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Getuliya et le voyage de la mort, Ahmed Bencherif

12 mai, 2021
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

Chatouf retourna dans sa hutte. Le dîner était prêt : du couscous avec un bouillon à base de lait, viande séchée et fondue dans la graisse, glands, galette au blé, les deux livres grillés et c’était tout. Chatouf posa une dalle qui était rangée dans un coin et servait de table à manger. Tous s’y mirent tout au tour. Puis il aida sa femme à servir dans des bols de terre cuite qu’elle-même façonnait. Avant de commencer à manger, ils prièrent leurs dieux à leur façon : le soleil, le feu, le bélier. Ils firent plutôt des signes de vénération, qu’ils ne récitèrent quoi que ce fût. Puis ils commencèrent à manger, se servant de cuillères à bois rustre et bientôt, il n’en resta plus aucun aliment. La ration pour chacun suffisait à peine à calmer les spasmes de la faim que tous ressentaient encore. Les grands, qui étaient imbus à la diète, ne bronchèrent pas. Mais les enfants crièrent leur faim. Chanoufa tenta de les calmer. Gétuliya ne dit plus rien, mais ses frères réclamèrent avec force. un surplus.

- la viande du sanglier jeté en pâture pourrait nous nourrir plusieurs jours, dit le garçon cadet. Nous ne pouvons rester affamés et la donner à la lionne qui elle se procure son gibier plus aisément que nous.

- Mais mon fils, dit Chatouf, notre peuple ne mange pas le porc et le sanglier en est un parent. C’est un interdit établi par nos ancêtres et nous devons le respecter, au péril de notre mort que guette la faim. Nos frères Libyens au Nord font l’élevage du porc, mais ils ne le mangent pas.

- Quel usage en font-ils, s’ils ne le mangent pas, rétorqua le garçon ?

- Ils troquent leur production avec les pays voisins, comme les îles ibériques ou le pays des Romains.

- Ces pays sont loin de chez nous, père ?

- Oui fils. Une grande mer nous sépare et nos frères Libyens sont d’excellents navigateurs. Tu dois avoir toujours à l’esprit cette règle que tu devras appliquer. On respecte l’interdit, car il nous protège de choses périlleuses inconnues. Tu as compris fils ? Promets-moi d’en faire honneur.

- Oui père. Q’en dis-tu Gétuliya ? Est-ce une bonne chose si notre peuple ne mange pas le porc ?

- C’est une sagesse des Anciens qu’on ne peut pas discuter. C’est ça le respect aux morts.

Le silence tomba sur tous, un silence froid, de mort qui plane, qui hante les esprits. Comme eux tous, Gétuliya le sentit dans sa chair qui la martyrisait. Depuis déjà un mois, elle y pensait. Elle la voyait arriver implacablement, plus forte qu’eux tous. Que pourrait-elle faire, sinon essayer d’en percer le mystère, s’imprégner d’images insolites, comme les suivantes dans ces vers :

Mort, mot simple, mot tragique

Pourquoi dois-je penser à toi

Si je suis juste ou inique

De bonne ou mauvaise foi.

Tu me surprendras toujours,

Au bout de ma gloire pompeuse,

Ou ma défaite sans retour,

Dans ma vie riche ou miséreuse,

Creuser ma propre tombe

T’attendre dans mes peurs

Sans voir de nouvelle aube,

Ni son bonheur ou malheur.

Cette réalité était amère pour cette famille. Chacun regagna son lit sans mot dire. Qui peut lutter contre la mort ? Personne. On lutte contre une maladie grave, mais avec la mort le combat est inégal. Pour ces gens-là la mort était un dieu à haïr. Car il ôtait la vie. Gétuliya ressentait toutes ces choses, car elle ne voulait pas

mourir. Elle pensait à ces voisins, ces cousins que la mort volontaire avait frappés. Ils n’avaient hélas laissé aucune mémoire, comme les Anciens qui avaient gravé leur histoire sur les rochers : hommes géants à la chasse ou en adoration, femmes émerveillées par la hardiesse de ceux-là, éléphants, girafes, buffles, bélier, disque solaire, javelines, des signes. Gétuliya dormit difficilement, en proie à d’affreux cauchemars.

 

 

 

 

Getuliya et le voyage de la mort Ahmed Bencherif

12 mai, 2021
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

Mort, mot simple, mot tragique

Pourquoi dois-je penser à toi

Si je suis juste ou inique

De bonne ou mauvaise foi.

Tu me surprendras toujours,

Au bout de ma gloire pompeuse,

Ou ma défaite sans retour,

Dans ma vie riche ou miséreuse,

Creuser ma propre tombe

T’attendre dans mes peurs

Sans voir de nouvelle aube,

Ni son bonheur ou malheur

le procès de Getuliya ; ahmed bencherif

7 août, 2019
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

Au matin, un peu tard, Adherbala vint voir son amie de toujours. Elle l’invita à sortir de sa cache et lui annonça que sa famille était disposée à l’accueillir, comme leur propre fille. Les deux amies étaient très heureuses de se retrouver après deux jours de séparation. Elles rentrèrent au douar, puis regagnèrent la hutte de Meztoul qui les attendait avec impatience. Il serra joyeusement les gamines contre lui. Puis ce fut au tour de sa femme de les enlacer toutes deux ensemble et de les embrasser. Elle les entraîna ensuite vers le feu et leur servit un petit déjeuner consistant. Gétuliya, qui crevait de faim, mangea avec appétit, quant à son amie, elle se restaura légèrement.

- Tu n’as rien à craindre Gétuliya, dit Meztoul. Je te défendrai contre tous les habitants. Même Chatouf partage ma résolution.

- Oh comme c’est gentil de m’accepter à continuer à vivre parmi vous, affirma Gétuliya. Mais nos gens hélas ne vont pas m’accepter facilement, surtout nos grands nos notables, nos vieux qui sont soumis aveuglément aux traditions anciennes. Mais je leur parlerai comme parle une prêtresse et leur montrerai que la mort volontaire est le résidu du non sens et qu’elle n’a rien de sacré. Seule la vie est sacrée alors eux, ils ôtent la vie.

Meztoul fut surpris par la résolution de Gétuliya. Il lui semblait entendre la sentence d’un juge, doublée par la prophétie d’un oracle. Il ne prononça pas un mot et resta absorbé dans ses pensées qui l’interpellaient sur la question. Il apprit d’elle une chose nouvelle qui changeait radicalement son jugement sur cette coutume.  Finalement la lumière germa dans son esprit et il commença à s’imprégner vraiment de la philosophie de Gétuliya. S’il l’avait  sauvée par pitié, désormais il jugeait son acte comme sensé, logique, sans tabou surtout. Un homme vint dire à Gétuliya qu’elle était convoquée par le grand de la tribu, qui s’était réuni sur la place avec trois de ses pairs, formant ainsi un prétoire. La fille ne fut point émue et ne ressentit aucune peur. La maîtresse de séant l’habilla d’une tunique blanche qui lui donnait l’air d’archange.

Gétuliya sortit et resta debout sur le seuil de la hutte, plongée dans ses réflexions profondes. L’heure de la vérité avait approché. Personne ne la connaissait d’ailleurs, pour la simple raison qu’elle découlait d’une situation nouvelle qui, jamais vécue au paravent nécessitait une solution nouvelle, un effort de créativité intellectuelle. Le Grand et ses pairs se heurtaient à  imaginer une résolution quelconque, les hommes sortis en curieux avides étaient en émoi, les femmes rassemblées pleuraient en silence le sort de la petite fille.

Elle fit un premier pas sans se presser, confiante en elle-même, sereine et déterminée à affronter cette dure épreuve, trop grande pour elle, trop grande pour le Gétule le plus hardi. Elle avança d’un pas mesuré, d’un courage exceptionnel Elle maîtrisait ses émotions, affichait sa fierté sagement et sans arrogance. A aucun moment, elle ne fléchit ; à aucun moment, elle n’exprima une complainte, ni tenta une imploration. Comme ses gens, elle avait dans le sang ce sens du défi, ce mépris de la mort. Elle avait à l’esprit Tafrent et ses duels dans le cirque de Rome contre les éléphants et les lions dont il triomphait toujours. Elle avait tant de fois écouté ses épopées qu’elle les imaginait dans le moindre détail, en assimilait les coups de maître pour parer les assauts des fauves, les coups de trompe des pachydermes, les vaincre et les apprivoiser. Mais Tafrent combattait avec la force de l’esprit et la force du corps, pensa-t-elle. Elle se dit aussi que le duel qui l’attendait se déroulerait avec la force de l’esprit et qu’elle pouvait le gagner, qu’elle allait le gagner.

Elle marchait, vêtue de blanc, comme un ange que tous adorent et aiment, comme un mage qui révèle la vérité à ses initiés, comme un sage qui prodigue la sérénité à ses adeptes inquiets. Elle dégageait un fort magnétisme qui se répandait autour d’elle et attirait les individus. Elle était fort belle aussi, comme le soleil. Elle créait l’émerveillement de tous : les femmes avaient asséché leurs larmes, les hommes souriaient déjà, présageant son triomphe ;  le Grand et ses pairs restaient ébahis, perplexes, indécis à vouloir vraiment la juger.

Elle arriva au petit podium, bas et quadrilatère, situé au pied du chêne, qui n’avait vraiment servi à rien, ni à un jugement quelconque, ni à un oracle, ni à une proclamation de guerre, sauf qu’il abritait les siestes et les courtes veillées d’été du Grand de la tribu et de ses pairs et personne d’autre. C’est dire que cet édifice avait un aspect sacré quelconque et personne n’en violait l’enceinte. Les cinq initiés juges y étaient assis et attendaient la comparution de la profanatrice de la coutume sacrée, jamais violée par qui ce fût. Ils la dévisagèrent longuement, avec une réelle curiosité, comme s’ils voulaient lire dans ses pensées et adopter une ligne de conduite. Elle les regarda sans vraiment les regarder. Son esprit était absent, loin de la terre, sur une autre galaxie. Elle communiait avec une autre âme, une sorte de divinité qu’elle invoquait intérieurement, une sorte de divinité qui lui indiquait la voie du salut, lui révélait le message authentique à diffuser.

- Gétuliya, dit le Grand. Pourquoi tu n’es pas morte au tumulus avec ta famille ? Pourquoi as-tu profané notre coutume, selon laquelle une famille qui tombe dans le besoin vital va s’enterrer vivante dans le tombeau familial, afin de préserver leur égoïsme de cette misérable faiblesse qui consiste à demander l’aide et l’assistanat ?

Le court réquisitoire, mais combien lourd de sens ne la perturba guère. Car elle avait elle-même préparé le sien. Elle ne donna à aucun moment l’impression d’incarner la profanatrice mise en accusation. Mais elle était convaincue qu’elle représentait le véritable tribunal qui allait juger le non sens de la coutume qui attentait à la vie. Elle les regardait tantôt avec émoi, tantôt avec indulgence. Quant à eux, le Grand et ses pairs, ils se consultaient à voix basse. Ils ne disaient rien de spécial, sauf qu’ils répétaient le réquisitoire de façon calme, sans désir de vengeance de la société qu’ils représentaient peu ou prou. Leur débat creux et stérile n’apportait rien de concret, ni de nouveau. Gétuliya pressentit alors que l’heure de son réquisitoire avait sonné. Elle se pourvut de courage et se lança dans son oraison :

» Notre coutume profane la vie, au lieu de la respecter. Entre la vie et la mort, notre choix sera vite fait. La vie est une espérance à vivre, une entre aide entre les hommes. Est-ce que seuls les hommes riches ont droit à la vie ? Est-ce que le pauvre qui n’a rien à manger a droit à la mort. La vie nous est donnée par les dieux, la mort aussi. Pourquoi alors, vous hommes, décidez d’ôter la vie à la place des dieux ? Personne d’entre vous n’est à l’abri des infortunes. Un mauvais sort est vite arrivé : une tempête de neige qui décime vos troupeaux, une maladie incurable qui cloue un chef de foyer sur son lit, enfin un fléau quelconque qui peut s’abattre sur le douar. Est-ce à dire que tous ces infortunés choisiront la mort volontaire et creuseront leur propre tombeau ? Nos creusons nos propres tombes, c’est-à-dire que nous nous exterminons nous-mêmes, nous accomplissons la mission des dieux qui consiste à ôter la vie. Regardez-moi ! Regardez-moi bien vous tous, le Grand et tes pairs, vous autres Gétules, je ne suis pas la profanatrice. Seul un sanctuaire est profané, or je n’ai pas profané de sanctuaire. Donc cette coutume ne revêt nullement un caractère sacré, susceptible d’être profané. Qui d’entre vous peut me dire pourquoi elle a été initiée, puis adoptée depuis une époque immémoriale ? Non ! Je ne suis pas la profanatrice à proscrire par vous. Je suis votre sauveuse, votre salut. Oui je suis votre prêtresse. J’ai fait une vision et les dieux m’ont parlé. Ils m’ont instruit d’abolir cette coutume, cette mort volontaire de toute une famille. Alors, obéissez à nos dieux, ne vous exposez pas à leur courroux. Peuple Gétule sois clairvoyant, clément vis-à-vis des tiens, répands la vie parmi tes fils ! «

Gétuliya acheva son oracle et resta solennellement silencieuse. Elle avait été tout ce temps calme et n’avait éprouvé aucune émotion, ses yeux lointains, le teint blanc de sa peau. Elle n’avait ressenti ni chaleur, ni froid, ni convulsion, ni fièvre. Pendant toute sa séance, elle fut sereine, pondérée, convaincante. Tous l’avaient écouté avec une réelle envie et une curiosité certaine. Le Grand et ses pairs entamèrent leurs consultations. Mais franchement, ils n’avaient rien à se dire de concret et s’interrogeaient des yeux. Ils étaient vraiment dans l’embarras et se heurtaient à imaginer une sentence quelconque. Pour leur bonheur, les habitants scandèrent le nom de Gétuliya, puis l’ovationnèrent sous des cris de joie expansive, puis vinrent Tafrent et Meztoul, suivis de Massine et de Chatoufa. Ils l’embrassèrent tous sur la main avec déférence, d’autres les imitèrent. Puis le Grand et ses pairs arrivèrent, l’embrassèrent aussi respectueusement. Enfin,  tous les hommes et toutes les femmes lui rendirent un salut analogue. Certains se prosternèrent devant elle, baisèrent sa main, comme s’ils s’adressaient à une divinité. Un cri s’éleva du douar abolissant la coutume des anciens qui édictait cette triste mort volontaire. Puis les festivités commencèrent au son des tambours, des danses et des chants, de la liqueur du jujubier. Les habitants fêtèrent tout le jour, puis toute une semaine. Enfin, la raison avait triomphé de l’illogisme, la vie avait triomphé de la mort.

 

 

 

 

 

 

Getuliya et le voyage de la mort Ahmed Bencherif

18 juin, 2015
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

Ainsefra Jadis 0102

Gétuliya et le voyage de la mort Ahmed Bencherif

24 mars, 2015
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

mes chers lecteurs, je vous annonce enfin la parution de mon roman préhistorique sur les Gétules, premiers habitants de ma ville natale. c’est sur la base d’une légende que j’ai écrit ce roman d’antiquité intitulé Getuliya et le voyage de la mort. ainsi le lecteur moyen pourra le lire aisément, je parle des élèves du moyen et du secondaire, en plus il est fidèlement traduit en arabe par la poétesse Arwa Charif, professeur de lettres française et qui n’est autre que ma fille

gétuliya et le voyage de la mort (Ainsefra10.000 ans d’histoire ) ahmed bencherif

10 mars, 2015
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | Pas de réponses »

Dans la région d’Ain-sefra, il y a cinq mille ans, il y vivait un groupement humain, appelé Gétules, redoutables guerriers qui combattaient aux cotés des armées de la Numidie, de Carthage et d’Egypte. Ce peuple était nombreux et se caractérisait par le grand nomadisme comme mode de vie. Ces mêmes individus peuplaient les hauts plateaux de l’est de notre pays, entre Constantine et Sétif. D’autres groupements moins importants en nombre habitaient au sud du Maroc, dans le territoire de Tafilalet. D’autres encore peuplaient le territoire entre Ouargla et Abelsa dont le mausolée, qui abrite la reine Tinhinane, remonte à deux mille cinq cents ans.

A une ère plus proche, environ deux mille quatre cents ans, ce peuple Gétule avait évolué et renonçait graduellement à son mode de vie nomade pour commencer à se sédentariser. Au lieu de continuer à vivre dans les grottes, il conçut un mode d’habitat tout à fait simple et construisit des huttes sur les plaines, désormais moins fournies en herbes fourragères. La sécheresse s’était accentuée et l’aridité donnait ses premiers signes inquiétants. Les marécages étaient complètement asséchés et leurs colonies d’animaux sauvages avaient aussi quasiment disparu. Il n’en restait que quelques individus d’éléphants, des lions et des léopards.

Au pied de la montagne de Mekter, les huttes étaient construites, nombreuses et dispersées, éloignées les unes aux autres, voisines cependant, basses et coniques, faites de tronc d’arbres ébranchés seulement, les uns serrés aux autres, enterrés à moins de un mètre de profondeur. Seuls les branchages en formaient les toits. De temps en temps, l’on entendait un homme crier, une chèvre chevroter, une brebis bêler, un cheval hennir, un âne braire.

Gétuliya, roman d’antiquité; ahmed bencherif

12 mars, 2013
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | 2 réponses »

La forêt entrait presque dans la nuit. Les rayons de  soleil ne passaient à travers les épais feuillages. C’était le faux jour. Le monde nocturne des animaux se réveillait : les prédateurs à l’affût, les proies sur leurs gardes. Massine distinguait à peine les choses. Mais elle entendait déjà des cris qui l’épouvantaient. Elle entendit le puissant grondement de l’ours. Il était dans les habitudes de cet animal sauvage d’activer au crépuscule et aller roder autour des douars pour trouver de quoi manger, s’il ne trouvait pas en chemin une proie. Il était brun, de grande masse et pesait jusqu’à six cents kilogrammes. Il s’attaquait à l’homme et au bétail, quand il avait faim. Alors l’homme le chassait, en mangeait la viande, et de sa fourrure, il en faisait des habits. C’était l’ours de l’Atlas qui peuplait toute l’Afrique du Nord.

La pauvre femme entendit un son continu, puissant, lourd, comme un roulement de tambour. C’était le bruit fort qui présageait appartenir à un animal sauvage. En effet, ses pattes semblaient damer le sol qui s’enfonçait sous la masse de chair importante. Il apparut aussitôt à deux cents pas plus loin. C’était un sanglier. Il courait, fonçait droit devant lui, aveuglément, brisait de jeunes pousses sur son passage, n’en ressentait les égratignures, car son cuir était dur et très résistant. Mais il était blessé et le sang coulait et laissait des traces. Elle le vit venir, museau au bas du sol, yeux au bas du sol, pour mieux s’armer de courage et charger. Il fonçait droit sur Massine. Elle eut juste le temps de s’éloigner et d’éviter le choc foudroyant. Juste après une hyène venait en marcher gauchement. Elle poursuivait le sanglier qui avait disparu dans les fourrés. Mais elle sentit l’odeur d’une proie. Puis elle vit la jeune femme. Elle se lécha les lèvres pour avoir un bon appétit, perça de ses yeux gris le faux jour. Puis surgissent trois autres de sa progéniture. Le sort de Massine était désormais scellé. Elle allait sûrement servir comme repas copieux pour ces charognards qui chassent la nuit. Elle haïssait l’hyène, comme elle haïssait le sanglier que son peuple numide ne mangeait pas. Mais certaines vieilles sorcières utilisaient les viscères et le cerveau de cet animal grognard pour des artifices de magie qu’elles vendent à fort prix à des épouses qui désirent dominer leurs époux. C’est pourquoi les chasseurs de sanglier enterrent dans un endroit caché et inaccessible ses viscères et sa tête. Non, Massine n’en usait pas. Elle était trop belle et c’étaient ses charmes qui accédaient à la faveur des hommes.

Elle pensa que son heure avait sonné. Elle leva ses mains jointes au ciel pour implorer pitié à ses dieux. Elle prit ensuite deux silex pour essayer de faire un feu et éloigner ainsi cette meute d’hyènes. Les herbes étaient trempées et ne brûlaient pas. La pauvre n’était pas au bout de ses peurs. Oui le gala s’achevait. Elle entendit des rugissements. Deux lionnes apparurent. Elles étaient menaçantes. Elles marchaient d’un pas hardi, posé, lent, queue dressée, mâchoires grandes ouvertes. Puis le fort lion arriva. Il marchait noblement. Puis il avançait en tête, les lionnes le laissèrent passer. Car elles ne se trouvaient pas dans leur territoire et donc elles ne pouvaient pas être hostiles au roi des animaux. Les hyènes se mirent aussi en retrait par soumission. Massine tomba au sol, abandonna ses espérances pour fuir ou implorer ces bêtes féroces. La pauvre jeune femme. Elle était belle et ne méritait pas de mourir charcutée, dépecée par des fauves. Elle était humaine et devait mouroir de mort naturelle parmi les humains. Mais quel miracle pourrait la sauver. Elle eut une pensée pour sa mère, son père, ses frères et sœurs, son mari qu’elle épousa depuis une année seulement et dont elle était déçue. Elle n’aimait pas son mari qui n’était pas guerrier, ni lutteur contre les fauves, comme il y en avait beaucoup en Gétulie. Il n’était pas non plus riche. Il vivait seulement des produits d’une échoppe dans les marchés et donc il s’absentait beaucoup. Elle ne l’avait pas choisi. Mais ses parents l’avaient choisi pour elle. En plus de sa peur, elle souffrait aussi sa mauvaise  infortune.

Soudain une puissante clameur ébranla la forêt. Elle exprimait la fureur et la violence. Elle insista et continua. C’étaient des sons inaudibles que ne comprenaient guère Massine, mais qui lui glaçaient le dos d’effroi. On dirait un séisme qui avait secoué la terre, ou une explosion de volcan qui éjectait ses magmas. Les légers feuillages frémissaient et une petite branche s’était brisée. Les hyènes dressèrent leurs oreilles pour localiser ce son de terreur. Les lionnes se redressèrent pour bien distinguer d’où venaient ces clameurs insolites. Le lion s’était mis en position d’attaque. Toutes ces bêtes fauves étaient en alerte. Finalement un homme avait apparu. C’était Tafrent. Il venait en courant, à grandes enjambées, puissant et fier, sûr de lui-même. Sa grande taille impressionnait : de larges épaules, des bras puissants. Il était bâti comme un géant. Son courage égalait sa force. Rien ne le repoussait, ni fauves, ni un peloton de guerriers. Très habile aussi. Un vrai Gétule, digne de son peuple que craignaient Rome, Carthage, l’Egypte et les

Iles Ibériques (Espagne).

Gétuliya, nouvelle pour enfants ; ahmed bencherif

28 février, 2013
Gétuliya et le voyage de la mort volontaire | 3 réponses »

 

Il y a des milliers d’années, la région d’Ain-Sefra recevait abondamment de pluie et partout les herbes hautes poussaient dans l’immensité des plaines sablonneuses qui s’étendaient jusqu’aux portes de l’oasis de Taghit. Tous les jours, le ciel était chargé de gros nuages, tous les jours il y tombait de grosses pluies qui trempaient le sol. Les crues étaient impressionnantes par leur grandeur qui atteignait cinq mètres de hauteur et leur vitesse était vertigineuse. Les oueds coulaient régulièrement et rugissaient comme des lions. Ils allaient arroser l’immensité désertique pour finir dans les palmeraies du Touat, à Kerzaz, à Adrar et aussi loin que le permettait le courant des eaux tumultueuses

Ses  montagnes forment ce que les géographes ont appelé : le mont des Ksour en hommage au chapelet des ksars construits à leurs bases, depuis moins de deux mille ans, comme c’est le cas d’Ain-sefra, Sfissifa, Moghrar, Boussemghoun, Chellala. Elles sont imposantes, abruptes, difficiles à escalader et atteignent généralement mille huit cents mètres d’altitude. Dans le passé préhistorique, elles étaient densément boisées de chênes verts, de pins, de caroubiers, de genévriers et de diverses espèces. Elles abritaient des forêts profondes et inextricables. Leurs sommets étaient habillés de blanc presque toute l’année, une généreuse couche épaisse de neige qui fondait quand le soleil d’été commençait à chauffer et à émettre ses ardeurs. Ces eaux fondues s’infiltraient dans les couches géologiques profondes et ressurgissaient comme des sources généreuses qui donnaient à leur tour de grandes marres où venaient se désaltérer les animaux et les hommes.

Les géographes nous disent encore que la région d’Ain-sefra formait, dans ces temps les plus reculés de la préhistoire, un immense marécage qui s’étendait jusqu’à l’oasis de Taghit, à quatre vingt kilomètres au sud de Bechar. Elle avait donc sa végétation spécifique : des onces, des roseaux et des herbes très hautes et tendres. Au printemps, il y poussait aussi une multitude de fleurs variées, très belles et odorantes que butinaient les abeilles et les papillons. Mais cette région avait sa faune particulière, aujourd’hui hélas disparue et dont on retrouve la trace de sujets animaux sur les parois rocheuses qu’avaient taillés les premiers habitants. Elle ressemblait à la savane africaine et abritait le lion, le zèbre, l’éléphant, la girafe, le crocodile, le buffle, l’hyène, le serval, le guépard. Cet homme préhistorique nous a donc laissé sa mémoire par des gravures rupestres dont on retrouve des centaines de stations à ciel ouvert, éparpillées à travers l’atlas saharien et dont les plus belles se trouvent à Tiyout, vielles de cinq huit mille ans. Ces immensités fourragères suffisaient à entretenir ces troupeaux herbivores. Mais la sécheresse les appauvrissait d’année en année et le sol très humide s’asséchait de plus en plus. Plus loin dans le temps, soit soixante cinq millions d’années, il y vivait chez nous des dinosaures herbivores et les géologues en ont retrouvé un squelette, conservé aujourd’hui pour les besoins de la recherche scientifique, au musée de la Sonatrach à Alger.

Dans la région d’Ain-sefra, d’époque lointaine, il y a cinq mille ans, il y vivait un groupement humain, appelé Gétules, redoutables guerriers qui combattaient aux cotés des armées de la Numidie, de Carthage et d’Egypte. Ce peuplement était nombreux et se caractérisait par le grand nomadisme qu’il pratiquait. Ces mêmes individus peuplaient les hauts plateaux de l’est de notre pays, entre Constantine et Sétif. D’autres groupements moins importants en nombre habitaient au sud du Maroc, dans le territoire de Tafilalet. D’autres encore peuplaient le territoire entre Ouargla et Tabelsa, dont le mausolée remonte à deux mille cinq cents ans.

à paraitre prochainement en Algérie;

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