ahmed bencherif écrivain et poète

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25
mar 2021
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Dans leur chaumière, Chanoufa et sa fillette Getuliya se regardaient seulement. Elles n’avaient rien d’autre à faire. Elles étaient nues, fragilisées par le destin qui frappait à leur porte. Rien ne pouvait le conjurer. Cette famille était abandonnée par les siens.  Les petits enfants restaient immobiles, comme paralysés, comme si leur sang avait glacé dans leurs veines. Leur demeure de fortune était vide, sinistre, exigüe malgré ses dimensions normatives dans le  village. Le feu ne brûlait pas, ne conservait point de chaleur. Il était froidement macabre. Les cendres avaient été raclées et jetées au vent. Il n’y avait rien à manger. C’était la famine qui avait frappé de plein fouet ce foyer, qui ne mangeait pas depuis cinq jours au su et au vu de tous.

La  croyance voulait que devait être enterrée vivante dans un tumulus toute famille qui était arrivée au bout de ses infortunes, dès que toutes ses ressources auront été épuisées. C’était quasiment un culte inviolable que personne n’osait ni profaner, ni remettre en  cause. Ce peuple souffrait dans les fondements de son humanité et faisait de l’égoïsme une règle de vie sacrée et au lieu de solliciter des se cours en cas de besoin vital, il préférait mourir, construire son monument funéraire et y attendre stoïquement la mort. Cette croyance était vieille et rien ne permettait de la situer dans les siècles obscurs passés. Elle  n’était pas exclusive au village de Doug. Mais elle était en pratique dans toute la région et con cernait spécialement le peuple Gétule,

« Getuliya, nous  vivons  nos derniers instants sur terre, dit Chatoufa.  Sois forte et courageuse. L’épreuve est terrible ». Sa voix fut littéralement brisée, telle une vague qui se jetait sur un récif. Ses larmes commencèrent à tomber faiblement, puis par flots qui lui trempaient tout le visage. Elle la serra fortement sa fille dans ses  bras, comme si elle espérait du fond de son âme lui prolonger la vie. D’ailleurs, c’était le vœu fort du père. Il n’avait hélas aucun pouvoir pour l’exaucer. Getuliya, la fillette de neuf ans presque ne disait rien, n’éprouvait aucune phobie. Elle était  calme, en pleine possession de ses facultés mentales. Elle méditait sur  cette façon de mourir que son peuple avait adoptée et qui lui paraissait inhumaine. Elle la désavouait en silence par crainte de heurter ses convictions. Elle se devait d’agir, sans savoir comment. La mère la tira de ses méditations et lui dit d’aller rejoindre leur future demeure.

Elles s’en allèrent, guidant deux petits poussins. En chemin, des habitants les regardaient sans la moindre compassion  ni pitié. Ils traitaient même  Chatouf d’homme in capable d’assumer son foyer et donc il méritait la mort. Ils le qualifiaient de paresseux et éprouvaient pour lui seulement du dédain. Ils étaient durs comme, humainement insensibles à ce mode cohabitation qui dépassait toutes les bornes admises de l’égoïsme. Et pourtant, leur peuple sacrifiait ainsi ses enfants de façon la plus horrible et la plus sinistre. Il en arrivait souvent  cette mort  volontaire, qualifiée comme un culte funéraire. Getuliya et sa mère n’en étaient nullement affectées. Elles demeuraient grandes dans leur malheur et aucun moment, elles n’eurent à l’esprit d’aller demander l’aumône

20
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:13 | Pas de réponses »

 

Colère

 

Libérez la fureur de vos cœurs tourmentés !

L’audace vit en vous jusqu’à la fin des temps.

Le fusil, le sabre sont votre liberté

Allumez la poudre ô guerriers d’antan !

 

Gronde le tonnerre et s’abat la foudre !

Ton courroux est plus vif, pourfends ton ennemi

Laisse-le paniquer, pousse-le à geindre

La terre fertile, récolte ton semis

 

L’heure annoncée par l’oracle pointera

Seuls de gros nuages cachent notre soleil

Le messie justicier parmi nous surgira

Notre moisson sera faite de vermeil

 

L’Allemand a vaincu le Roumi à Sedan.

Son déclin a sonné, sa fin est proche

Prépare le bûcher, le brasier ardent

Fête l’évènement, allume les torches.

Fellah, petit agent ! Ecoutez votre cœur

Qui ne cesse de battre, vous dit de vous battre,

Reste froid aux ordres,  muet à la douleur

Résiste aux brimades, déjoue les cabales,

Vous somme de serrer les dents et le ventre,

Vous fait entendre le son des cymbales,

Présage la gloire, indique la montre.

 

Colonisé ! Secoue la poussière du sol,

Va au-delà de tes peurs, le fusil ne tue pas,

Le destin décrète l’arrêt des jours en bémol

Sans moindre préavis et sans aucun appât.

 

 

Prends gourdin et la faux, car viendra le fusil. ,

Sème d’abord la peur, puis tu feras mal,

Tu donneras la mort avec de vraies balles,

N’en rougis point, car tu manques de blé et de riz.

 

Ecoute le ciel gronder et montrer sa fureur,

Se couvrir de couches nuageuses noires

Les unes opaques sans ternes couleurs

Vrombir de tonnerre du matin jusqu’au soir,

Se fendre par les jets de foudre aveuglante

Qui descend jusqu’au sol et provoque le feu,

Décharge ses chocs, tue toute vie naissante

Exposée sur sa voie et dont elle ne veut.

 

Mais tous ces éléments déchaînés portent en pli

Un nouveau semis riche d’organismes vitaux

Qui greffent la terre bien tombée dans l’oubli,

Asséchée au tréfonds jusqu’aux petits canaux.

 

 

 

Fais comme eux et laisse la fureur te gagner,

Ta voix tonner partout dans les prés et les rues,

Dans les bourgs et villes, dans les citadelles,

Les forts et contreforts, les places bien soignées,

Ta main frapper sans clémence, ni pitié

Provoquer l’incendie ravageur et embrasant,

Arrêter l’ennemi, le juger et le châtier

Pour ses crimes commis au passé et au présent.

20
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:09 | Pas de réponses »

Jocelyne ! Tu verras le saint dragonnier,

Au bord de l’oued, dans un nid de roseaux

Veillé par la koubba du santon altier,

Dont le lit se draine parmi les vaux.

 

Sur l’aire spacieuse, de forme ronde et nue,

Au milieu des jardins, ébruités de paysans,

Fournis de légumes et de fruits charnus,

Cultivés de choux verts, conquis de liserons,

Au bord de l’oued en face da la marre

Située au pied de la haute falaise,

Croit l’arbre vénéré depuis un millénaire,

Fourni abondamment de petites fraises

Sur les cimes fleuries comme un bouquet géant,

Tel un gigantesque parasol suspendu

Sur le fut énorme formé d’un trou béant

Par plusieurs racines marron clair et tordues.

 

Des femmes fragiles viennent s’y recueillir,

Font leur pèlerinage autour de la sainte

Incarnée par l’arbre sans aucun souvenir,

Vivant en mémoire sans d’autres empreintes

Que le henné teinté deux fois par semaine

Avec un bel amour stoïque et profond,

Ou de petits foulards noués aux racines,

Ou bien encore des morceaux de charbon.

 

Elles sont deux ou trois à venir sans enfants

Du village nègre qui fête le taureau

Chaque année à la fin d’octobre gémissant

Par un groupe d’hommes coiffés de callots,

Ivres de musique et souvent en transe,

Par les chants religieux sur fond de sons cuivrés

Des castagnettes tendres et les résonances

Des tambours, à la main habile, ouvragés.

 

Elles sont possédées par de mauvais esprits,

De jambes amorphes, les yeux noirs distraits,

A la voix sans timbre et le teint fort blêmi

Par une névrose qui amoche leurs traits.

Ratissages

Pour rassurer les colons, les autorités civiles et militaires avaient décidé une opération militaire punitive de grande envergure dans le Zaccar le jour même. Elle était justifiée par l’état d’esprit phobique des populations européennes et une grande fierté des indigènes d’être encore capables de prendre les armes et conquérir des droits que la paix ne leur avait pas octroyés. Le général Paul Alphonse Grisot avait été requis par le gouverneur général Jonnart, en santé déclinante, sur le point de démissionner. L’armée est plus que jamais requise à frapper fort et vite. Elle doit enlever toute velléité aux indigènes de penser révolte, de prendre les armes, de vouloir vengeance. Elle doit non seulement les impressionner, mais aussi les terroriser longtemps.

Une force considérable est déployée. Ses effectifs donnent une impression de terreur et prédisent que les représailles devaient être terribles. Ils signifient en clair qu’ils sont sur le pied de guerre, contre une population désarmée et isolée. C’est la formation d’une puissante colonne qui se met en mouvement pour s’engager dans les hostilités, comme pendant la guerre de conquête. Le haut commandement du 19e corps est décidé a réprimer de la plus atroce façon. C’est le retour aux méthodes de la terre brulée du maréchal Bugeaud. Le 28 avril, deux jours seulement après l’écrasement de la révolte, 1 200 soldats stationnent le long de la voie ferrée qu’ils surveillent, 800 autres partent ratisser dans la montagne du Zaccar où se sont réfugiés les rebelles :

-          Un bataillon du régiment des Zouaves d’Alger

-          Deux compagnies de tirailleurs d’Orléans ville

-          Un escadron des chasseurs de Blida.

Au total, deux-mille soldats, entre Zouaves, Tirailleurs, sont sous le commandement du général Octave Gilet. Trois torpilleurs appareillent pour surveiller les côtes de Cherchel. Est-ce que les craintes du commandement étaient justifiées pour mener la guerre aussi sur mer ? Aucune donnée historique n’est disponible ni pour infirmer ou confirmer sa justification. Toutefois, nous avançons avec la plus grande réserve que le commandement militaire craignait l’implication de la tribu des Benimenaceur qui avait assiégé cette ville en 1871 pendant un mois (25).

Ces forces considérables paraissent incroyables, telles rapportées par ce journal métropolitain. Cependant, un embrasement de la région n’était pas exclu par les autorités coloniales, d’autant que l’Angleterre et la France se livraient une guerre sourde et ce fait n’était un secret pour personne. Les forces engagées dans le Zaccar, soit 800 soldats, sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Léré, sont également citées par Christian Pheline dans son ouvrage (26). Ils ont pour directives de ramener les individus âgés de 15 à 65 ans. Ils se rabattent sur un douar de 3200 âmes, de tout âge. Ils pillent et saccagent les gourbis, violent des femmes et des filles, tirent sans sommation. Ils ont tué des indigènes. Mais combien ? Le saurait-on jamais ? En tout cas, les Zouaves s’enorgueillissaient d’avoir tué quatre-vingts indigènes. Il faut souligner avec amertume qu’aucune enquête n’avait été menée sur les abus et les crimes commis par ces soldats endurcis et aguerris contre des populations paisibles. L’opération dura plusieurs jours et s’était soldée par des centaines d’arrestations.

Dès son agression contre le sol algérien, la France avait opté pour la solution militaire pour soumettre le peuple qui mena quarante ans durant une résistance héroïque, avec les moyens modiques dont il disposait pour rester libre dans sa patrie. Il avait payé un lourd tribut et avait subi, outre les revers des défaites, des crimes contre l’humanité dont la barbarie était unique, comme les nombreuses tribus qui avaient été enfumées dans des grottes, ou encore la destruction des oliviers et des orangers. Ce siècle s’ouvrait ainsi sur une rivière de sang pour irriguer les champs de la liberté, tellement arides que le peuple aura encore à les arroser. La France était restée fidèle à elle-même, partisane de la loi du talion et réprimer très fort toute tentative qui viserait à secouer le joug colonial. Elle dépossédait sans payer le moindre sou, implantait des Européens sans se soucier des ressentiments des populations autochtones.

17
mar 2021
  1. Préliminaires

Le procès s’ouvre le lundi quinze décembre 1902. C’est déjà la moitié du mois de Ramadhan. Les accusés de Margueritte font le jeûne. La nourriture qui leur est fournie est bonne et ils en sont contents. Voilà vingt-cinq jours qu’ils sont en détention provisoire à la maison d’arrêt de Montpellier. Ils ont repris des couleurs et une santé acceptable. Les résidents malades d’entre eux ont été traités et eux aussi sont de meilleure forme. Des femmes de Montpellier et de la région leur rendent visite, leur apportent des vêtements, de la nourriture, leur font des dons d’argent pour payer les honoraires d’avocats, dont elles réclament les coordonnées aux agents de la cour. Plusieurs d’entre elles ont été inquiétées par la police et certaines ont été même placées en garde à vue. Hélas, elles sont restées dans l’anonymat et nous ne pouvons citer quelques-unes d’entre elles nominativement. Cependant, nous leur rendons un grandiose hommage pour leur humanisme qu’elles avaient manifesté, à notre sens, pour tout le peuple français de la Métropole.

 

Le palais de justice était hautement sécurisé. Les issues étaient gardées par des soldats de l’infanterie, à l’intérieur du vestibule par des éléments du génie militaire et enfin la cour intérieure par soixante gendarmes. Toutes ces précautions étaient prises dans une négative probabilité de mutinerie. Ces mesures de sécurité draconiennes furent critiquées par la presse qui les jugeait inutiles pour des accusés, trop fragiles.

 

Une foule était venue voir ces insurgés en blanc qui avaient bravé l’ordre établi. La présence féminine sortait de l’ordinaire, tant elle était très nombreuse et visiblement fortement intéressée. Elles étaient blondes ou brunes, de toute beauté, de tout âge, le mouchoir à la main, pour essuyer des larmes hasardeuses, la bourse également ouverte pour venir en aide à leurs accusés favoris. Les hommes, quant à eux, venaient suivre un procès de grande envergure qui ne manquait pas d’interpellation sur le plan philosophique, en matière de droits de l’homme dont les ligues se trouvaient encore à l’état embryonnaire. Il y avait parmi eux beaucoup d’intellectuels et d’hommes politiques. Des journalistes et des photographes étaient aussi en grand nombre, venus alimenter leur chronique judiciaire. Une centaine de personnes, qui étaient maintenues par des soldats devant les grilles, attendaient la permission d’entrer.

 

Parmi les cent-sept accusés, qui comparaissaient, il y avait quinze vieillards et un aveugle. Ils paraissaient d’une douceur extrême et ne semblaient pas se faire une idée précise de cette tribune qui les jugeait. Le palais les impressionnait par la propreté de ses lieux, par la tenue des hommes en robe. Le public leur paraissait comme un avocat général qui était là pour les accabler de charges irréfutables. Tous ces facteurs les mettaient durablement mal à l’aise et ils ne pouvaient que suivre ce cheminement judiciaire dans la passivité totale, loin du milieu dans lequel ils avaient toujours vécu.

 

La salle a fait l’objet, elle aussi, d’aménagement léger, mais utile pour abriter ce procès monstre. La cour a installé sa tribune à deux mètres et demi en retrait du mur de fond. Prenant environ trois mètres, sur la gauche, on a élevé une succession de gradins réservés aux accusés, encadrés par les gendarmes. Des pupitres et des bancs en bois blanc étaient destinés aux avocats, face à la cour sur le côté droit ; les douze jurés et les deux autres suppléants disposaient d’une tribune, face aux gradins construits ; les témoins trouveront leur place au fond de la salle à droite, lorsqu’ils auront déposé ; enfin pour la presse, venue nombreuse de Paris et de la région, un espace lui est réservé à l’entrée au — dessus de la porte. Le service d’ordre est assuré par les soldats du deuxième Génie et les gardiens de la paix, l’ensemble dirigé par le commissaire central, M. Hitte.

extr le procès des insurgés de Margueritte cour d’assises Montpellier 1902-1903

16
mar 2021

Sur son chemin vers le souk, il croisa la libertine qui faisait ses courses. Elle lui dit bonjour et passa son chemin. « Par le malheur de ton père, dit-il tout bas ! Déjà en besogne. » Au préau du bar, le barbecue fumait, activé par intermittence par le marchand de saucisses qui le soufflait avec un chute de carton. Deux douzaines de brochettes et de saucisses y grillaient et exhalaient de tendres odeurs. Ca creusait l’estomac de Mohammed. Il en bavait, se léchait les lèvres, comme s’il en mangeait réellement. Il en eut une forte envie et les lorgnait sans cesse. Il compta mentalement ses sous. Il pourrait croquer deux saucisses et quatre brochettes. Cela ne viderait pas son porte-monnaie et il lui resterait encore quelques francs pour la dépense du lendemain. Il se ravisa et dit que ces casse-croûtes étaient presque destinés aux clients du bar. Il y renonça et apprivoisa son envie, se promettant d’acheter des abats le jour du souk d’autant que sa recette journalière allait croître sous huitaine, par la première moisson des herbes d’orge. L’idiot, serveur au bar, en sortit et emporta les grillades cuites dans un plat rond en aluminium, avec une purée de moutarde.

Il traversait la place Lyautey, quand il rencontra Klaus, un légionnaire bâti comme un roc, pas très commode et très impulsif, craint de tous, qui avait un punch de tonnerre. Il évita de trop s’en approcher. L’autre l’interpella cependant et alla au devant de lu. Il marchait pesamment comme un buffle, écrasant le sol de ses chaussures ferrées et allant de pas rapide, comme un taureau qui charge. Il lui serra vigoureusement la main et quand Mohammed fit aie, il ricana de manière insolite et continua à serrer. « Mohammed, viens que je te paie un verre. C’est bon au main, ça lave tes boyaux des excès de Taama (couscous).» L’autre ne partagea nullement cette plaisanterie et resta calme. Il retira difficilement sa main et s’en alla en faisant quelques enjambées, tandis que l’autre fit un rire sarcastique de triomphe. Plus loin, il maugréa de plus belle : «Par le malheur de son père ! Vraiment, il a l’envergure d’une mule robuste ; Sur la place, bien sûr, il exhibe sa force. Si jamais, il se rendait avec moi à l’oued, je lui ferais manger du sable. Un homme de petite taille triomphe toujours d’un homme d’une grande taille. Oui, c’est la devise de tous les temps.» Il n’acceptait pas d’être  plaisamment rudoyé, moins encore  à témoin, ce qui froissait sa petite fierté.

Revenu au souk, il mit le bât à l’âne, qui ayant vu une ânesse, brayait à ne point finir, balançait de la queue, dressait ses longues oreilles. Il se mit sur sa monture, ses pieds frôlant presque le sol, fredonnant un air religieux, visiblement ivre de bonheur. Arrivé à la route qui menait au ksar, il descendit malgré lui, découragé par la côte raide du grand pont de l’oued. Il la remontait, côte à côte avec la bête qu’il poussait parfois par le postérieur pour l’aider dans cette escalade presque  à pic, telle une falaise à laquelle ressemblait fort bien le terre plein où était ancrée l’extrémité Nord du pont, assis sur d’énormes pierres circulaires, soutenues les unes aux autres par du liant de chaux travaillé par un génie certain. Mohammed lui-même en état essoufflé et eut un grand soulagement en atteignant la surface plane.

  1. A.     L’action armée

Toute contestation violente nécessite au préalable un minimum de planification et une organisation pour atteindre l’objectif qu’elle a tracé au départ, ainsi que les moyens. Il faut également une maturité aux révoltés, une endurance à toute épreuve, le sacrifice jusqu’au bout des peines, un tempérament aguerri et une certaine expérience de la vie pour évaluer telle ou telle autre question rencontrée sur le terrain, afin d’éviter les débordements qui se produisent pendant ces opérations militaires.

Les préparatifs.

Une trentaine d’individus avaient tenu une réunion le 25 avril 1901, au mausolée de sidi Bouzar, sous la double direction de Yakoub et de Taalibi. Ils décident de mener une action armée contre le village de Margueritte pour le lendemain vendredi. Quels étaient les débats qui avaient présidé à cette décision gravissime ? La chronique ne rapporte aucune information sur le sujet. Est-ce qu’eux-mêmes avaient gardé le secret sous le serment ? Quoiqu’il en soit, ils scellèrent le pacte entre eux. On ne fait pas la guerre, sans les armes. Les futurs insurgés n’avaient pas évoqué cette question dans leurs discussions. Ils en possédaient, ce qui leur avait permis de prendre sur le champ la résolution de déclencher la révolte.

Depuis de nombreuses années, la contrebande des armes à feu était pratiquée : des fusils et des pistolets s’entassaient sous les yeux des caïds qui gardaient le silence, terrorisés par leurs coreligionnaires. Elle était exercée sur de nombreux points des frontières terrestres et même maritimes. Les Anglais l’encourageaient et en faisaient le commerce. Ils étaient l’ennemi classique de la France. Certains activistes d’entre eux vendaient de petites bibles, dans lesquelles étaient joints des feuillets qui appelaient à chasser les Français et accueillir les Anglais. La poudre même se vendait librement dans les marchés forains. C’est dire que les services de police ou de douanes ne pouvaient pas ignorer un tel fait qui portait atteinte à la sureté de l’État français. Le journal « L’Impartial » signe un papier direct et accusateur sur cette question :

« Sur de nombreux points des frontières de terre et de mer, la contrebande des armes de guerre s’exerce librement. Il n’est pas un marché de tribu où la poudre ne se vende presque pas ouvertement. Il n’y a que l’administration qui l’ignore » (12).

Donc, les futurs insurgés ne s’étaient pas confrontés à ce problème sur le moment pour décider des hostilités. Ils devaient passer à l’action avec les moyens dont ils disposaient. Est-ce que les trente hommes pouvaient suffire à réaliser une révolte d’envergure ou tout au moins, inscrite un peu dans le temps ? Rien n’indiquait qu’ils pouvaient être ralliés par d’autres individus au jour indiqué.

La maison forestière

Le vendredi matin 26 avril, Yakoub et son lieutenant Taalibi quittent le campement du marabout Hadj Aicha. Cependant, ils avaient gardé le silence sur leur entrevue avec le marabout de Meliana. Il est certain que le marabout n’avait pas béni leur projet. En marchant dans la forêt, ils sont rejoints par d’autres hommes et parviennent vers le coup de huit heures du matin à la maison forestière dont ils font le siège. Ils avaient entendu parler le caïd qu’ils réclamèrent vigoureusement. Le garde champêtre sort, le fusil à la main. Il était loin de se douter que les assaillants étaient armés. Il tire un coup de feu sans s’en rendre compte probablement. Un rebelle est blessé. La riposte est immédiate par l’un de ses compagnons, qui tue l’agent forestier. Le caïd, qui avait profité de l’accident meurtrier, prit la fuite.

Cependant l’essayiste Christian Pheline nous surprend dans son ouvrage : l’aube d’une révolution Margueritte Algérie 26 avril 1901. Il nous donne une version contestable sur la mort du garde champêtre Labsède :

« Un siège s’organise. Labsède, un garde champêtre de passage, tente une sortie, le fusil à la main. Est-il le premier à tirer ? Entrainé dans la cour, il est sommé de prononcer la foi sacramentelle et de réciter la formule d’adhésion à l’islam : « Il n’est de Dieu que Dieu et Mohamed est son prophète. S’y refusant, il est matraqué puis achevé d’une balle. La maison est fouillée, on s’empare du caïd qui plus tard réussit à s’échapper » (13).

9
mar 2021

« Ah ! Les bonnes terres qui furent longtemps, classées comme une forêt, recouvrent leur vraie nature de terres de culture, s’écria Hamza d’une voix rageuse ». Il eut mal entre les côtes, en pensant à Haidar qui trimait depuis vingt cinq années, sans parvenir à mettre en valeur un petit carré dans le piedmont.  Il souffrait de ces iniquités flagrantes qui le révoltaient, jusqu’à la dernière fibre de soi. Ici, le sol était bon et les exploitants n’avaient pas à se tuer à l’effort exténuant. Force était de reconnaître que le gouvernement général agissait avec la plus grande perfidie pour réunir les conditions favorables à l’implantation des colons, quelle que fût leur date d’arrivée. Une politique très généreuse était adoptée à leur égard, élaborée sur des expropriations abusives de quatre millions d’indigènes qu’elle réduisait à la misère la plus honteuse. « Le gouvernement des colons est diaboliquement malin, s’écria Hamza ».

 

Désormais, les colonisés faisaient la part des choses et ne pouvaient être indéfiniment dupés. Le gouvernement d’Alger, qui était nommé, s’affranchissait davantage de sa tutelle, s’individualisait en une institution propre qui devenait de plus en plus autonome sous la pression du parti colonial. Il ne rendait pas compte au gouvernement de Paris, avec toute la transparence requise, mais il en réformait la politique pour la rendre plus conforme à ses orientations, réformait ou adoptait de nouveaux règlements, triomphait souvent à l’hémicycle par le biais de parlementaires favorables à la colonisation démesurée. Le gouvernement de Paris se taisait, laissait faire, ne s’impliquait plus dans la gouvernance. En dotant le pays, d’un gouvernement civil, il s’était piégé lui-même et ne parvenait plus à imposer ses vues. Il était dépassé par le mouvement qui émergeait : colons et colonisés, toujours inconciliables, rejetaient sa politique en bloc, les premiers ne tempérant pas leurs ambitions, les seconds ne renonçant pas à leur idéal d’indépendance.

 

Le village apparaissait, blotti sur une pente dominée par le djebel Gountas. Ses blanches maisons scintillaient au soleil qui dardait. Hamza le contourna et prit le chemin qui menait dans le territoire forestier de la tribu des Righa pour revoir son ami Mabrouk. L’automne, c’était la chute des feuilles. Les arbres perdaient leurs manteaux de verdure,  offraient une sinistre vision de désolation. Le vent soufflait et les feuilles mortes, jaunies et noircies, tourbillonnaient follement, voltigeaient dans un crissement à peine distinct, échouaient sur le sol humide, aux fortes odeurs de foin. De proche en proche, l’on entendait un chien qui aboyait ou une chèvre qui brayait fortement et bientôt les cris d’enfants meublèrent le silence, puis des voix d’hommes tonnèrent. Une femme chantait indéfiniment un refrain. La vie en société y était active, malgré le caractère violent de la nature.

Arrivé aux abords de la première cahute, Hamza appela de toutes ses forces : « Mabrouk ». Un petit garçon vint le retrouver, en marchant audacieusement et avec arrogance. Il était mignon, de visage rond et de petite taille,  ses cheveux étaient rasés et sa tête brillait. Il portait une longue et forte tunique qui lui donnait un air amusant. Il interrogea le visiteur sans se gêner, en se tenant les hanches avec circonspection, habitué à voir seulement les siens dans les parages. « Que veux-tu, dit-il promptement ? » Hamza répondit en souriant  qu’il cherchait Mabrouk. Le garçon n’en fut pas trop rassuré et s’empressa de lui demander ce qu’il lui voulait. D’un ton naturel, Hamza dit que Mabrouk était son ami et il voulait le revoir.

 

8
mar 2021

L’ambiance champêtre tirait presqu’à sa fin, quand se présenta une troupe montée. Elle venait de la garnison du village et menait une opération de police pour essayer d’intercepter des bandits de grand chemin qui auraient pu faire une incursion dans le territoire de la commune mixte. Le renseignement n’était pas fiable. La prudence détermina le Hakem (l’administrateur) Martin, qui était de droit le chef d’expédition, à faire un ratissage dans la périphérie du mont Gountas, Il était le chef de la commune et avait toute latitude pour apprécier les opportunités, malgré l’avis réservé du capitaine Paul, commandant la garnison. Celui-ci l’accompagnait en subalterne et souffrait de ce fait une atteinte à son autorité, en présence de ses hommes. Les temps avaient changé et les militaires s’effaçaient carrément devant les civils Roumis pour qui l’histoire se faisait.

 

Les vingt cavaliers se mêlèrent aux malheureux besogneux, pris de bouleversement ; ils étaient près d’eux, simulaient de les charger, retenaient la bride de leurs chevaux, qui, freinés dans leurs élans, levaient nerveusement leur pattes antérieures ; ils les terrorisaient afin de délier leurs langues, obtenir peut-être un tuyau. L’homme, qui se disait venir de nulle part, se trouva presque sous l’envergure d’un coursier et risquait d’être écrasé, aplati. Pris de panique, il commença à courir. Il était pris d’épouvante, les yeux globuleux, le visage exsangue, les poumons gonflés, le cœur battant comme un tambour. Il se déboutonna la chemise, jeta son turban qui découvrit des cheveux hirsutes et s’enfuit à toute allure en criant : « Le feu ! La fumée ! Les balles ! » Le cavalier, qui sema la terreur, crut mettre la main sur un bandit et le poursuivit. L’homme, qui venait de nulle part, courait toujours en lançant les mêmes cris d’horreur, puis, tomba à bout de souffle, en se revoyant enfant de six ans, enfumé avec toute sa tribu dans une grotte par les soldats français, en l’an mille huit cents quarante trois pendant la guerre de résistance que menait le peuple sous l’étendard de l’Emir Abdel Kader.

 

Ce fut par un 19 juin de l’an 1845, que Pélissier enfuma dans une grotte la tribu des Oulads Riyah et son bétail, prenant l’exemple sur Cavaignac, imitant lui-même Saint Arnaud, lequel avait été instruit par le général Bugeaud, promu par son lot de gloires en massacres, pillages, enlèvements de femmes vendues comme esclaves aux enchères dans les souks, troquées contre des chevaux ou gardées dans les camps.  Ils étaient 760 hommes, femmes, enfants et vieillards, prisonniers du grand bûcher allumé à l’entrée de la grotte par les soldats. Les victimes de l’holocauste, qui respiraient du gaz carbonique, suffoquaient, toussaient, se tordaient de douleur et vomissaient. Ils criaient à faire éclater leurs cordes vocales et tournaient en rond, vite étourdis par les inhalations toxiques. Pélissier restait sans clémence et jouissait de cette tragédie qu’il commettait diaboliquement. Ses soldats, tout autant pervers, tiraient sur tous ceux qui tentaient de franchir l’écran impénétrable. Bientôt la fumée eut raison d’eux et ils moururent les uns après les autres.

 

L’enfant, Riyahi, courut dans les profondeurs de la grotte et la providence était là pour le secourir. Il emprunta une galerie très étroite qui montait graduellement, au sommet de laquelle il entrevit le jour par une fissure et put enfin respirer. Il resta là trois jours en proie à une phobie angoissante. Le choc fut terrible quand il découvrit le champ macabre. Il chercha son père, sa mère ses frères et ses sœurs qu’il trouva sans vie, affreusement corrompus. Les oreilles des cadavres étaient tranchées, par les soldats qui les vendaient à leur état major à dix francs la paire, l’équivalent de deux brebis. L’enfant cessa de percevoir les choses, entra dans un état second, ne ressentait ni peur, ni audace. Il respirait un air pollué,  acre et abominable. Il quitta le charnier marcha longtemps et le hasard le mena à un douar : il raconta sa tragédie aux habitants qui l’accueillirent. Ils lui dirent qu’aucun Riyahi n’a survécu au génocide. Is ne le crurent pas, e qui l’amena à se sentir sans origine et de ce jour il résolut de dire être de nulle part. Il grandit et se maria, travailla aux labours, aux moissons, n’importe où, en préservant son secret.

8
mar 2021

L’astre du jour plongeait inexorablement au couchant et imprimait une large sphère de couleurs bariolées, jaune au milieu, rougeâtre dans l’environnement immédiat que couvrait partiellement un gros nuage argenté. Une nuée d’oiseaux planaient dans le ciel et allaient se rassembler dans les bois, en diffusant un concert de gazouillements ennuyeux qui annonçaient la tombée du rideau sur la vie diurne. Le petit troupeau qui ne dépassait pas mille têtes et que possédaient en grande partie les notables du village rentrait aux enclos, en laissant derrière lui une traînée de poussière. Les cris se confondaient en un bruit allègre où les bêlements timides et intermittents alternaient aux chevrotements vifs et persistants, que tonifiaient les mugissements sonores et prolongés. Ce cirque magnifique de la nature, qui s’apprêtait à s’endormir en sourdine émerveillait Hamza. Aissa, le berger de la famille, le tira de sa distraction et l’invita à l’accompagner au gourbi, manger du fromage frais.

 

La femme qui revenait de l’enclos entra et se confondit en mille excuses pour avoir laissé poireauter son hôte. Elle était solide comme un roc ; son visage, joli et rond, ne lui donnait pas d’age. Mais son ventre donna au monde toute une section d’enfants, nature commune aux miséreux. Elle ramenait une casserole pleine du colostrum d’une brebis, qui était à sa troisième et dernière journée de production. Elle le fit bouillir légèrement dans la cheminée dont elle ranima les braises ensevelies sous les cendres et l’offrit dans une assiette au garçon. Sans se faire prier, il avalait et savourait ce délicieux aliment qui glissait sans effort dans l’œsophage et le pansait, comme le remède providentiel très nutritif qui donne vitalité et renforce le système immunitaire.

 

-  Régale-toi mon petit, dit-elle, on n’en mange pas tous les jours. La brebis qui a mis bas n’en produit plus.

 

-  Je suis repu, ma tante c’est vraiment délicieux. Je dois filer maintenant, mes camarades m’attendent impatiemment.

 

La marmaille, qui n’en avait pas encore mangé, le regardait sans se détourner et en bavait. Il remit l’assiette à la fillette Karima, âgée de dix ans qui souriait sans trop savoir pourquoi. Il la regarda longuement en silence et elle en fut troublée : le pourpre donna plus d’éclat à ses joues roses, ses sourcils battaient admirablement et ses yeux châtains étaient fugitifs. Elle se cacha le visage et voulut fuir le regard intense du garçon dont les yeux noirs la charmaient. La mère vint à la rescousse et proposa à Hamza de la choisir au futur comme épouse, dans deux ans au plus tard. Il sourit et ne dit aucun mot, mettant cette audace au compte d’une blague. Il remercia son hôtesse et dit que Karima était très belle et qu’elle méritait un chevalier. La mère répondit : « Tu l’es toi-même Tu es si beau et charmant, courageux et plein de cœur, de famille illustre et je ne puis mieux espérer ».  Hamza laissa la tante à ses espérances et sortit.

La nuit tombait et commençait à engloutir la nature dans son manteau noir, qui descendait imperceptiblement et chassait les dernières pénombres. Dans le champ de vision, les choses se distinguaient déjà dans le  flou, comme des silhouettes  informes et indescriptibles, et dans le petit bois de pistachiers, les hommes n’étaient plus que des corps de chair méconnaissables. Guidé par les voix, Hamza se rapprocha d’eux et, en scrutant l’obscurité, put enfin identifier, assis côte à côte et entourés de trois adolescents, Belkacem et le mystérieux homme qui se disait venir de nulle part. Il se fit une place près d’eux et se laissa choir au sol, ressentant soudain la fatigue du jour et une forte envie du sommeil.

 

Les hommes se racontaient leurs misères et il préféra les écouter. L’iniquité dominait leurs histoires et ceux qui les gouvernaient s’en foutaient royalement, les dépouillaient de leurs maigres sous, de leur dignité. Le percepteur les accablait d’impôts injustes, les taxait d’insolvables, les menaçait de saisies, fouillait leurs logis, les obligeait à s’acquitter de redevances imaginaires, les menaçait de prison. Pire encore, un homme qui venait de l’arrondissement de Blida éclata en sanglots et dit que l’huissier se présenta chez lui avec la force publique et, quand il ne trouva rien à saisir, il emmena sa femme en prison qui y passa quinze jours et fut libérée seulement contre une remise de cinquante francs que la tribu avait ramassée. Le caid les surchargeait de corvées dont il tirait personnellement profit : livraison de bois ou de charbon, tonde des moutons et des  brebis et parfois le lavage de laine.

 

La lune s’était levée ; son disque de platine phosphorescent diffusait une maigre lueur insignifiante dans cet univers obscur où l’on se mouvait avec beaucoup de peine. La fraîcheur tombait et humidifiait le tapis de verdure où gisaient les hommes, terrassés par la fatigue. Ils geignaient fourbus de courbatures diffuses et leurs corps leur faisaient mal à chaque mouvement. Leurs esprits détachés des splendeurs de la vie ne les entraînaient nulle part et ils ne rêvaient à rien. Ils n’en avaient pas le loisir, encore moins les moyens, acculés à courir derrière le pain dans leur environnement dépourvu des belles choses qu’offre pourtant la vie à tous. Ils tournaient, se retournaient en maugréant. Le destin s’acharnait à les torturer, jusque dans leurs heures de repos. Mais la nature reprend infailliblement ses droits et le sommeil finit par les conquérir. Ce fut le silence, troublé seulement par des ronflements.

 

Hamza demeurait éveillé, les yeux rivés sur la voûte céleste immense, constellée d’étoiles en myriades ou solitaires. Il songeait aux centaines d’iniquités qu’il apprit pendant ces moissons. Cette tyrannie était dure à subir, engendrait un affront insupportable, frappait aveuglément et sans discernement, sentait à mille lieux le racisme honteux. Le bois de combustion était rigoureusement réglementé et tombait dans les faits sous l’interdit ; l’impôt redevable pour une chèvre était plus cher que la chèvre ; jeter la femme en prison pour obliger le mari à payer, dépassait les limites de l’entendement ; le Hakem mettait les indigènes en taule sans aucune forme de procès. Qui doivent alors défendre les indigènes ? Se peut-il qu’ils aient abdiqué pour toujours ? Devra-t-on attendre indéfiniment le Mahdi, ce réformateur de l’état social que semblent attendre les populations ? Toutes ces pensées trottaient dans son cerveau et il en souffrait terriblement. Il en voulait à ces faiseurs de mal qui ne suscitaient ni sa colère ni sa fureur. Il ne les aimait pas, mais ne les haïssait pas.

 

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