ahmed bencherif écrivain et poète

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Chatouf retourna dans sa hutte. Le dîner était prêt : du couscous avec un bouillon à base de lait, viande séchée et fondue dans la graisse, glands, galette au blé, les deux livres grillés et c’était tout. Chatouf posa une dalle qui était rangée dans un coin et servait de table à manger. Tous s’y mirent tout au tour. Puis il aida sa femme à servir dans des bols de terre cuite qu’elle-même façonnait. Avant de commencer à manger, ils prièrent leurs dieux à leur façon : le soleil, le feu, le bélier. Ils firent plutôt des signes de vénération, qu’ils ne récitèrent quoi que ce fût. Puis ils commencèrent à manger, se servant de cuillères à bois rustre et bientôt, il n’en resta plus aucun aliment. La ration pour chacun suffisait à peine à calmer les spasmes de la faim que tous ressentaient encore. Les grands, qui étaient imbus à la diète, ne bronchèrent pas. Mais les enfants crièrent leur faim. Chanoufa tenta de les calmer. Gétuliya ne dit plus rien, mais ses frères réclamèrent avec force. un surplus.

- la viande du sanglier jeté en pâture pourrait nous nourrir plusieurs jours, dit le garçon cadet. Nous ne pouvons rester affamés et la donner à la lionne qui elle se procure son gibier plus aisément que nous.

- Mais mon fils, dit Chatouf, notre peuple ne mange pas le porc et le sanglier en est un parent. C’est un interdit établi par nos ancêtres et nous devons le respecter, au péril de notre mort que guette la faim. Nos frères Libyens au Nord font l’élevage du porc, mais ils ne le mangent pas.

- Quel usage en font-ils, s’ils ne le mangent pas, rétorqua le garçon ?

- Ils troquent leur production avec les pays voisins, comme les îles ibériques ou le pays des Romains.

- Ces pays sont loin de chez nous, père ?

- Oui fils. Une grande mer nous sépare et nos frères Libyens sont d’excellents navigateurs. Tu dois avoir toujours à l’esprit cette règle que tu devras appliquer. On respecte l’interdit, car il nous protège de choses périlleuses inconnues. Tu as compris fils ? Promets-moi d’en faire honneur.

- Oui père. Q’en dis-tu Gétuliya ? Est-ce une bonne chose si notre peuple ne mange pas le porc ?

- C’est une sagesse des Anciens qu’on ne peut pas discuter. C’est ça le respect aux morts.

Le silence tomba sur tous, un silence froid, de mort qui plane, qui hante les esprits. Comme eux tous, Gétuliya le sentit dans sa chair qui la martyrisait. Depuis déjà un mois, elle y pensait. Elle la voyait arriver implacablement, plus forte qu’eux tous. Que pourrait-elle faire, sinon essayer d’en percer le mystère, s’imprégner d’images insolites, comme les suivantes dans ces vers :

Mort, mot simple, mot tragique

Pourquoi dois-je penser à toi

Si je suis juste ou inique

De bonne ou mauvaise foi.

Tu me surprendras toujours,

Au bout de ma gloire pompeuse,

Ou ma défaite sans retour,

Dans ma vie riche ou miséreuse,

Creuser ma propre tombe

T’attendre dans mes peurs

Sans voir de nouvelle aube,

Ni son bonheur ou malheur.

Cette réalité était amère pour cette famille. Chacun regagna son lit sans mot dire. Qui peut lutter contre la mort ? Personne. On lutte contre une maladie grave, mais avec la mort le combat est inégal. Pour ces gens-là la mort était un dieu à haïr. Car il ôtait la vie. Gétuliya ressentait toutes ces choses, car elle ne voulait pas

mourir. Elle pensait à ces voisins, ces cousins que la mort volontaire avait frappés. Ils n’avaient hélas laissé aucune mémoire, comme les Anciens qui avaient gravé leur histoire sur les rochers : hommes géants à la chasse ou en adoration, femmes émerveillées par la hardiesse de ceux-là, éléphants, girafes, buffles, bélier, disque solaire, javelines, des signes. Gétuliya dormit difficilement, en proie à d’affreux cauchemars.

 

 

 

 

Mort, mot simple, mot tragique

Pourquoi dois-je penser à toi

Si je suis juste ou inique

De bonne ou mauvaise foi.

Tu me surprendras toujours,

Au bout de ma gloire pompeuse,

Ou ma défaite sans retour,

Dans ma vie riche ou miséreuse,

Creuser ma propre tombe

T’attendre dans mes peurs

Sans voir de nouvelle aube,

Ni son bonheur ou malheur

      Page 17.

 

Christian Phéline accorde si peu de cas à des actants de cette époque et va jusqu’à les considérer avec un simplisme dépréciant leurs actions, leurs influences dans le cours des évènements. Ainsi, il qualifie Max Régis de démagogue. Il écrit :

 

     « En janvier 1898, le jeune démagogue Max Régis se porte ainsi à la tête d’émeutes qui se déchaînent aux cris de : « A bas les Juifs, A bas le gouverneur »     

 

Max Régis n’était certainement pas un démagogue, mais un acteur clé dans ces évènements qui avaient marqué l’Algérie coloniale. Il était le produit pur du décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui avait octroyé la nationalité française aux Juifs et donc la citoyenneté qui leur ouvrait le droit de participer dans la vie politique du pays, par la voie des urnes, malgré l’opposition viscérale des colons par pur antisémitisme bien enraciné. Ceux-ci menaient depuis cette date une haute lutte pour le faire abroger, qui bien des fois, avait été marquée par des actes de violence commis contre cette communauté. Ils étaient 35.000 Juifs, la plus importante communauté juive d’Afrique du Nord. L’origine de leur implantation remonte à l’antiquité et l’on retrouve des familles bien établies à Sétif, au quatrième siècle avant Jésus Christ, soit bien avant la conquête romaine et qui pratiquaient leur propre religion, parmi les populations païennes autochtones.

Parallèlement à l’antisémitisme très fort, la xénophobie alimentait également le débat public et inquiétait véritablement les colons qui y voyaient le péril étranger pouvant conduire jusqu’à la partition de l’Algérie. Au terme de la loi du 26 juin 1889, la naturalisation était devenue automatique pour :

- les enfants nés d’un père étranger, né lui-même en Algérie.

- les enfants  nés en Algérie d’un père qui n’y était pas né.

Ces jeunes naturalisés parlaient leur langue maternelle, soit l’espagnol, l’italien, le maltais. En 1889, la carte démographique de l’Algérie état la suivante :

Les Français étaient dénombrés à 384.000 dont 104.000 étaient nés en Algérie, 135.000 étaient venus de France, 109.000 étaient naturalisés. Aux côtés de cette population française, il existait 237.000 étrangers dont 20.000 marocains. En revanche, les Israélites étaient estimés à 48.703 au recensement de 1896. Donc on voit que l’élément français ethnique était minoritaire et que l’élément étranger allait croissant. Un important pan de la société métropolitaine et algérienne redoutait la formation d’une nouvelle nation, différenciée de celle de la France. Certains la voyaient à majorité espagnole qui serait en charge de préparer l’annexion par l’Espagne. Le député Eugène Etienne communiquait, dans son rapport de 1887, ses craintes dans ce sens. Les chiffres démographiques étaient alarmants. En effet, les Espagnols étaient 71.366 en 1872, 114.000 en 1881, 144.530 en 1886. Quant au député de Constantine Morinaud, il dénonçait la naturalisation massive d’Italiens. Ceux-ci étaient à 18.531 âmes en 1872, 44.315 en 1886.  La loi du 26 juin sur la naturalisation avait également doublé le nombre d’électeurs. Ce nouvel enjeu électoral d’inscrits potentiels issus de la naturalisation automatique inquiétait encore plus les politiciens algériens. Le constat était amer : l’élément étranger l’emportait dans 43 communes sur un total de cent qui constituaient le territoire civil. Donc cette loi était alors mise à l’index pour la faire abroger. Cette question déborda alors dans l’espace public et dès 1895, elle entrait dans les revendications coloniales majeures. Toute la classe politique adopta un cri de guerre : « A bas les Juifs et les étrangers ! » Opportunistes et radicaux, socialistes et révolutionnaires ne dissimulaient plus leurs sentiments xénophobes. Le leitmotiv de leur combat était désormais clamé, une nouvelle menace qui aura grandement servi les appétits coloniaux : « Si ce décret de 1889 n’est pas révisé, les Français peuvent se préparer à quitter l’Algérie ».

Au sein de ce courant xénophobe, les alliances politiques flottaient. Les politiques Anti-juifs s’adressèrent aux étrangers en termes flatteurs, cherchant à les associer à leur cause antisémite, tant ceux-ci représentaient une force considérable politique et électorale. Car le nombre d’électeurs potentiels fils de naturalisés croissait à forte progression : ils étaient 2.715 en 1888, 2.631 en 1889, 4.710 en 1890, 4.465 en 1891, 4.988 en 1894, 5.280 en 1897.  Les frères Régis fondèrent leur propagande des plus efficaces  sur le thème anti-juif. Ils se distinguèrent, après la scission de ce front survenue dès 1898. Une nouvelle fois, ces étrangers étaient fustigés et la loi de 1889 était une nouvelle fois mise en avant sur la scène des revendications, à tel point que le Conseil Supérieur du gouvernement général émit des vœux pour la remanier, afin d’assurer l’influence dominante aux Français sur les naturalisés. Les héritiers de la conquête, autrement les fils de Français, vilipendaient les étrangers en termes crus et avec un patriotisme presque arrogant. Dans certains milieux intellectuels et politiques, cette idée circulait : «  les fils d’étrangers qui, investis de tous les droits politiques, deviennent les maîtres de ce pays que leurs ancêtres n’ont pas  conquis ».

Ahmed Bencherif regards critiques sur l’aube d’une révolution Margueritte

Ahmed Bencherif                                          

                                        Conférence

                            L’occupation du mont des ksour

                                       et la résistance

                              Centre universitaire Naama

                                18 avril 2021 à 21h 30mn

 

Le 14 juin 1830, la France commettait la première guerre de conquête au 19ème  siècle. Elle avait une grande rancune envers l’Algérie dont la flotte de guerre de la Régence la privait de sa suprématie en Méditerranée et en contrôlait tous les navires marchands qu’elle taxait de redevances commerciales. Il ne faut pas croire que cette agression était le fruit de la vengeance sur l’affront subi par le consul Deval en 1827. Les raisons sont ailleurs. En  effet, la Régence était une puissance navale internationale. Il ne faut pas croire non plus qu’ elle était la seule à pratiquer le commerce des esclaves.

-                 l’affront au consul Deval. c’était en 1827, le représentant du gouvernement français était en audience chez le dey Hocine. Le sultan algérien, ( c’est ainsi que les deys furent appelés longtemps) réclama les créances, vieilles de deux ans, dues aux deux négociants juifs Bakri et Buchnak de fournitures de blé et autres produits. Il comprit que Deval cherchait à éluder cette question. le dey Hocine. Il entra dans une vive colère, quand il chercha à savoir pourquoi le ministre des affaires étrangères n’avait pas voulu lui répondre pour ses deux lettres. Alors, le dey le frappa de trois coups d’éventail. Deval dit que ce le roi de France est offensé et qu’il exigeait des excuses publiques. le dey refusa et aussitôt la France mit en, œuvre le blocus par les navires de guerre qui appareillaient presque au port d’Alger. ce blocus resta trois ans et aboutit au débarquement du 14 juin 1830.

-                 Les raisons de l’agression étaient économiques les nations d’Europe voulaient déjà conquérir le monde et avaient adopté des règles de commerce international. pour ce trafic, il fallait assurer la sécurité du trafic maritime. Les états chrétiens pratiquaient eux aussi le commerce des esclaves.

-                 le congrès de vienne de 1816 avait pris des résolutions pour détruire la flotte algérienne. C’est ainsi que la flotte anglaise et hollandaise bombardèrent Alger et détruisirent la quasi-totalité des navires de guerre de la Régence.

-                 La flotte,  reconstituée partiellement fut détruite en 1827 par les marines européennes dans leur guerre contre l’empire ottoman.  Puis, le blocus fut imposé pendant trois ans par la marine française jusqu’à son entrée en guerre.

-                 le 14 juin 1830, c’st le débarquement à sidi Freidj ; le 5 juillet suivant le dey Hocine se rend. Commence alors les guerres de résistance la première à Staouali par des combattants arabes et kabyles.

-                 Puis commença la guerre de résistance de l’émir Abdelkader 1832-1847

La zone de repli de l’émir Abdelkader

Tant que la guerre étendait son empire sur les êtres humains, les bêtes, les arbres et les plantes, les moissons et les cueillettes, l’émir Abdelkader se devait de choisir des zones de repli sures. Il disposait à cet effet de deux opportunités, l’une sur le territoire marocain, l’autre dans la steppe et le mont des ksour et ses oasis. Cependant cette dernière région devait fournir à ses troupes le repos et les approvisionnements en céréales et dattes, en fruits et légumes. En effet, il était venu plusieurs fois et avait parlementé avec les habitants des ksour, les tribus nomades, les Hamiyan Gheraba, les Amours, les Oulad sidi Ahmed Mejdoub, les Ouald Maalla. Pour les habitants des ksour, il ne les avait pas astreints à un impôt de guerre, en raison de leur état de pauvreté bien apparent, car ils vivaient presque en autarcie. Il y avait au moins deux ksars dont la moitié des habitants émigraient pendant plusieurs mois de l’année pour subvenir à leurs besoins.

La région frontalière du Maroc à lalla Maghniya devenait de plus en plus perméable et de moins en moins sure pour l’émir, l’autorité militaire résolut de le couper de la seconde zone de repli, sure et très menaçante par ses cavaliers et ses fantassins intrépides. C’était la steppe, le territoire des tribus nomades et le mont des ksour, une grande zone d’oasis de culture, plus ou moins bien arrosée par les pluies et irriguée par des oueds de grandes crues ou de faibles débits en période sèche. Cette mission échut au général Cavaignac dont les troupes devaient marcher presque sur le long du tracé de la frontière marocaine et du général en chef Renaut dont les troupes marchaient un peu plus à l’est, vers les campements des Hamiyan Cheraga, déjà soumis. La colonne prit sa marche à partir de Tlemcen le 1er avril 1847.

Le blocus du 16 juin 1827

Le capitaine Collet réagit et entreprit de faire le blocus d’Alger, par voie maritime, le 16 juin 1827. Il y a tout lieu de croire que ce siège était décidé par sa hiérarchie militaire avant de prendre la mer et de se diriger vers Alger pour laver l’affront. En effet, la force dont il disposait renseigne bien sûr ces dispositions. La division navale chargée du blocus d’Alger était composée de : cinq frégates, une corvette et six bâtiments. Six croiseurs parcouraient le bassin occidental de la méditerranée, d’autres escortaient les navires de commerce. Le dey ne céda pas et attendit que la tentative échouât comme les précédentes. En revanche, il détruisit par représailles les comptoirs de Bône. Le 4 octobre 1827, au point du jour, la flotte du dey, composée de onze navires de guerre, était repérée sortant du port. Le commandant Collet manœuvra pour l’empêcher de sortir. Vers midi le feu s’engagea et après deux heures de combat, les Algériens renoncèrent à forcer le passage et rentrèrent au port.

De l’échec du blocus, germa l’idée d’une grande expédition militaire contre Alger, dont Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, rapportait les grandes lignes au roi Charles X. Il argumentait son projet de guerre en ce sens que la marine seule ne peut atteindre l’objectif et qu’il faut débarquer une armée de terre près d’Alger. Le plan de l’expédition remonte à 1808, sous le règne de Napoléon 1er. Il était élaboré par l’espion, le capitaine Boutin, qui séjourna à Alger du 24 mai au 17 juillet de la même année. C’est un volumineux dossier fourni en renseignements, cartes, croquis, forces de la Régence. Sa mission était soutenue par le consul Dubois-Thainville. p.35

13 mai 1828 le député de Marseille, déplora le déclin du commerce de sa ville de moins en moins approvisionnée par Alger. Il dénonce le blocus comme guerre passive et propose d’y mettre fin par une guerre. C’est ainsi que le gouvernement Polignac prit la décision le 31 janvier 1830 pour mener l’expédition contre Alger. C’est à partir du port de Toulon que les équipements de guerre étaient mobilisés. C’était une importante flotte capable d’anéantir la plus grande puissance du monde de l’époque, détaillée comme suit : onze vaisseaux de ligne, vingt-quatre frégates, des corvettes, des briks, au total plus de cent bâtiments de guerre, les uns déjà chargés de matériel, les autres disposés pour recevoir les troupes. Au-delà sur la mer, des navires de commerce, les uns destinés au transport des chevaux, les autres affrétés pour les services administratifs faisant partie d’une flotte de 347 voiles. (1) L’objectif de la France consistait à garder pour elle-même Alger et la côte. Elle prévoyait en outre de partager le reste du pays entre les autres puissances de l’Europe : Bône sera attribuée à l’Autriche, Stora à la Sardaigne, Djijelli à la Toscane, Bougie à Naples, Tenez au Portugal, Arzew à l’Angleterre, Oran à l’Espagne.

12
avr 2021
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Le bagne

Les bagnards sont classés en trois catégories :

-. Les transportés sont astreints aux travaux forcés.

-. Les déportés politiques non astreints aux travaux forcés

-. Les relégués sont les délinquants récidivistes

Leur déplacement au bagne nécessite, comme pour tout autre bagnard, l’étude méticuleuse de leurs dossiers au double plan judiciaire et moral. C’est la mission d’une institution spéciale qui va déterminer pour chacun son régime carcéral.   C’est la commission permanente de régime pénitentiaire, créée par le décret 1880, qui est en charge de cette tâche complexe et difficile. Elle reçoit donc les dossiers des treize forçats de Margueritte, qui lui sont transmis par la cour d’assises de Montpellier. Les condamnés subissent encore de nouvelles peines. En effet, ils sont classés à la troisième classe, et de ce fait, ils ne bénéficient pas de salaires ni de concessions agricoles, une fois leurs doubles peines purgées, celle des travaux forcés et celle de l’interdiction de séjour.

Les prisonniers de Margueritte séjournent presque trois mois à la maison d’arrêt de Thouars. Ils subissent les terribles épreuves de l’incarcération, de la nostalgie et de leur isolement par rapport aux codétenus français dont ils ne comprennent pas le langage. Quant à Yakoub, il s’enfonce davantage dans sa retraite. Seulement onze détenus quittent le 24 juin 1903 la prison de Thouars sous une escorte vigilante de dix gendarmes pour rejoindre celle de La Rochelle . Le douzième manque. Est-il mort dans cette prison ? L’affirmer constitue une problématique. Pour être conforme au langage juridique, il est approprié de le classer comme disparu. Le lendemain vers midi, ils embarquent sur le vapeur Coligny qui les mènera au dépôt bagne de Saint-Martin de Ré.

Vers le dix du mois de décembre 1903, ils furent rassemblés, dès le début du jour, comme à l’ordinaire dans la cour, sous une haute surveillance de cinquante gardiens. Le directeur, M. Picqué, se présente devant eux et leur annonce que le départ pour aller purger leur peine était prévu dans les quinze jours qui suivraient. Les forçats se réjouissaient dans l’immédiat y compris, ceux de Margueritte. Car, le régime carcéral s’assouplit : ils sont mis au repos, dispensés de travailler aux ateliers, aux jardins, à la coupe de bois. Le temps de la promenade est plus allongé que d’habitude.

Le vingt-trois décembre de l’an 1903, c’est l’embarquement des transportés et des relégués. C’est la fin de leur vie en société, le début d’un drame sans fin, sans commune mesure avec les crimes et les délits qu’ils avaient perpétrés.

D’une prison à l’autre, les insurgés laissent derrière eux des morts qui ne sont pas reconnus officiellement. En entrant à la citadelle, ils sont onze individus. À l’embarquement, ils ne sont plus que neuf,

 

Vie de forçat

 

Les forçats sont encadrés par des porteclés, auxiliaires des surveillants, choisis parmi les détenus, composés d’Européens et en majorité d’Arabes, tous sont lamentablement détestés, pour l’espionite et la délation qu’ils exercent impunément sur les condamnés. Ils se réveillent à cinq heures du matin, font leur semblant de toilettes, rangent leurs cases, se présentent dans la cour centrale pour le rassemblement. Ils sont répartis par pelotons de trente individus, chacun sous les ordres d’un surveillant. Ils répondent à l’appel fait par leurs porteclés respectifs à six heures. Ils quittent le camp aussitôt, traversent les rues de la ville, regagnent leurs chantiers et entament le travail exténuant et harassant. Ces sites grouillent de forçats, qu’ils soient de déforestation ou de défrichement, ou encore dans les carrières de pierre, ou l’abattage des arbres géants. Ils sont français, maghrébins, tous liés par le même tragique sort. Les Algériens forment cependant la majorité. Il leur est interdit d’observer la moindre pause. Une faute quelconque expose son auteur à des punitions sévères, dont la mise au cachot, vraie terreur des condamnés. Mais, c’est aussi l’occasion de faire d’heureuses retrouvailles avec des individus originaires d’une même région et du même pays. C’est ainsi que les condamnés de Margueritte repèrent des Arabes de l’arrondissement d’Orléansvilles.

Ils rejoignent ensuite leurs cases pour dormir sous escorte. Chacun se couche sur sa planche et les porteclés ou les surveillants les fixent à la barre de justice à la cheville. À vingt heures, c’est l’extinction des feux. La nuit, c’est la terreur, la phobie dans les cases. Le condamné doit être fort et courageux pour sa propre survie. Le bagne est conçu pour des criminels endurcis pour qui le crime est presque un jeu d’enfant, une action héroïque pour nourrir leur égocentrisme. Il en est pourtant des jeunes qui sont doux, arrivés là accidentellement qui font le plaisir des hommes virils la nuit. Les viols sont également courants. Les vols sont nombreux, justifiés pour faire un petit commerce et acheter de la nourriture. La violence est omniprésente, particulièrement cruelle, avec une impulsivité incroyable. Les agressions vont jusqu’au meurtre

Les forçats contractent tous des maladies virales tropicales qui les anémient, les rendent squelettiques, les fragilisent au point de leur provoquer des hallucinations. C’est un autre bourreau contre lequel ils ne peuvent pas lutter. La fièvre jaune et le paludisme font des ravages parmi la population carcérale. D’autres maladies encore, les terrassent : la typhoïde et l’ankylostomiase, dues principalement par l’insalubrité et l’absence d’hygiène.

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Le ciel était noir, impénétrable et mystérieux. Il bloquait l’imagination la plus fertile par l’absence cruelle de constellations. Il n’invitait guère aux contemplations merveilleuses, ni aux rêveries douces. Tout proche de la terre, il  semblait s’y abattre à tout moment et l’engloutir dans son immensité. Ainsi, il ne conviait pas aux méditations et à la vénération ; car il cachait cet être invisible qu’est Dieu et occultait ce besoin d’élévation de l’âme vers les hautes sphères  pour atteindre la félicité indéfinie que chacun conçoit. Il générait un sentiment étrange de peur qui n’était vraiment pas d’à propos. Sa grosse couche nuageuse néantisait presque le champ visuel et l’on se posait judicieusement la question de savoir ce qu’aurait été le monde sans la lune, sans les étoiles, ces faisceaux fabuleux qui émerveillent utilement.

C’était une nuit d’hiver, silencieuse et monotone, longue et pesante de l’an cinquante du vingtième siècle. Elle s’épuisait lentement et abordait ses derniers quartiers. Le village dormait de sommeil profond, ses feux étaient éteints, ses habitants se retournaient dans leurs lits, ses chats ronflaient près des cheminées en cendres, son bois de Boulogne était aussi calme et les feuillages ne crissaient même pas. Les oiseaux ne s’ébattaient guère et le hibou ne hululait point. Les êtres vivants se réfugiaient contre les rigueurs du froid. La gelée tombait, cuisait la chair qu’elle pénétrait pour aller se loger aux ossements qu’elle glaçait et fragilisait d’affection rhumatismale épouvantable et de là perturber l’équilibre biologique du cerveau. Combien en ont péri, transits de froid ?

La vallée était immense, rétrécie et sablonneuse en amont, béante et rocailleuse an aval, bordée de deux puissantes montagnes, l’une bleue et boisée, au sud, l’autre marron et presque nue, au nord. Des îlots de verdure poussaient ça et là, au bon prodige de l’oued qui la traversait et y laissait des marres un peu partout, lui-même séparé en amont par une haute et large falaise qui amortissait la violence des eaux de crue de son affluent. Tous les deux, quand ils débordaient, faisaient jonction à la lisière du village et se distinguaient par une violence torrentielle phénoménale qui menaçait le village, bien des fois victime de la furie des flots qui allaient écumer dans les rues limitrophes et en déloger les habitants. Bien des fois des gens y avaient péri, noyés et échoués à des lieues plus loin. Ces îlots de verdure étaient le produit de fellahs laborieux du ksar qui était perché en hauteur du village, au pied de la dune, elle-même adossée à la montagne bleue, appelée Mekhter, terme arabe signifiant profusion de biens.

La montagne bleue était bien généreuse. Elle nourrissait tout le village en bois de combustion et en charbon, ainsi qu’en bois de charpente pour l’ensemble du ksar et un bon nombre de maisons urbaines : le chêne, la caroubier, le genévrier, le pin la peuplaient et de nains arbustes à fruits incomestibles qui ressemblent au pêcher ; ils ne formaient pas cependant des forets inextricables. Elle était très humide en hauteur et gardait des flaques d’eau dans des endroits encaissés et ses sources resurgissaient un peu partout à faible débit toutes fois. L’eau de pluie se conservait longtemps dans des rus qui proliféraient, sans  attirer des oiseaux migrateurs. Elle foisonnait en herbes de pacage et herbes médicinales, tels que le romarin et l’armoise, possédait son gibier comme le mouflon qui allait paître sur une grande plaine au versant sud. Elle s’était toutes fois paupérisée en prédateurs dont on retrouvait seulement le chacal, l’hyène, le renard et le serval. Quant au léopard, il avait été exterminé dans un passé tout récent, à moins d’un siècle. Mais, le grand fauve, le lion de l’atlas, l’avait été beaucoup plus avant.

Elle était vaste, gagnant tout aussi bien en longueur qu’en largeur et atteignait mille neuf cents mètres d’altitude. Elle était majestueuse et imposante et se projetait en avant vers le ksar qu’elle protégeait depuis les temps immémoriaux contre les Rezzous. Oui, elle n’était pas abrupte et son ascension ne fatiguait pas outre mesure sauf sur les sommets ; elle avait aussi l’avantage de fournir des caches bien dissimulées, sans qu’il n’y ait cependant de grottes, capables de recevoir des groupes de personnes. A son point médian, une dépression raide prenait naissance au sommet, faite au fil des ages par l’érosion des eaux de pluie impétueuses qui dégringolaient à pic et se cognaient à une falaise pour se diriger ensuite vers deux lits à droite et à gauche, falaise prodigieuse qui bouchait la voie aux flots impétueux qui risqueraient d’emporter le ksar.

Les arrestations.

Les arrestations sont opérées par tas et par vagues successives. Ceci veut dire en clair que le travail n’est pas méthodique, encore moins en rapport avec les attributions de police judiciaire. L’action relève de la rapidité de l’éclair. Elle est même trop rapide et laisse maintes interrogations sans réponse. En effet, à la date du 28 et 29 avril 1901, 38 individus sont amenés et 150 entre le 29 avril et le 1er mai, soit 188 au total, comme le rapporte Charles-Robert Ageron dans son ouvrage (1). Cependant, l’opération se poursuit jusqu’au 2 mai, Monsieur Masselot, secrétaire général de la préfecture pour les affaires indigènes, lève la réquisition de l’armée, à la demande du lieutenant-colonel Léré qui dit fièrement que l’essentiel des battues est exécuté et que s’il reste encore des éléments en fuite, ce sera désormais une affaire de police et que la compagnie de Meliana s’en chargera. Le général de division Grisot déclare : « La terreur a succédé à la folie » il faut comprendre par « folie » la révolte. En somme, le commandement de l’armée est satisfait du résultat qu’il a obtenu. Il faut reconnaitre qu’il avait fait du zèle en menant cette grande opération guerrière, qui n’est pas loin des concepts de razzia.

Cependant, Christian Pheline nous rapporte un chiffre, nettement supérieur à celui avancé par l’immense historien Ageron. Il rapporte que :

« Dans les douze heures, près de 400 indigènes étaient arrêtés et amenés à Margueritte ».

« De tous âges, depuis des vieillards à la barbe blanche jusqu’à des adolescents impassibles » (2).

Ce chiffre semble peu plausible, si l’on tient compte que la tribu compte 3200 âmes tous âges et tous sexes confondus, de la première enfance jusqu’à l’ultime vieillesse. De toute manière, nous ne possédons pas plus de données démographiques pour en faire une analyse. Néanmoins, nous nous rapportons à la référence bibliographique donnée par l’auteur lui-même : « La Dépêche algérienne, 16 décembre 1902 ».

Or, cette édition n’évoque ni les battues ni les arrestations. Elle date, comme cité ci-dessus, du 16 décembre 1902, soit 6 jours après l’ouverture du procès à Montpellier. Le correspondant parle de la salle d’audience, du procureur général, Laffon, du président de la cour, de ses deux assesseurs. Il tient en outre en suspicion les jurés, parle de la barbarie des insurgés en fin de l’ambiance générale, des incompréhensions des Français de la Métropole vis-à-vis des colons français (3). Donc, le chiffre avancé par Christian Pheline est sans aucun fondement et de ce fait, on s’en tient à celui avancé par Charles-Robert Ageron.

À la date du 1er mai, le procureur de la république Poinssier loue les efforts et l’efficacité des battues qui ont permis l’arrestation de trois indigènes parmi les principaux :

-          Taalibi Miloud, jeune frère de Taalibi, Elhadj BenAicha.

-          Hammadi Mohammed Ben Tifouri.

-          Abdellah El Hirsi, l’égorgeur.

Puis deux jours plus tard, ce sera au tour de Yakoub Ben Hadj Hamed, capturé par l’administrateur de Djenden, monsieur Diar. Il était blessé gravement et fut conduit à l’hôpital de Meliana. Taalibi Ben Aicha, son lieutenant, le sera peu de temps après.

Les battues se poursuivent jusqu’au 15 juin par la compagnie des Tirailleurs de Meliana. Le bilan meurtrier de l’opération en elle-même est de 16 autres indigènes tués de sang-froid et sans sommation.

                              La conscience nationale

  1. 1.      Psychologie de la conquête française

La marine algérienne partout imbattable en Méditerranée ou en Atlantique, était crainte par les autres puissances navales des Etats unis d’Amérique, de l’ Angleterre, de la France et de bien d’autres. Les combats qu’elle menait attestait sa bravoure, son amour pour le danger, son goût pour le risque. Mais elle devenait trop problématique, trop inquiétante pour la sécurité navale que pour l’évolution logique dans laquelle étaient engagés tous ces états adverses. Cette fois, il fallait employer les grands moyens. Allait-elle encore gagner ses paris et survivre à toutes ces guerres navales qu’elle avait menées ?

La navigation fructifiait pendant presque trois siècles, sur les côtes, au nord et au sud de la Méditerranée, pour le commerce d’esclaves, capturés lors des guerres ou de razzias qu’opéraient les nations d’Espagne, du Portugal, de la France, de l’Angleterre, de Malte et des états italiens, la Régence d’Alger, de Tunis et de Tripoli. Ni les chrétiens, ni les musulmans n’en  réchappaient. Des milliers d’hommes et de femmes, étaient réduits à l’asservissement et ne rachetaient leur liberté qu’à un prix fort astronomique. Leur seul tort était de se trouver sur le chemin de ces corsaires, maîtres des mers. Tous ces états la pratiquaient sans honte ni vergogne. C’était une barbarie qui ne disait pas son nom. Cependant au 19ème siècle, les sociétés commençaient à s’émanciper. C’est ainsi que les chefs d’Etat concernés, du moins européens, avaient tenu le congrès de Vienne le 7 juin  1815. Les travaux avaient abouti à redessiner la carte de l’Europe : des territoires sont retranchés ou rajoutés à des Etats. Outre ce fait majeur, des résolutions furent adoptées. Elles allaient révolutionner le monde. La traite des noirs fut abolie et la captivité des chrétiens par les Etats nord-africains fut carrément interdite sous réserve de représailles. De plus, la liberté du commerce fut adoptée et donc la piraterie devenait un fléau à combattre. L’Etat le plus visé était naturellement la Régence d’Alger dont la force navale était encore très puissante et pouvait contrecarrer les mesures prises par le congrès. Donc, il était impérieux aux nations d’Europe d’affaiblir ou  rendre hors d’état de nuire cet ennemi redoutable qu’était la Régence d’Alger qui investissait de grandes dépenses de son budget dans la construction aéronautique et l’emploi d’une nombreuse armée de janissaires, non moins redoutable. De ce fait, elle avait de plus en plus besoin de d’esclaves chrétiens pour galérer sur ses vaisseaux en haute en mer en bravant tous les dangers naturels ou les attaques de puissances ennemies. .

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