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Archive pour le 10 mai, 2020


Margueritte revisitée 26 a vril 1901. Ahmed Bencherif

10 mai, 2020
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Climat insurrectionnel

 

 

Quelques jours plus tard, l’ambiance était multiforme au marché des fruits et légumes. Des fellahs, des laitiers et des montagnards vendaient leurs produits dont ils vantaient les qualités, en chantonnant indéfiniment, en interpellant chaque passant, en l’accrochant quelques fois. Astuce, savoir faire, manque de dignité ? C’était la coutume des ambulants, acquise au fil du temps dont ils tiraient le plus grand profit, sans état d’âme et sans complexe. Leur lexique était si recherché que d’aucuns n’y restaient insensibles. Il était soigneusement élaboré, richement imagé, malgré l’indigence intellectuelle de ses promoteurs ou de ses utilisateurs : « glands chauds pour les nuits d’hiver, herbes potagères pour la ménagère, plantes médicinales de virilité ». Les vendeurs étaient charmants, sympathiques, souriants en permanence. C’était leur caractère naturel qui leur permettait de commercer en plein air, dans la confusion des bruits, avec des clients diversifiés, peu exigeants, marrants qui complétaient ce décor burlesque unique.

 

Une peau blanche était là. Elle emplissait son petit couffin en osier qu’elle portait au bras : persil, radis, poireaux. Mais, elle se pavanait, se dandinait, promenait sa belle croupe plantureuse, exhibait les deux grappes rondes et pointues de sa poitrine, souriait malicieusement, faisait l’œil doux ou dardait de son regard, mâchait ses lèvres. Les hommes la suivaient des yeux, ne la quittaient pas, restaient suspendus à ses attraits, s’imaginaient avec elle, dans son petit studio qu’elle occupait dans une petite rue discrète du village. Elle incarnait la sensualité ce dont chacun en raffole ici-bas, elle faisait oublier la notion du péché, le jour de la résurrection. Chaque partie de son corps envoûtait et si les oiseaux avaient une capacité d’assimilation, ils s’y percheraient, la croyant un succulent mûrier.

 

Lolita, c’était son nom, un nom facile à prononcer, à retenir, comme de l’eau, trois syllabes qui sortent de la bouche comme un chant mélodieusement passionnant, s’insinuent à travers l’intelligence, se logent dans l’instinct, enflamment le désir, font bondir l’agonisant sur son séant. Elle était jolie, pleine et vivait amoureusement son trentième printemps. Elle s’installa depuis six mois dans le village et faisait fructifier, dans sa loge, son unique capital, son trésor caché. Elle sélectionnait ses partenaires et, pour sauver les apparences, fixait des rendez-vous, au lieu de se faire accompagner. Elle croisa Hamza qui circulait entre les allées. Elle le vit pour la première fois et l’eut dans sa chair. Elle s’arrêta en face de lui, posa sa superbe forme, cligna de l’œil. Il l’ignora, passa son chemin.

 

Hamza continua sa petite vadrouille et vit, dans la petite foule, son ami, Mabrouk, occupé à vendre des glands. Il le rejoignit aussitôt, content de masquer la gêne  qu’avait laissé en lui Lolita. Les deux jeunes gens se saluèrent amicalement, s’interrogèrent des yeux sur leurs préoccupations d’avenir et dirent en même temps : « Et alors ? ». La question resta sans réponse. Ils comprirent qu’il n’y avait rien de neuf. « Cette fille est un scorpion, au venin mortel, dit Mabrouk. Elle ira tout droit en enfer avec tous ceux qui tombent sous son hypnose et partagent sa couche ». Son voisin intervint sans être convié et dit : « C’est une jument qui s’emballe en piste ». L’allégorie significative révolta Mabrouk dont les traits se durcirent et les yeux giclèrent du sang.

 

- Quelle impudeur, dit Mabrouk. Quelle mauvaise éducation ! Tes paroles pécheresses te mèneront dans les chaudrons de la géhenne ; tu es homme corrompu par le diable.

 

Sa réaction prompte et vigoureusement moralisante sidéra le voisin. Celui-ci comprit machinalement qu’il avait à faire à l’un de ces gens bornés qui s’abreuvaient d’un Islam pur, à ses premières origines, et qui croyaient que l’humain devait se comporter en ange, ignorer ses désirs, bloquer les sphères de son imagination, taire les pulsations de son cœur, soit vivre dans un monde vertueusement idéalisé. Il savait que ces apprentis soufis ne comprenaient pas grand-chose ni à la religion, extrêmement tolérante, ni à la vie et renonça à lui montrer le semis de sa colère.

 

Hamza ne fit aucun commentaire, par crainte de jeter de l’huile sur le feu entre les deux antagonistes dont il ne pouvait prévoir les réactions. Il ne tenait pas à arbitrer une épreuve entre l’intolérance aveugle de l’un et la passion débridée, de l’autre. Les deux personnages manquaient d’éducation, la plus élémentaire : Mabrouk s’incarnait en censeur de mœurs avec brutalité, le voisin avait fait irruption dans une discussion sans être convié. Il dit calmement à son ami que la nature des hommes était complexe. En rencontrant son ami, Mabrouk n’avait plus envie de faire encore le marchand de fruits forestiers. Il ramassa deux ou trois tas de glands invendus et les mit dans son sac. Il l’offrit à Hamza et le pria de l’accepter, en soulignant que tous les gosses en raffolaient. Le modeste présent fut accepté  sans formalisme.

 

Les jeunes se retirèrent à l’écart pour discuter librement de leurs préoccupations. Mabrouk était moins enthousiaste que la dernière fois : l’action future était gigantesque et lui paraissait quasiment impossible. Il dit que la voie du baroud était semée d’embûches et de danger. Hamza le regarda avec perplexité et lui demanda s’il se rétractait. « Me rétracter, moi, répliqua-t-il ? » Il ne se rétractait pas ; la préparation matérielle s’avérait ardue et longue, exposée à de multiples aléas. Il n’avait pas flanché ; il doutait du succès de leur entreprise qui lui semblait suicidaire. Il s’agissait d’acheter clandestinement des armes à feu qui transiteraient par des frontières étroitement surveillées par la cavalerie.  Hamza le rassura en disant que les fournisseurs travaillaient aussi dans l’anonymat total, reliés les uns aux autres par une longue chaîne qu’il était difficile de remonter. Il ajouta qu’il faudra prendre contact avec les gens de Oued Souf qui ramenaient des articles prohibés, tels que les journaux égyptiens ou tunisiens qu’il avait l’habitude d’acheter à Meliana.

 

- Puisque tu dis que tout se passera bien, commençons à travailler au plus tôt, dit Mabrouk. Tu devras d’abord connaître les adeptes de la confrérie religieuse et je te propose de venir chaque vendredi prendre part à la cérémonie religieuse.

- Oui, je viendrai sans faute. A plus tard.

 

Hamza repartit. Son projet nécessitait de l’argent et beaucoup. Comment ? Il n’en savait que trop. Travailler comme saisonnier dans les fermes coloniales. Il préférait crever que de servir des sangsues, des tyrans. Au magasin ? Le courant ne passait pas bien avec Slimane. Rien ne dit qu’il recevrait un bon salaire. Travailler au commerce familial ne garantissait pas une bonne solde. Il se creusa la tête et trouva finalement le créneau qui lui offrait une opportunité exceptionnelle. : monter un élevage. Cela demandait beaucoup d’argent, des écuries et un berger. Il réfléchit longuement et pensa enfin à Aissa, le berger du père. Restait l’argent. Simple comme bonjour : il emprunterait la grande partie à sa grand-mère qui se ferait un plaisir de lui avancer une grosse somme ; pour le reste il demanderait à son père. Son affaire ainsi conçue avait beaucoup de chance d’aboutir.

 

Il passa par la place de la République où le hasard l’avait piégé : il y rencontra Pauline, chose qu’il redoutait tant. Elle sortait du bazar, encombrée de quelques colis qu’elle portait dans les bras. Il lui dit bonjour d’une voix anxieuse. « Ah ! Hamza, dit-elle, terrassée par l’émotion ». Elle ne dit pas un mot de plus, lui non plus d’ailleurs. Un paquet glissa entre ses mains et tomba. Il le ramassa, le garda, prit les autres colis qu’elle portait. Ils reprirent la route, traversèrent la place, continuèrent à marcher, poussés par une force extraordinaire, attirés par une autre, tout aussi extraordinaire.

la répression de la manifestation pacifique 14 juillet 1953; ahmed bencherif

10 mai, 2020
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. la manifestation pacifique du 14 juillet 1953

 

Ce jour-là, 14 juillet 53, comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10 000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestants défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. La plupart sont algérien(ne)s, mais on y trouve aussi des Tunisien(nes) et des Marocain(e)s qui se battent pour la fin du colonialisme français dans leur pays. Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation.

La manifestation était pacifique e il n’y eut aucune provocation. Mais la police ouvrit le feu. Le bilan était lourd : 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés dont quarante à l’état grave. L’un de ces blessés était Abdelhalid El Mokrani qui était entré dans le coma. Il fut soigné et eut la vie sauve. Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvrit la répression et soutint les policiers assassins qui ne furent jamais inquiétés. Pire, le journal le Figaro, dans son édition du 17 juillet, criminalisa les manifestants et les accusa d’avoir commis des actes barbares, pris des armes blanches (couteaux, barres de fer et des pavés, des chaises et des bancs), provoqué et agressé des policiers.

Les victimes sont :

1. Abdallah Bracha

2.AbdelkaderDraris

3. Isidore Illoul

4. Larbi Daoui           Ainsefra

5. TaherNadgène

6. Maurice Lurot( Français)

7. Amer TABJADI

            3. parcours de Daoui Larbi

Daoui Larbi est né en 1924 à Ain-Sefra. Avant de partir en France, il a travaillé chez plusieurs patrons européens à Ain-Sefra comme serveur, puis veilleur de nuit à l’hôtel le Progrès. Il habitait avec sa mère et ses frères au ksar de sidi Boutkhil ; Il immigra en 1950 en France et milita au MTLD. Il était simple et modeste, il avait une grande ferveur militante ce qui le faisait apprécier par son entourage. Il mourut comme martyr le 14 juillet 53 lors de cette grande manifestation pacifique. La fédération de France du MTLD ramena les restes de Daoui Larbi dans un cercueil et couverts du drapeau algérien, par bateau à Oran qui arriva vers le 21 juillet de la même année. A la mosquée Turque de la rue Philippe, on officia pour lui la prière des morts. De là, la dépouille fut transportée à Ain-Sefra. L’administrateur de la commune mixte était déjà avisé par sa hiérarchie. Des notables et le frère de la victime allèrent lui demander le permis d’inhumer. Mais il refusa et leur ordonna de l’enterrer au cimetière de Tiout et sans public, presque dans le secret et l’anonymat absolu pour ne pas en faire un symbole de la liberté. Ainsi les obsèques se déroulèrent comme l’avait décidé l’administrateur, Maison. Trois mois, la mère de Daoui reçut un mandat de 35000 francs émanant de la direction du MTLD.

 

 

 

Témoignage Abdelhamid Mokrani,

J’ai été témoin ce jour-là ; la manifestation était pacifique les militants n’avaient aucune arme blanche ; ils n’avaient pas provoqué la police. Ils marchaient en ordre et revendiquaient la libération de Messali et la liberté. Harbi Mohamed et hajdHarchouch étaient avec moi. Quand les agents de sécurité virent les banderoles qu’ils brandissaient, ils les chargèrent et tirèrent des coups de feu. Là il y eut une grande échauffourée. Moi-même j’ai été tabassé  et j’étais tombé dans le coma et transféré à l’hôpital. Je fus soigné et sauvé. Quand fut déclenchée la guerre de libération nationale, je rejoignis les rangs du FLN à Paris.

Longtemps, la responsabilité des violences exercées le 14 juillet 53 fut imputée aux manifestants ; mais les travaux d’historiens ont récusé les accusations qui leur aveint été signifiés, comme il ressort de la bibliographie. Ce texte est une modeste contribution qui a nécessité une longue recherche afin de faire connaître notre histoire, toute notre histoire et en faire tomber tous les voiles qui cherchent à la décrédibiliser.

 

 

 

Bibliographie :

 

Danielle Tartakowsky :  Les manifestations de rue en France

 

 

Sept morts à l’issue d’une manifestation à Paris le 14 juillet 1953. Danielle Tartakowsky, dans Les manifestations de rue en France, 1918-1968 a pu écrire (p. 634) : …la répression s’inscrit dans une logique de guerre avant même qu’il n’y ait guerre.

Maurice Rajfus : * Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot éditions, 239 pages, 14 euros.

14 juillet sanglant

Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, depuis de nombreuses années, avec un grand talent les basses oeuvres de la police française tout au long de l’histoire et jusque dans leurs développements les plus récents, les crimes policiers, appelés plus communément « bavures » et qui restent largement impunis. Dans son nouveau livre, il revient sur un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, s’inscrivant pleinement dans la politique coloniale de l’Etat Français.

Allons enfants… pour l’Algérie est un documentaire produit par la République Démocratique Allemande, réalisé par Karl Gass, sorti en 1962.

 

conférence produite au musée du Moudjahed 20121

 

 

 

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