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HISTOIRE TRAGIQUE DE HIZIYA EXTRAIT MARGUERITE TOME1 AHMED BENCHERIF

histoire tragique de Hiziya, extrait marguerite tome 1 ahmed bencherif

Hiziya, la descendante Hiziya était belle comme l’astre du jour, gracieuse comme une houri. Les filles ne l’égalaient pas en attraits et l’enviaient, les hommes la désiraient, comme épouse, et surenchérissaient la dot. Mais, Hiziya, une Chérifa, fille de Ahmed Bel Bey richissime éleveur, avait donné son coeur à son cousin, Sayed, un jeune éphèbe de grande fortune et prestigieux chevalier. C’était le grand amour du dix-neuvième siècle qui dépassa, en beauté et en tragique, ceux que grava en caractères d’or, l’histoire humaine : Antar et Abla, Keiss et Leila, Roméo et Juliette. Le couple brûlait d’impatience pour sceller l’union et chacun voulait battre des ailes pour rejoindre l’autre. Leur amour fut unique en son temps, chanté par les uns, magnifié par les autres, jalousé secrètement par quelques uns. Une année après la grande guerre de 1871, vers la fin de l’été, les festivités du mariage étaient célébrées. Dans son douar, Sayed veillait à donner à l’évènement la réputation de tous les temps, en réjouissances et en prodige : fantasia, orchestre bédouin, Meddahs. Le père, qui désirait comblait son fils de bonheur immense, n’épargnait pas sa fortune pour couvrir les grandes dépenses en pierres précieuses, ceintures et bijoux en or, velours et soieries brodés au fil d’or, litière chamelière du plus haut standing.
La caravane partit, une journée avant la nuit des noces, au matin, formée de chameaux, de chevaux et d’une chamelle blanche qui portait la litière de la mariée. Une trentaine de cavaliers, accompagnés par quelques femmes, descendaient vers le sud, dans le territoire des Oulad Nail de Djelfa. C’étaient principalement des guerriers, ou cousins ou amis, requis pour leur bravoure, d’autant qu’au lendemain de l’insurrection générale, il y eut une insécurité totale, motivée par la soif de vengeance de l’Occupant. Ils parcoururent des dizaines de lieux sous une chaleur torride dans un désert balayé par des rafales du sirocco. Ils bivouaquèrent à la belle étole, autour d’un grand feu pour éloigner les reptiles et les charognards, constamment sur leurs gardes, contre une attaque impromptue. Le lendemain, ils levèrent l’ancre dans une mer de sable et marchèrent dans une allègre et joyeuse procession de chants, de tambourins et de youyous et arrivèrent à la mi-journée au campement de la future mariée. La même ambiance régnait, le même faste était donné ; les foules en liesse se réjouissaient des festivités, jamais produites de mémoire. Vêtu comme un pacha, Ahmed Bel Bey réunit toutes les conditions pour donner au mariage la dimension princière que méritaient les époux et dont parleraient les générations futures. Il combla sa fille d’or et d’émeraudes, de velours et de soie, de tapis et de couvertures, un trousseau savamment conçu par la mère qui était dans l’euphorie du bonheur.
Partout, la joie retentissait ; les éclats des costumes scintillaient et, dans la grande tente, flambant neuf et tissée en poils de chameaux, le luxe était inégalable et le décor, magnifique : tapis rouges d’Aflou, matelas en velours et maroquinerie, argenterie pour le méchoui et le thé, des encensoirs en cuivre rouge et blanc suspendus, fétiches pour le mauvais œil. Dans ce décor émouvant et cette richesse fabuleuse, qui offraient la vision d’un palais somptueux ambulant, la mariée vivait ce moment dans la grâce, entourée de demoiselles d’honneurs ravissantes. Elle était si belle, Hiziya, l’astre du jour à son lever, une constellation autour de la pleine lune ; son sourire réanimait le mort, sa splendeur transportait dans un autre univers de beauté et de quiétude, ses yeux noirs miroitaient, cernés de longs cils croisés; sa voix fluette réconfortait l’âme perdue, ses cheveux soyeux flottaient, caressés par les aquilons ; sa peau était laiteuse et son corps frêle, de quinze printemps. Elle était couronnée de diadème en perles, parée d’une longue chaîne, de bracelets aux poings, aux chevilles et d’une ceinture aux louis, le tout en or massif. Elevée dans un monde spirituel, elle se distinguait par une sagesse précoce et tenait un langage proverbial, incarnait la vertu pure et suscitait ainsi l’énorme intérêt des hommes, dont certains désiraient la posséder coûte que coûte.
Le lendemain, aux premières aurores, le cortège matrimonial prit la route, à travers l’immensité steppique, jonchée d’alfa et jalonnée de dunes aux sables dorés, attrayante pas de paisibles oasis. La caravane avançait en réduisant le plus possible ses haltes pour arriver au douar du marié, vers la fin de l’après-midi. Tout le monde était heureux et Hiziya égrenait patiemment les instants qui la séparaient de sa nuit de noces. Il faisait chaud et le ciel était bleu pur, rougi à son zénith par la boule de feu, le temps restait étrangement calme, les broussailles d’alfa ne bougeaient pas. Soudain, une poussière se leva à l’est et grossissait à vue d’œil, puis l’on entendit le bruit sourd des sabots. La caravane estima d’abord que c’étaient des éleveurs en transhumance, puis se ravisa : des dizaines de cavaliers parurent et avançaient droit vers elle. Elle distingua le goum et son caïd, un officier et ses soldats. Elle reconnut ensuite le caïd dont le parti avait été refusé et qui jura à ses amis de prendre Hiziya par la force. La caravane, qui ne pouvait s’enfuir, se résigna à organiser sa défense. Les cavaliers mirent pied à terre et tinrent leurs positions, sous le commandement de l’ami intime de Sayed, Meguensi Bel Guenid, un redoutable guerrier et tireur d’élite. La confrontation fut du prophète Mohamed, que paix soit sur lui, se prosterna, entra dans une profonde dévotion et invoqua le Seigneur Tout Puissant de l’emmener dans les cieux, plutôt que d’appartenir à un autre homme que Said. Dieu l’entendit, la combla de clémence et exauça son vœu : Hiziya mourut là, dans l’adoration du Miséricordieux, en plein désert. Les hommes et les femmes du cortège périrent tous, écrasés par deux cents soldats dont les pertes dépassèrent le huitième. Les assaillants enterrèrent les morts et emportèrent un grand butin en or, argent et montures. Mais, Lazreg, le cheval de Sayed, put s’enfuir au galop et rentra au douar en fin de journée.
Au douar de Sayed, les festivités battaient leur plein dans l’ambiance de poudre, de fantasia, de Allaoui et de youyous, dans l’attente de l’arrivée de la caravane qui s’était légèrement attardée. La grande famille vivait des moments affreux d’impatience. Des enfants faisaient le gué à la lisière du campement. Le père du marié consultait sa montre de poche à chaque minute, tendait l’ouie pour entendre l’écho, marchait, s’arrêtait, dans un mutisme total. La mère priait, se cachait le visage dans ses deux mains, essuyait ses pleurs, congédiait toute femme, pour rester seule dans son désarroi. Sayed soupirait sans cesse, n’entendait plus, ne voyait plus, déchiré par l’attente, bouleversé par l’inconnu. Le douar fut gagné par l’inquiétude, les chants et la musique s’estompèrent, la poudre ne tonnait plus, les chevaux ne hennissaient plus, ne reniflaient pas ; le temps s’égrenait lentement dans l’angoisse, s’allongeait et prolongeait les transes de chacun. Lazreg arrivait en fendant l’air, apparut seul, sans son cavalier, Meguensi Bel Guenid. Il ralentit sa course et hennit lugubrement puis, entra au douar d’un pas molle, marcha vers la grande tente, se rapprocha de son maître et pleura. Sayed sut alors qu’un malheur était arrivé, reçut un choc violent et cria avec fureur et désespoir : « Hiziya ! » Son esprit s’envola, son âme s’en alla, sa raison d’être mourut. Déjà, il n’était plus de ce monde qu’il répudia à tout jamais. Son cri, qui était déchirant, avait glacé d’effroi les êtres vivants confondus. Sayed, qui n’était plus qu’une ombre vivante, monta Lazreg et partit à la recherche de sa bien aimée, vite suivi par d’autres cavaliers. Après maintes recherches dans la steppe immense, il retrouva la petite tombe et un homme gravement blessé que les assaillants laissèrent pour mort. De sa muse, jaillirent des fragments de son ode célèbre et un mois plus tard, Lazreg périt à son tour.

 Hizya élégie extraite marguerite t 1 ahmed bencherif

                    Hizya élégie extraite marguerite t 1

                     «    Vos condoléances ô bonnes gens pour la principale des filles  

                           Ton corps endormi au coton et au tissu  

                            On le vit en sang par une nuit noire  

                            Perles dispersées sur le ventre vide de la muse  

                            Regarde les mollets parés de bracelets ô avertis  

                           Tu entendras le bruit de leur entrechoc dans la stratosphère  

                            Nous campions à Barèz l’espérance ici-bas au lever du jour  

                            Je chante l’amour au matin j’augure le sort  

                            Comme un possesseur de fortune et de trésors fabuleux  

                            La fortune ne vaut point le bruit de l’entrechoc des bracelets  

                            Quand je serai sanctifié par les ans je rencontrerai Hizziya  

                            Elle allait de grâce sublime parmi les agnelets  

                            Parée de bracelets aux chevilles  

                            Elle faisait chavirer mon esprit mon coeur et mes organes  

                            En transhumance au Tel on descendit au Sahara territoires dévalés  

                           Tentes affrétées et le baroud langoureux  

                            Lazreg me menant au royaume de Hizziya  

                            Le cortège trouva les grandes tentes de la muse  

                            Montées à Ain Azel à l’est de sidi Lahcen et Zarguattia  

                            Prit la destination de sidi Saayed  

                            Reprit chemin aux aurores  

                            Dans l’enceinte de sidi Mohamed verdoyant et fleuri  

                            Décrire sa beauté dépasse la longueur du drapeau  

                            Perle souriante au langage de maximes qu’elle m’explicitait  

                            La fille de Ahmida parait comme la lumière de la lune  

                            Seul dattier dans un jardin aux palmes ramifiées  

                            Que le vent ploya et arracha avec les pousses  

                            Je ne la croyais pas tomber, tout le temps en sécurité  

                            Ainsi ce Bon lui signifia le Visa et la dévia vers la sanctification  

                            Mon Dieu ! Mon Maître !  

                            En cette nuit écoulée elle trépassa.   

                            Mes pleurs coulent à flots sur mes joues  

                            Mon esprit est étreint de mysticisme  

                            Et j’erre par delà les oueds et les collines  

                            Ma raison happée s’en est allée  

                            Habillée de linceul la fille de l’illustre  

                            Embrasa de flammes mon cœur  

                            La fille aux sourcils colorés mise en cercueil  

                            Dans la grande tente, son douar paré de soie tressée de cuir  

                            En procession pieuse déchirante  

                            Inhumation, reflet astral par un après midi brumeux et court  

                            Et moi jeune, de douleur, moribond  

                            Saisi d’étouffement par la trompe  

                            Fossoyeur ménage la gazelle du désert  

                            Je crains l’éboulement de roches sur Hizziya  

                            Je te conjure par le Livre et les caractères du Donateur  

                            N’épands point le sable sur Hizziya  

                            Si cela fut dans l’adversité j’aurais affronté trois escadrons  

                            Et l’aurais prise au baroud contre les gens ennemies  

                            Et j’aurais affronté toute une colonne  

                            Empêché son enlèvement et sa vente en esclavage par les soldats      

                            Mais comme cela fut de la volonté du Tendre maître de l’univers  

                       Je ne puis la ressusciter, persévérant jusqu’à notre union dans l’au-delà  

                            Mon étalon, parrain des chevaux du Tel et joueur dans les smalas  

                            Me pourfend de douleur, ayant péri de deuil  

                            Loin de son maitre trente jours après la perte de Hizziya  

                            Les rennes tombèrent de mes mains ô mon père  

                            Je pleure et ma tête a blanchi  

                            Mon œil ne se console point par la disparition des amis  

                            O mon œil dis-moi ce que tu as montre-moi ce que tu as  

                            Que Dieu te pardonne ne me dispense point de pleurer »          

  

  

  

Tard ahmed bencherif  

Hizya élégie extraite marguerite t 1 

                     

 

 

                   

 


2 réponses:

  1. l’amour d’une belle femme fait perdre la raison; Hiziya était une vamp et toi aussi Haissiba tu es une vamp dont tombe amoureux le poète ;la femme dans la vie du poète est essentielle c’est par elle que jaillissent les strophes qui nous font rêver, nous donnent l’espoir, nous font percevoir la véritable dimension de l’amour. Oui Sayed avait perdu la raison pour cet amour/ Mais la question qui mérite d’être posée : est-ce que n’importe quel poète ne serait-il pas tombé dans la déraison, sachant qu’au moment de la communion tant attendue des deux aimés il y eut séparation infaillible tragique. n’es-tu pas de mon avis? cette question continue de m’interpeller sans que je ne puisse avoir une réponse tranchée; les visiteurs pourraient avoir leur contribution aussi, chacun selon son expérience dans la vie.

  2. hassiba écrit:

    Une histoire qui coupe le souffle..bien façonnée. Je comprends maintenant pourquoi sayed errait dans le desert, un tel amour..une telle tragédie ne font que perdre la raison avec la perte du bien aimé ou de la bien aimée.
    Merci infiniment pour cette belle lecture.

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