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Archive pour le 15 mai, 2020


le comité révoltionnaire d’unité et d’action; Ahmed Bencherif

15 mai, 2020
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Le CRUA : courte existence, immense œuvre

Par Ait Benali Boubekeur, 23 mars 2008

Le comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA) a eu, certes, une courte existence mais l’immense œuvre qu’il a réalisée restera indéfiniment indélébile dans la mémoire algérienne. Né de la scission du parti nationaliste, le MTLD (mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), il a tenu à ressouder, dans le premier temps, les rangs du parti avant de s’engager dans une perspective d’action armée en vue de soustraire le pays du giron colonial. Bien que certains membres du comité central aient accompagné ce comité dans le seul but de contrarier Messali, président du parti, il n’en reste pas moins que les partisans de la voie neutraliste ont su gérer, avec intelligence, cette période cruciale en l’orientant dans le sens de rassembler toutes les forces vives de la nation.

La crise de leadership au sein du parti a failli emporter le dernier espoir d’émancipation du peuple algérien du joug colonial. Car le MTLD, principal parti nationaliste, était le seul qui pouvait bousculer l’ordre établi par la puissance coloniale. En se trouvant devant l’inéluctable séparation entre le président et les membres du comité central, un groupe d’activistes a opté pour la solution qu’attendait la base depuis les événements de Sétif et Guelma en 1945 : le passage à l’action armée.

Quels étaient alors les moments forts allant de la scission au passage à l’action en passant par la naissance du CRUA, le 23 mars 1954 ? La crise au sommet du parti a connu son point de non retour lorsque la direction du parti avait appelé, le 10 décembre 1953, pour la tenue d’un congrès national algérien. Cette proposition, pour rappel, avait été rejetée lors du congrès tenu six mois plus tôt. Messali, en résidence surveillée à Niort, avait décidé alors d’utiliser tous les pouvoirs en sa possession pour que la direction ne réussisse pas dans cette entreprise. En estimant que le comité central se lançait dans une voie de réformisme, le président avait décidé de porter le débat dans la rue pour que l’opinion sache l’orientation déviationniste, selon lui, du comité central.

Ces divergences étaient-elles surmontables? Les historiens qui ont étudié la question ont estimé que le différend concernait la ligne directrice du parti. Du coup, toute réconciliation n’aurait été qu’éphémère. L’historien algérien, Mohamed Harbi, dans son livre « aux origines du FLN », a expliqué que les divergences remontaient au second congrès du MTLD d’avril 1953. Il a retenu notamment quatre points :

1) La recherche d’appuis extérieurs

2) La politique électorale

3) L’unité nord-africaine

4) La politique des alliances en Algérie

Cette situation a engendré deux tendances qui n’étaient pas prêtes à céder sur leurs positions de principe. L’un des animateurs de la troisième voie dite neutraliste, Ahmed Mahsas, a constaté que : « les risques de la division se sont aggravées plus que jamais. Nous sommes toujours en présence de deux parties hostiles ».

C’est à ce moment-là, il y a cinquante quatre ans, un certain 23 mars, que naissait le CRUA. La réunion s’est déroulée dans une école coranique Al Rachad. Elle a regroupé quatre militants : Boudiaf, Ben Boulaid, Dekhli et Bouchebouba. Toutefois, si les deux premiers avaient fait partie de l’organisation paramilitaire du MTLD, l’OS, les deux derniers étaient des politiques proches des centralistes. Le comité s’est fixé pour objectif la réunification du parti et son orientation vers l’action armée à court terme. Selon Gilbert Meynier : « pour Boudiaf, l’objectif était de convoquer un congrès unitaire où toutes les tendances seraient représentées, y compris les anciens de l’OS, écartés depuis 1951 et interdit de congrès en 1953, de refuser de reconnaître la délégation provisoire messaliste…. ».

Cependant, si les centralistes étaient bien représentés, l’autre tendance en conflit ne voyait qu’un parti pris flagrant contre elle. En effet, Messali ne voyait dans les membres du CRUA que l’ombre des centralistes et à leur tète Hocine Lahouel, membre influent du comité central. En effet, pourvu que Messali n’ait pas le dernier mot, les centralistes, il faut le dire, étaient prêts à jouer toutes les cartes. D’ailleurs, dés le premier numéro du patriote, bulletin du CRUA, le parti pris contre Messali était clairement affiché. La raison à cela selon Harbi était que : « Le financement du bulletin et son impression sont assurés par une somme de deux cent mille francs (2000 NF) avancés par le comité central ».

Les soupçons qui pesaient sur Dekhli et Bouchebouba étaient avérés exacts lorsque les deux tendances, centralistes et messalistes, préparaient séparément leurs congrès pour l’été 1954. Dekhli et Bouchebouba ont soutenu nettement le point de vue du comité central au sein du CRUA, alors que Boudiaf et Ben Boulaid, les deux autres membres, ont estimé inutile la convocation du congrès centraliste. Ils ont proposé la préparation de l’insurrection immédiate afin que la lutte réunisse tout le peuple autour de cet idéal. Mais la tergiversation des centralistes a conduit le groupe à se scinder. Ceux qu’on appelait les activistes du CRUA ont convoqué, le 25 juin 1954, à l’insu des deux autres membres, une réunion à laquelle ont participé vingt-deux militants de l’organisation spéciale. C’était le fameux groupe des 22. Ce jour-là la discussion était orientée dans le sens de réunir les conditions pour défier un système colonial injuste qui a trop duré. La décision d’affronter la puissance coloniale n’a rencontré aucune opposition parmi les présents. Ils ont, pour ce faire, créé un conseil collégial contenant cinq membre : Boudiaf, Ben Boulaid, Bitat, Ben M’hidi et Didouche. Leur mission était de réunir les conditions pour qu’une action armée soit déclenchée dans un temps relativement court.

Aux armes ;Ahmed Bencherif

15 mai, 2020
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Le disque s’achève et çà et là dans la salle des  voix s’élèvent. Elles réclament la rediffusion, avec une grande insistance. Je vois certains hommes vider leurs verres d’un seul trait. Cette chanson fait un carton dans les bars de la  ville. Les adorables Françaises l’adorent. Parfois, j’entends quelques unes en chanter des couplets. Un jour, j’avais été chargé d’acheter madame Marguerite des souvenirs au grand Magasin ‘Les Quatre Saisons ‘. Eh bien, j’y ai trouvé Sœur Catherine qui avait acheté le disque. Je lui avais dit bonjour ma Sœur en grand respect et immense estime. Elle m’avait répondu avec une grande humilité : «   bonjour monsieur Larbi ».

De voix rauque altérée par l’alcool, Les buveurs crient de partout : «  Garçon ». Il en est des lourdes, entrecoupées, graves ou brusques. Certains sont déjà ivres. Ils bégayent vraiment. Ils ne savent plus parler. Ils font trop de  bruit. Je passe entre les tables, Je sers des bouteilles de bière, du  vin, du Whisky. Leurs mots en français ou en arabe sont inaudibles. Qu’est-ce qu’ils racontent ? N’importe quoi ? Il est tard, il en est qui ronflent déjà sur la table, trop ivres, trop étourdis pour se tenir en place. Puis, je sers le buveur solitaire, un musulman au calme légendaire qui nous impressionne tous. on  dirait que sa bière le détache du monde. S’il parle, il communique avec ses canettes.

Le patron s’énerve, remet le disque. Le silence revient par magie. Elle a du pouvoir cette chanson, elle plaisait même à une  religieuse. Oh ! La pauvre ! L’année passée, au mois de juin, Sœur Catherine, alors âgée de quarante ans, s’était mariée avec un fils du  bled, un  musulman. Ce veuf quadragénaire, l’emmena en France  pour demander sa main à ses parents. Je ne comprends pas comment il demande sa main, alors que le mariage a été officialisé par le cadi. Trop de  bruit court à ce sujet. On dit que le cadi n’est pas habilité à officier un mariage entre un musulman et une Française et qu’il faut un juge français. Un mois après, le mari était revenu sans elle, en disant qu’elle avait été enlevée et il n’avait plus aucune nouvelle d’elle. Le mari se brancha rapidement avec la vie et il se remaria. La pauvre ! Elle vécut treize ans chez nous, comme l’ange. C’était la vertu, quasiment intégrée à la population. Elle avait l’amour du prochain immense.

La nuit avance, parcourt les immensités du temps. Elle est dense, ses ombres dominent. Les buveurs la perçoivent, l’entrevoient à travers les carreaux. Les  buveurs la perçoivent à travers les  carreaux..Ils  s’éclipsent, sortent par deux ou trois individus. Ils sont ivres, font d’efforts extrêmes pour tenir leur équilibre. Ils ont tellement bu, que l’air de la salle est complètement pollué, irrespirable. Le phonographe s’arrête, le patron tape des mains et crie : «  on ferme «. Les derniers clients sortent. L’autre garçon ferme la porte derrière eux.  Il débarrasse les tables, les nettoie avec un gros torchon et un peu d’eau de Javel. Je l’aide dans sa besogne. Au  bout d’une heure, on termine cette corvée de soulards qui laissèrent des centaines de bouteilles cadavres. Le patron compte sa caisse, met l’argent dans sa gibecière. Elle est pleine à  craquer. Il nos paie, le garçon et moi-même.

Nous quittons le bar. L’autre garçon, Philipe, un quadragénaire marié, s’en va. J’accompagne le patron, Gaston, jusque chez lui, comme ça par simple plaisir et point comme garde corps. Car je n’ai pas le courage, le punch  ni l’énergie pour assumer cette tache périlleuse. Moi, je suis plutôt paisible. Cela vient du fait, peut-être, que dans mon enfance, j’étais plutôt timide que turbulent. La  ville dort, les rues sont désertes, Plus personne ne s’y trouve, ni civil, ni militaire. Seul le gardien de nuit assume sa vigie de manière attentive, en arpentant les artères commerçantes. Il est bien couvert dans sa djellaba, armé seulement de son bâton. Il  ne porte pas d’armes à feu pour se défendre contre des agressions criminelles. Il faut dire qu’il s’en produit rarement. C’est la paix. Larmes ne tonnent plus depuis notre cheikh Bouamama qi avait donné du fil à retordre aux généraux français dont Lyautey, ami d’Isabelle Eberhardt.

On se sépare, Gaston et moi-même. Je reprends seul la route du ksar. Je quitte la eue de France, traverse l’oued à sec. Il est quasiment à sec en ce temps-ci. Seul un filet d’eau coule, sous le pont qui monte raide, comme une falaise inaccessible. Les grenouilles croassent. Leur cri est horrible dans la nuit. La rive sud est agricole : des cultures maraichères, des herbes potagères, de la luzerne, des arbres fruitiers, tels les figuiers, les pommiers, les abricotiers et point de dates. Il n’y en a pas dans le bled. il est plutôt froid, certains géographes qui viennent en mission me disent que notre village est une oasis froide. Sur ma gauche, s’impose la caserne. Elle est immense, abrite un régiment de la légion étrangère, des compagnies de soldats français de souche. Leur chef est un colonel, au  c’était un général, juste avant mil neuf cents trente, qui commandait le territoire du sud d’Ainsefra.

Le chemin monte. La côte est fatigante. A ma gauche, la première entrée de la Redoute, déformée dans le parler pour devenir Laredoud. Cette aile abrite l’école primaire, qui n’arrive pas à concurrencer l’institution Lavigerie, située au village, près du  village Nègre.  A ma gauche, c’est le couvent des Sœurs Blanches.  je n’arrive pas à oublier le drame de Sœur Catherine. Mes pieuses pensées vont à elle. Son histoire est toute récente et suscite une grande sympathie. Où est-elle ? C’est le mystère. Même son mari B l’ignore, raconte-il à ses amis. Il en a beaucoup et donc le  bruit finit par courir. Moi, je dis qu’elle ne mérite pas ce sort. A l’époque, la population, multi ethnique et multi confessionnelle, était bouleversée. Est-elle encore sa femme aux yeux de la loi ? Cela est soigneusement gardé comme secret. En tout cas, monsieur B s’est remarié. L’homme ou vite ses amours et cause bien des déceptions. Heureusement, pour moi, l’amour n’est pas dans mes préoccupations.

Le ksar enfin ! C’est la cité antique, gardée par le blanc mausolée du saint sidi Boutkhil. Les habitations sont toutes ou presque à deux  niveaux ; construites en pierres appareillées. Les ruelles sont étroites et sinueuses. J’emprunte un dédale, très noir à l’heure qu’il est, je débouche sur la galerie de la mosquée, vielle de plus quatre siècles. J’arrive chez moi. Je frappe à la porte, en bois massif, qui ne résonne guère. Ma mère m’ouvre, réveillée difficilement Il est tard, passé vingt deux heures. Je vis seul avec elle. J’ai dépassé l’âge du mariage. Pourtant, je vis seul. La femme ne m’attire pas spécialement. Pourtant, il y de si belles Françaises. Les femmes arabes le sont aussi, néanmoins, recluses entre quatre murs.

J’embrasse ma mère sur le front. Ah, je l’aime, elle. Je lui voue une grande affection, à la limite de l’adulation. On se parle, hélas, si peu. La communication est quasiment nulle entre nous. Les mêmes mots reviennent le matin, le soir, tous les jours. Elle me sert à manger. je mange un peu de couscous quoique je n’aie pas faim. Je fais mes ablutions, ma prière. Je regagne ma chambre, l’unique que je ne partage pas avec ma mère. Je compte mes sous, les mets dans une petite caisse, caché soigneusement dans un caisson en bois pour mes habits. je me glisse dans mon lit : natte d’alfa, tapis, couverture. Je suis bien au chaud. Je fixe le plafond, puis je regarde la lumière de la bougie danser. Je ne pense à rien, je ne rêve de rien.

les vagues poétiques préface Ahmed Bencherif

15 mai, 2020
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Préface

 

 

 

Après deux livres poésie, la grande ode et l’Odyssée,  respectivement poésie d’amour et poésie d’engagement, le présent recueil s’inscrit dans un autre tableau tout à fait différent, une autre logique, une autre perception, une nouvelle essence, un nouveau décor. L’amour est présent. Mais cet amour nous convie, nous parle, nous enchante par la voie miraculeuse et sublime de la femme. Or la femme est un tout, un univers pourvu de ses propres éléments qui émerveillent, nous embarquent aux évasions heureuses, comme par exemple un regard, une caresse…Comme toute poésie, l’aspect romantique y est présent avec force et beauté. La sensualité ne manque pas d’apporter ses aromes suaves et piquants pour tout le plaisir du lecteur. Certains lecteurs la trouveront excessive, d’autres, modérée. Néanmoins, ils la jugeront de bon gout. Y en aurait-il des lecteurs qui la condamneraient ? Mais si je devais m’incliner au souhait de ces derniers, j’en serais frustré, limité dans ma liberté. Justement, Démosthène, l’orateur et homme politique athénien au IV siècle avant l’ère chrétienne consacra cette liberté au poète : « Libre est la race des poètes ».

 

Passion, amour, idéalisation : tout se mêle, se marie avec un mélange succulent au gout, une fresque au regard.  La femme reste l’exclusive figure d’inspiration sous de multiples décors. Elle est chantée dans une oasis, sur la mer, aux ruines romaines, sur un quai, une divinité grecque, une simple passante, caméraman …..

 

Ceci nous amène à nous interroger sur ce couple sublime que sont le poète et l’amour. Le premier mariage du poète se fait avec l’amour. Il est éternel, en permanence ressourcé, rajeuni. Justement, le poète nous fait rêver tout le temps et ce rêve de beauté éclatante, nous l’aimons. Anatole France avait bien situé le peu d’espace qui nous sépare avec le poète : « Les poètes nous aident à aimer ; ils ne servent qu’à cela. Et c’est un assez bel emploi de leur vanité délicieuse ».

 

                                                                                                       Ahmed Bencherif

 

 

 

 

 

 

qu’est-ce que la poésie ? Ahmed Bencherif

15 mai, 2020
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Qu’est-ce que la poésie ?

ou que dire de la poésie ?

par Jean-Michel Maulpoix

 

« Les prétendues définitions de la poésie ne sont, et ne peuvent être, que des documents sur la manière de voir et de s’exprimer de leurs auteurs » (Paul Valéry)

La poésie est mal aimée de la critique. Elle constitue un objet d’étude difficile à cerner, en constante mutation à travers l’histoire, et sur lequel la théorie a peu de prise. Bien qu’elle donne lieu à ces nettes découpes de langue qu’on appelle poèmes, si solidement établis dans leur forme propre qu’on n’y pourrait changer un seul mot, il semble qu’elle refuse toujours de s’enclore. De sorte que parler de la poésie conduit la plupart du temps à tenir un discours mal approprié : trop technique ou trop subjectif. Le théoricien désireux de construire un système rigoureux doit se résigner à une navrante déperdition d’efficacité critique.

Comment, pour la décrire, pourrait-on se satisfaire des formules qui fleurissent dans les manuels, telles que « chant de la nature », « célébration des dieux », « expression des sentiments personnels » ou « dérèglement du langage » ? Ce sont là autant de stéréotypes qui étouffent les enjeux véritables de l’écriture. Sans être tout à fait dépourvus de sens, ils négligent les singularités. L’indéfini y trouve refuge. Par les discours qu’on tient sur elle,  la poésie se voit dissoute dans les généralités, plutôt que placée au centre d’une réflexion cruciale sur le langage.

Les « Dictionnaires de poétique » n’offrent guère pour leur part que des outils qui facilitent l’observation des formes, sans ouvrir de véritable accès à la question du sens… À maints égards, la poésie reste l’orpheline de la critique. C’est plutôt dans l’œuvre même des poètes, sur les marges ou au cœur de leurs poèmes, que des clefs nous sont proposées : les préfaces de Victor Hugo, les lettres de Rimbaud, les Divagations de Mallarmé, les Cahiers de Valéry, la Correspondance ou les Elégies de Rilke, etc…

Il n’existe pas, à ma connaissance, de sérieuse étude des discours critiques sur la poésie. Nulle histoire, à proprement parler, n’en a été écrite. Celle-ci pourtant réserverait d’étranges surprises. On y vérifierait combien les commentaires oscillent entre subjectivisme, mysticisme, spontanéisme et formalisme ; mais on y découvrirait également que la poésie suscite autant de vagues discours que de partis pris tranchants. Tout au long de l’époque moderne, il semble que le fossé n’ait cessé de se creuser entre la rigueur des analyses conduites par les poètes eux-mêmes et le caractère approximatif des propos tenus par la tradition universitaire ou par les critiques de profession. Vague au dehors, dur au dedans, est-il un art qui ait vu autant que celui-là son histoire jalonnée de querelles, de ruptures et de manifestes, ni qui se soit autant retourné contre lui-même ? En procès intense avec elle-même, la poésie doit sans cesse rendre des comptes, s’auto justifier et répondre à la question de son pourquoi.

Les fulminations de Charles Baudelaire ou d’Arthur Rimbaud contre Alfred de Musset, les propos rageurs de René Char contre les « paresseux », la vindicte de Francis Ponge contre le lyrisme élégiaque, le soupçon d’Yves Bonnefoy contre l’image, la radicale mise en cause par Philippe Jaccottet des leurres du poétique, autant d’exemples qui vérifient que la poésie est un terrain d’affrontements, voire un champ de bataille à propos du langage et de ses enjeux…

Cette intransigeance intellectuelle est le fait de poètes devant à tout moment réaffirmer bien plus que leur conception de l’art qu’ils pratiquent ou leurs partis pris esthétiques : c’est leur raison d’être même qui est en cause. Parce qu’ils touchent à la langue. Parce qu’ils y nouent le subjectif et l’objectif. Parce qu’ils prennent le risque du mensonge et de l’illusion. Parce qu’ils font souvent parler les choses inanimées et les morts. Parce qu’ils se tournent vers autre chose, sur quoi la raison n’a pas prise.  Parce qu’ils se laissent conduire par la chair et écrivent sans autre contrôle que celui de leur propre vigilance…

Une fois reconnus ces enjeux que l’époque moderne a mis en pleine lumière, il n’est pas étonnant que la poésie se dérobe à toute définition… Son objet n’existe que dans le travail même qu’elle accomplit, tel une cible mouvante que chaque poème localise à sa façon sans l’atteindre jamais. Nul ne peut prétendre définir la poésie, si au sens strict cela consiste à en dégager l’essence, et donc à dire ce qu’elle ne peut pas ne pas être. L’écriture poétique a pour principe de toujours passer outre : il s’agit de « brûler l’enclos », affirmait René Char.

Pourtant, il est aussi dans la vocation de la poésie de travailler sans cesse à se définir, se redéfinir. Ainsi que l’écrit Michel Deguy : « l’inquiétude de la poésie sur son essence habite la poésie dès son commencement grec. » Elle est étrangement ce travail à la fois aveugle et inquiet du langage qui ne peut que chercher toujours à en savoir plus sur ce qu’il fait et sur ce qui se joue en lui. À travers les propositions formelles du poème, elle remet à la fois la langue en jeu et sa propre existence en question.

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