ahmed bencherif écrivain et poète

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Archive pour juillet, 2020


crise antijuive Algérie Ahmed Bencherif

30 juillet, 2020
Non classé | Pas de réponses »

« Le cyclone commença à souffler à Oran le mois de mai passé, sous l’impulsion de cyclistes européens, en casquettes et en shorts, qui travaillaient leurs performances, en vue d’une prochaine compétition, qui devait se dérouler entre Oran et Mostaganem, dont l’itinéraire contournait la montagne des lions, traversait un maquis fleuri, où dominent les genêts, les lentisques, les cistes (diss) et longeait le littoral. Ils étaient une cinquantaine de sportifs à évoluer au matin, sur un parcours en pente et en côte de huit kilomètres environ, sur le front de mer. Ils revenaient de Canastel et débouchèrent sur la place d’armes où les avait accueillis une forte délégation municipale, qui délirait de joie et sonnait les clairons des hostilités ».
Sur le perron de la mairie, le conseiller municipal X, anti-juif, les harangua et les incita à descendre dans le quartier juif tout proche, sous de ferventes acclamations et de forts encouragements de ses pairs et de quelques concitoyens. Les cyclistes ne se firent pas prier et se détournèrent de leur noble discipline pour assouvir leur vilain désir de vengeance, motivé par une haine sans bornes. Leur incursion intervenait à un moment où la tension sociale prenait des proportions effarantes, sous la tyrannie des municipalités qui se comportaient à la manière des djemaa ancestrales, jalouses de leur propre autonomie et répulsives à une tierce ingérence. Ils abandonnèrent leurs bicyclettes et partirent à l’assaut du quartier juif dont les magasins étaient ouverts. Ils étaient déchaînés, frappaient à coups de pieds les portes, faisaient des gestes obscènes, bousculaient les uns, molestaient les autres.
La très belle ville devint en très peu de temps une sale ville, sans civisme, ni humanité et dont les bars et les hôtels, les administrations et les casernements bouillonnaient de colère d’un autre âge où l’homme se prenait pour le dieu tout puissant. La terreur et la barbarie frappaient cette communauté décriée pour les torts de son temps et honnie pour sa race : de grands malades juifs, très pauvres, qui se faisaient soigner gratuitement dans les hôpitaux publics furent expulsés dans un état de santé assez grave; des enfants furent chassés des cantines scolaires en violation des règles pédagogiques primaires ; des policiers municipaux furent révoqués de leur travail et se retrouvèrent sur la paille ».
El Hamel assumait le rôle du chroniqueur dont la compagnie était recherchée au café maure. Il lisait beaucoup de journaux et donc il suivait l’activité politique du pays. Il était un bon raconteur. Il haussait ou baissait le ton de sa voix, quand cela était nécessaire, pointait de l’index un personnage fictif, répétait les phrases choc. Il donnait des nouvelles fraiches sur les différents antagonistes dont il montrait de façon très imagée l’importance et l’influence sur l’échiquier politique. Hamza trouvait en lui un maitre, ou plutôt une caisse de résonnance de ce qui se passait dans sa chère patrie. Plus, il l’écoutait, plus il devenait irréductible, engagé dans son mouvement insurrectionnel. Il voyait en lui un autre Haidar, théoricien cependant. El Hamel lui demandait s’il assimilait bien, s’il imaginait les acteurs dans l’action. Hamza hochait de la tête en guise d’acquiescement, souriait et le priait de continuer son cours qu’il trouvait magistral. Le raconteur se faisait un devoir d’expier sa faute de naturalisation :
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« Des foules d’Européens, qui n’obéissaient qu’à leurs instincts, partirent alors en guerre contre le quartier juif, en un seul mouvement qui n’avait rien d’inopiné, en plusieurs processions qui se succédaient en hordes maléfiques. Elles conquirent le quartier bas, le quartier haut, les cernèrent, les assiégèrent et la sale besogne commença : des magasins furent défoncées, pillés, saccagés avec une rare bestialité ; des maisons furent violés et leurs occupants, chassés à coups de matraque, Ils se donnèrent le mot et criaient : « Allons nous réfugier dans les quartiers des Arabes qui nous protégeront ». Ils remontèrent la rue des Jardins, traversèrent le boulevard Saint Pétersbourg, remontaient toujours et débouchèrent au premier quartier indigène populeux de Ras Al Ain, au pied de la montagne Santa Cruz. Les Arabes leur offrirent leur protection, les firent entrer chez eux, prirent leurs gourdins qu’ils firent siffler en l’air, chargèrent les colons qui rebroussèrent chemin, jambes aux cous.
Dans cette ville qui s’entredéchirait, prêchait l’intolérance honteuse et la perversion, la police ne faisait rien, regardait avec plaisir, laissait faire en éprouvant de la jouissance. Les agents s’enivraient du spectacle, attisaient les fureurs, enhardissaient les timorés. Ils oublièrent qu’ils avaient fait un serment sacré à la république pour maintenir le bon ordre, pour combattre l’anarchie et faire régner la justice, garantir la liberté de chacun, la sécurité de chacun, ils oublièrent qu’ils formaient un garde-fou de chaque société et qu’ils devaient l’empêcher d’aller à la dérive. Un accident fit d’eux ce qu’ils étaient, ils n’aimaient pas leur noble métier et n’avaient aucune vertu pour l’exercer, ils remplissaient seulement leurs vacations et attendaient avec une fébrile impatience leurs pécules prélevés sur les honnêtes contribuables.
Le mal s’était propagé hors de la ville avec une vitesse surprenante, comme si les émeutes eussent été préméditées, il avait rapidement embrasé de nouvelles villes de l’Oranie et le télégraphe était là, pour amplifier les fraîches nouvelles de la colère populaire : Tlemcen, Mascara, Mostaganem, Ain-Témouchent, Tiaret, Saint- Denis du Sig, les villages de la banlieue d’Oran n’en réchappèrent pas. Toujours la même bestialité, les mêmes terreurs, les angoisses et les peurs. Le mouvement prit de grandes forces, se radicalisa, faisait sa basse besogne, pratiquait le mal dans l’impunité totale. Les colons orchestrèrent de la manipulation, recrutèrent des casseurs indigènes, apolitiques et abrutis, souvent miséreux. La loi était tombée et l’armée que poursuivait l’ombre de Dreyfus restait au-dessus de la mêlée, n’intervenait que timidement pour stopper le carnage, ce qui était vu par l’opinion publique comme étant une complicité : comme par hasard, les Tirailleurs qui furent envoyés à Mascara pour maintenir l’ordre ne trouvèrent rien de mieux que de s’en prendre à la synagogue, ils obéissaient aux ordres de leurs supérieurs.
Les vents soufflaient aussi contre toutes envies des vaisseaux, le mouvement prit une autre tournure que ne prévoyaient pas les colons. Les Indigènes n’étaient pas assez dupes pour être manipulés et prendre part à un conflit qui ne les concernait pas, ils n’étaient pas assez naïfs pour se tromper d’ennemis. Plus de mille mécontents le firent nettement savoir et attaquèrent les villages de Cassaigne, de Sig, Lapasset, Bosquet et ciblèrent seulement les colons. Ils menaient leur propre révolution, une rébellion comme il y en eut tant. Ils tentaient de se libérer du joug colonial, ils faisaient mal à leur occupant, lui rappelait le caractère éphémère de son occupation ; c’était un cri de guerre auquel avaient répondu des masses. Des ouvriers agricoles abandonnèrent la bêche dans les fermes coloniales et déclarèrent à leurs patrons qu’ils ralliaient les rangs des insurgés pour faire la guerre à Saint-Denis du Sig.

le gouverneur Cambon ; ahmed Bencherif

30 juillet, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Cambon ouvrit l’instruction publique aux Indigènes, malgré l’opposition farouche des colons et de leurs relais officiels inféodés à leur politique : les sous-préfets et les administrateurs refusaient l’inscription de crédits substantiels, en excipant le peu d’enthousiasme des indigènes à envoyer leurs enfants à l’école ; les conseillers généraux déclaraient d’emblée, sous l’instigation honteuse des préfets, qu’ils ne voteraient aucun crédit dans ce sens. La presse les mobilisait, les engageait dans une redoutable épreuve de force, les chauffait, les enflammait sans répit, décrivait de façon absurde ces Arabes que la France voulait instruire.
Les déclarations désobligeantes des colons se multipliaient, perte de temps, perte d’argent pour rien : « L’Arabe est inéducable, sa tête est enveloppée d’une couche ferreuse qui l’empêche d’assimiler le savoir et les sciences, il est l’esclave de ses instincts et de ses besoins traditionnels, il est l’esclave de ses instincts sexuels ; un Musulman qui apprend le français ne prie plus, il a perdu son seul frein, sa seule règle et il sombre dans l’immoralité ». D’autres étaient plus pertinentes et craignaient pour l’avenir : « l’instruction est porteuse de révolution, de revendications des droits de l’homme et du suffrage universel, elle forme de futurs chefs d’insurrections ; les revendications nationalistes apparaîtront, la Kabylie, aux Kabyles, l’Algérie, aux Arabes ». Charles Robert-Ageron
Le rapport Ferry avait proposé avec force de renforcer les pouvoirs du gouverneur général. Jules Cambon, nommé à ce poste depuis quatre ans, avait présenté des projets de loi en ce sens. Mais, la bataille dans le palais Bourbon était dure, harassante, incertaine. Il ne renonçait pas, revenait à la charge, hissait le débat intellectuel à un niveau supérieur qui lui permettait de refroidir les ardeurs de ses détracteurs. Il était toujours confronté au groupe parlementaire de la colonie qui ne comptait que sis députés. Le député d’Oran, Eugène Etienne, était redoutable et foncièrement opposé à toutes réformes. Il exerçait une influence directe sur cent députés qui l’écoutaient, suivaient ses orientations, ses consignes de vote.
Le gouvernement regardait avec impuissance son représentant combattre à tout azimut, le désavouait parfois. Cambon oeuvrait pour mener une politique indigène avant l’heure et pour donner crédit à l’image de la France fortement dégradée dans un climat social, constamment trouble. Il n’avait pas d’ambition puérile, il cherchait à faire un travail durable, intelligent, bénéfique à tous. Il se sacrifiait pour les autres. Il ne négligeait aucun secteur, se préoccupait aussi du culte auquel il avait octroyé six cents mille francs pour la construction d’églises, cinquante mille francs, pour l’achèvement de la synagogue d’Oran. Les mosquées et les imams avaient grande place dans son programme.
Un tel homme était une lumière, une chance inespérée pour une action civilisatrice. Néanmoins, les esprits ténébreux des colons n’en voulaient pas. Il était indésirable, désavoué, honni. Il avait frappé fort, dégommé de gros pontes, tels le directeur de la banque d’Algérie et le secrétaire général du gouvernement général. Les Français d’Algérie, qui étaient divisés, se coalisèrent miraculeusement contre lui, firent couler de
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l’encre, crièrent partout leur mécontentement et leur fureur. Il était l’homme à abattre et tous les moyens étaient bons pour parvenir à cette fin. La presse était particulièrement virulente en ce mois de novembre, répandait partout du venin, préparait les esprits à la révolte, à la révolution.

Margueritte revisitée 26 a vril 1901 ahmed bencherif

30 juillet, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Malgré les débuts de la saison d’automne, le mois d’octobre était particulièrement chaud et l’on buvait énormément d’eau. Hamza formait équipe avec Karim et Riyahi. Celui-ci n’avait plus d’angoisses identitaires, louait le sacrifice de sa tribu enfumée et en était fier. Souvent il faisait un petit pèlerinage à la grotte de la mort et honorait la mémoire des siens. Il vivait normalement et ne regrettait guère les souffrances qu’il avait endurées des années durant. Il parlait, riait, souriait. Il était redevenu l’humain ordinaire, avec ses propres défauts et qualités. Quant à la bonhomie de Karim, elle ne mourut jamais, comme ses errances à travers les campements, en quête de fêtes festives pour échapper aux emprises de sa diète chronique, glaner des nouvelles fraîches, des blagues, des anecdotes. Il raconta à Hamza que l’éternel amoureux et poète Sayed mourut l’année passée, puis il chanta quelques couplets de l’ode qui avait atteint le sommet de la célébrité et faisait pressentir, aux poètes avertis, la résonance des sept grandes odes arabes.
Le campement n’avait pas non plus la même dimension de grandeur et seulement trois tentes étaient montées ; certains copropriétaires qui vivaient principalement d’élevage avaient regagné le Sahara pour y passer l’hiver et engraisser leurs troupeaux, à l’abri du froid, des gelées et des tempêtes de neige. Celle du Moqadem était présente, distinguée par sa générosité. Fatima était venue. Il y avait moins de femmes et d’enfants, leurs chahuts étaient moins intenses et cadraient avec la monotonie de la saison. La Douja ne sortait plus à la campagne, fragilisée par la vieillesse ; un pur sang avait remplacé le barbe qui mourut l’année passée ; la nourriture était préparée et servie abondamment de façon rigide par les femmes, comme si celles-ci eussent été dans une popote militaire.
Les derniers arpents emblavés, les ouvriers se restaurèrent en début d’après-midi, dans le petit bois. Ils furent très contents de retrouver Hamza qu’ils sublimaient désormais : chacun lui posait plus d’une question sur sa longue absence, son apprentissage, ses projets. Il leur paraissait fort et docte et sa compagnie était jugée intéressante et instructive par tous. Autour d’un thé, ils l’exhortèrent pour leur donner un cours et les éclairer sur leur religion : « quelle était la meilleure manière de faire les ablutions, comment redresser une prière erronée ? » Hamza répondit que la pratique du culte ne nécessitait pas des connaissances élevées, car les règles sont assimilables par le croyant, quel que soit son niveau intellectuel :
« La vie, dit-il, n‘est pas seulement vénération, mais aussi civilisation que doit promouvoir l’homme, vicaire de Dieu sur terre et pour parvenir à cette fin, il faut s’instruire et instruire vos enfants dans leur langue maternelle, pour vaincre l’ignorance et toutes formes d’obscurantisme ».
Son discours prit du tonus et s’articula principalement sur cette question et dénonça sans équivoque le colon qui oeuvrait à priver les indigènes de l’enseignement de la langue arabe, en confisquant les biens houbous (immobiliers inaliénables provenant des donations de tiers) des zaouïas et à leur fermer les portes de l’école française. Hamza leur enseigna une maxime d’un grand penseur arabe, Lokman, originaire de la Nubie, contemporain du roi hébreu David, cité dans le Coran comme détendeur de grande sagesse :
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« Apprends ce que tu ne sais pas et enseigne ce que tu sais ».
Lokman croyait à l’unicité divine, mais il n’avait pas pratiqué la religion hébraïque, quoiqu’il fût souvent l’hôte de David, que paix soit sur lui. Il avait appris à son fils, Lakchem, plus de sept mille maximes et lui avait demandé d’en pratiquer quatre seulement pour atteindre la félicité du paradis :
« Maîtrise ton vaisseau, car la mer est profonde, allège ton fardeau, car la fin est certaine, accrois tes provisions, car le voyage est long, exécute ton travail avec vertu, car le Critique (Dieu) observe ».

les vagues poétiques ; ahmed bencherif

10 juillet, 2020
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                                Voyageuse

 

 

 

 

Sur le quai bruyant, je te vis dépaysée

Ta valise à la main et ton sac à la main,

Tes yeux derrière un triste écran,

Un nuage qui te cachait le monde

Vision fomentée d’un chagrin d’amour

Un amour dissipé, illusion morte.

 

Dans ta quête de nouveaux horizons,

Ta recherche de nouveaux espaces,

Tu traçais ton chemin, éprouvée de phobie

Injectée dans ton cœur par l’homme,

Malin félin, redoutable lion, prédateur

Qui voyait en toi la proie idéale

Pour assouvir ses appétits charnels.

Tu me vis souriant, avenant attentif.

 

L’heure au top, ses aiguilles croisées,

Le train pressant te conviait à monter.

Nos regards se croisèrent par instinct,

Comme ces aiguilles d’horloge murale

Qui sonnèrent le départ du cheval de fer,

Parti sans nous, notre destin ailleurs.

 

Main dans la main, toutes deux frileuses,

Murmure au murmure, mélodie secrète,

Cœur près du cœur, battant la chamade,

Ame confiée à l’âme, béatitude reconnue,

Nous prîmes le chemin de l’amour,

Ses secrets gardés dans la vigilance.

 

Fascination souveraine du moment

Vivra-t-elle dans les lendemains inconnus ?

Fera-t-il date ce coup de foudre survenu ?

A cœur sensible, esprit prémonitoire.

Alors viens ! Ne crains rien, l’amour est là

 

c’est moi qui l’ai tué ; ahmed bencherif

10 juillet, 2020
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A l’aube, Fatma se leva très mal en point, réveillée brutalement par de violentes nausées. Son coeur se soulevait, ses yeux étaient écarquillés, sa poitrine s’oppressait, une forte envie la tenaillait pour vomir. Elle quitta précipitamment son lit, tandis que son mari ronflait bruyamment. Elle regagna la courette intérieure, encore plongée dans la pénombre, en alluma la petite lampe murale tenue par un grillage de fortune, regagna le puits, puisa un sceau d’eau, dans un désagréable grincement strident de la poulie, courut vers la rigole du patio, se recroquevilla, enfonça l’index dans sa bouche jusqu’à la gorge et exerça une pression de reflux oesophagique. Aucun reste alimentaire ne fut pourtant rejeté, malgré deux ou trois tentatives. Fortement déçue et davantage amochée, elle rentra dans la cuisine, alluma le faible plafonnier, pulvérisa au pilori des feuilles sèches de genévrier et des zestes de grenade, en avala une cuillère, la première herbe médicinale agissant comme anti-bactérienne, la seconde comme pansement gastrique. Cette recette est efficace pour les diarrhées, connue depuis la nuit du temps. Le goût  amer et acide lui provoqua encore une forte envie de vomir. Bientôt, elle sentit le produit se fixer dans son estomac et eut un moment de soulagement.

Commença alors sa longue journée de labeur dans un espace réduit qui muait du ménage propre à l’artisanat traditionnel. D’une pièce d’aluminium, aménagée en petite pelle, elle cura l’âtre de ses cendres volumineuses, y déposa trois grosses bûches en les croisant, en dessous desquelles elle fourra une poignée d’alfa sèche et de Drin, gratta une allumette qui s’éteignit, puis une autre  dont elle alluma un bout de papier qu’elle plaça sous les herbes sauvages dont une touffe brilla de petites étincelles écarlates sur lesquelles elle souffla longuement à en perdre haleine. Sa persévérance fut payée : le feu avait prit et crépitait. Elle installa ensuite le trépied sur lequel elle déposa la bouilloire pleine d’eau, puis tira à elle une peau de brebis sur laquelle elle s’assit en face de la cheminée, sentit une doucereuse chaleur la pénétrer agréablement qui lui prodiguait un léger assoupissement. Quelques minutes passèrent dans un silence monotone et la bouilloire se mit à ronronner. Fatma emplit une tasse d’eau chaude, regagna la chambre à bois dont elle alluma le plafonnier, entra dans le cabinet séparé par un muret, y fit  ses ablutions.

Toujours dans le dépôt à bois, qui servait également de petite écurie qui abritait deux brebis et deux chèvres. Fatma dénoua un sac d’orge, en prit des rations qu’elle éparpilla dans la mangeoire. Elle ramena un sceau d’eau qu’elle vida dans une vielle bassine. Le petit troupeau s’abreuva et se nourrit. Fatma alla chercher encore un ustensile en alfa, s’approcha des bêtes  et commença à les traire. Puis elle ouvrit la porte d’entrée et les laissa sortir pour aller paître avec le troupeau du ksar. La production laitière était d’un demi litre, mais suffisante à la consommation journalière de son foyer en petit lait et en beurre.

Dans la cuisine, elle pulvérisa du café en grains dans un vieux mortier en fonte, dur et lourd, mit trois cuillères en poudre dans une cafetière qu’elle laissa bouillir au coin du feu. Elle coupa une tranche de galette rassise qui était rangée dans une serviette en grosse laine teintée complètement en rouge altéré par les nombreuses lessives que cette étoffe subissait. Elle prit son petit déjeuner dans le calme des primes aurores, tantôt somnolente, tantôt rêveuse, comme si elle méditait sur sa fatale destinée soumise à l’homme depuis la nuit des temps, comme si elle cherchait à établir la priorité de ses nombreuses taches domestiques. Elle se leva héroïquement, résolue à battre laborieusement son label fatigant du jour.

regards critiques sur l’aube d’une révolution de C. Pheline; ahmed bencherif.

10 juillet, 2020
Non classé | Pas de réponses »

Cependant, l’arbitraire régnait en maître pour les peines d’emprisonnement ou d’internement. En effet, les internements administratifs que subissaient les Indigènes relevaient de l’arbitraire. Les généraux commandant de territoires et le gouverneur général les décrétaient sans limitation de durée, pour quelque motif que ce fût. Il aura fallu attendre la décision du 15 juin 1855 pour les fixer à 6 mois pour les généraux et une année pour le gouverneur général. Cette décision intervint à la suite de la scandaleuse affaire du capitaine Doineau. Cet officier, Doineau, chef de bureau arabe de Tlemcen, fut condamné à mort en 1856 pour avoir fait assassiner un agha. Il faisait exécuter à son gré les Indigènes qui gênaient son action. Il fit exécuter en présence de témoins 12 indigènes et fut déféré par conséquent à la cour d’assises d’Oran. Néanmoins, l’esprit de corps fut au-dessus des lois. En effet, le corps des officiers des Bureaux Arabes se solidarisa avec Doineau. Ses complices furent condamnés à 20 et 10 ans de réclusion criminelle avec travaux forcés. Le capitaine Doineau fut condamné à mort puis gracié 2 ans plus tard. (Charles André Julien pages 339-340).

Il n’est pas inutile de rappeler que l’Algérie fut gouvernée, dès 1830 jusqu’en  1870, par le régime militaire. L’ordonnance du 24 juillet1834 réalisa l’annexion de l’Algérie à la France et de ce fait les lois de la Métropole étaient par conséquent  applicables à l’Algérie. Ce régime militaire se distinguait essentiellement par deux structures :

-les Bureaux Arabes pour les Indigènes.

-les subdivisions militaires pour les Européens. Cependant la communauté européenne connut tôt une organisation municipale suivant l’ordonnance du 28 septembre 1847, administrée par des maires et des commissions municipales nommés. Un arrêté du chef du pouvoir exécutif en date du 16 août 1848 éleva les conseillers au régime démocratique, par voie d’élections, ce qui représentait une notable ouverture politique pour les Européens. Deux ans plus tard, ces mesures furent suspendues et un décret du 18 juillet 1854 replaça la municipalité sous le régime de l’ordonnance de 1847, soit la première organisation. Ce régime subsista jusqu’en 1866. En effet la politique de Napoléon III par les décrets du 27 décembre 1866, 20 mai, 18 août et 19 décembre 1866, qui étendit le nouveau régime municipal à tout le régime civil, c’est-à-dire pour tous les centres de colonie. Ces communes furent appelées commune de plein exercice, dotées de commissions municipales et administrées par les commandants des territoires. Pour les Indigènes, des communes subdivisionnaires furent érigées. Un décret du 29 mars 1871 place l’Algérie sous le régime civil avec à la tête de la pyramide un gouverneur général, dit civil. L’empereur était déchu et donc route sa politique le fut. Ce fut le premier triomphe des colons dont le pouvoir s’exerçait désormais par la voie de l’autorité municipale. Et nombreux historiens qualifièrent ce saut qualitatif des colons comme le gouvernement des maires.

L’action des colons était désormais affranchie de l’autorité militaire qu’ils jugeaient comme un frein à la colonisation et l’arrivée de nouveaux immigrants, ainsi que la garantie pérenne des privilèges consentis aux grandes familles indigènes qui plus ou moins pouvaient influer sur le cours des insurrections qui éclataient à travers le pays.

Enfin la loi municipale du 5 avril 1884 fut déclarée applicable aux communes de plein exercice d’Algérie. Cette commune de plein exercice comporte des particularités. Elle est une agglomération majoritairement européenne et territorialement minoritaire à laquelle sont rattachées des tribus et des douars du voisinage pour lui permettre de vivre par le biais de taxes et d’impôts que ces derniers groupements humains payaient, organisés en douars dont les biens communaux sont administrés par des djemaa constituées par des notables.

La commune mixte se caractérise elle aussi par des particularités. Elle forme un centre de colonisation et sa population est européenne et indigène, celle-ci étant majoritaire. Elle est administrée par un administrateur nommé pat arrêté du gouverneur général, assisté par une commission municipale dont il est le président. Cet organe est vraiment d’une expression citoyenne et administrative. En effet, les membres élus sont français et les membres nommés par l’administration sont indigènes, tels le caïd et le président de la djemaa. L’élu municipal est appelé adjoint spécial ou municipal pour le différencier des adjoints de l’administrateur dont le nombre varie de un à deux ou trois en fonction de l’importance de la commune mixte.

 

 

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