ahmed bencherif écrivain et poète

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Ain-sefra et le mouvement nationaliste ; extrait conférence ahmed bencherif

20 janvier, 2012
culture | Commentaires fermés

Ain-Sefra avait connu ses moments de gloire et avait vécu en harmonie avec elle-même, sans discrimination ethnique, ni confessionnelle, résultante de sa grande tolérance acquise au fil des siècles. Sous le joug colonial, il vivait un train routinier dans la stagnation économique et sociale et tirait sa subsistance d’agriculture vivrière, avec tout autour un chapelet de ksour. Les chantiers saisonniers de peu impact économique et des emplois sédentaires insignifiants en valeur et nombre représentaient une goutte d’eau dans une mer ou plus précisément dans un désert. Si le ventre était quasiment affamé, l’esprit se nourrissait qualitativement grâce d’abord à ce besoin de s’instruire de l’indigène, puis à ses écoles performantes qu’il s’agissait d’écoles laïques, ecclésiastiques ou coraniques. Donc Ahmed Chami eut la fortune d’en fréquenter les bancs ou les nattes avec brillance et avait acquis l’aisance dans le maniement de la plume.
Cependant, le village chaud et paisible, cher à Isabelle Eberhardt, reprenait l’espérance et la voie du combat militant après une longue éclipse, à l’instar d’ailleurs des autres régions du pays. L’action armée revendicative s’étant éteinte depuis longuement, elle reprenait pacifiquement sous la figure charismatique de Messali Elhadj, le fondateur du PPA, parti du peuple algérien en 1937, après que n’eût été dissout le parti l’Etoile Nord Africaine créé en 1926 par le même leader. Le nouveau parti parlait crûment prit rapidement audience auprès des masses. Ainsi la même année, lors de la parade du 14 juillet que fut déployée pour la première fois dans les rues d’Alger le drapeau algérien, le symbole de notre Etat, la fierté de chaque Algérien, drapeau, dit-on avoir été confectionné par madame Messali Elhadj, une Française du nom de Emilie Busquant.
Une autre figure historique, Houcine Lahouel, natif de Sikikda, seconde personnalité du parti, émergeait et s’imposait par son militantisme, son action et ses idées.  Il assita au congrès musulman algérien le 2 août 1936 au stade municipal d’Alger-Elannasser- où Messali Elhadj donna une allocution et demanda l’indépendance, alors que d’autres revendiquaient l’assimilation. Alors éclata la seconde guerre mondiale, Lahouel est jugé indigne d’être mobilisé en ce sens qu’il était nationaliste et dangereux pour la préservation de l’ordre public de la France. En fait, il voyait que la guerre offrait une opportunité d’apprentissage de la guérilla sous la houlette de formateurs allemands pour le maniement des armes, la fabrication d’explosifs et donc lui et dix jeunes militants étaient entrés en contact avec de dignitaires de l’armée allemande. Messali Hadj, qui était en prison, exigea de ces fervents militants de démissionner du parti PPA. Ils obtempérèrent  sans discuter.
Houcine Lahouel fut assigné en résidence surveillée dès 1941 d’abord à Elarricha et Mecheria où il fit de courts séjours, puis il fut déporté dans la même année à Ain-sefra qui était un pole attractif de la région et jusqu’en 1929, capitale juridique des Territoires du Sud de l’Oranie, alors que dans les faits elle perdit cette qualité après la mort du héros Bouamama. Nous noterons que les Territoires du Sud étaient régis par le régime militaire, donc un  régime d’exception. Dès son arrivée, Houcine Lahouel prit contact avec des militants dont Alla Abderrahmane. De forte personnalité, de haut niveau  d’instruction et de grande culture, il priorisait l’action armée comme seule voie pour parvenir à arracher l’indépendance de notre patrie. Il diffusait alors ses idées entre Ain-Sefra et Djenien Bourezg.
C’est ainsi que fut instituée la Kasma du PPA, parti du peuple algérien, le 27 novembre 1942 dont faisaient partie les militants :
- Alla Abderrahmane,
- Limame Mohamed
- Kadi Mohammed, qui aura été officier de l’ALN et membre du conseil de la révolution et ministre des PTT, collectif qui fut l’artisan du 19 juin 1965.
Cette même Kasma avait été structurée en cellules :
a. cellule du ksar :
Bencherif Mohamed, dit si Driss, qui aura été officier de l’ALN
Salhi Laidouni, dit si Ali, qui aura été officier de l’ALN.
Hadri Mohammed, dit si Mansour, qui aura été officier de l’ALN, tombé au champ d’honneur.
Mselek Belkacem, qui aura été officier de l’ALN
Ouazani  Tayeb, qui aura  été officier de l’ALN
Zair Abdelkrim , qui aura été officier de l’ALN

b. cellule du village :
Mekki Ahmed
Chami Ahmed, qui aura été officier de l’ALN
Litim Mohammed
Mekkaoui Miloud
Derbal Tadj
Sahnoun Boubekeur

N/B. Il est à noter que cette liste est incomplète et nécessite de longues recherches pourraient l’élaborer. Mais disons tout de suite que le nombre de militants était égal ou supérieur à soixante dix, en prenant comme preuve ceux qui avaient déjeuné avec Messali Hadj chez Merine Boubekeur.

Houcine Lahouel y resta quatre ans et dès 1944, il publiait des articles au périodique clandestin « Action Algérienne » créé et dirigé par le groupe Taleb Mohamed à Alger. En mai 1945, des bulletins Action Algérienne sont trouvés par hasard dans une boulangerie de la Casbah. Il est condamné par le tribunal d’Alger à vingt ans de réclusion et de travaux forcés. D’un sourire narquois, il dit au juge : « d’ici là la France sera partie ».En avril 1946, à l’amnistie générale au lendemain de la seconde mondiale, il est relaxé. Il aura incontestablement marqué la vie militante d’Ain-sefra et de la région. Il vint à partager la conviction inébranlable que la libération de la patrie passerait inéluctablement par l’action armée comme le préconisait Mohamed Taleb, membre fondateur de l’OS, organisation spéciale paramilitaire du MTLD. Il mourra en février 1952  sans avoir pu mettre ses idées en application totale.

Le volcan du nationalisme algérien grondait toujours, quand vint exploser la vraie étincelle révolutionnaire dans la petite ville de Ain-Sefra par la visite historique du chef du parti MTLD, Messali Hadj, de son vrai nom Mesli Ahmed, effectuée le 22 mars 1948. Ce fut un homme charismatique dont le parcours politique commença dès l’année 1926, lui-même né en 1898. Pour ses idées d’indépendance, il avait séjourné plusieurs fois dans les prisons coloniales. Il milita tôt au parti communiste français, ce qui l’amena à en épouser les principes dont la libération des peuples, la laïcité, la démocratie. Il avait pour idole aussi Mustapha Kamel, le modernisateur de la Turquie. Il était lui-même l’idole de la jeunesse algérienne qui avait hâte de chasser la France de l’Algérie et de construire un Etat algérien indépendant moderne et démocratique.
Une grande liesse était au rendez-vous avec la petite ville saharienne. Il était venu des gens des ksour environnants, de la steppe, de loin, de près. C’était une joie qui tirait les plus flemmards à parcourir à pied en monture des kilomètres, tellement l’évènement avait une historicité exclusive. On aurait dit un cortège présidentiel dans un pays indépendant. Mais non les indigènes  voulaient renouer avec l’histoire alors que le colonisateur gardait toujours son armée sa police sur pied de guerre. Ils voulaient conquérir coûte que coûte le statut de citoyen libre et indépendant dans leur pays libre et indépendant.
Le cortège messalien était escorté  par des motards, moins pour en assurer la sécurité que pour prévenir tout dérapage et ficher tous les activistes notoires et il y en avait tel que Limam Mohammed et d’autres. C’est dans la rue Moulay, bachagha défunt, que le parti avait son local, près de la medersa. Cette proximité était-t-elle un hasard ou un choix intentionné ; toujours est-il qu’elle se voulait une vengeance de l’histoire. Cette artère longue était bouchée de personnes, venues souhaiter la bienvenue au leader, l’entendre, en suivre les consignes et le mot d’ordre. Des scouts musulmans défilaient, chantaient des chants patriotiques : biladi biladi. Poussés par la curiosité, des Français étaient là, la peur au ventre, pressentant déjà le glas sonner pour eux.
De la mêlée, sortit la voix intrépide et chaleureuse de Chami Ahmed qui dit un poème de bienvenue en Français dont on n’a plus traces hélas. Le leader répondit aussitôt, émerveillé qu’une belle plume s’adressât à lui et dit : « puisque vous m’interpellez dans la langue de Victor Hugo, je loue la jeunesse énergique et dynamique ».
Appréhendons cet état d’esprit que nous livra Ahmed Chami dans son ouvrage : sous l’aile du burnous :
« Quel évènement ! Quelle joie ! Quel enthousiasme ! Messali fait son entrée  triomphale, accueilli par un peuple religieusement en délire. L’illustre captif de Bouzaréah est suivi de motards, c’est une escorte de surveillance et non d’honneur. La voiture s’arrête devant le local du parti et Tarik, une feuille à la main, s’adressera au leader qui répondra par des mots fulgurants dont seul il avait le secret. »
Le leader fut une nouvelle fois interpellé par Limam Mohammed par un verset coranique lourd de sens : « Ceux qui vous font allégeance font allégeance à Dieu…. ».Il répondit par une allocution en arabe assez fervente et enthousiasme. Il mettait l’accent sur la nécessité de mener le combat pour arracher l’indépendance et exhortait les militants à donner le meilleur d’eux-mêmes, de contrer les politiques assimilationnistes prônées par des courants politiques, à savoir le parti de Ferhat Abbès, union démocratique pour le manifeste algérien. De même qu’il mettait l’accent sur le choix démocratique et de laïcité, principes adoptés par le parti. Il harangua les foules et fit une campagne électorale réussie pour élire le candidat du parti à l’assemblée algérienne, genre de parlement aux prérogatives limitées, aux joutes du  4 avril 1948.
Messali laissa des échos favorables au sein des masses et se voyait déjà projeter au devant de la scène politique par des voies légales et obtenir ainsi des concessions des autorités coloniales. Ainsi le peuple des indigènes eut son énième rendez-vous avec l’histoire le 4 avril 1948 pour les élections de l’assemblée algérienne. Dans la petite ville saharienne l’effervescence battait les pavés et les cœurs et s’était efficacement préparée pour vaincre. Les militants avaient mené à bien la campagne électorale, mandaté des éléments vigilants et braves pour suivre l’opération électorale pour élire des semblants de députés au deuxième collège. Notons que le corps électoral était divisé entre deux collèges : le premier représentait les Français d’Algérie, le second représentait les Indigènes ou musulmans français, chaque collège ayant soixante sièges. Mais déchantons, cette assemblée était compétente seulement pour les affaires financières.

la répression de la manifestation pacifique du 14 juillet 1953 à Paris ahmed bencherif

20 juillet, 2011
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La   répression de la manifestation

pacifique du 14 juillet   1953 :

 

A Paris

 

 

 

1.        Cadre socio politique :

                      La politique de répression poursuivie par la France contre le peuple algérien se prolongeait jusqu’en Métropole et visait spécialement les immigrés algériens qui affluaient de plus en plus à la recherche du pain. Ainsi le génie colonial de la France, pays des droits de l’homme, avait conçu et mis en application un dispositif de surveillance et de placement à partir de l’année 1920 pour accueillir de plus en plus de main d’œuvre nord africaine pour mener une politique économique de large reconstruction dans les mines, l’industrie, le bâtiment et les travaux publics. Des brigades nord africaines furent créées et avaient pour mission de placer les immigrés nord africains dans les différents secteurs d’activité et de les surveiller.  L’immigration algérienne prit de l’essor et atteignit le chiffre de 100000 individus en 1930 et commença à émerger le nationalisme algérien. C’est là que trouva sa signification ce dispositif de placement et de surveillance. En effet, les brigades nord africaines fichaient les militants, suivaient de près les meetings du mouvement nationaliste dont elles  dressaient des listes de participants qu’elles privaient du droit à l’allocation chômage ou familiale ; elles faisaient aussi pression sur leurs employeurs pour les licencier et par conséquent les rapatrier par contrainte.            

                 Le 8 mai 1945 sonna le glas du nazisme et mit fin à la deuxième guerre mondiale. 134000 soldats algériens (tirailleurs spahis zouaves..) combattirent au coté de la France qui leur avait promis l’indépendance de l’Algérie en contre partie. 11200 périrent dans ce conflit. Comme on fêta la victoire dans le monde, on la feta aussi en Algérie et des manifestations pacifiques spontanées eurent lieu le même jour dans la plus part de nos villes (Sétif, Guelma, Saida, Ain-témouchent etc ) et revendiquèrent l’indépendance, promise par la France aux Algériens. La France se déjugea et poursuivit sa politique de répression. Il y eut un massacre, un génocide qui fit 45000 ou 50000 morts en 3 jours. Le parti communiste français au gouvernement ne protesta pas. Le journal l’Humanité dénonça ce bain de sang :

              « A Sétif, attentat fasciste le jour de la victoire. Des éléments troubles d’inspiration hitlérienne se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation hitlérienne. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre »

             Dans la même année, les brigades nord-africaines, qui surveillaient et plaçaient les immigrants algériens en France, furent dissoutes. Leur personnel fut affecté dans les commissariats de quartiers difficiles à Paris.  

            En  1945, les travailleurs algériens retrouvent le chemin de la France et ils sont affectés dans les secteurs prioritaires : les mines, la sidérurgie, les industries mécaniques, chimiques et textiles, les infrastructures routières, ferroviaires et portuaires, les transports, les barrages. Ils participent à la relance de la machine économique et au maintien de l’équilibre entre campagnes, villes moyennes et métropoles. L’économie française a bénéficié d’une main-d’oeuvre jeune, robuste, directement introduite dans le procès de production, au coût très bas (absence de formation professionnelle, de droits sociaux, de logement), mobile et variable en fonction des besoins de l’économie.

          Les événements de Sétif de 1945 avaient accéléré la radicalisation du mouvement nationaliste. Cette année-là, le parti de Messali Hadj qui avait pris la suite de l’Étoile Nord-Africaine, le Parti du Peuple Algérien, fut dissout par les autorités coloniales.

          Mais depuis 1947, les Algériens devenus des  » franco-musulmans  » possèdent plus de droits sociaux et politiques. Ils s’organisent dans le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) qui reprend dans un contexte nouveau le programme et les traditions l’Etoile et du PPA. II réclame toujours la fin du régime colonial, les libertés démocratiques, l’indépendance du syndicat, l’émancipation de la femme, la laïcité de l’Etat, une Assemblée Constituante et le remplacement de l’Union française en un Commonwealth franco-africain. Ses militants restent à la CGT mais il existe des cellules MTLD d’entreprises. Ils participent à toutes les actions de la classe ouvrière et à ses manifestations. Au cours de son congrès tenu les 15 et 16 février 1947, le mouvement avait arrêté les principes de son combat dans le sens de la poursuite de la lutte sous toutes ses formes et en particulier à travers la participation aux élections, œuvrer à unifier les rangs du mouvement national en un front unique

          Fin 1947, il obtint 33% des sièges aux élections municipales; à la suite de quoi le gouverneur général de l’Algérie, le socialiste Naegelen, organisa le truquage des élections de 1948 pour l’Assemblée algérienne. Partout ailleurs en Algérie, les candidats de l’administration coloniale furent élus, sauf à quelques exceptions dont la circonscription des territoires du sud qui vit Baki Boualem élu.

La nouvelle direction issue de ce congrès était constituée de Messieurs ;

1.      Messali El Hadj, Président

2.      Dr Mohamed Lamine Debaghine, responsable des affaires étrangères

3.      Ahmed Bouda : chef de l’organisation politique

4.      Omar Ousseddik : adjoint du chef de l’organisation politique

5.      Mohamed Belouizdad : Chef de l’organisation militaire spéciale

6.      Hocine Aït Ahmed: intendant du mouvement et adjoint de Belouizdad dans l’organisation secrète

7.      Mohamed Ben M’hemel : Secrétaire du président du mouvement

8.      Mebarek El Djillali : responsable des travaux d’impression et de diffusion

9.      MEssaoud Boukadoum : Adjoint

10.  Mohamed Khider: Adjoint

11.  Ahmed MEzghanna : Adjoint

12.  Chaouki Mostefaoui : membre

13.  Mohamed Taleb : membre

L’organisation du Mouvement :

L’organisation du Mouvement s’est étendue à travers tout le territoire et l’Algérie fut divisée en dix wilayas et trente six daïras. Chaque daïra regroupait plusieurs cellules et l’émigration a constitué la onzième wilaya qui prit le nom de Fédération de France.

Le tableau ci-après montre l’organisation judicieuse du mouvement. A la tête de chaque wilaya ou daïra, il y avait un chef. L’organisation structurelle du mouvement se caractérisait par une gradation des prérogatives et missions comme suit:

Wilayas

Daïras

Constantine

Constantine- Batna- Nord Constantinois

Annaba

Annaba- Guelma- Skikda- Tébessa

Sétif

Sétif – Béjaïa

Basse Kabylie

Une seule daïra

Haute Kabylie

Tizi Ouzou- Tighzirt – Larba Nath Iraten – Bordj Menaïel – Dellys- Blida- Bouira – El Asnam

Médéa

Médéa – Sud Algérois

Oran

Oran- Mostaganem – Tlemcen- Belabbès

Béchar

Béchar – Mascara – Saïda

Alger

Alger – Belcourt- Kouba – Hussein Dey- El Harrach-  ND d’Afrique- Boudouaou – Birkhadem

Fédération de France

        Messali hadj est arrêté en décembre 51 et déporté à l’île belle mer en France, puis déporté en mai 52 à Niort ; il y eut des manifestations à Paris pour réclamer sa libération. Elles n’eurent point d’impact, mais le mouvement nationaliste prenait de plus en plus d’essor et fit craindre le pire aux autorités coloniales, compte tenu des résultats des deux scrutins précédents.  

           La police devient alors plus répressive vis-à-vis des Algériens de France. Ainsi, les policiers  criminalisés au cours de la deuxième guerre et radiés à la libération furent réintégrés, tel Maurice Papon, dans la période de décembre 1951-54. Maurice Papon fut promu comme secrétaire général de la préfecture de police, structure équivalente de la direction générale de la police. Cette politique d’encadrement fut mise en application par le préfet de police Jean Baylot.          On assiste à un gonflement de l’immigration qui atteint le chiffre de 210000 individus en 1954.  ISATIONU MTLD STRUCTURE ET ORGANISATION DU MTLD

            2. la manifestation pacifique du 14 juillet 1953

 

         Ce jour-là, 14 juillet 53, comme tous les ans depuis 1936, le PCF et la CGT organisent une manifestation à Paris pour célébrer les idéaux de la République et depuis 1945 ceux de la Résistance. Près de 10 000 personnes y participent et parmi elles 2 000 manifestants défilent derrière les banderoles du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) le principal mouvement nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. La plupart sont algérien(ne)s, mais on y trouve aussi des Tunisien(nes) et des Marocain(e)s qui se battent pour la fin du colonialisme français dans leur pays. Les militant(e)s nord-africains y brandissent des drapeaux algériens et scandent des slogans hostiles au colonialisme et en faveur de la libération de Messali Hadj et de l’indépendance. Autant de symboles qui vont entraîner une répression sanglante de la police française à l’encontre des Nord-africains lors de l’arrivée du cortège sur la place de la Nation.

        La manifestation était pacifique e il n’y eut aucune provocation. Mais la police ouvrit le feu. Le bilan était lourd : 7 morts (6 ouvriers algériens et un ouvrier français, militant de la CGT) et une centaine de blessés dont quarante à l’état grave. L’un de ces blessés était Abdelhalid El Mokrani qui était entré dans le coma. Il fut soigné et eut la vie sauve. Le gouvernement de Joseph Laniel, président du Conseil, couvrit la répression et soutint les policiers assassins qui ne furent jamais inquiétés. Pire, le journal le Figaro, dans son édition du 17 juillet, criminalisa les manifestants et les accusa d’avoir commis des actes barbares, pris des armes blanches (couteaux, barres de fer et des pavés, des chaises et des bancs), provoqué et agressé des policiers.  

             Les victimes sont :

           1. Abdallah Bracha

           2.Abdelkader Draris

           3. Isidore Illoul

           4. Larbi Daoui

           5. Taher Nadgène

           6. Maurice Lurot  ( Français)

           7. Amer TABJADI   

      

            3. parcours de Daoui Larbi

            Daoui Larbi est né en 1924 à Ain-Sefra. Avant de partir en France, il a travaillé chez plusieurs patrons européens à Ain-Sefra comme serveur, puis veilleur de nuit à l’hôtel le Progrès. Il habitait avec sa mère et ses frères au ksar de sidi Boutkhil ; Il immigra en 1950 en France et milita au MTLD. Il était simple et modeste, il avait une grande ferveur militante ce qui le faisait apprécier par son entourage. Il mourut comme martyr le 14 juillet 53 lors de cette grande manifestation pacifique. La fédération de France du MTLD ramena les restes de Daoui Larbi dans un cercueil et couverts du drapeau algérien, par bateau à Oran qui arriva vers le 21 juillet de la même année. A la mosquée Turque de la rue Philippe, on officia pour lui la prière des morts. De là, la dépouille fut transportée à Ain-Sefra. L’administrateur de la commune mixte était déjà avisé par sa hiérarchie. Des notables et le frère de la victime allèrent lui demander le permis d’inhumer. Mais il refusa et leur ordonna de l’enterrer au cimetière de Tiout et sans public, presque dans le secret et l’anonymat absolu pour ne pas en faire un symbole de la liberté. Ainsi les obsèques se déroulèrent comme l’avait décidé l’administrateur, Maison. Trois mois, la mère de Daoui reçut un mandat de 35000 francs émanant de la direction du MTLD.      

Témoignage Abdelhamid Mokrani,

          J’ai été témoin ce jour-là ; la manifestation était pacifique les militants n’avaient aucune arme blanche ; ils n’avaient pas provoqué la police. Ils marchaient en ordre et revendiquaient la libération de Messali et la liberté. Harbi Mohamed et hajd Harchouch étaient avec moi. Quand les agents de sécurité virent les banderoles qu’ils brandissaient, ils les chargèrent et tirèrent des coups de feu. Là il y eut une grande échauffourée. Moi-même j’ai été tabassé  et j’étais tombé dans le coma et transféré à l’hôpital. Je fus soigné et sauvé. Quand fut déclenchée la guerre de libération nationale, je rejoignis les rangs du FLN à Paris.

       Longtemps, la responsabilité des violences exercées le 14 juillet 53 fut imputée aux manifestants ; mais les travaux d’historiens ont récusé les accusations qui leur aveint été signifiés, comme il ressort de la bibliographie. Ce texte est une modeste contribution qui a nécessité une longue recherche afin de faire connaître notre histoire, toute notre histoire et en faire tomber tous les voiles qui cherchent à la décrédibiliser.

    

 

 

Bibliographie :

 

Danielle Tartakowsky :  Les manifestations de rue en France

 

http://www.franceculture.com/sites/default/files/oeuvre/images/2004/01/28/1229121/les_manifestations_de_rue_en_france1918-196820100424.jpg?1308302636

Sept morts à l’issue d’une manifestation à Paris le 14 juillet 1953. Danielle Tartakowsky, dans Les manifestations de rue en France, 1918-1968 a pu écrire (p. 634) : …la répression s’inscrit dans une logique de guerre avant même qu’il n’y ait guerre.

Maurice Rajfus : * Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot éditions, 239 pages, 14 euros.

             14 juillet sanglant

             Maurice Rajsfus met en lumière et dénonce, depuis de nombreuses années, avec un grand talent les basses oeuvres de la police française tout au long de l’histoire et jusque dans leurs développements les plus récents, les crimes policiers, appelés plus communément « bavures » et qui restent largement impunis. Dans son nouveau livre, il revient sur un épisode encore méconnu, la répression de manifestants nord-africains le 14 juillet 1953 à Paris, s’inscrivant pleinement dans la politique coloniale de l’Etat Français.

Allons enfants… pour l’Algérie est un documentaire produit par la République Démocratique Allemande, réalisé par Karl Gass, sorti en 1962.

Témoignage du Abdelhamid Mokrani (Ancien  Moujahid) : 

ا

 

 

Ahmed Bencherif, écrivain et poète    

conférence donnée au musée du Moudjahed de Naama            

                           le : 05/07/2011

 

Anniversaire de l’insurrection de Marguerite-ahmed bencherif

2 mai, 2011
culture | 3 réponses »

                                Anniversaire de l’insurrection de Marguerite

 

 

 

            Pour la deuxième fois consécutive, j’assiste à la commémoration de l’anniversaire de l’insurrection de Marguerite –des Righa- du 26 avril 1901. La minute de recueillement sur le col où eut lieu la bataille sanglante entre les insurgés Righa et les tirailleurs (soldats auxiliaires) se déroulait dans une profonde solennité, en présence des autorités civiles et militaires départementales. Pour moi, elle avait exercé une très forte émotion ; car je revoyais le champ de bataille dramatique que j’avais décrit au tome 2 de mon œuvre Marguerite, mais aussi toutes les souffrances et exactions qu’avaient endurées la tribu des Righa qui avaient pris les armes, comme l’unique voie pour faire entendre leur rejet de
la Hogra , oppression qui se traduisait par le séquestre, les amendes forestières, l’usure. Elle avait été l’objet d’une dépossession systématique en terres agricoles et de bestiaux. Dès 1871, c’est-à-dire l’avènement du gouvernement civil, elle perdit le quart de son capital foncier et de ses troupeaux.

            Ma deuxième sortie avait aussi pour but de faire une communication sur l’insurrection à Marguerite -Ain-torki, lors d’une manifestation culturelle organisée par l’association Nour Iman, lumière et foi à laquelle j’étais convié. Je m’étais donc bien préparé avec beaucoup d’enthousiasme et d’espérance pour donner à cette épopée la place qui lui revient dans la mémoire collective. Hélas ! Comme il est difficile de faire les bonnes choses dans notre pays. Ainsi pour faire connaître un épisode de notre histoire nationale, je me vois contraint à marcher à tâtons; Mon oeuvre est originale et majeure et de ce fait mérité une large médiatisation. Enfin, composons avec nos moyens. J’étais heureux d’être convié à la manifestation entreprise par l’association Nour Iman et j’en remercie Mariam Benamar; Ainsi elle a pu donner aux habitants de Ain-Torki l’occasion d’entendre de vive voix l’épopée de la tribu des Righa et de rencontrer l’auteur, moi-même, qui a écrit l’histoire dans une oeuvre volumineuse.
           Cependant cette manifestation ne s’est pas faite dans des conditions idéales; mais au contraire il y eut si peu d’égard que j’en étais déçu. Les problèmes ont donc fait légion. Le maire n’a pas cru bon de mettre à la disposition des conférenciers le centre culturel qui est plus fonctionnel et plus grand. L’association des Righa dont j’avais rencontré l’année passée deux jeunes ne nous a pas honorés de sa présence; il en est de même pour les descendants du cheikh Yakoub ; comme aucun membre de la tribu des Righa ne nous a été présenté. D’autre part, j’ai cru comprendre des uns et des autres que cette épopée des Righa était considérée comme chose familiale et que les étrangers n’ont pas droit de s’y intéresser. Je dis alors à personnes avec tout le respect que je leur dois que cette épopée fait partie de l’histoire de notre peuple qui la garde comme tout autre évènement dans sa mémoire. De plus, l’organisation n’était pas bien maîtrisée, car ces manifestations doivent faire l’objet d’une attention particulière à chaque étape, qu’il s’agisse du transport ou de l’hébergement ou encore des autres moyens nécessaires à leur réussite.
           S’agissant du colloque national, des contacts ont été faits avec les autorités administratives et culturelles départementales; car elles seules peuvent garantir le succès de ce projet; l’union des écrivains est disposée à fournir le cadre organisationnel à cet effet; je remercie le poète Karaouane Said pour son aide, qui est aussi motivé que moi-même;
je rends hommage à Mariam Benamar qui a eu cette initiative d’organiser la manifestation du 26 avril écoulé; en effet, j’étais très intéressé par son initiative car venant de la société civile qui est appelée à jouer un plus grand rôle dans la vie de notre nation , dans tous les domaines;
Je rends aussi Hommage  à mon ami CHristopher qui m’avait promis sur les colonnes de mon blog de venir assister à cette manifestation, s’il était invité; donc l’invitation lui avait été lancée et il vint de Paris, après avoir acheté et lu mes deux ouvrages.
        Enfin nous sommes en marche vaille que vaille.

 

L’insurrection de Marguerite ou des Righa dans la mémoire collective; ahmed bencherif

11 décembre, 2010
culture | 9 réponses »

                                                L’insurrection de Marguerite 

                                                Ou des Righa du 26 avril 1901 

                                                 Dans la mémoire collective 

 

 

 

 

 

          Dans cette conjecture où les gouvernants, les historiens  et les romanciers se font un devoir de piocher dans notre passé proche de nous, combien dramatique, vécu sous la botte du colonialisme français et le mettre à la connaissance de notre public, il est de mon haut devoir national, en tant qu’écrivain engagé, d’envisager les voies et les moyens visant à sortir l’insurrection des Righa de sa dimension locale, observée jusqu’ici et lui réserver la dimension nationale qu’elle mérite. Car, elle la mérite de façon honorable, tant l’impact qu’elle avait généré sur les esprits avait dépassé les frontières de l’Algérie coloniale et avait provoqué des représailles draconiennes contre notre peuple.    

         Il est vrai que cette insurrection reste quasiment inconnue même des milieux intellectuels et les travaux qui y font référence sont presque inexistants. Ni historien, ni romancier n’ont eu à écrire son histoire scientifique ou romancée. Cependant, nous ne pouvons pas dire que nous sommes face à un mur de silence. En effet, l’historien Charles Robert Ageron en a développé les éléments essentiels dans son œuvre « Les Algériens musulmans et
la FRance 1871-1919 ». Disons tout de suite que c’est un Français. Mais sa probité intellectuelle ne peut être mise en doute. Car il est resté jusqu’à sa mort en France marginalisé du fait de ses prises de position vis-à-vis du colonialisme, principalement à travers son œuvre qui dévoile tous les mécanismes de praxis coloniale, les exactions et les drames subis par les générations éteintes des Indigènes, appellation honteuse coloniale.     

       D’autre part, notre historien  Laadi Flici  a, quant à lui, rassemblé dans un livre de chronique générale, les dépositions devant la cour de justice de l’Héraut, Montpellier en France, celles des inculpés, des victimes et de témoins. C’est certainement un travail de recherche poussé qu’il avait puisé dans les annales judiciaires.     

      Cependant, les travaux cités ci-dessus étaient nettement insuffisants pour avoir une idée précise sur cette insurrection qu’il m’a fallu analyser dans son contexte général, c’est-à-dire dans le cadre de la politique coloniale étudiée dans l’œuvre monumentale de Charles Robert Ageron, subdivisée en 2 tomes en grand format et contenant plus de 1400 pages, qui détaille toute la vie socio politique culturelle économique de l’Algérie coloniale.    

       Ainsi, j’ai élaboré mon œuvre en deux tomes grand format et contenant près de 800 pages. Elle est magistrale de l’avis du comité de lecture de mon éditeur Publibook Paris et de la préface écrite de la main d’une Française et celui de mon éditeur Edilivre Paris. Si je l’ai publiée en France malgré les obstacles liés à la publicité et les ressentiments existants ici et là, c’est pour permettre au lecteur français de connaître la vérité sur le drame colonial exercé par ses propres gouvernants et comprendre aussi la position de l’Algérie à la repentance, corollaire à toutes relations bilatérales exemptes de crises cycliques qui naissent d’un moment à l’autre entre nos deux Etats.      

       J’ai donc livré, à titre onéreux, 100 exemplaires de mon œuvre Marguerite à la direction de la culture de la wilaya de Ain-defla et je remercie encore une fois les responsables qui ont été à l’origine de cette opération. Cela ne constitue  qu’une étape franchie pour honorer cette insurrection qui eut un fort impact en en Algérie et en France. Il y eut représailles pour mater l’insurrection et un durcissement de la politique coloniale pour prévenir toute récidive de rébellion.   

       C’est dans le cadre du procès de Montpellier que le drame colonial fut connu pour la première fois par l’opinion métropolitaine. En effet, la cour de Cassation avait retiré le dossier judiciaire à la cour d’assises d’Alger qui réservait sans coup férir la peine capitale aux insurgés, voire le lynchage public spontané. Ainsi la presse, des milieux intellectuels et des partis libéraux eurent à condamner sans équivoque la praxis coloniale et l’état de servitude dans lequel vivait notre peuple. Une solidarité de populations métropolitaines françaises fut même engagée en faveur des insurgés qui se traduisait par des quêtes d’argent pour payer des avocats. Ce fut un procès à scandale en France   qui prit quarante jours d’audience en deux ans. Au final, le jugement ne fut pas assorti de peine capitale, mais de réclusion allant de huit à dix sept ans. Cependant en Algérie le sort des insurgés fut inique. 

        En effet, leurs biens furent confisqués, certains furent exilés à vivre dans d’autres contés et cela sans règle de droit. Les autorités coloniales les avaient dépossédés du peu de terres agricoles qui leur restaient et de leurs troupeaux. En effet, elles les amendes forestières draconiennes, les dépossessions progressives des terres agricoles, les interdictions de pacage abusives avaient sévèrement paupérisé la tribu des Righa qui eut à adresser plusieurs pétitions au parlement français à partir de 1892, ainsi qu’à la commission d’enquête parlementaire de Jules Ferry qui avait recueilli les doléances des populations indigènes, au cours d’un périple de 4000km qu’elle avait mené à la date précitée. Ainsi elle avait épuisé routes les voies pacifiques de recours sans obtenir satisfaction. Aussi, elle s’était insurgée pour rappeler au colon que sur la terre d’Algérie, il n’existait que des hommes libres, conquis mais jamais soumis.   

        Une journée de prise d’armes avait laissé de grandes inquiétudes au sein de la communauté coloniale qui criait à l’insécurité et revendiqua du gouvernement général de la pourvoir d’armes pour se défendre, chose qu’elle ne put obtenir. Cependant la sécurité s’était renforcée par le retour au régime d’exception du droit et il fut érigé des tribunaux d’exception pour juger les indigènes par le biais des commissions disciplinaires et non par les tribunaux. Donc la corde s’était resserrée autour des populations indigènes. Cette insurrection avait quasiment clos la  longue chaîne des révoltes et ouvert la lutte par la voie politique,avant l’émergence des partis, par le biais du mouvement de ce qu’on appelait le mouvement des Jeunes Turbans ou encore des personnalités tel que l’émir Khaled. 

     La matière est désormais disponible pour faire connaître de l’insurrection de Marguerite ou des Righa, principalement par la voie de mon œuvre Marguerite dont cent exemplaires sont disponibles au niveau de la bibliothèque de la wilaya de Ain-defla. Mais il reste beaucoup à faire en partenariat avec la wilaya.     

     - Pour ma part, je compte rééditer mes ouvrages en Algérie par aux frais du Ministère de la culture et votre appui ne sera pas de trop. D’ailleurs madame
la Ministre m’avait fait cette proposition. 

      - En ce qui concerne la wilaya, il serait utile et profitable pour la mémoire collective qu’elle organise sous le patronage du Président de
la République un colloque national à l’occasion de la prochaine commémoration de l’insurrection le 26 avril 2011. Ainsi les universitaires et les historiens auront à enrichir les travaux mis à jour jusqu’ici. Vous n’êtes pas sans ignorer que sur le net les pieds noirs déforment les vérités et font de cette noble insurrection un acte de dérapage.    

       Alors, monsieur le Wali je vous demande d’associer nos efforts pour parvenir à cet objectif grandiose et honorable et initier ce colloque pour découvrir toutes les inconnues laissées par les auteurs sus cités et moi-même.    

 

l’oeuvre Marguerite??? ahmed bencherif

29 octobre, 2010
culture | 10 réponses »

                                            L’œuvre Marguerite ???? 

            L’œuvre Marguerite est monumentale, subdivisée en deux tomes grand format, totalisant 777 pages. C’est un roman historique qui décortique le quotidien colonial dont il dévoile les mécanismes fondamentaux et le drame. S’il fait l’histoire romancée de ce passé, en revanche il ne chauffe guère les esprits et n’attise nullement les haines. Il se veut un pont entre deux peuples voisins, faits pour s’entendre et commercer, malgré leurs affinités culturelles ou religieuses. Souvent, ils sont manipulés par leurs pouvoirs respectifs qui alimentent une polémique virulente et permanente, quant au jugement de valeur à donner à ce passé qu’ils se sont partagés en bien ou en mal. 

          Du côté algérien, il est une constance post indépendance inébranlable du pouvoir en place sous le régime socialiste ou libéral : il s’agit donc pour l’Etat français de demander repentance pour les crimes et exactions commis. Pense-t-on vraiment qu’il en serait lavé ? C’est la négation même. Jamais il n’en serait absout ; car ceux qui pardonnent sont bien morts et ne ressusciteront jamais. De quel droit, la génération contemporaine aurait à accepter la repentance pour des crimes et exactions subis par les générations éteintes ? Elle ne dispose nullement de ce droit qu’elle tente de s’arroger. Qui en est juge ? C’est l’histoire qui impute toute la responsabilité du drame colonial à ses propres auteurs. Donc notre démarche, dictée certainement par le nationalisme, pèse lourdement sur les relations bilatérales qui en souffrent et atteignent par des moments de crise. Elle n’est pas appropriée en la circonstance et cette opinion fait son chemin dans une large fraction de l’élite intellectuelle, si ce n’est pas dans son intégralité. L’Etat français doit répondre de ces actes à l’histoire, au tribunal de l’histoire. Fort heureusement, il s’est trouvé des hommes français et algériens qui ont écrit cette histoire avec une grande objectivité. Ces auteurs doivent être pris en référence pour éviter que de pareils crimes et exactions ne se reproduisent guère dans notre planète.     

       Du côté français, la même constance au refus de repentance existe. Comme si le fait de demander pardon devait soulever des montagnes, comme si le fait de demander pardon devait générer une réparation de l’histoire. L’égocentrisme de l’Etat français en avait entraîné la surdité. Comment ce pardon pourrait-il faire des drames coloniaux une félicité post indépendance. Ca ne peut l’être. Bien  plus, il est au durcissement, car en position de force sur la scène internationale et disposant de moyens de pression déterminants au niveau bilatéral, par le biais des populations émigrées. C’est ainsi qu’il fut amené à adopter une loi faisant l’apologie du colonialisme. Rien que ça. Des routes et des ponts ont été construits, c’est un fait. La scolarisation a été discriminatoire à l’égard de ceux qu’on appelait les indigènes et elle ne commença à prendre corps sur la société indigène qu’au début du 20ème siècle. Pire encore ; des millions de crimes ont été commis de sang froid, de sang chaud, par la loi. Dont s’il y a crimes, il y coupables. Depuis quand les nations glorifient et louent les crimes qu’elles avaient commis ? Cependant cette loi répond d’abord à une consommation locale et abuse du citoyen français, véritable comptable de la politique que mènent ou avaient menée ses représentants. Sciemment, le Pouvoir français décide de cacher la vérité du drame colonial à son propre citoyen. Cette conduite à l’égard de crimes humanitaires génocides et autres perpétrés ne correspond pas à la nature de l’étique des droits de l’homme que l’Etat français s’évertue de prôner.              

          Le citoyen français s’interroge si le peuple algérien est disposé à pardonner. Dans sa nature, il est clément et dans les faits les annales judiciaires le prouvent. Combien de pardons ont été enregistrés entre des hommes ou groupes d’hommes pour des homicides involontaires ou volontaires, avec renoncement même de dîme, avant ou après les procès. Disons tout de suite qu’une loi amnistiante a été adoptée, juste une année après l’indépendance, en 1963, alors que la plaie était grande ouverte. Elle concernait tous les gens qui avaient nuit à la guerre de libération. Ainsi les collaborateurs furent amnistiés. Pour être clairs, je dirai les Harkis. Bien sur cette catégorie d’individus était très importante numériquement dont quatre vingt dix mille avaient pris la fuite pour
la France en 1962. Mais d’autres, très nombreux sont restés. Ils ne furent nullement inquiétés ; bien plus ils avaient tous les droits sociaux, y compris le droit au logement et le droit à la scolarisation de leurs enfants dont bon nombre eut à occuper des postes de responsabilité. Cette population vit normalement sans stigmates, intégrée dans le tissu familial et social. 

          Dans le même temps, les harkis transplantés en France connurent un drame qu’aucune force ne puit réserver à ses collaborateurs. Ainsi, ils furent parqués dans des casernements avec un régime para militaire de gestion. Ils vivaient jusqu’à une époque récente dans des camps avec un chef qui disposait d’une administration sous tutelle du ministère de la défense français. L’Etat français, qui souffrait encore le spectre de la collaboration nazie, avait honte de ses propres collaborateurs. ON ne peut pas dire autre chose ou encore qu’il craignait pour leur sécurité. Cette population n’eut pas à subir de représailles en France de la part de nationalistes algériens. 

           Des français aussi étaient restés aussi 1962 en Algérie ; ils n’eurent pas à craindre pour leur sécurité, plus encore ils avaient gardé tous leurs biens. Certains partirent en vendant leurs biens, d’autres se sont fixés définitivement en Algérie. 

           Si ces gens qui étaient de l’autre camp de la guerre de libération n’eurent pas à subir de représailles au moment où les esprits étaient encore chauds, suite aux souffrances, emprisonnements, tortures, privations, cantonnements, c’est que le peuple algérien leur avait pardonné, obéissant à sa propre nature de clémence. Cette noble vertu est encore avérée dans les évènements de la guerre civile des années 1990. Le peuple s’était prononcé par voie référendaire pour conclure la paix avec les islamistes insurgés. 

          Je termine cette idée de pardon en remontant aux années du colonialisme. Le peuple indigène distinguait les choses des choses. Son combat était contre le colon qui était espagnol, italien ou maltais, celui-là même qui l’avait dépossédé de tout et lui fermait les voies du progrès. Quant au Français, il en avait toute autre appréciation et le qualifiait de pur, c’est-à-dire de souche. Car celui-ci avait de l’humanisme et cherchait en améliorer le sort. Donc, le peuple indigène ne le culpabilisait pas totalement ; De cette période de colonisation, nous avons gardé une citation célèbre du peuple indigène qui disait : 

 

présentation analytique marguerite tome 2, ahmed bencherif

22 décembre, 2009
culture | Pas de réponses »

                                                                   Présentation analytique     

                                                                   Marguerite tome 2        

  Si le premier tome, le personnage principal, Hamza, a développé sa personnalité dans un quotidien rude pour ses gens, ces indigènes de parole confisquée et soumis aux plus injustes des exactions, dans le premier tome il est déjà un contestataire majeur, à l’age de dix sept ans au plus. C’est donc en 1901, qu’il est appelé à évoluer dans la société de Marguerite, petit village mixte, à prépondérance indigène. Il entre dans une étape cruciale de sa vie qu’il a décidé déjà de sacrifier pour que vivent ses gens dans la dignité, ou tout au mois rappeler crûment aux colons que la flamme de la révolution n’était pas morte et que l’espérance d’arracher l’indépendance existait toujours mais, juste en y mettant les moyens de sa libération, soit le recours à la violence. Dans son adolescence, il rêvait de révolution vigoureuse, de grande échelle sur une aire géographique assez étendue, au moins dans sa propre région. Dans sa prime jeunesse, il revient malgré lui aux évidences incontournables. Son projet révolutionnaire, devient modeste, à la hauteur d’une révolte locale.        Dans le camp adversaire, les choses évoluent avec une grande vitesse. Les colons veulent définitivement gouverner à eux seuls, loin d’immixtion de la métropole. Ils commencent alors une véritable stratégie pour parvenir à leurs fins. Ils ciblent la frange de société la plus faible, soit les Juifs qui avaient été proclamés citoyens français par le décret Crémieux. Il fallait mettre mal à
la France, en s’attaquant aux Juifs d’Algérie qui passèrent des moments difficiles. En effet, ils furent victimes de violences excessives : leurs magasins ont saccagés et pillés ; quant à eux, ils furent agressés et on compta plusieurs blessés parmi et un mort, selon Ageron et deux selon d’autres sources. Les colons étaient puissants et disposaient de relais influents au parlement. Ils bloquaient l’action administrative des gouverneurs généraux successifs et des trois préfets, lesquels ne pouvaient que courber l’échine, sinon  ils tombaient en disgrâce.          Sur ce fond de drame des Juifs, était né le mouvement révolutionnaire du parti colonial sous l’impulsion des gros propriétaires dont le premier congrès en 1897 constituait une assise de revendications majeures ; puis en 1898, le mouvement estudiantin prit le relais et organisa des meetings et des manifestations populaires ; le chef de file en était un jeune, beau comme un dieu, fille d’une veuve très riche qui le pourvoyait en tout et pour tout. Bien sur, il laissait sa faculté de droit et mobilisait les masses ; comme partout dans le monde, les étudiants furent maîtres de la rue et menèrent le combat de façon irréductible. Ils brûlèrent aussi les effigies de Dreyfus et d’Emile Zola. Il y eut confrontation avec les services de l’ordre qui n’essayèrent vraiment pas de les contenir de façon musclée. Le gouverneur général était dépassé par les évènements, ainsi que les trois préfets de département. Le  mémorandum des révolutionnaires fut levé au parlement qui en était favorable et le gouvernement en était absolument outré et s’opposait à l’octroi de l’indépendance d’Algérie. Le parti colonial frappa encore fort et oeuvra à faire tomber en disgrâce le gouverneur général. Il y parvint sans difficultés et obtint fin décembre 1900, l’autonomie financière avec institution de délégation financière, sorte de parlement local.         Le mouvement insurrectionnel indigène, incarné en la personne de Hamza et de Mabrouk, deux figures complémentaires, suivait l’évolution politique. Il tint à marquer son refus à donner plus de pouvoir aux colons qui oppressaient le peuple. Tous deux préparent la révolte et se cotisent pour acheter les armes à feu ; accompagnés de quelques militants de la cause, ils font un long voyage à l’est du pays, paqssent à Elhamel (Bou-saada) pour demander bénédiction à lala zineb, la moqadema de la rahmaniya dont mabrouk était affidé. La cheikha ne leur dit rien et eux-mêmes ne dévoilent pas leur projet. Au 26 avril 1901, les 125 insurgés armés de fusils et de sabres assiégèrent le village de Marguerite. Mabrouk était une sorte de derviche et dans la colère, ils exigèrent des colons rassemblés dans la lace de se convertir à l’islam, sous peine d’être égorgés. Cinq colons ne se prêtèrent pas à cette conversion ; ou ils n’avaient pas copris l’arabe ou ils avaient carrément refusé l’apostasie. Le soir les renforts vinrent de Meliana ; il y eut une confrontation avec les insurgés dans la périphérie du village, puis dans la forêt. Les révolutionnaires furent vaincus et arrêtés.La cour d’assises fut contrainte de différer le jugement, car la pression de l’opinion publique était forte et exigeait un lynchage sur la place publique, sans tarder et sans information judiciaire.      Cet évènement fut une explosion dans un ciel serein et les médias français saisirent vite l’affaire et conclurent à un acte de désespoir des indigènes brimés. La cour de cassation retira le dossier à la cour d’assises d’Alger et le confia à celle de Montpellier et ce sous la pression de l’opinion publique française qui était scandalisée par les fers dans lesquels étaient tenus les indigènes et la tribu des Righa insurgée. Des politiques français épris de justice plaidèrent la cause des indigènes écrasés par l’impôt et privés du droit naturel élémentaire ; car les indigènes n’étaient ni sujets, ni citoyens ; mais des sous-hommes auxquels toute clémence ou parole était bannie.  Le procès fut célèbre en son temps et dura presque deux ans, au terme duquel un jugement clément a été prononcé pour les insurgés ; c’est-à-dire des peines de réclusion allant de 7 à 15 ans ; les deux héros moururent deux ans après en prison.                           Journée du 21 décembre 2009, sous l’auspice de lAssociation Safia Kettou à la l’auberge de jeunes Tyout ;     Ahmed Bencherif                                                                          

la mariée, extrait marguerite tome 2 ahmed bencherif

4 novembre, 2009
culture, Marguerite t/1; t/2 | Pas de réponses »

         La mariée entra, sidérée par l’accueil illustré par un grand tintamarre. Elle se cachait le visage par un voile blanc, marchait maladroitement et d’un pas hésitant. Elle fut tout au long de sa parade comblée de compliments, de congratulations et de bénédictions : « elle est belle, élégante, bourgeoise, que Dieu la préserve et rende son ventre généreux ». Elle fut introduite dans sa chambre nuptiale, se reposa un long moment. Puis, vint sa tante maternelle qui ramenait deux bassines en cuivre pour lui faire la grande ablution, avant de se faire sauter les verrous. Elle remplit la grande bassine ronde en eau tiède, dévêtit la mariée qui se laissait faire comme si elle fût dopée. En se découvrant entièrement, celle-ci se sentit outragée. Elle se cacha les petits seins dans ses deux mains croisées, se serra les cuisses pour dissimuler son appareil génital rasé de son duvet. Son visage ressemblait à un feu de braises, l’épreuve en elle-même étant insolente, quoique réputée purificatrice sur le plan religieux. Ayant terminé le bain sacré, la tante manda une autre dame et, toutes les deux, elles habillèrent Safiya de sa robe cérémoniale de velours, la parèrent, de collier avec pendentif, de diadème et de bracelets de poings et de chevilles. Ensuite, elles l’emmenèrent au patio. La mariée prit place sur un fauteuil. Elle était merveilleusement belle, vêtue de façon féerique et partout sur son corps l’or brillait. Tous les yeux se braquèrent sur elle comme des feux dardant dont il était impossible de distinguer les regards d’envie ou d’admiration. 

       A la tombée de la nuit, la mariée fut conduite vers son sort. Dans sa chambre, les dames arrangeaient la literie pour une dernière fois, encensaient et parfumaient pour faire de l’instant fatidique un rêve inoubliable. Elles lui donnaient d’ultimes conseils pour évincer ses craintes. Quelques fois, il arrivait qu’un marié novice n’usât ni de charme, ni de patience et il violait littéralement la mariée, l’abandonnant évanouie et en sang. Ce cauchemar demeurait très vivant dans les mémoires et aucune fille ne le souhaitait sur son lit d’inauguration sexuelle. Un peu plus tard, elles laissèrent la voie libre à Hamza qui entra, enveloppé dans son burnous, capuchon rabattu sur le visage, afin d’éviter de croiser un regard quelconque, par crainte de subir un mauvais sort. On dit que des envieux attendent cet instant pour fermer un cadenas ensorcelé pour affaiblir la vigueur sexuelle du marié. Dans ce cas là, il faut recourir au savoir des taleb pour la restaurer. Hamza n‘eut aucune peine à ouvrir la route et remit la chemise immaculée de quelques gouttes de sang à la foule féminine qui rompit son silence stoïque et commença ses chants explosifs de joies.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crise anti-juive, révolution, insurrection, dans Marguerite tome 2 par ahmed bencherif

7 octobre, 2009
culture, Marguerite t/1; t/2 | 2 réponses »

            Marguerite tome 2 vient de paraître. Si au premier tome, le héros, Hamza, encore adolescent, avait affirmé sa personnalité et s’était peu à peu aguerri au contact d’épreuves dramatiques que connaissait son peuple, vivant sous le joug colonial. Ses rêves avaient aussi pris peu à peu la forme d’un projet fiable pour mener sa révolution, idéal qu’il nourrissait en son corps et âme.  Au second tome, Hamza est prêt pour l’action armée. Cependant, la réalité était beaucoup plus complexe et sa révolution ne prend l’allure que d’une insurrection, à localisation géographique réduite. La préparation de celle-ci s’était déroulée dans un état de violence qui avait contribué à l’explosion de colère d’une poignée d’hommes, résolument engagés pour faire entendre leur voix confisquée. Donc le tome 2 détaille cette insurrection, fort peu connue du grand public et peut-être dans son propre milieu, Marguerite à Meliana, à l’exception de la tribu des Righa qui avait fomenté la révolte dite de Marguerite. 

            L’état de violence, qui l’avait précédé, était grave et dramatique. Le parti colonial, qui exerçait presque tous les pouvoirs et possédait presque toutes les terres et se comportai en vrai tyran, menait des actions violentes pour obtenir l’indépendance de l’Algérie, affranchi de la tutelle de
la France et réduisant les indigènes à plus d’esclavage. De plus, il voulait réduire à l’indigénat les Juifs qui avaient accédé à la citoyenneté française par le décret Crémieux. Ainsi il provoqua la crise, dite anti-juive, qui avait embrasé l’Algérie. Les colons s’étaient déchaînés sur les Juifs dans presque toutes les villes entre 1887 et 1898 : Oran, Tlemcen, Alger, Ain-témouchent, Saint-Denis-du-Sig…Leurs magasins furent pillés, saccagés. En 1898, c’est la véritable crise, pendant laquelle Alger était devenu un champ de bataille, difficile à imaginer : leurs magasins furent saccagés et pillés et des marchandises furent transportés à dos de mulet. Parmi la communauté juive, il y’eut plusieurs blessés graves et deux morts. C’était l’anarchie, car l’armée laissait faire, encore secouée par l’affaire Dreyfus. L’Etat français fut dépassé par les évènements et pour briser la révolution des colons, il céda aux exigences du parti colonial et conféra l’autonomie de l’Algérie. Oui, c’était bien la révolution des colons qui s’attaquait à la communauté juive, afin de la priver la citoyenneté française. Sur ce point, l’Etat français ne céda pas cependant. 

            Ainsi ce tome 2 nous permet de comprendre la psychologie du colon et de voir clair dans des épisodes qui restent plus ou moins obscurs, sauf pour les historiens qui ont étudié à fond ces tragédies.       

 

 

 

  

    Marguerite tome 2 par Ahmed Bencherif.     

    Edition Edilivre, 56 rue de Londres 

    75008 Paris.     

 

juliana et l’église, extrait marguerite tome 1 par ahmed bencherif

15 juillet, 2009
culture, Marguerite t/1; t/2 | 15 réponses »

20180724_165522 C’était le premier dimanche du mois d’août de la même année. La nature endormie se réveillait paresseusement. Le soleil dessinait au levant un mélange de couleurs fantastiques, les unes timides, les autres conquérantes. Dans les bois, les oiseaux s’agitaient et criaient précipitamment, avant d’aller becqueter un vers de terre ou une cerise, de voltiger dans le ciel avec beaucoup de grâce et de perfection. Le monde rural était levé : une vache qu’on trayait à sang mugissait, se débattait et tentait de fuir la main implacable ; une femme battait du lait, une autre cueillait des roses dans son jardin.  Le village semblait désert à cette heure matinale. Les artères commerçantes propres : dès l’aube, le cantonnier avait ramassé à dos d’âne les papiers charriés par le vent et les cartons d’emballage vides en alfa, heureux de les emporter et de les donner à brouter à une ou deux brebis soudanaises, qu’il élevait pour leur portée pluriannuelle. Les bars et les commerces européens étaient fermés, en raison du caractère religieux de la journée, bien plus que par un repos hebdomadaire mérité. Il faisait frais et l’astre du jour ne flambait pas. Sur la terrasse du café maure, quelques clients buvaient lentement du café à la fraîcheur matinale, les boutiquiers indigènes arrosaient les devantures, quelques uns remplissaient d’eau des jarres enchâssées au mur. Ils chômaient tous car personne ne songeait à faire ses emplettes de sitôt.

        Dans ce silence de campagne, l’église rappela aux fidèles l’auguste moment pour vénérer le Dieu et récolter la bénédiction dont ils avaient besoin pour se prémunir contre de fâcheux aléas. La cloche, qui tintait pour le rassemblement spirituel, symbolisait la purification et la piété, ses   puissantes notes se répercutaient à la ronde et chacun se démenait pour être à l’heure et se prosterner à la puissance divine, on y donnait son cœur pour être aux premiers rangs afin de mieux laver ses pêchers et ses tourments. On aimait la maison du Seigneur et en retour, elle réconfortait les âmes perdues, par une simple prière qui descendait comme un baume, par la bouche du curé. On acceptait son enseignement de morale que chacun appliquait selon ses propres impulsions, mais en respectant toujours la pudeur. Dans les rues, qui s’animaient peu à peu, deux grands courants humains flottaient et se côtoyaient dans une compréhension réciproque idéale : les chrétiens allaient faire la messe et passaient le plus normalement du monde devant les musulmans qui leur réservaient une attitude respectueuse, l’échange des Salamlec étant d’usage. Les uns et les autres étaient convaincus qu’ils détenaient la vérité absolue, sans le penser tout haut, car la tolérance cultivée à travers les ages finit par triompher et les amenait à raisonner, à éviter des désagréments inutiles qui n’entamaient la foi, ni des uns, ni des autres, les douloureux souvenirs de confrontation d’ordre religieux ayant été effacés depuis longtemps. L’age des guerres saintes était révolu et l’homme de cette confession ou de l’autre ne tenait plus à brandir le javelot. Il évolua et assimila convenablement sa propre religion. Les enfants, qui accompagnaient leurs parents, étaient adorables et mignons, heureux d’aller sentir la chaude ambiance religieuse. Comme de petits anges, Ils avaient la pureté de l’âme, croyaient à une vie merveilleuse, avaient hâte de grandir, pour en cueillir des roses sans épines. Ils portaient leurs plus beaux habits pour la circonstance et sentaient un bon parfum. Les fillettes tenaient la main de leurs mamans, les petits gosses apprenaient à s’en affranchir. Tout au long de l’itinéraire, ils n’entendaient parler que de la douceur de Sidna Aissa, Jésus, de charité chrétienne, de foi et de toutes les belles choses qui existent sur terre ; ils assimilaient dans leur jeune age la morale, afin de marcher toujours dans le droit chemin. L’un espérait devenir prêtre, une fillette rêvait d’être une sœur blanche.                                    

       L’église était au cœur du village, comme l’était le Christ au cœur des Chrétiens. Son bel ensemble architectural gothique et musulman initiait aux méditations philosophiques sur le rapprochement des peuples. L’homme, cet éternel incompris, s’ingénie à assembler les matières et échoue à assembler les vertus. Sur un fond de mosaïque africaine, la Vierge Marie purifiée, la lalla Meriem (Marie) sanctifiée, était émouvante, son enfant dans ses bras. Le crucifix chagrinait les âmes dont quelques unes, prises d’attendrissement, versaient un ou deux pleurs. Les cierges étaient allumés et l’encens exhalait son parfum. L’atmosphère était chaudement pieuse et les fidèles prenaient un air d’innocence pour demander le Pardon. Elle rappelait, en outre, le perpétuel combat entre le tentateur et la sagesse. L’orgue, qui était une récente charité de la mère de Fernandez, émettait ses notes plaintives et fortes. Vêtu de soutane blanche et auréolé d’un long chapelet qui retombait sur sa poitrine, le Père Nardi officiait la cérémonie. C’était un homme de grande piété qui suivait l’évolution de son temps et augurait même sur l’avenir. Par des paroles pondérées, sa verve intarissable abordait les différents maux de la société. Rien n’échappait à son esprit clairvoyant, ni l’adultère, ni une autre infamie. Il savait pourtant qu’il nageait à contre courant et que l’Etat moderne oeuvrait pour le progrès et son corollaire, l’émancipation des mœurs, comme si les deux dimensions, tenues pour indissociables par nature, formaient un seul rail, sans lequel le train déraillait infailliblement. L’homme moderne tendait de s’affranchir de la décence, de donner libre cours à ses instincts, moins pudiques que ceux des animaux qui, pour leurs accouplements, opèrent d’un charme recherché et persévérant.

        Le son musical se tut, le père ouvrit l’Evangile et invita à la lecture de l’Epître de Paul aux Romains au paragraphe 26 :  

        « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes ; car leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire qui méritait leur égarement »

       « Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé pour commettre des choses indignes, étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice ».

        L’instant était à la repentance. Chacun se jurait de ne plus commettre de mauvaises actions, de préserver vaille que vaille le serment indéniable à Jésus, de suivre l’exemple des Apôtres qui furent accablés de mille persécutions, d’être fidèles aux martyres, combien nombreux, hommes, femmes ou enfants, jetés aux bêtes féroces dans un amphithéâtre bondés de milliers de spectateurs et de courtisanes nues, ou encore décapités, nus, dans les places publiques, déchiquetés en lambeaux entre deux arbres, fouettés à mort aux verges. Le christianisme, qui fut combattu, à outrance par les idolâtres finit par triompher et donna l’espérance aux hommes qui modérèrent leurs mœurs et diffusèrent la vertu, la fraternité et l’amour du prochain. Avec un cœur lourd, le Père Nardi ferma l’Evangile, leva ses deux mains au ciel et récita à haute voix l’espérance de Paul pour réconforter les âmes :

       « Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous. Amen. Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi, pour que vous abondiez en espérance, par la puissance du Saint Esprit ».                                         

       La messe terminée, on attendit patiemment un moment aussi solennel, le sacrement de deux époux. Ce serment, qui les liait dans la fidélité réciproque, pour la vie, pour la mort, dans le meilleur et dans le pire, était émouvant. Le Père Nardi louait toujours Dieu pour cette coutume qui défiait les ages et qu’il imputait à un sentiment de religiosité vif. Les deux époux étaient très heureux : Madeleine était ravissante dans sa robe blanche ; Gustave était élégant dans son costume bleu. Ils passèrent à l’autel. Là, le curé célébra la cérémonie d’usage et les déclara unis, selon les lois sacrées du mariage. Ils échangèrent leurs alliances et sortirent, suivis par l’assistance qui criait d’émotion : « vive la mariée ! »   

        Tout le monde était parti et il n’en restait plus que Juliana et un jeune homme qui tentait désespérément de lui tenir compagnie, d’essayer de la réconforter dans ses moments de solitude et d’abattement. Elle le connaissait, le croisait souvent sur son chemin, faisait parfois une courte promenade avec lui dans le jardin public. Il la prévenait d’attentions douces et la comblait de compliments mérités. C’était un gentil garçon plein de finesse qui l’épatait ; son humour ingénu la divertissait quelque peu. Il semblait lui faire la cour. Son regard la troublait, ses avances n’avaient pas ce caractère pressant, comme celles d’un courtisan commun. Mais elles étaient sincères et persévérantes. Elle éprouvait un secret plaisir, de se sentir attirante, admirée…Elle ne voulait pas qu’il restât avec elle, par une indéfinissable faiblesse : elle se complaisait en sa présence, son cœur battait anormalement, son regard était trouble, la timidité la saisissait. Elle lui demanda en vain de partir, le pria confusément. Elle le supplia, en lui tenant les deux mains. Alors, elle frissonna et sentit une douce chaleur l’envahir. Puis, elle dit simplement d’une voix tendre : « va ! Je t’en conjure au nom du Christ ». Le moment était sincèrement émouvant et pur, sans aucune atteinte à la piété des lieux. Le jeune homme qui ne s’était pas comporté de façon équivoque fut obligé de céder à cette exhortation et s’en alla, heureux de se sentir enfin aimé par Juliana.        

          Sa persécutrice, Graziella, ne venait plus à l’église, depuis qu’elle s’était jetée dans les bras de Gaston. C’était sa meilleure amie qui avait trahi sa confiance et la faisait terriblement souffrir. Les valeurs déclinaient, l’amitié devenait traîtresse et assassine, on se jouait des sentiments des autres comme on jouait aux dés. Une cruelle fatalité la frappait et elle ne savait pas comment réagir pour reconquérir la quiétude de sa vie conjugale, qui se fragilisait de jour en jour. Son mari ne l’accompagnait que rarement à la messe, si bien qu’elle en perdit le souvenir. Elle grandit dans une famille qui faisait de l’Evangile le code de conduite immuable de leur vie et ne songea jamais à l’adultère pour assouvir ses désirs, encore moins au divorce pour pouvoir se remarier, ce qui était selon la loi religieuse un péché. Sous une forte émotion, Juliana abandonna ses deux petits enfants, sagement assis sur un banc, et marcha lentement vers l’autel. L’espoir renaissait après une longue attente et promettait une vie meilleure pleine de joies et d’amour. Un rayon de soleil illuminait son univers sombre. La femme supporte le moins la séparation. C’est la chose la plus cruelle qui puisse lui arriver. Surtout si elle est belle et jeune. Ses courtisans abondent et déploient un charme entreprenant qu’elle subit infailliblement. C’est la loi de la nature qui ne renferme aucun mystère, c’est un besoin à plaire qu’aucune philosophie ne puisse détourner ni ignorer. Là commence son drame. Elle écoute ses impulsions qui la minent sourdement, sa conscience la torture, la fidélité jurée l’écrase et elle en souffre terriblement. Rien ne présente plus d’intérêt pour elle et c’est le moment où elle a le plus besoin de force qui chancelle fatalement. 

         Elle se prosterna et se réfugia aux ultimes espérances de l’âme angoissée pour trouver le salut et l’inspiration d’une ligne de conduite. Elle se couvrit le visage d’un voile clair et murmura une courte prière qu’elle ne pût achever, l’anxiété étranglant sa voix. La mélancolie, qui l’assiégeait, gagna l’environnement spirituel. L’espace se restreignait autour d’elle et lui semblait atrocement vide. Sa douleur muette déchirait les cœurs et montait au ciel, emporté par des anges qui la pleuraient. Elle vivait une crise terrible et ne parvenait pas à choisir la voie propice : préserver sa vertu et souffrir indéfiniment de l’abstinence, commettre le péché, tomber dans l’immoralité et trahir sa confession. Il ne lui restait plus que de se retrancher dans son éducation religieuse, d’invoquer le Tout Puissant, d’en implorer la clémence et de l’assister dans son combat douteux.  Elle s’était attardée plus que d’habitude et ses deux petits enfants vinrent auprès d’elle. Sa fillette de cinq ans découvrit avec effroi que sa maman avait pleuré. Elle en fut épouvantée et se serra contre elle. Plus que le garçon, la fille est proche de sa mère dont elle comprend l’état d’âme et cherche à la consoler promptement. D’une voix brisée, elle lui demanda ce qui la chagrinait. Le cadet qui était âgé de trois ans restait ahuri et prononça plaintivement : «Maman ! » Que pouvait-elle dire ? Sinon, garder sous silence son secret Et d’ailleurs, ils ne comprenaient rien à ces choses abominables que commettaient sans vergogne les adultes. Il fallait avant tout sauver les apparences et sauvegarder l’harmonie de son foyer.

présentation ouvrages au palais de la culture de la ville natale- Ahmed Bencherif

10 mai, 2009
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L’auteur a présenté, mercredi 6 mai, ses ouvrages au palais de la culture de sa ville natale; la séance a été suivie d’un débat et d’une vente dédicace. Et furent consacrées trois interviews de la radio régionale de naama, dont l’une rediffusée à la radio nationale informations culturelles. 

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signature de mon roman historique colonisationa française Marguerite tome 1 et livre ^poésie la grande ode
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