ahmed bencherif écrivain et poète

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Archive pour avril, 2020


Maréchal Bugeaud; ahmed bencherif

12 avril, 2020
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regard critique l’aube d’une révolution, de C. Pheline ; ahmed bencherif

« On punissait des peines d’amendes des infractions qui n’étaient pas réprimées par le Droit Pénal français, disait Fernand Dulout dans son traité de législation coloniale ».

Dès les premières années de conquête, il était apparu urgent au conquérant français d’énumérer ces infractions, alors que la guerre battait ses grands tambours, en dehors de laquelle était affiché manifestement la volonté de réprimer tous les actes d’apparence séditieuse. Ces générations, qui avaient longtemps et durement résisté, n’avaient rien laissé au hasard pour empêcher la domination. C’était une période riche d’enseignements en voies et moyens pour contrecarrer le projet colonialiste de l’agresseur. Elle est cependant peu connue et gagnerait mieux à l’être pour transmettre ce legs fabuleux de ces générations combattantes éteintes. Le devoir de mémoire interpelle nos universités à ouvrir de grands chantiers pour ressusciter ce passé glorieux. En effet, il y aura beaucoup de choses à apprendre qui cimenteront l’unité nationale, enrichir et clore le débat sur l’identité nationale, voulu consciemment ou inconsciemment.

Le concepteur de ce dispositif répressif extra judiciaire n’était autre que le maréchal Bugeaud. Il avait défini les infractions passibles d’amendes vénales qui sont diverses, à percevoir selon le degré de gravité par l’agha, le bachagha, le commandant supérieur du cercle, allant de vingt cinq francs jusqu’à cinq cents francs. Celles-ci sont : rixe, discours séditieux, refus d’accepter la monnaie française, destruction d’arbres fruitiers, dégradations de puits, recel d’objets volés, refus de payer l’impôt, termes injurieux envers l’autorité, asile donné aux criminels, actes de connivence avec l’ennemi, certains vols.

Hormis les rixes, presque insignifiantes en nombre comme en violence, le recel d’objets volés, aussi peu dérisoires, certains vols, généralement de bestiaux, qui relevaient du droit commun, imputables aux mœurs, les autres amendes touchaient un point de rejet de la souveraineté française et donc elles devaient être justiciables par la cour martiale ou une juridiction spéciale, lesquelles auraient accordé indéniablement un  statut d’ennemi aux résistants et leur garantir certains droits reconnus par le droit public international. Mais le maréchal Bugeaud tenait à faire de l’amalgame entre résistants nobles et voleurs et les faire juger par des hommes sur un plan purement de droit commun. C’état voulu pour éviter de donner de l’impact et de la propagande constructive aux acteurs de la résistance et en faire des héros qui auraient ouvert le chemin à suivre par d’autres. Si l’expédition du maréchal de Bourmont, entreprise par 30.000 soldats, semblait une balade au roi Charles X, le terrain allait désavouer tous les chantres sur le coût de la conquête. En effet, les effectifs ne cessèrent d’augmenter et atteignirent 108.000 hommes en 1846, soit le quart de l’armée française. C’est justement sous son haut commandement, que ce chiffre effarent fut atteint. Il œuvra également à transformer l’armée d’Afrique, en une force assez proche de mercenariat sanguinaire, pourvu d’esprit de rapine et d’héroïsme. Ses chefs ont tous brillé par l’absence de scrupules et de folie meurtrière, tels les généraux Saint-Arnaud, Pellissier, Cavaignac et tant d’autres.

Mais cette force de frappe considérable ne parvenait pas à neutraliser la résistance dont les éléments, braves et redoutables, tenaient en échec l’ennemi qui découvrait en eux des guerriers hors du commun, qu’il n’eût  eu jamais à affronter de semblables. Louis-Valéry Vignon en témoigne dans son ouvrage ‘La France en Algérie’ :

«  Elle est difficile cette guerre ! Dans un défilé l’Arabe ou le Berbère se cache derrière les rochers, dans la steppe, derrière une broussaille, un repli de terrain. Les guides mentent souvent ; au risque de leur vie, ils perdent les colonnes dans les montagnes ou les conduisent sur le parti ennemi. Le soldat français rencontre un adversaire comme il n’en a jamais vu, comme il ne savait qu’il pouvait en exister ».

Cette série d’infractions, ci-dessus énumérées, demeura longtemps en vigueur par le conquérant, comme elle n’aboutit point au résultat escompté par son concepteur Bugeaud, qui pratiquait au contraire la politique de la terre brulée, copiée sur le modèle qu’il avait expérimenté dans la guerre d’Espagne, sous l’empereur Napoléon I. Elles constituaient des moyens de résistance pacifiques auxquels le peuple faisait recours étaient très recherchés, certains moins violents que d’autres, mais tous rejetaient la soumission. Refuser la monnaie française privait tout simplement les soldats et les premiers colons de l’unique moyen d’échanges qui pût être utilisé entre eux. Dégrader les puits, c’était priver d’eau potable les soldats en campagne. Couper les arbres fruitiers, c’était supprimer des provisions aux troupes en mouvement dans le monde rural. Quant aux discours séditieux, ils faisaient appel à la fierté nationale ou communautaire, ainsi qu’au sens patriotique et le phénomène religieux. Il est bien dommage que ces discours ne soient pas parvenus jusqu’à nous, car ils auraient bien fourni les moyens d’approche intelligente de ces évènements tragiques que ces générations avaient vécus avec une intense frayeur, sans laisser, peut-être, des témoignages. Là encore, les recherches scientifiques combleraient ce manque à la mémoire collective. Rien ne changeait dans les méthodes répressives de la France pour asseoir sa domination. Des mesures analogues sont reprises par le décret du 11 septembre 1874.

le procès des insurgés de Margueritte cour Montpellier ahmed bencherif

10 avril, 2020
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Bilan sanitaire

 

Les insurgés de Margueritte souffrirent le plus grand calvaire de leur vie dans la prison de Serkadji, à Alger. La dénutrition, l’absence d’hygiène et l’insalubrité des lieux entamaient leurs résistances physiques et mentales sévèrement. C’était la diète forcée pour tuer à petit feu des êtres humains. Leur poids chutait à vue d’œil, leur peau noircissait, leurs facultés mentales se déséquilibraient. Ces insurgés, comme tous les autres détenus, subissaient de mauvais traitements au quotidien : l’humiliation angoissante, l’isolement dans le cachot, les bastonnades,  les corvées.

 

A la date du 12  novembre, la mortalité qui sévissait parmi eux, était effroyable. Aux deux prévenus décédés à la prison de  Blida, quatorze autres allaient allonger la liste des martyrs à la prison de Barberousse, Alger. Ce bilan nécrologique avait ému le procureur général, d’autant qu’un grand nombre d’entre étaient malades et pris en charge dans plusieurs hôpitaux de la capitale de la colonie. (5) Néanmoins, il  n’ouvrit aucune enquête pour déterminer les responsabilités et les  causes de ces décès au  nombre ahurissant.  Avant leur embarquement pour Montpellier, un autre  bilan sanitaire est dressé. Il fait état de cas de tuberculose, de syphilis, d’ulcérations dermiques, de gale, aussi. Le nombre de décès est de dix-sept survenus uniquement à la prison d’Alger, selon Christian Pheline. (6). Or, l’ensemble des journaux révèlent douze décès à la prison d’Alger et deux à celle de Blida.

Le 20 novembre 1902, entrait en exécution le transfèrement de 107 accusés restés en vie pour la prison de Montpellier. Les accusés furent réveillés à quatre heures du matin. Ils avaient subi  alors la procédure de levée d’écrou, sous la lumière blafarde de lampes à pétrole. Deux heures vingt minutes plus tard, eut lieu le départ. La longue et pénible marche commença par rangée de quatre individus, encadrée par des Zouaves et en tête des gendarmes montés à cheval. Les prisonniers étaient reliés entre eux par des menottes, tandis que deux voitures cellulaires transportaient les plus dangereux d’entre eux et des  vieillards. Quatre gendarmes fermaient ce cortège de détresse humaine. Ils quittèrent la  Casbah, descendirent la rampe Vallée, sous le regard d’indigènes qui, debout, les regardaient passer comme de vrais fantômes. Ils regagnèrent ensuite l’embarcadère de la compagnie maritime Touache. Vers huit heures du matin, leur embarquement à bord du  bateau La Tafna était achevé, devant une multitude de leurs coreligionnaires.

 

La Tafna leva l’ancre vers le coup de midi sur les eaux bleues et calmes. Les prisonniers furent tous mis en cale, sous une étroite surveillance de gendarmes. Yakoub recevait quelques d’égards. L’administration pénitentiaire lui avait réservé une couchette et l’avait également mis sous haute surveillance. Lui aussi était malade et souffrait de nausées et de maux de tête. Taalibi n’avait pas la chance d’avoir ce traitement. Car, il était son lieutenant.  La traversée de la mer dura toute la nuit. Le lendemain le navire mouillait à Port-Vendres pour permettre à des particuliers de débarquer, puis il continuait vers Sète où il avait accosté. Ils débarquent et prennent le train  vers leur nouveau port de contrainte.

 

Les inculpés de Margueritte arrivent à 10 heures 45. Ils marchent silencieusement, les fers aux mains, en file de quatre individus. Aucun murmure ne trahit leur présence. Ils paraissent émus par cette  ville éminemment propre et nonchalante dans ses premières heures matinales. Ils ressentent les piqures vives du froid. Leur cortège avance en  bon ordre, sous la surveillance vigilante des gendarmes. Ils sont  plutôt émus que apeurés,  par ce qui les attendait. Yakoub est gardé par deux gendarmes, l’un Français, l’autre Indigène. Il dégage une attitude sereine, presqu’impassible. Taalibi, son lieutenant, exprime le même état. Tous ont l’air misérable. Certains sont presque cadavériques, d’autres plutôt décharnés par une longue détention préventive désastreuse. La foule se bouscule pour les voir. La procession formée par les nouveaux prisonniers est escortée par des soldats, des gendarmes à pied et à cheval, des policiers aussi. Elle traverse  la rue de la République, s’engage dans le boulevard du jeu de Paume, puis franchit l’avenue Ledru Rollin. Des journalistes étaient là ; ils ne purent cependant interviewer aucun prisonnier. Des femmes apitoyées par leur sort les voyaient passer comme des ombres, sous leur  burnous blancs, vieillis et abimés.

Le commissaire central, M. Hitte, dirige le service d’ordre. La sécurité urbaine lui échoit de droit, sous la troisième république. Ses activités sont inventoriées dans un bilan annuel et adressé au maire, d’ailleurs à l’instar de toutes les autres  villes de France, à l’exception de Paris. C’est  cependant un commis de l’Etat. Mais, les missions urbaines locales et  centrales se complètent et souvent leurs responsables sont amenés à négocier en matière d’administration des forces ou de définition des politiques. D’ailleurs le premier magistrat de la ville est doté de pouvoirs considérables dans le cadre de la gestion de la police urbaine, avec cependant le pouvoir de substitution réservé au préfet, en cas de défaillance du premier magistrat de la ville.

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