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17
août 2021
Getuliya et le voyage de la vie, Ahmed Bencherif
Posté dans Non classé par bencherif à 10:06 | Pas de réponses »

Au fond de la cabane, la rescapée du voyage de la mort essayait une belle robe blanche qui lui a été offerte par son amie Adherbala. Elle lui seyait à merveille. Elle se présenta aux femmes qui l’encensèrent d’éloges très flatteurs peu communs. Dans sa démarche, elle ressemblait au cygne gracieux dans son élément aquatique qui suscitait l’admiration de l’artiste, du poète et même du navigateur. Dans son aisance et son apparence aérienne, elle était un ange dont les pas étaient légers et les yeux, célestes. Sa famille d’accueil la considérait déjà comme un être à part, supérieur à l’humain. Elle lui vouait une infinie déférence due à une prêtresse, qui serait l’oracle de son peuple. Elle lui prodiguait aussi un amour immense tout  comme à leur propre fille. Puis, elle la traitait de façon sublime, presque adulatoire.

en chantier

Gétuliya ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait. Du jour au lendemain, elle était devenue un symbole de mutualité et de foi. Cependant, elle s’y adaptait avec une spontanéité peu commune. Elle  n’était plus la gentille petite fille qui avait peur de mourir, qui aimait jouer à la corde avec son amie Adherbala et bavardait longuement avec elle. Elle était désormais sobre dans ses gestes et ses paroles. C’était comme si elle avait accédé précocement à la maturité et qu’elle devait exécuter des actes de pleine conscience. Durant toute la journée, elle était sollicitée par des femmes dont elle interprétait de façon naturelle les lignes de leurs mains et  leur prédisait un avenir radieux. Elle ne jouait guère la comédie, mais elle y croyait de toute la force de son âme. Même des hommes, les moins  crédules, la consultaient et lui demandaient une lecture astrologique.

Elle était aux petits soins par sa famille d’accueil. Tous l’aimaient, la couvraient de petites attentions. Même, les petits poussins se  voulaient en être les gardiens et les serviteurs. Plus que tous, Massine se sentait très proche d’elle et espérait d’elle de convaincre Trafen pour partir à Cirta rendre visite à sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis près de cinq ans.

Les lumières du jour désertaient déjà la contrée et le disque de feu s’était englouti à l’horizon derrière la montagne, quand s’élevait le tendre concert des gazouillis des oiseaux qui regagnaient leurs nids, quand encore fredonnait le  cri des troupeaux qui retournaient à leurs enclos après une journée de pacage et de loin en loin se percevait le hurlement des fauves et des charognards. Alors, mille feux furent allumés presque en même temps avec une parfaite synchronisation, comme à la guerre que ce peuple farouche et redoutable savait mener. Ils brillaient comme des astres dans un ciel noir, à mesure que l’obscurité tombait. On aurait dit des vagues de feu qui dansaient au gré du vent du soir et soufflaient des haleines chaudes, dissolvant les fines glaces de la gelée de ce mois d’avril.

De grandes assemblées, plus de cinquante,  s’étaient formées en cercles de plus de cinquante individus, les uns distants des autres d’au moins deux cents mètres. Le village Doug semblait être comme une grande ville avec toutes ses rues et ses places, ses maisons et ses palais, tant les mille cabanes étaient soigneusement alignées, ni trop serrées, ni trop éloignées et lui donnaient ainsi le cachet de grande cité, une capitale sans  nom, héritière véritable de son ancêtre préhistorique. Les hommes étaient séparés des femmes, mais à peu de distance, si bien que leurs ombres se confondaient à la lumière.

Alors commença la veillée joyeuse sans vacarme, mais empreinte de sérénité. Les flûtes donnèrent le ton et leurs mélodies tendres et douces captaient les attentes secrètes de l’amour, appelaient l’âme à faire un  voyage céleste. Leurs notes graves prolongées se relayaient à d’autres plus gaies et moins timbrées, mais avec une parfaite synchronisation orchestrale, sans solfège pourtant. Les tambourins les accompagnaient en sourdine à quatre coups rythmés. Les hommes chantaient un couplet spirituel en hommage au Dieu Ammon, sur un mode grave, presque mélancolique. Les youyous s’élevaient d’un moment à l’autre, prolongés et harmonieux, relayés aussi par des chansonnettes allègres d’amour. Toutes ces voix fortes, dont les échos résonnaient dans l’immense contrée, créaient une atmosphère de culte et non un appel à une expédition guerrière quelconque.

Le repas était servi. Partout de grands plats de  couscous étaient servis, ainsi que des dizaines de carcasses de viande rôtie. C’était délicieux et les gens mangeaient avec un réel plaisir, en parlant et en commentant l’évènement qui faisait date dans l’histoire de leur peuple. C’était la fête et tous la prolongeaient dans la nuit. Tous étaient gais et joyeux. Certains buvaient la liqueur des jujubes qu’ils écrasaient et faisaient  bouillir pour en extraire du  vin fort qui  brulait les tripes. Mais, ils restaient conscients, respectueux des usages, sans tanguer le moins du monde. Ils n’étaient pas nombreux.  Car le peuple libyen n’était pas un consommateur d’alcool, comme les peuples romain ou grec.


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