder précocement un foyer. Elle était apparemment heureuse et souriait parfois. Fatima entra, elle accompagna Zahra à la salle de séjour. Celle-ci se trouvait embarrassée, dominée par la timidité. Le père la serra chaleureusement dans ses bras en souriant allègrement. Elle s’assit ensuite à coté de lui, tout à fait distraite, désireuse d’aller jouer à la marelle dans la rue avec ses copines. La décision qu’on lui demandait de prendre était majeure et elle ne pouvait pas la donner de son plein arbitre.  Aussi, elle devait se ranger à l’avis de ses parents.

 

-   Hadj Kadda, l’un de tes oncles maternels, demande ta main pour son fils, Mokhtar,  dit-il. Qu’en penses-tu ? Tu vivras comme épouse dans une grande famille et je n’aurai rien à craindre pour toi.

 

-    Tu es seul juge de ce qui me convient. Mais tu viendras me voir tout le temps.

-    N’aie aucune crainte, nous viendrons souvent. Que Dieu bénisse alors cette union !

 

La grand-mère avait de la peine pour sa petite fille qu’elle dorlotait encore dans son giron, lui caressait les cheveux, lui disait des contes de fée, l’emmenait au bain maure, l’accompagnait dans ses visites familiales. Cette séparation l’attristait. La fille, qui fondait un foyer, faisait tour à tour de la joie et de l’amertume dans sa famille. Zahra se retira, terriblement confuse, et la discussion se poursuivit agréablement sur le choix des bijoux et des vêtements de la future mariée. Ils voulaient tous faire les choses en grand. Hamza, qui voyait sa soeur grandir, en était content et tenait à la parer comme une princesse.

 

L’heure d’arrivée des hôtes était imminente et on s’impatientait. On frappa enfin à la porte, Hamza marcha d’un pas rapide et l’ouvrit. Les émissaires arrivèrent : la mère, la tante paternelle et un jeune frère du fiancé. Ils furent reçus au rez-de-chaussée, dans la salle séjour. Ils ramenèrent du thé, du sucre et du café, comme de coutume. Les négociations étaient plus tôt d’usage féminin pour débattre de la valeur de la dot. La famille maraboutique, qui s’élevait au-dessus de toute cupidité, ne posa aucune condition et en laissa l’appréciation aux futurs alliés. Les visiteuses rassurèrent leurs hôtesses en disant que Zahra sera traitée comme leur propre fille. Le contrat entériné sans henné, elles demandèrent à voir la fiancée. Celle-ci fut appelée et entra, radieuse et élégante dans une nouvelle robe. la future belle-mère dit d’un ton pieux  « Dieu l’a voulu ! » Elle l’embrassa et la fit asseoir près d’elle. L’union avec les gens de baraka, que recherchait tout le monde, la comblait.

 

Les pourparlers préliminaires achevés, Fatima rejoignit son mari au patio et lui dit que tout était pour le meilleur du monde, puis elle se retira. Le Moqadem consulta sa montre de poche : elle indiquait dix heures. La matinée était loin d’être achevée et ses affaires l’appelaient. « Allons, mon fils à la boutique, dit-il ». Ils sortirent, marchèrent un peu dans une rue étroite qui grouillait de petits enfants. Ils quittèrent le quartier indigène, s’engagèrent dans le quartier européen, traversèrent deux îlots urbains dont les maisons étaient couvertes de tuiles rouges, croisèrent deux Françaises qui les saluèrent en disant : « Bonjour monsieur le Moqadem ». Ils débouchèrent ensuite sur le boulevard du maréchal Bugeaud, jalonné d’abord de villas, d’édifices publics, de bars et de deux boulangeries.  Ils laissèrent la rue transversale du maréchal Pélissier, lotie de commerces multiples et de revendeurs de vins et arrivèrent enfin dans la rue du maréchal Saint-Arnaud, bruyante par deux cafés maures, divers métiers et boutiques indigènes.

 

Le magasin du Moqadem était grand, situé au centre névralgique des activités. Il était profond et prenait beaucoup de largeur sur la façade où s’ouvraient deux portes à double battant. Une moitié écoulait les produits alimentaires, l’autre, les tissus et confections. Sa clientèle était nombreuse, intéressée par les prix raisonnables, la qualité et les nouveautés. Les Musulmans s’y approvisionnaient, les Européens, aussi. Les Françaises ne cessaient pas d’y défiler, intéressées par les tissus d’ameublement et autres accessoires. La relation commerçante ne souffrait d’aucun préjugé, ni d’un quelconque ressentiment. Les clients repartaient, avec bonhomie et revenaient toujours. Jamais quelqu’un ne s’était plaint de la plus minime tricherie. Il y avait de la prospérité, dûe à la personnalité de son propriétaire qui réprouvait la spéculation et le dol. En ce moment, la boutique grouillait de monde. Slimane ne savait plus où donner de la tête, tantôt dans un rayon, tantôt dans l’autre. L’arrivée de son père lui donna une heureuse satisfaction. Trois Françaises, qui désiraient acheter du tissu, ne cachèrent pas la leur. Sans attendre, le Moqadem passa à son rayonnage. Il avait appris à baragouiner le Français, juste pour converser avec ses clients. Son accent, qui cassait les voyelles, plaisait à ses interlocuteurs qui souriaient seulement.

 

Des voix s’écriaient précipitées : « un litre d’huile, un kilo de sucre, une livre de beurre, deux kilos de farine, une demi livre de levure… » Slimane servait et tenait tour à tour la caisse. Cela requérait à chaque instant de l’endurance et de la persévérance, car les nerfs flanchent aisément dans ces situations.  Hamza prenait la main au commerce. Cependant,   il s’ennuyait à remplir les bouteilles ou les petits bidon avec de l’huile qui lui salissait les mains. Le Moqadem s’occupait des trois Européennes dont deux désiraient les tissus. Il leur montra les différents choix en velours, soie, coton, chanvre. Ce dernier article, qui était fabriqué à Tizi Ouzou, se vendait très cher. L’une acheta de quoi faire une robe de soirée en velours, l’autre, en soie.

 

La clientèle servie, le Moqadem s’assit sur la chaise, près de son bureau à tiroirs qui contenaient divers documents, tel le registre de commerce et les factures. Il entreprit d’égrener lentement son chapelet, en marmonnant des louanges. Il pratiquait ce rituel plusieurs fois par jour, aux moments creux en bon aspirant confrérique. Il le faisait aussi, quand il se sentait ennuyé et cela lui procurait de la sérénité. Il s’initia, dès son jeune age, sous la direction spirituelle de son père et, voilà trente ans, qu’il fut consacré Moqadem de la zaouïa Taybia, la plus ancienne en Afrique du Nord.

 

La confrérie Taybiya fut fondée au 8ème siècle par la plus grande sommité soufi, Idriss, Ben Abdallah, Ben Hacen, Ben Hacen, Ben Ali, le quatrième khalife. Idriss, qui vivait à Médine, avait participé à une révolution menée, en 760 de l’ère chrétienne, par son frère Mohamed contre la tyrannie des Abbassides qui persécutaient les Alides. Le Khalife Abbasside, Al Mansour, l’écrasa dans le sang et mis en prison un bon nombre d’entre eux, dont Idriss, son frère, Brahim, et leur père Abdallah. Ces deux derniers furent tués dans la prison souterraine de Kouffa. La providence accompagnait Idriiss, lequel s’échappa miraculeusement à ses geôliers. Pour son salut, il immigra en Egypte, puis il regagna l’Ouest du Maghreb et fut investi par les tribus berbères comme sultan, en raison de l’odeur de sainteté de ses aïeux. Il fonda Volubilis (Meknes) et Promarium (Tlemcen) et créa la confrérie qui lui avait permis de mener la tâche complexe d’islamisation des tribus et de la diffusion de la langue arabe. Sa renommée dépassa tôt le cadre territorial de L’Afrique du Nord et parvint au Khalife de Bagdad, Al Mansour. Celui-ci dépêcha ses espions pour le tuer. Ceux-ci firent le trajet, travestis en aspirants confrériques et rencontrèrent Idriss 1er à Tlemcen, au lieu dit Ain El Hout et lui administrèrent un poison mortel, en l’an  774. Ses restes sacrés y furent inhumés dans un sanctuaire. Sa femme, qui était enceinte de trois mois, s’évada à Meknes  où elle fut recueillie par la famille régnante. Elle mit au monde son enfant qu’elle baptisa Idriss. La confrérie connut un grand essor au 17ème siècle, sous la direction spirituelle du grand maître, Moulay Tayeb descendant Idrissite, qui fonda la célèbre université de Dar Damana, d’où le nom de Taybia.

 

Le rôle de la zaouïa fut de tout temps éducatif et social : c’est le collège qui diffuse l’instruction publique gratuite, enseigne les sciences sociales, appliquées et religieuses ; c’est la maison de charité pour les pauvres, sans distinction de race, ni de religion ; c’est le séminaire qui inculque aux adeptes les vertus, la persévérance et la tolérance. Le Cheikh (maître) exerce l’autorité spirituelle, secondé par des Moqadem, lesquels sont choisis après une longue initiation caractérisée par une remise en cause de soi de tous les instants. Ces hommes sont d’une moralité exceptionnelle et l’hagiographie ne rapporta aucune disgrâce pour quelque raison que ce fût, la rigueur étant la règle de conduite de chacun.

 

les vagues poétiques la femme inconnue ahmed bencherif

3 janvier, 2020
Poésie | Pas de réponses »

La femme inconnue

 

 

 

Je l’ai vue, le temps  d’un bref regard d’approche

Entre des inconnus au milieu de foules anonymes,

Dans un bel espace familial pudique et calme,

De grand art culinaire où rien ne cloche.

 

Elle était le type de femme que j’aime :

Taille haute et bien en chair, ni grosse, ni svelte,

Poitrine couronnée d’opulentes cimes,

Des hanches évasées, des mouvements lestes.

 

Elle n’était pas trop blanche, mais un peu brune,

Au beau visage rond avec joues épanouies,

Des yeux noirs langoureux, un front rectiligne,

Des lèvres discrètes et des sourcils enfouis.

Ses noirs cheveux étaient lisses et brillants

Courts et coiffés à l’arrière par un foulard

Qui filait aux hanches, abondant et épars,

Gris cendre, à chaque mouvement fuyant

 

Elle avait ce prodige du ciel de charmer

Et les yeux s’y fixaient d’aubaine longuement,

Admiratifs, sereins, de façon sublimée,

Presque adulateurs, comme fée du firmament.

 

Elle était moulue dans un habit truculent :

Un pantalon noir coulant, un tricot gris ample

Qui lui donnaient de l’aisance dans son pas lent

Un bel air qui seyait à sa grâce humble.

Elle marchait avec grâce au pas de paon,

Comblée d’orgueil pour ses attraits féeriques

Et ses seins, sans écrin, hauts et de tétons

Bien en vue, bougeaient de façon impudique

.

Ses copines blanches, belles et séduisantes

La cadraient d’un décor subtil et admirable,

Conçu pour elle seule, en finesse adorable

Comme une légende très attendrissante.

 

Voisine de table au douillet restaurant,

La femme inconnue se tenait à l’opposé.

Pourtant, je sentais sa présence, mais n’osais

Me retourner, quoique, d’envie forte, souffrant.

 

 

 

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