ahmed bencherif écrivain et poète

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Archive pour le 8 mars, 2021


les cavaliers , Margueritte revisitée 26 avril 1901; ahmed bencherif

8 mars, 2021
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L’ambiance champêtre tirait presqu’à sa fin, quand se présenta une troupe montée. Elle venait de la garnison du village et menait une opération de police pour essayer d’intercepter des bandits de grand chemin qui auraient pu faire une incursion dans le territoire de la commune mixte. Le renseignement n’était pas fiable. La prudence détermina le Hakem (l’administrateur) Martin, qui était de droit le chef d’expédition, à faire un ratissage dans la périphérie du mont Gountas, Il était le chef de la commune et avait toute latitude pour apprécier les opportunités, malgré l’avis réservé du capitaine Paul, commandant la garnison. Celui-ci l’accompagnait en subalterne et souffrait de ce fait une atteinte à son autorité, en présence de ses hommes. Les temps avaient changé et les militaires s’effaçaient carrément devant les civils Roumis pour qui l’histoire se faisait.

 

Les vingt cavaliers se mêlèrent aux malheureux besogneux, pris de bouleversement ; ils étaient près d’eux, simulaient de les charger, retenaient la bride de leurs chevaux, qui, freinés dans leurs élans, levaient nerveusement leur pattes antérieures ; ils les terrorisaient afin de délier leurs langues, obtenir peut-être un tuyau. L’homme, qui se disait venir de nulle part, se trouva presque sous l’envergure d’un coursier et risquait d’être écrasé, aplati. Pris de panique, il commença à courir. Il était pris d’épouvante, les yeux globuleux, le visage exsangue, les poumons gonflés, le cœur battant comme un tambour. Il se déboutonna la chemise, jeta son turban qui découvrit des cheveux hirsutes et s’enfuit à toute allure en criant : « Le feu ! La fumée ! Les balles ! » Le cavalier, qui sema la terreur, crut mettre la main sur un bandit et le poursuivit. L’homme, qui venait de nulle part, courait toujours en lançant les mêmes cris d’horreur, puis, tomba à bout de souffle, en se revoyant enfant de six ans, enfumé avec toute sa tribu dans une grotte par les soldats français, en l’an mille huit cents quarante trois pendant la guerre de résistance que menait le peuple sous l’étendard de l’Emir Abdel Kader.

 

Ce fut par un 19 juin de l’an 1845, que Pélissier enfuma dans une grotte la tribu des Oulads Riyah et son bétail, prenant l’exemple sur Cavaignac, imitant lui-même Saint Arnaud, lequel avait été instruit par le général Bugeaud, promu par son lot de gloires en massacres, pillages, enlèvements de femmes vendues comme esclaves aux enchères dans les souks, troquées contre des chevaux ou gardées dans les camps.  Ils étaient 760 hommes, femmes, enfants et vieillards, prisonniers du grand bûcher allumé à l’entrée de la grotte par les soldats. Les victimes de l’holocauste, qui respiraient du gaz carbonique, suffoquaient, toussaient, se tordaient de douleur et vomissaient. Ils criaient à faire éclater leurs cordes vocales et tournaient en rond, vite étourdis par les inhalations toxiques. Pélissier restait sans clémence et jouissait de cette tragédie qu’il commettait diaboliquement. Ses soldats, tout autant pervers, tiraient sur tous ceux qui tentaient de franchir l’écran impénétrable. Bientôt la fumée eut raison d’eux et ils moururent les uns après les autres.

 

L’enfant, Riyahi, courut dans les profondeurs de la grotte et la providence était là pour le secourir. Il emprunta une galerie très étroite qui montait graduellement, au sommet de laquelle il entrevit le jour par une fissure et put enfin respirer. Il resta là trois jours en proie à une phobie angoissante. Le choc fut terrible quand il découvrit le champ macabre. Il chercha son père, sa mère ses frères et ses sœurs qu’il trouva sans vie, affreusement corrompus. Les oreilles des cadavres étaient tranchées, par les soldats qui les vendaient à leur état major à dix francs la paire, l’équivalent de deux brebis. L’enfant cessa de percevoir les choses, entra dans un état second, ne ressentait ni peur, ni audace. Il respirait un air pollué,  acre et abominable. Il quitta le charnier marcha longtemps et le hasard le mena à un douar : il raconta sa tragédie aux habitants qui l’accueillirent. Ils lui dirent qu’aucun Riyahi n’a survécu au génocide. Is ne le crurent pas, e qui l’amena à se sentir sans origine et de ce jour il résolut de dire être de nulle part. Il grandit et se maria, travailla aux labours, aux moissons, n’importe où, en préservant son secret.

la fin du jour; Margueritte revisitée 26 avril 1901.t1; ahmed bencherif

8 mars, 2021
Non classé | Pas de réponses »

L’astre du jour plongeait inexorablement au couchant et imprimait une large sphère de couleurs bariolées, jaune au milieu, rougeâtre dans l’environnement immédiat que couvrait partiellement un gros nuage argenté. Une nuée d’oiseaux planaient dans le ciel et allaient se rassembler dans les bois, en diffusant un concert de gazouillements ennuyeux qui annonçaient la tombée du rideau sur la vie diurne. Le petit troupeau qui ne dépassait pas mille têtes et que possédaient en grande partie les notables du village rentrait aux enclos, en laissant derrière lui une traînée de poussière. Les cris se confondaient en un bruit allègre où les bêlements timides et intermittents alternaient aux chevrotements vifs et persistants, que tonifiaient les mugissements sonores et prolongés. Ce cirque magnifique de la nature, qui s’apprêtait à s’endormir en sourdine émerveillait Hamza. Aissa, le berger de la famille, le tira de sa distraction et l’invita à l’accompagner au gourbi, manger du fromage frais.

 

La femme qui revenait de l’enclos entra et se confondit en mille excuses pour avoir laissé poireauter son hôte. Elle était solide comme un roc ; son visage, joli et rond, ne lui donnait pas d’age. Mais son ventre donna au monde toute une section d’enfants, nature commune aux miséreux. Elle ramenait une casserole pleine du colostrum d’une brebis, qui était à sa troisième et dernière journée de production. Elle le fit bouillir légèrement dans la cheminée dont elle ranima les braises ensevelies sous les cendres et l’offrit dans une assiette au garçon. Sans se faire prier, il avalait et savourait ce délicieux aliment qui glissait sans effort dans l’œsophage et le pansait, comme le remède providentiel très nutritif qui donne vitalité et renforce le système immunitaire.

 

-  Régale-toi mon petit, dit-elle, on n’en mange pas tous les jours. La brebis qui a mis bas n’en produit plus.

 

-  Je suis repu, ma tante c’est vraiment délicieux. Je dois filer maintenant, mes camarades m’attendent impatiemment.

 

La marmaille, qui n’en avait pas encore mangé, le regardait sans se détourner et en bavait. Il remit l’assiette à la fillette Karima, âgée de dix ans qui souriait sans trop savoir pourquoi. Il la regarda longuement en silence et elle en fut troublée : le pourpre donna plus d’éclat à ses joues roses, ses sourcils battaient admirablement et ses yeux châtains étaient fugitifs. Elle se cacha le visage et voulut fuir le regard intense du garçon dont les yeux noirs la charmaient. La mère vint à la rescousse et proposa à Hamza de la choisir au futur comme épouse, dans deux ans au plus tard. Il sourit et ne dit aucun mot, mettant cette audace au compte d’une blague. Il remercia son hôtesse et dit que Karima était très belle et qu’elle méritait un chevalier. La mère répondit : « Tu l’es toi-même Tu es si beau et charmant, courageux et plein de cœur, de famille illustre et je ne puis mieux espérer ».  Hamza laissa la tante à ses espérances et sortit.

La nuit tombait et commençait à engloutir la nature dans son manteau noir, qui descendait imperceptiblement et chassait les dernières pénombres. Dans le champ de vision, les choses se distinguaient déjà dans le  flou, comme des silhouettes  informes et indescriptibles, et dans le petit bois de pistachiers, les hommes n’étaient plus que des corps de chair méconnaissables. Guidé par les voix, Hamza se rapprocha d’eux et, en scrutant l’obscurité, put enfin identifier, assis côte à côte et entourés de trois adolescents, Belkacem et le mystérieux homme qui se disait venir de nulle part. Il se fit une place près d’eux et se laissa choir au sol, ressentant soudain la fatigue du jour et une forte envie du sommeil.

 

Les hommes se racontaient leurs misères et il préféra les écouter. L’iniquité dominait leurs histoires et ceux qui les gouvernaient s’en foutaient royalement, les dépouillaient de leurs maigres sous, de leur dignité. Le percepteur les accablait d’impôts injustes, les taxait d’insolvables, les menaçait de saisies, fouillait leurs logis, les obligeait à s’acquitter de redevances imaginaires, les menaçait de prison. Pire encore, un homme qui venait de l’arrondissement de Blida éclata en sanglots et dit que l’huissier se présenta chez lui avec la force publique et, quand il ne trouva rien à saisir, il emmena sa femme en prison qui y passa quinze jours et fut libérée seulement contre une remise de cinquante francs que la tribu avait ramassée. Le caid les surchargeait de corvées dont il tirait personnellement profit : livraison de bois ou de charbon, tonde des moutons et des  brebis et parfois le lavage de laine.

 

La lune s’était levée ; son disque de platine phosphorescent diffusait une maigre lueur insignifiante dans cet univers obscur où l’on se mouvait avec beaucoup de peine. La fraîcheur tombait et humidifiait le tapis de verdure où gisaient les hommes, terrassés par la fatigue. Ils geignaient fourbus de courbatures diffuses et leurs corps leur faisaient mal à chaque mouvement. Leurs esprits détachés des splendeurs de la vie ne les entraînaient nulle part et ils ne rêvaient à rien. Ils n’en avaient pas le loisir, encore moins les moyens, acculés à courir derrière le pain dans leur environnement dépourvu des belles choses qu’offre pourtant la vie à tous. Ils tournaient, se retournaient en maugréant. Le destin s’acharnait à les torturer, jusque dans leurs heures de repos. Mais la nature reprend infailliblement ses droits et le sommeil finit par les conquérir. Ce fut le silence, troublé seulement par des ronflements.

 

Hamza demeurait éveillé, les yeux rivés sur la voûte céleste immense, constellée d’étoiles en myriades ou solitaires. Il songeait aux centaines d’iniquités qu’il apprit pendant ces moissons. Cette tyrannie était dure à subir, engendrait un affront insupportable, frappait aveuglément et sans discernement, sentait à mille lieux le racisme honteux. Le bois de combustion était rigoureusement réglementé et tombait dans les faits sous l’interdit ; l’impôt redevable pour une chèvre était plus cher que la chèvre ; jeter la femme en prison pour obliger le mari à payer, dépassait les limites de l’entendement ; le Hakem mettait les indigènes en taule sans aucune forme de procès. Qui doivent alors défendre les indigènes ? Se peut-il qu’ils aient abdiqué pour toujours ? Devra-t-on attendre indéfiniment le Mahdi, ce réformateur de l’état social que semblent attendre les populations ? Toutes ces pensées trottaient dans son cerveau et il en souffrait terriblement. Il en voulait à ces faiseurs de mal qui ne suscitaient ni sa colère ni sa fureur. Il ne les aimait pas, mais ne les haïssait pas.

 

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