ahmed bencherif écrivain et poète

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5
mar 2021
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Bleu oeillet

 

 

Je te vis radieuse, vêtue de bleu oeillet

Entre le tapis vert et le jaune doré,

Sous l’éther par journée très peu ensoleillée

Et, tout autour de toi, se dressaient les fourrés.

 

Tes noirs cheveux retombaient sur tes seins,

Tes yeux éjectaient la flamme pour brûler,

Lovés sous les cils noirs, sur ton visage sain

Sans faux pli, ni rides dont la peau était halée.

 

Tu étais si belle dans ce champ de blé mûr,

Gracieuse comme la biche de ton bled,

Attirante sans fin, rafraîchie par l’air pur,

Souriante à l’envie, sûr de ton remède.

 

Les épis caressaient tes jolies mains brunes

Les herbes s’inclinaient à tes pieds couverts.

Par émoi, l’artiste retenait son haleine

Et de partout montait le chant de l’univers.

 

Derrière toi, le champ prenait sa naissance,

Pour se jeter loin et finir au tapis vert

Fermé par une haie de plantes peu denses

Qui fermaient l’horizon où naissait le bel éther.

 

Un vent léger soufflait, caressait tes cheveux,

Baisait ton visage, rafraîchissait ta peau

Collait ta chemise sur ton corps délicieux,

Te susurrait à l’ouie l’évasion au hameau,

Roucoulait la chanson de l’amour à venir,

Berçait les feuillages où nichaient les oiseaux

Faisait flotter le blé joyeux de t’accueillir,

Heureux de vivre un jour avant la fatale faux.

5
mar 2021
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Keira

 

 

O Keira ! Ecoute mon appel dans la nuit

Solitaire et vide, monotone et triste,

Sous un ciel sombre sans lune qui reluit

Sans constellations brillante, filante.

 

O Keira ! Ecoute mon appel émerger

De mon coeur oppressé par l’atroce langueur,

De mon moi qui reste, sur ta beauté, figé,

Ensorcelé à fond par tes attraits charmeurs.

 

Qu’il souffre loin de toi, loin de ton haleine !

Grâce ! Viens dans mes bras et guéris sa douleur

Par simple caresse, viens curer sa peine.

L’étreindre dans tes bras, lui prodiguer bonheur.

 

Nous irons par l’oued, au milieu des roseaux,

Des lauriers, tamaris, des ronces et palmiers

Entre la dune d’or et les jardins si beaux

Plantés de figuiers, de géants pommiers.

 

Qu’elle est belle ta voix, douceur et harmonie,

Legs d’une légende encore vierge

Qui cache les amours, par les dieux, bénis

Vécues ardemment, sans voile, ni cierge

Nous irons nous marier sous nos beaux peupliers

Sur un tapis de fleurs odorantes et gaies,

Non loin de la vigne verte et du figuier

Fêtés par un concert de chants du merle et du geai.

 

Le printemps arrive, témoin de notre sacre.

L’automne n’est pas loin, témoin de notre serment.

O saisons lointaines ! Pitié de ma vie acre !

Pliez les jours et les nuits ! Hâtez l’évènement !

 

 

O Keira ! Trouve-moi le séjour pour rester,

Rester à tout jamais dans tes bras accueillants,

Par les jours joyeux, par les nuits veloutées,

Evoluer toujours autour de ton rayon.

 

Toi qui parus en ce printemps fleuri et verdoyant,

Comme un soleil d’été aux aurores,

Ou la lune rousse dans un ciel attrayant,

Un jardin bien tenu embaumé de flore,

Toi qui soufflas de loin un espoir recherché

De saison en saison, qui m’avait ébloui,

Qui avait ranimé mon tonus relâché,

Sous le poids du doute, quand tout semblait enfoui.

Quelle dîme  payer ? Seul mon cœur prend valeur.

 

5
mar 2021
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Grappes de raisins

 

 

En forme de grappe de raisin juteuse,

Qui brille au soleil par les jours de juillet,

Réveille les envies combien amoureuses,

Parmi les feuillages vert clair et douillet,

Plus grosse que le fruit du chétif grenadier,

Qui, pendant, balance au toucher d’un rameau,

Garde jalousement son nectar très envié,

Attendrit de couleurs et cure de maints maux,

Charnue comme nèfle, tendre dans la bouche,

Filante dans la main, brûlante dans les sens,

Cette cime de chair succulente enclenche

Un très fort sentiment d’extase et de transe.

 

C’est ton orgueil comblé, frais et impérissable,

Qui vit plus dans ta chair, plus encore dans ton cœur.

Il fut le témoin présent et invulnérable

De tes jours sereins ou vifs, tes joies ou tes langueurs.

 

Tu la pares d’écrin de soie noire ou rouge,

Couleurs violentes bien suggestives,

Qui donnent à chacun un tendre vertige,

L’élan de conquête de façon hâtive.

 

Le regard s’y pose, tu en es heureuse,

Tu jouis de plaisir, tu te sens la femme,

Tu décroches le prix de jolies berceuses,

Compliments sincères, venus du fond de l’âme.

 

Ta volupté, aussi, jamais inassouvie :

De câlins en câlins, tendres ou passionnés,

Elle en est vierge, tout au long de ta vie,

Toujours glorieuse, et à jamais fanée.

 

C’est ton sein féminin émergeant de ta chair,

De rondeur unique, appât pour le regard,

De belle volupté, qui croit en égal pair

Dès la naissance et pointe ses beaux dards.

 

On le lorgne d’abord avant ton visage,

Aux yeux ravissants, aux joues empourprées,

Aux lèvres sensuelles, coupables d’outrage,

A la peau  délicate, au sourire arboré.

 

4
mar 2021
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Évangelina   

 

 

Voile noir d’ébène, sois clémence et douceur.

Ce blanc d’albâtre que tu couvres est lunaire,

Sainteté échappée de l’éden des danseurs,

Le jardin des rêveurs sous la boule solaire.

 

Ton velours ouvré en apprêts infimes recherchés

Garde jalousement ses beautés d’océanide

Dans ses palais en verre cristal attachés

A Vénus, déesse de l’amour intrépide.

 

En hauteur, tes mille points, tous phosphorescents,

Te parent de grand art, pour soirée mondaine,

Pour vêtir la muse dans un mode décent

Que les yeux ne quittent, manifeste aubaine.

 

Là, l’émoi commence, le souffle se retient :

Tu tombes discrètement sans offense

Laissant évoluer magnifiquement bien

Les savoureuses pommes d’Eve en émergence.

 

Ses rubis scintillent à peine visibles,

Symbolique des reines dans leur intimité,

Se parant pour un secret amour infaillible,

Cultivant leurs atours, soufflant la volupté.

 

Ses lèvres divinement tracées reposent

Esquissent un sourire subtil déclencheur

De fortes émotions, en couleur de rose,

Emblème des passions, vécues dans la fraicheur.

 

Ses yeux clairs, langoureux sont deux saphirs brillants,

Qui baignent dans un fond de lune miroitant,

Brulent l’albatros dans l’espace et ses sillons

Que serait-ce du cœur de l’amant palpitant.

 

Ses épis d’or libres, légers, courts et  soyeux

Dansent un beau tango au souffle du zéphyr,

Sur un lit gazonné, au toucher chatouilleux

Qui tendrement allume et suggère le désir.

 

4
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:49 | Pas de réponses »

                            Fille des O/Nail

 

L’oiseau s’est envolé très haut dans les éthers,

Accessible à mon dard par la seule pensée

Tourmentée par l’adieu, sans musique, sans air,

Comme le cantique des amours trépassés.

Il bat de ses ailes frêles de beau plumage,

De grâce et d’aisance, comme un cygne dans l’eau,

Magnifié sans égal d’un merveilleux ramage,

Unique du genre, le plus beau passereau.

 

Son chant est un accord de lyre au couchant,

Quand la nuit étend son manteau sur l’univers,

Que la lune émerge de son point débouchant

Et balaie de ses faisceaux lumineux la terre.

 

Son chant est mélodie de tendres gazouillis,

Elevés aux primes aurores bigarrées,

Aux cimes des arbres aux beaux fruits cueillis,

Aux sarments de jeunes vignes enchevêtrées.

Dans les plis du zéphyr ma pensée voyage,

En quête dans ces lieux jadis submergés,

Curés par un travail hardi au fil des âges,

Rendus par génie à la vie, hier figée.

 

Longtemps elle vola sans répit dans les airs,

Au-dessus des nuages noirs ou gris argentés,

Dans l’immensité muette de la stratosphère,

Où je perçois, ému, ses bracelets tinter.

4
mar 2021
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Sous la caméra                 

 

  

 

Un matin quand l’été s’en allait doucement,

Au souffle de l’air frais auroral qui bruissait,

Dans les hauts feuillages qui dansaient lentement,

Au soleil à couleurs bigarrées qui naissait,

Son appel, le chant du muezzin, me surprit

Voix de fée qui chantait la saga de Tiout,

Témoin du temps gravé sur le grès amoindri,

Ces hommes primitifs, éclairés sans doute.

Sa voix, un rossignol qui chante allègrement

Les notes miraculeuses d’un violon en soirée,

M’intima d’embarquer le vaisseau promptement,

De voler vers le temps, ô combien bigarré.

Dans ce vaisseau spatial, se montrait l’aventure

A la quête du temps mu en beaux vestiges,

Qu’allait ressuscitait la belle créature,

Par sa voix et sa voie d’un si grand prestige.

L’heure aurorale de paresse persistait :

La steppe alfatière sommeillait encore,

La brise ne soufflait, rossignol ne chantait,

Et le silence du réveil régnait à bord.

Nous voilà débarqués, nos vies sont de l’abeille,

L’élue déchiffre les secrets du paysage,

Effleure le temps, parle au temps qui l’émerveille,

Voyage dans ses espaces et ses plages.

Son âme épouse le relief de grès contrasté,

Emprunte la divinité des lieux sans sanctuaire,

Perçoit les ombres fugitives, enchantées

De livrer leurs secrets sans rituel millénaire.

2
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:44 | Pas de réponses »

La route, qui menait à Ain-Fekarine, n’était pas longue et serpentait. Elle passait parmi un dédale d’arbres, aux cimes hautes et aux branches enchevêtrées qui cachaient la lumière du jour ; les pattes du cheval s’enfonçaient dans de hautes herbes épineuses et inextricables qui les égratignaient légèrement. Les troupeaux broutaient dans la clairière naturelle ; certaines bêtes rassasiées ruminaient, tandis que les agnelets et les chevreaux jouaient en courant gauchement, des vaches ruminaient, deux chiens aboyèrent furieusement, se disputèrent un fémur, s’agrippèrent par la gorge et arrêtèrent le combat ; le vaincu geignit et hulula faiblement, courba l’envergure et s’éloigna dans une course folle.

 

Mabrouk était assis à l’ombre d’un arbuste. Il chantait des louanges qui glorifiaient Allah et son prophète, l’air extasié. Sa voix chaude et monocorde, faisait à elle seule, une mélodie qui inspirait l’élévation de l’âme. Il avait grandi, sa corpulence était forte ; il  laissait pousser une petite barbe, grosse au menton, éparse sur les joues ; son regard pénétrant troublait. Il portait un fin burnous brodé de soie bleu clair et un turban encore neuf. Il possédait son propre troupeau et réussissait dans ses entreprises et ses transactions ; il honnissait la cupidité et ne se privait pas des bienfaits de ce monde. Il s’était marié l’été passé et sa femme attendait déjà un enfant. Il avait son cheval en toute propriété et son fusil de chasse.

 

Hamza déboucha dans la clairière et les jappements continus et forts ébranlèrent le silence. Mabrouk se leva immédiatement, vit le visiteur et ordonna aux chiens de coucher. Hamza descendit de cheval et l’attacha à un arbrisseau, puis alla à la rencontre de son ami qui lui réserva un très bon accueil. Les deux jeunes hommes eurent dans un passé récent le loisir de développer leur amitié, à l’occasion d’exercices de tirs qu’ils effectuaient en forêt et les retrouvailles furent éminemment joyeuses. Ils en parlèrent d’abord, se taquinèrent réciproquement  sur leurs premières maladresses, puis, se firent de vaniteuses éloges sur leurs exploits enregistrés pendant leur stage qui avait duré un mois, à concurrence d’une séance de deux heures, chaque vendredi. C’était plus que suffisant pour devenir des tireurs d’élite, des guerriers accomplis.

 

- Maintenant, tu es diplômé imam, dit Mabrouk. C’est formidable de l’être à ton âge. Les hommes de religion, comme ceux des zaouïas, ont une mission divine pour combattre la domination et soulever le peuple.

- C’est l’une de leurs missions et dans le passé ils l’avaient accomplie avec abnégation. Ils doivent aussi encadrer et éduquer la société et la purifier de toutes sortes de superstitions.

- Les Français ne construisent pas de mosquées et tu ne risques pas de trouver une chaire.

- Ce n’est pas mon projet, car je dois travailler dans notre propre commerce. Cependant, je donne bénévolement des cours à la mosquée. Tu as raison à propos des Français. Ils envisagent de supprimer les rémunérations aux imams qui exercent.

- Et pourquoi ?

- Ils formulent le projet de séparer l’Eglise de l’Etat et tenteront d’imposer au peuple cette nouvelle réforme qui ne correspond guère au culte musulman.

- Pourquoi le pouvoir va initier cette nouvelle politique ?

- Ils ne reconnaissent plus l’exercice du pouvoir par l’Eglise. Le professeur nous avait dit qu’elle les avait longtemps opprimés et avait par le passé mené des guerres saintes. Contrairement à nos imams, leurs prêtres avaient exercé le pouvoir temporel.

 

Ces enseignements dépassaient l’entendement de Mabrouk qui n’avait pas suivi d’études à la medersa. Pour compenser ses lacunes, il s’était affidé à une zaouïa qui avait éveillé sa conscience et cultivé son patriotisme, indépendamment des rites confrériques qu’elle lui avait inculqués. Et depuis, il sut cultiver ses facultés spirituelles et il déclarait à ses proches qu’il était un apprenti thaumaturge. Il souffrait son indigence intellectuelle et enviait son ami pour son éloquence et ses connaissances larges et approfondies. Il conféra, en lui-même, la qualité de guide à son ami. C’était plus fort que lui, son égoïsme lui interdisait de le dire à voix haute. Il parla de lui-même et ce fut comme un fleuve : l’administrateur lui interdisait d’aller à la Mecque, le brigadier des forêts verbalisait la tribu fort et sans cesse, le caïd l’accablait de corvées. Il les honnissait, les haïssait, tous ces gens qui les brimaient et les surexploitaient.

 

Il s’était exprimé bruyamment et en gesticulant. Il était en colère, révolté conte l’ordre établi. Le pèlerinage lui tenait à cœur et il n’avait pas cette possibilité de se purifier et de profiter de cette première rédemption sur terre. Embrasser la Qaaba, la toucher du doigt, se recueillir au mausolée de son cher prophète. Il en voulait à tous ceux qui l’empêchaient de pratiquer le cinquième fondement de sa religion. La religion est un ensemble de dogmes indivisibles dont on ne peut différer la pratique de l’un ou de l’autre. C’est la sunna (code du prophète), c’est une orthodoxie plutôt que fondamentalisme. Y faillir serait une apostasie sans équivoque. Ce mot lui donna des frissons et il dit de vox haute la formule de pénitence : « Je m’en remets à Dieu ».

 

Hamza l’avait écouté, observé avec une attention particulière et déduisit que le personnage, qui semblait donner des signes précurseurs de l’hystérie, se trouvait dans un état de révolte irréductible. Il réfléchit longuement et essayait de déceler une quelconque motivation chez son ami. Pouvait-il compter sur lui, lui confier son secret, l’associer à préparer sérieusement la révolte. C’était difficile de l’affranchir du projet. Il risquait de tomber sur un timoré et il aurait dévoilé son secret pour rien et plus grave mis sa révolution en péril. Celle-ci n’était pas accomplie par un seul individu ; il lui fallait des hommes. Il lui restait ce pas à franchir : constituer un peloton d’insurgés parmi des gens qu’il ne connaissait pas trop. Il faut un début à tout, pensa-t-il. Il se confessa et Mabrouk en fut littéralement sidéré. Il était touché au fond de ses pensées qui réclamaient sa réaction violente pour faire entendre très haut sa voix et son refus catégorique à la domination. Il se ramassa et happa son fusil de chasse, comme s’il partait déjà guerroyer par les monts.

 

- Où vas-tu demanda Hamza.

- Montons tout de suite au djebel, répondit Mabrouk avec enthousiasme. Montrons aux Français que le peuple enfante ses combattants à toutes les époques. C’est ce que tu viens de proposer.

- Arrête ! Une révolution se prépare. Il faut des hommes et des armes. Cependant, j’enregistre avec fierté que tu es mon compagnon d’armes. De plus le secret doit être gardé.

28
fév 2021

Parution d’un nouvel ouvrage historique d’Ahmed Bencherif sur l’insurrection de Margueritte

Publié par B. Henine
le 28.02.2021 , 11h00
293 lectures

L’auteur des tomes I et II de l’insurrection de Margueritte, le romancier et historien Ahmed Bencherif, vient de publier un autre ouvrage, soit un tome III, consacré, cette fois-ci,  au procès des insurgés de Margueritte qui s’est déroulé à la cour de Montpellier (France) entre le 15 décembre 1902 et le 28 février 1903.
Le nouvel ouvrage est édité par la maison d’éditions française  L’Harmattan. Margueritte représente d’abord un lieu. C’était un petit village colonial, créé en 1880 à proximité des mines de fer du Zaccar, massif montagneux, proche des plaines fertiles de Meliana, ville antique carthaginoise, siège de la sous-préfecture, de la subdivision militaire qui fut commandée par le général Margueritte, avant l’année 1870 où il périt à la bataille de Sedan, lors de la défaite de l’armée française face à l’armée prussienne.
Les colons avaient donc baptisé ce nouveau village du nom de Margueritte, en remplacement du nom originel, Aïn-Torki. C’est ensuite une affaire de justice, individualisée comme l’affaire de Margueritte, qui avait mobilisé les opinions publiques métropolitaine et coloniale pour le procès des insurgés de Margueritte, à la cour d’assises de Montpellier. Pour rappel, les Righa furent frappés de dépossessions massives successives dès l’application du sénatus-consulte de 1864, puis en 1877 et en 1881 pour un total foncier de 3 262 ha. En 1900, les Righa ne possédaient plus que 4 006 ha pour une population de 3 200 âmes. Ils  avaient perdu depuis 1864 un foncier de 6 000 ha. A la même date, leur cheptel était de : 1 122 bovins, 1 537 moutons, 3 891 chèvres. Alors que le douar possédait en 1868 : 2 012 bovins, 10 934 moutons, 4 776 chèvres pour une population de 2 000 âmes.
En effet, 125 insurgés furent mis préventivement en prison à Alger. Ils étaient en sursis de la condamnation de mort. Le procès s’ouvrit le 11 décembre 1902 à la cour d’assises de Montpellier. Il avait été fortement médiatisé et avait soulevé les passions. Il était donc très attendu et tous venaient voir ces hères qui devaient être jugés, et que la presse avait présentés comme le produit de la détresse humaine. Mais tous n’étaient pas présents. Dix-sept d’entre eux périrent dans la prison d’Alger. Parmi les vivants, il existait 80 malades dont quinze vieillards et un aveugle. Autre preuve que l’information judiciaire avait été bâclée dans la colonie.
L’état misérable et fragile des inculpés, qui passaient au box des accusés, provoquait l’émoi du public dans un palais de justice archicomble.
Eux-mêmes étaient fortement impressionnés par la propreté des lieux, la tenue des hommes et des femmes, les robes noires, et surtout ne croisèrent aucun regard hostile. Ils semblaient étrangers dans un pays et étrangers à ce qui s’y passait. Ils ne voyaient pas comment justifier leurs actes vis-à-vis de la société, cette société qui les avait opprimés, écrasés, déshumanisés. Tous ces éléments leur intimaient de se taire et de regarder ces interminables audiences dans une passivité extrême. Ce procès était grand. Outre les 107 accusés,  85 témoins entre colons et musulmans étaient présents, 50 avocats, le représentant du gouverneur général.
Le procès fut clos le 8 février 1903, après 40 journées d’audience. Le verdict tomba comme un désaveu à la politique coloniale d’oppression et d’exactions suivie envers les indigènes et provoqua en retour une désapprobation active des colons qui avaient espéré la peine capitale pour les rebelles. En effet, il avait été plutôt clément et  impartial, avec l’acquittement des uns et la condamnation à la prison pour les autres : 81 accusés furent acquittés ; Mabrouk, Hamza et deux autres furent condamnés à perpétuité, 20 autres écopèrent entre 5 et 15 ans de prison, avec interdiction de séjour. Mabrouk et Hamza moururent deux années plus tard en prison à Alger. Les acquittés furent à leur retour déportés dans le Sersou, leurs terres et leurs biens confisqués suivant un arrêté du gouverneur général qui leur avait octroyé chacun trois ha.
Notons, enfin, que l’écrivain et poète Ahmed Bencherif est né en 1946 à Aïn-Séfra et est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment : Margueritte tomes I et II ; La Grande Ode ;  L’Odyssée ; Hé-hé-hé c’est moi qui l’ai tué.
B. Henine

                                                     L’insurrection

 

  1. A.     Exposé des faits

Le vendredi 26 avril 1901, des hommes « Righi » du douar d’Adélia se soulèvent, munis d’armes de guerre et blanches. Cent-vingt-cinq « indigènes » se soulèvent contre le colonisateur. Ils marchent sur le village européen de Margueritte, de son nom originel : Ain-Torki. Cette petite agglomération fut créée vers 1880. Elle est située à neuf kilomètres de Meliana, une vieille cité antique et riche terroir qui avait justifié l’implantation coloniale précoce. Sur leur chemin, ils passent par la maison forestière où un accident meurtrier se produit. Cette tribu était accablée d’impôts, de corvées, d’amendes forestières et de diverses humiliations. Elle était précocement frappée de dépossessions agricoles, dès l’année 1863. Et depuis, elle continuait à les subir, sans foi ni loi. Elle subissait en se résignant devant la loi du plus fort, qui de surcroit, était inique. Longtemps, elle en avait accepté les injustices flagrantes et les vexations, en espérant de meilleurs lendemains. Ce n’est que tardivement qu’elle s’était plainte, quand elle fut en fait saignée à blanc.

Définition de ce mouvement armé

En son temps, plusieurs définitions sont données à ce mouvement armé, aussi bien par la presse que par les services du gouvernement général, ainsi que l’archevêché d’Alger. Il faut noter qu’il est de faible ampleur, puisqu’il est localisé à un petit village de 300 habitants au plus et que son impact immédiat reste relativement modeste. De ce fait, il est promptement réprimé dès la première intervention militaire. Or, les autorités coloniales et la presse étaient confrontées par le passé à des actions militaires puissantes et de longues périodes. Elles ne comprennent pas cette révolte de quelques heures et peinent à la définir systématiquement. Elles accusent directement les colons d’être des fauteurs de troubles et de désordres à Alger et occultent le tempérament insurrectionnel de l’indigène, quand il le faut. L’archevêque d’Alger, Mgr Oury, le gouverneur général, Jonnart, le préfet Lutaud le justifièrent, comme étant les résultats naturels de l’anarchie. Les concepts utilisés et vulgarisés sont : la révolution, l’échauffourée, la petite révolte, la grosse révolte, l’insurrection.

Révolution

L’adjoint spécial Jenoudet fait la déposition suivante au procès dans sa vingtième journée : ‘Vers midi, Désiré Gay vint placidement me dire : « il y a une révolution ! » (1). À son tour, Monsieur Monteils, administrateur adjoint, fit lui aussi la déposition suivante quand il était aux mains des insurgés et s’apprêtait à prononcer la profession de foi de l’islam : ‘Le caïd Kouider se présenta à moi et me dit : « C’est la révolution ! »(2).

Cet élu communal ne parait ni étonné ni bouleversé. Il était loin de se douter que c’était une « révolution indigène ». Car, la révolution est du seul registre des colons. En effet, les Français d’Algérie avaient fait leur propre révolution en 1898 contre les excès et les abus du pouvoir du gouvernement de Paris. Leur mouvement était dirigé contre les Juifs qu’ils jugeaient déloyaux dans la concurrence économique et surtout contre la France elle-même dont ils trouvaient la tutelle trop ferme et étouffante. Le parti colonial demandait une forme de fédéralisme avec la Métropole. Il obtint finalement en décembre 1900 l’autonomie financière qui s’exerçait par le biais des délégations financières, une forme de parlement qui établit le budget et fixe les taxes et les impôts. La révolution des colons menée par Max Régis avait longtemps défrayé la chronique et elle était encore très vive dans les mémoires aussi bien des colons que celle des indigènes. Elle avait longtemps défrayé la chronique presque toute l’année 1898 et laissait encore des conséquences de violence jusqu’aux mois d’avril et de mai 1901, particulièrement illustrés par des désordres qui avaient particulièrement déconcerté le préfet Lutaud. En effet, les jeunesses antijuives avaient provoqué des bagarres dans le café-bar Tantonville et mis à sac la Maison du Peuple.

Pour revenir à l’action armée des Righa, force est de constater que ce n’est pas une révolution qui a pour objectif de renverser le régime, au moyen d’une stratégie pour y aboutir. Deux critères indispensables lui font cruellement défaut : la discipline et le chef. Ces deux éléments sont constitutifs pour répondre au caractère guerrier et à la projection dans le temps. Or, ils sont imperceptibles tout le long de l’opération militaire. Sans risque d’erreur, nous pouvons avancer le terme anarchique qui est manifeste pendant le siège du village par les révoltés.

20
fév 2021
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                                      L’abandon du culte funéraire

 

Le Jour pointait à ses primes aurores, dans un immense disque de couleurs  brisées entre le jaune ocre et le rouge violet, qui prenait imperceptiblement des figures géométriques fantaisistes, vers l’Orient souriant depuis les premiers âges de l’humanité. Le soleil émergeait doucement du néant et ses lumières partaient déjà conquérir le ciel  bleu.  La  vallée s’étendait à perte de vue et prenait interminablement de la largeur, ponctuée de vastes ilots broussailleux ou de marécages où vivait une faune sauvage diverse, dominée naturellement par le lion, fort adulé par la population Gétule qui habitait, depuis trois mille ans avant notre ère, ces contrées quasiment indomptables, caractérisées par un relief montagneux accidenté et un climat capricieux, plus ou moins semi-aride. La rivière conservait des plans d’eau qui s’écoulaient, plus loin, au sud-est, au-delà du puissant Mons Malethubalus, (monts des ksour) pour fertiliser le grand erg occidental qui en dépendait en termes d’hydrographie.

La vie reprenait son cours après un sommeil  nocturne, apportait son lot de joie ou de monotonie, donnait naissance à des espérances nouvelles, ouvrait son cycle de  brutalité et de  violence, dans cet environnement où rien  n’était cédé, mais arraché de haute lutte. Les bruits s’élevaient de toutes parts : ceux des animaux se bousculaient, ceux des hommes étaient intermittents. Au bout d’un  bref moment, ils s’étaient estompés, puis ce fut le calme qui régnait, troublé d’un moment à l’autre d’un chant lugubre du vent atlantique qui soufflait puissamment et faisait frémir les feuillages et les broussailles.

Au sud du  bassin-versant, la montagne bleue se dressait majestueuse et imposante, avec des parois en saillie, favorable à l’ascension, marquée de dépressions abruptes où tombaient, de façon torrentielle, les eaux pluviales de saison. Son sommet, qui dépassait les deux mille mètres, semblait toucher le ciel. Ses bois étaient étagés et plus on montait, plus ils étaient épais et denses, parfois inextricables, par un tapis broussailleux de romarin, d’alfa, de palmiers nains. Le chêne vert, le genévrier et le pin les peuplaient essentiellement et en faible partie le châtaignier, le caroubier et même le pommier sauvage. Son gibier était  composé de mouflons, insuffisant cependant pour nourrir tous les grands prédateurs en grand  nombre et dont la mobilité rendait la chasse aléatoire.

Sur les contreforts en pente douce, sillonnés de talwegs, situés à mille trois cents mètres d’altitude, le  village Gétule, Doug, s’étendait sur un immense site, d’Ouest en Est. Les chaumières, nombreuses et spacieuses, de forme conique, confectionnées en peaux de caprin, les unes cousues aux autres, étaient disséminées, les unes distantes des autres. Sur plusieurs éminences, étaient construits des groupes de tumuli, en  dalles, les unes posées sur les autres, qui faisaient huit mètres de diamètre et un mètre et demi de relief.

Les  cris troublaient le silence pastoral au petit jour. Ils se mêlaient, fusionnaient, se  confondaient, interprétaient une partition musicale du règne animalier : des bœufs beuglaient lugubrement, des brebis bêlaient sourdement, des chèvres chevrotaient tendrement, des chiens aboyaient furieusement, des ânes brayaient à en perdre haleine, des poules caquetaient de façon aigue et prolongée et de temps en temps, des barrissements d’éléphants donnaient l’effroi ou encore des rugissements rauques et  craintifs des lions.

Une nuée de corbeaux planait presque au-dessus des chaumières. Ils poussaient des cris des cris graves, rauques, lugubres, tellement puissants qu’ils troublaient la mélodie du réveil du  village. Ils étaient chassés, injuriés et plus par les femmes que par les hommes, dont la culture superstitieuse était bien faite, depuis la nuit des temps. Ils annonçaient le  malheur imminent, bien plus par réputation que par des faits prouvés. N’était-il pas l’oiseau de mauvais augure, à tel point que la beauté de son plumage ne lui accordait aucune disgrâce, puisque sa proximité avec la mort est manifeste, en pleine nature principalement, autour d’une charogne, ce qui lui ôte toute noblesse.

Une légère  brise soufflait, Les tulipes et les lilas dansaient,  les hautes herbes  tanguaient, le gros tapis de neige scintillait sur la montagne, les points étaient pris d’assaut.  Les bêtes et les bestioles se vouaient à la vie, tout comme les humains qui en faisaient un culte sacré qu’il était impossible de profaner. Et pourtant, la mort rodait dans les parages.

Dans leur chaumière, Chanoufa et sa fillette Getuliya se regardaient seulement. Elles n’avaient rien d’autre à faire. Elles étaient nues, fragilisées par le destin qui frappait à leur porte. Rien ne pouvait le conjurer. Cette famille était abandonnée par les siens.  Les petits enfants restaient immobiles, comme paralysés, comme si leur sang avait glacé dans leurs veines. Leur demeure de fortune était vide, sinistre, exigüe malgré ses dimensions normatives dans le  village. Le feu ne brûlait pas, ne conservait point de chaleur. Il était froidement macabre. Les cendres avaient été raclées et jetées au vent. Il n’y avait rien à manger. C’était la famine qui avait frappé de plein fouet ce foyer, qui ne mangeait pas depuis cinq jours au su et au vu de tous.

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