ahmed bencherif écrivain et poète

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12
avr 2021
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Le bagne

Les bagnards sont classés en trois catégories :

-. Les transportés sont astreints aux travaux forcés.

-. Les déportés politiques non astreints aux travaux forcés

-. Les relégués sont les délinquants récidivistes

Leur déplacement au bagne nécessite, comme pour tout autre bagnard, l’étude méticuleuse de leurs dossiers au double plan judiciaire et moral. C’est la mission d’une institution spéciale qui va déterminer pour chacun son régime carcéral.   C’est la commission permanente de régime pénitentiaire, créée par le décret 1880, qui est en charge de cette tâche complexe et difficile. Elle reçoit donc les dossiers des treize forçats de Margueritte, qui lui sont transmis par la cour d’assises de Montpellier. Les condamnés subissent encore de nouvelles peines. En effet, ils sont classés à la troisième classe, et de ce fait, ils ne bénéficient pas de salaires ni de concessions agricoles, une fois leurs doubles peines purgées, celle des travaux forcés et celle de l’interdiction de séjour.

Les prisonniers de Margueritte séjournent presque trois mois à la maison d’arrêt de Thouars. Ils subissent les terribles épreuves de l’incarcération, de la nostalgie et de leur isolement par rapport aux codétenus français dont ils ne comprennent pas le langage. Quant à Yakoub, il s’enfonce davantage dans sa retraite. Seulement onze détenus quittent le 24 juin 1903 la prison de Thouars sous une escorte vigilante de dix gendarmes pour rejoindre celle de La Rochelle . Le douzième manque. Est-il mort dans cette prison ? L’affirmer constitue une problématique. Pour être conforme au langage juridique, il est approprié de le classer comme disparu. Le lendemain vers midi, ils embarquent sur le vapeur Coligny qui les mènera au dépôt bagne de Saint-Martin de Ré.

Vers le dix du mois de décembre 1903, ils furent rassemblés, dès le début du jour, comme à l’ordinaire dans la cour, sous une haute surveillance de cinquante gardiens. Le directeur, M. Picqué, se présente devant eux et leur annonce que le départ pour aller purger leur peine était prévu dans les quinze jours qui suivraient. Les forçats se réjouissaient dans l’immédiat y compris, ceux de Margueritte. Car, le régime carcéral s’assouplit : ils sont mis au repos, dispensés de travailler aux ateliers, aux jardins, à la coupe de bois. Le temps de la promenade est plus allongé que d’habitude.

Le vingt-trois décembre de l’an 1903, c’est l’embarquement des transportés et des relégués. C’est la fin de leur vie en société, le début d’un drame sans fin, sans commune mesure avec les crimes et les délits qu’ils avaient perpétrés.

D’une prison à l’autre, les insurgés laissent derrière eux des morts qui ne sont pas reconnus officiellement. En entrant à la citadelle, ils sont onze individus. À l’embarquement, ils ne sont plus que neuf,

 

Vie de forçat

 

Les forçats sont encadrés par des porteclés, auxiliaires des surveillants, choisis parmi les détenus, composés d’Européens et en majorité d’Arabes, tous sont lamentablement détestés, pour l’espionite et la délation qu’ils exercent impunément sur les condamnés. Ils se réveillent à cinq heures du matin, font leur semblant de toilettes, rangent leurs cases, se présentent dans la cour centrale pour le rassemblement. Ils sont répartis par pelotons de trente individus, chacun sous les ordres d’un surveillant. Ils répondent à l’appel fait par leurs porteclés respectifs à six heures. Ils quittent le camp aussitôt, traversent les rues de la ville, regagnent leurs chantiers et entament le travail exténuant et harassant. Ces sites grouillent de forçats, qu’ils soient de déforestation ou de défrichement, ou encore dans les carrières de pierre, ou l’abattage des arbres géants. Ils sont français, maghrébins, tous liés par le même tragique sort. Les Algériens forment cependant la majorité. Il leur est interdit d’observer la moindre pause. Une faute quelconque expose son auteur à des punitions sévères, dont la mise au cachot, vraie terreur des condamnés. Mais, c’est aussi l’occasion de faire d’heureuses retrouvailles avec des individus originaires d’une même région et du même pays. C’est ainsi que les condamnés de Margueritte repèrent des Arabes de l’arrondissement d’Orléansvilles.

Ils rejoignent ensuite leurs cases pour dormir sous escorte. Chacun se couche sur sa planche et les porteclés ou les surveillants les fixent à la barre de justice à la cheville. À vingt heures, c’est l’extinction des feux. La nuit, c’est la terreur, la phobie dans les cases. Le condamné doit être fort et courageux pour sa propre survie. Le bagne est conçu pour des criminels endurcis pour qui le crime est presque un jeu d’enfant, une action héroïque pour nourrir leur égocentrisme. Il en est pourtant des jeunes qui sont doux, arrivés là accidentellement qui font le plaisir des hommes virils la nuit. Les viols sont également courants. Les vols sont nombreux, justifiés pour faire un petit commerce et acheter de la nourriture. La violence est omniprésente, particulièrement cruelle, avec une impulsivité incroyable. Les agressions vont jusqu’au meurtre

Les forçats contractent tous des maladies virales tropicales qui les anémient, les rendent squelettiques, les fragilisent au point de leur provoquer des hallucinations. C’est un autre bourreau contre lequel ils ne peuvent pas lutter. La fièvre jaune et le paludisme font des ravages parmi la population carcérale. D’autres maladies encore, les terrassent : la typhoïde et l’ankylostomiase, dues principalement par l’insalubrité et l’absence d’hygiène.

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Le ciel était noir, impénétrable et mystérieux. Il bloquait l’imagination la plus fertile par l’absence cruelle de constellations. Il n’invitait guère aux contemplations merveilleuses, ni aux rêveries douces. Tout proche de la terre, il  semblait s’y abattre à tout moment et l’engloutir dans son immensité. Ainsi, il ne conviait pas aux méditations et à la vénération ; car il cachait cet être invisible qu’est Dieu et occultait ce besoin d’élévation de l’âme vers les hautes sphères  pour atteindre la félicité indéfinie que chacun conçoit. Il générait un sentiment étrange de peur qui n’était vraiment pas d’à propos. Sa grosse couche nuageuse néantisait presque le champ visuel et l’on se posait judicieusement la question de savoir ce qu’aurait été le monde sans la lune, sans les étoiles, ces faisceaux fabuleux qui émerveillent utilement.

C’était une nuit d’hiver, silencieuse et monotone, longue et pesante de l’an cinquante du vingtième siècle. Elle s’épuisait lentement et abordait ses derniers quartiers. Le village dormait de sommeil profond, ses feux étaient éteints, ses habitants se retournaient dans leurs lits, ses chats ronflaient près des cheminées en cendres, son bois de Boulogne était aussi calme et les feuillages ne crissaient même pas. Les oiseaux ne s’ébattaient guère et le hibou ne hululait point. Les êtres vivants se réfugiaient contre les rigueurs du froid. La gelée tombait, cuisait la chair qu’elle pénétrait pour aller se loger aux ossements qu’elle glaçait et fragilisait d’affection rhumatismale épouvantable et de là perturber l’équilibre biologique du cerveau. Combien en ont péri, transits de froid ?

La vallée était immense, rétrécie et sablonneuse en amont, béante et rocailleuse an aval, bordée de deux puissantes montagnes, l’une bleue et boisée, au sud, l’autre marron et presque nue, au nord. Des îlots de verdure poussaient ça et là, au bon prodige de l’oued qui la traversait et y laissait des marres un peu partout, lui-même séparé en amont par une haute et large falaise qui amortissait la violence des eaux de crue de son affluent. Tous les deux, quand ils débordaient, faisaient jonction à la lisière du village et se distinguaient par une violence torrentielle phénoménale qui menaçait le village, bien des fois victime de la furie des flots qui allaient écumer dans les rues limitrophes et en déloger les habitants. Bien des fois des gens y avaient péri, noyés et échoués à des lieues plus loin. Ces îlots de verdure étaient le produit de fellahs laborieux du ksar qui était perché en hauteur du village, au pied de la dune, elle-même adossée à la montagne bleue, appelée Mekhter, terme arabe signifiant profusion de biens.

La montagne bleue était bien généreuse. Elle nourrissait tout le village en bois de combustion et en charbon, ainsi qu’en bois de charpente pour l’ensemble du ksar et un bon nombre de maisons urbaines : le chêne, la caroubier, le genévrier, le pin la peuplaient et de nains arbustes à fruits incomestibles qui ressemblent au pêcher ; ils ne formaient pas cependant des forets inextricables. Elle était très humide en hauteur et gardait des flaques d’eau dans des endroits encaissés et ses sources resurgissaient un peu partout à faible débit toutes fois. L’eau de pluie se conservait longtemps dans des rus qui proliféraient, sans  attirer des oiseaux migrateurs. Elle foisonnait en herbes de pacage et herbes médicinales, tels que le romarin et l’armoise, possédait son gibier comme le mouflon qui allait paître sur une grande plaine au versant sud. Elle s’était toutes fois paupérisée en prédateurs dont on retrouvait seulement le chacal, l’hyène, le renard et le serval. Quant au léopard, il avait été exterminé dans un passé tout récent, à moins d’un siècle. Mais, le grand fauve, le lion de l’atlas, l’avait été beaucoup plus avant.

Elle était vaste, gagnant tout aussi bien en longueur qu’en largeur et atteignait mille neuf cents mètres d’altitude. Elle était majestueuse et imposante et se projetait en avant vers le ksar qu’elle protégeait depuis les temps immémoriaux contre les Rezzous. Oui, elle n’était pas abrupte et son ascension ne fatiguait pas outre mesure sauf sur les sommets ; elle avait aussi l’avantage de fournir des caches bien dissimulées, sans qu’il n’y ait cependant de grottes, capables de recevoir des groupes de personnes. A son point médian, une dépression raide prenait naissance au sommet, faite au fil des ages par l’érosion des eaux de pluie impétueuses qui dégringolaient à pic et se cognaient à une falaise pour se diriger ensuite vers deux lits à droite et à gauche, falaise prodigieuse qui bouchait la voie aux flots impétueux qui risqueraient d’emporter le ksar.

Les arrestations.

Les arrestations sont opérées par tas et par vagues successives. Ceci veut dire en clair que le travail n’est pas méthodique, encore moins en rapport avec les attributions de police judiciaire. L’action relève de la rapidité de l’éclair. Elle est même trop rapide et laisse maintes interrogations sans réponse. En effet, à la date du 28 et 29 avril 1901, 38 individus sont amenés et 150 entre le 29 avril et le 1er mai, soit 188 au total, comme le rapporte Charles-Robert Ageron dans son ouvrage (1). Cependant, l’opération se poursuit jusqu’au 2 mai, Monsieur Masselot, secrétaire général de la préfecture pour les affaires indigènes, lève la réquisition de l’armée, à la demande du lieutenant-colonel Léré qui dit fièrement que l’essentiel des battues est exécuté et que s’il reste encore des éléments en fuite, ce sera désormais une affaire de police et que la compagnie de Meliana s’en chargera. Le général de division Grisot déclare : « La terreur a succédé à la folie » il faut comprendre par « folie » la révolte. En somme, le commandement de l’armée est satisfait du résultat qu’il a obtenu. Il faut reconnaitre qu’il avait fait du zèle en menant cette grande opération guerrière, qui n’est pas loin des concepts de razzia.

Cependant, Christian Pheline nous rapporte un chiffre, nettement supérieur à celui avancé par l’immense historien Ageron. Il rapporte que :

« Dans les douze heures, près de 400 indigènes étaient arrêtés et amenés à Margueritte ».

« De tous âges, depuis des vieillards à la barbe blanche jusqu’à des adolescents impassibles » (2).

Ce chiffre semble peu plausible, si l’on tient compte que la tribu compte 3200 âmes tous âges et tous sexes confondus, de la première enfance jusqu’à l’ultime vieillesse. De toute manière, nous ne possédons pas plus de données démographiques pour en faire une analyse. Néanmoins, nous nous rapportons à la référence bibliographique donnée par l’auteur lui-même : « La Dépêche algérienne, 16 décembre 1902 ».

Or, cette édition n’évoque ni les battues ni les arrestations. Elle date, comme cité ci-dessus, du 16 décembre 1902, soit 6 jours après l’ouverture du procès à Montpellier. Le correspondant parle de la salle d’audience, du procureur général, Laffon, du président de la cour, de ses deux assesseurs. Il tient en outre en suspicion les jurés, parle de la barbarie des insurgés en fin de l’ambiance générale, des incompréhensions des Français de la Métropole vis-à-vis des colons français (3). Donc, le chiffre avancé par Christian Pheline est sans aucun fondement et de ce fait, on s’en tient à celui avancé par Charles-Robert Ageron.

À la date du 1er mai, le procureur de la république Poinssier loue les efforts et l’efficacité des battues qui ont permis l’arrestation de trois indigènes parmi les principaux :

-          Taalibi Miloud, jeune frère de Taalibi, Elhadj BenAicha.

-          Hammadi Mohammed Ben Tifouri.

-          Abdellah El Hirsi, l’égorgeur.

Puis deux jours plus tard, ce sera au tour de Yakoub Ben Hadj Hamed, capturé par l’administrateur de Djenden, monsieur Diar. Il était blessé gravement et fut conduit à l’hôpital de Meliana. Taalibi Ben Aicha, son lieutenant, le sera peu de temps après.

Les battues se poursuivent jusqu’au 15 juin par la compagnie des Tirailleurs de Meliana. Le bilan meurtrier de l’opération en elle-même est de 16 autres indigènes tués de sang-froid et sans sommation.

                              La conscience nationale

  1. 1.      Psychologie de la conquête française

La marine algérienne partout imbattable en Méditerranée ou en Atlantique, était crainte par les autres puissances navales des Etats unis d’Amérique, de l’ Angleterre, de la France et de bien d’autres. Les combats qu’elle menait attestait sa bravoure, son amour pour le danger, son goût pour le risque. Mais elle devenait trop problématique, trop inquiétante pour la sécurité navale que pour l’évolution logique dans laquelle étaient engagés tous ces états adverses. Cette fois, il fallait employer les grands moyens. Allait-elle encore gagner ses paris et survivre à toutes ces guerres navales qu’elle avait menées ?

La navigation fructifiait pendant presque trois siècles, sur les côtes, au nord et au sud de la Méditerranée, pour le commerce d’esclaves, capturés lors des guerres ou de razzias qu’opéraient les nations d’Espagne, du Portugal, de la France, de l’Angleterre, de Malte et des états italiens, la Régence d’Alger, de Tunis et de Tripoli. Ni les chrétiens, ni les musulmans n’en  réchappaient. Des milliers d’hommes et de femmes, étaient réduits à l’asservissement et ne rachetaient leur liberté qu’à un prix fort astronomique. Leur seul tort était de se trouver sur le chemin de ces corsaires, maîtres des mers. Tous ces états la pratiquaient sans honte ni vergogne. C’était une barbarie qui ne disait pas son nom. Cependant au 19ème siècle, les sociétés commençaient à s’émanciper. C’est ainsi que les chefs d’Etat concernés, du moins européens, avaient tenu le congrès de Vienne le 7 juin  1815. Les travaux avaient abouti à redessiner la carte de l’Europe : des territoires sont retranchés ou rajoutés à des Etats. Outre ce fait majeur, des résolutions furent adoptées. Elles allaient révolutionner le monde. La traite des noirs fut abolie et la captivité des chrétiens par les Etats nord-africains fut carrément interdite sous réserve de représailles. De plus, la liberté du commerce fut adoptée et donc la piraterie devenait un fléau à combattre. L’Etat le plus visé était naturellement la Régence d’Alger dont la force navale était encore très puissante et pouvait contrecarrer les mesures prises par le congrès. Donc, il était impérieux aux nations d’Europe d’affaiblir ou  rendre hors d’état de nuire cet ennemi redoutable qu’était la Régence d’Alger qui investissait de grandes dépenses de son budget dans la construction aéronautique et l’emploi d’une nombreuse armée de janissaires, non moins redoutable. De ce fait, elle avait de plus en plus besoin de d’esclaves chrétiens pour galérer sur ses vaisseaux en haute en mer en bravant tous les dangers naturels ou les attaques de puissances ennemies. .

nouveau

25
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 7:51 | Pas de réponses »

Dans leur chaumière, Chanoufa et sa fillette Getuliya se regardaient seulement. Elles n’avaient rien d’autre à faire. Elles étaient nues, fragilisées par le destin qui frappait à leur porte. Rien ne pouvait le conjurer. Cette famille était abandonnée par les siens.  Les petits enfants restaient immobiles, comme paralysés, comme si leur sang avait glacé dans leurs veines. Leur demeure de fortune était vide, sinistre, exigüe malgré ses dimensions normatives dans le  village. Le feu ne brûlait pas, ne conservait point de chaleur. Il était froidement macabre. Les cendres avaient été raclées et jetées au vent. Il n’y avait rien à manger. C’était la famine qui avait frappé de plein fouet ce foyer, qui ne mangeait pas depuis cinq jours au su et au vu de tous.

La  croyance voulait que devait être enterrée vivante dans un tumulus toute famille qui était arrivée au bout de ses infortunes, dès que toutes ses ressources auront été épuisées. C’était quasiment un culte inviolable que personne n’osait ni profaner, ni remettre en  cause. Ce peuple souffrait dans les fondements de son humanité et faisait de l’égoïsme une règle de vie sacrée et au lieu de solliciter des se cours en cas de besoin vital, il préférait mourir, construire son monument funéraire et y attendre stoïquement la mort. Cette croyance était vieille et rien ne permettait de la situer dans les siècles obscurs passés. Elle  n’était pas exclusive au village de Doug. Mais elle était en pratique dans toute la région et con cernait spécialement le peuple Gétule,

« Getuliya, nous  vivons  nos derniers instants sur terre, dit Chatoufa.  Sois forte et courageuse. L’épreuve est terrible ». Sa voix fut littéralement brisée, telle une vague qui se jetait sur un récif. Ses larmes commencèrent à tomber faiblement, puis par flots qui lui trempaient tout le visage. Elle la serra fortement sa fille dans ses  bras, comme si elle espérait du fond de son âme lui prolonger la vie. D’ailleurs, c’était le vœu fort du père. Il n’avait hélas aucun pouvoir pour l’exaucer. Getuliya, la fillette de neuf ans presque ne disait rien, n’éprouvait aucune phobie. Elle était  calme, en pleine possession de ses facultés mentales. Elle méditait sur  cette façon de mourir que son peuple avait adoptée et qui lui paraissait inhumaine. Elle la désavouait en silence par crainte de heurter ses convictions. Elle se devait d’agir, sans savoir comment. La mère la tira de ses méditations et lui dit d’aller rejoindre leur future demeure.

Elles s’en allèrent, guidant deux petits poussins. En chemin, des habitants les regardaient sans la moindre compassion  ni pitié. Ils traitaient même  Chatouf d’homme in capable d’assumer son foyer et donc il méritait la mort. Ils le qualifiaient de paresseux et éprouvaient pour lui seulement du dédain. Ils étaient durs comme, humainement insensibles à ce mode cohabitation qui dépassait toutes les bornes admises de l’égoïsme. Et pourtant, leur peuple sacrifiait ainsi ses enfants de façon la plus horrible et la plus sinistre. Il en arrivait souvent  cette mort  volontaire, qualifiée comme un culte funéraire. Getuliya et sa mère n’en étaient nullement affectées. Elles demeuraient grandes dans leur malheur et aucun moment, elles n’eurent à l’esprit d’aller demander l’aumône

20
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:13 | Pas de réponses »

 

Colère

 

Libérez la fureur de vos cœurs tourmentés !

L’audace vit en vous jusqu’à la fin des temps.

Le fusil, le sabre sont votre liberté

Allumez la poudre ô guerriers d’antan !

 

Gronde le tonnerre et s’abat la foudre !

Ton courroux est plus vif, pourfends ton ennemi

Laisse-le paniquer, pousse-le à geindre

La terre fertile, récolte ton semis

 

L’heure annoncée par l’oracle pointera

Seuls de gros nuages cachent notre soleil

Le messie justicier parmi nous surgira

Notre moisson sera faite de vermeil

 

L’Allemand a vaincu le Roumi à Sedan.

Son déclin a sonné, sa fin est proche

Prépare le bûcher, le brasier ardent

Fête l’évènement, allume les torches.

Fellah, petit agent ! Ecoutez votre cœur

Qui ne cesse de battre, vous dit de vous battre,

Reste froid aux ordres,  muet à la douleur

Résiste aux brimades, déjoue les cabales,

Vous somme de serrer les dents et le ventre,

Vous fait entendre le son des cymbales,

Présage la gloire, indique la montre.

 

Colonisé ! Secoue la poussière du sol,

Va au-delà de tes peurs, le fusil ne tue pas,

Le destin décrète l’arrêt des jours en bémol

Sans moindre préavis et sans aucun appât.

 

 

Prends gourdin et la faux, car viendra le fusil. ,

Sème d’abord la peur, puis tu feras mal,

Tu donneras la mort avec de vraies balles,

N’en rougis point, car tu manques de blé et de riz.

 

Ecoute le ciel gronder et montrer sa fureur,

Se couvrir de couches nuageuses noires

Les unes opaques sans ternes couleurs

Vrombir de tonnerre du matin jusqu’au soir,

Se fendre par les jets de foudre aveuglante

Qui descend jusqu’au sol et provoque le feu,

Décharge ses chocs, tue toute vie naissante

Exposée sur sa voie et dont elle ne veut.

 

Mais tous ces éléments déchaînés portent en pli

Un nouveau semis riche d’organismes vitaux

Qui greffent la terre bien tombée dans l’oubli,

Asséchée au tréfonds jusqu’aux petits canaux.

 

 

 

Fais comme eux et laisse la fureur te gagner,

Ta voix tonner partout dans les prés et les rues,

Dans les bourgs et villes, dans les citadelles,

Les forts et contreforts, les places bien soignées,

Ta main frapper sans clémence, ni pitié

Provoquer l’incendie ravageur et embrasant,

Arrêter l’ennemi, le juger et le châtier

Pour ses crimes commis au passé et au présent.

20
mar 2021
Posté dans Non classé par bencherif à 9:09 | Pas de réponses »

Jocelyne ! Tu verras le saint dragonnier,

Au bord de l’oued, dans un nid de roseaux

Veillé par la koubba du santon altier,

Dont le lit se draine parmi les vaux.

 

Sur l’aire spacieuse, de forme ronde et nue,

Au milieu des jardins, ébruités de paysans,

Fournis de légumes et de fruits charnus,

Cultivés de choux verts, conquis de liserons,

Au bord de l’oued en face da la marre

Située au pied de la haute falaise,

Croit l’arbre vénéré depuis un millénaire,

Fourni abondamment de petites fraises

Sur les cimes fleuries comme un bouquet géant,

Tel un gigantesque parasol suspendu

Sur le fut énorme formé d’un trou béant

Par plusieurs racines marron clair et tordues.

 

Des femmes fragiles viennent s’y recueillir,

Font leur pèlerinage autour de la sainte

Incarnée par l’arbre sans aucun souvenir,

Vivant en mémoire sans d’autres empreintes

Que le henné teinté deux fois par semaine

Avec un bel amour stoïque et profond,

Ou de petits foulards noués aux racines,

Ou bien encore des morceaux de charbon.

 

Elles sont deux ou trois à venir sans enfants

Du village nègre qui fête le taureau

Chaque année à la fin d’octobre gémissant

Par un groupe d’hommes coiffés de callots,

Ivres de musique et souvent en transe,

Par les chants religieux sur fond de sons cuivrés

Des castagnettes tendres et les résonances

Des tambours, à la main habile, ouvragés.

 

Elles sont possédées par de mauvais esprits,

De jambes amorphes, les yeux noirs distraits,

A la voix sans timbre et le teint fort blêmi

Par une névrose qui amoche leurs traits.

Ratissages

Pour rassurer les colons, les autorités civiles et militaires avaient décidé une opération militaire punitive de grande envergure dans le Zaccar le jour même. Elle était justifiée par l’état d’esprit phobique des populations européennes et une grande fierté des indigènes d’être encore capables de prendre les armes et conquérir des droits que la paix ne leur avait pas octroyés. Le général Paul Alphonse Grisot avait été requis par le gouverneur général Jonnart, en santé déclinante, sur le point de démissionner. L’armée est plus que jamais requise à frapper fort et vite. Elle doit enlever toute velléité aux indigènes de penser révolte, de prendre les armes, de vouloir vengeance. Elle doit non seulement les impressionner, mais aussi les terroriser longtemps.

Une force considérable est déployée. Ses effectifs donnent une impression de terreur et prédisent que les représailles devaient être terribles. Ils signifient en clair qu’ils sont sur le pied de guerre, contre une population désarmée et isolée. C’est la formation d’une puissante colonne qui se met en mouvement pour s’engager dans les hostilités, comme pendant la guerre de conquête. Le haut commandement du 19e corps est décidé a réprimer de la plus atroce façon. C’est le retour aux méthodes de la terre brulée du maréchal Bugeaud. Le 28 avril, deux jours seulement après l’écrasement de la révolte, 1 200 soldats stationnent le long de la voie ferrée qu’ils surveillent, 800 autres partent ratisser dans la montagne du Zaccar où se sont réfugiés les rebelles :

-          Un bataillon du régiment des Zouaves d’Alger

-          Deux compagnies de tirailleurs d’Orléans ville

-          Un escadron des chasseurs de Blida.

Au total, deux-mille soldats, entre Zouaves, Tirailleurs, sont sous le commandement du général Octave Gilet. Trois torpilleurs appareillent pour surveiller les côtes de Cherchel. Est-ce que les craintes du commandement étaient justifiées pour mener la guerre aussi sur mer ? Aucune donnée historique n’est disponible ni pour infirmer ou confirmer sa justification. Toutefois, nous avançons avec la plus grande réserve que le commandement militaire craignait l’implication de la tribu des Benimenaceur qui avait assiégé cette ville en 1871 pendant un mois (25).

Ces forces considérables paraissent incroyables, telles rapportées par ce journal métropolitain. Cependant, un embrasement de la région n’était pas exclu par les autorités coloniales, d’autant que l’Angleterre et la France se livraient une guerre sourde et ce fait n’était un secret pour personne. Les forces engagées dans le Zaccar, soit 800 soldats, sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Léré, sont également citées par Christian Pheline dans son ouvrage (26). Ils ont pour directives de ramener les individus âgés de 15 à 65 ans. Ils se rabattent sur un douar de 3200 âmes, de tout âge. Ils pillent et saccagent les gourbis, violent des femmes et des filles, tirent sans sommation. Ils ont tué des indigènes. Mais combien ? Le saurait-on jamais ? En tout cas, les Zouaves s’enorgueillissaient d’avoir tué quatre-vingts indigènes. Il faut souligner avec amertume qu’aucune enquête n’avait été menée sur les abus et les crimes commis par ces soldats endurcis et aguerris contre des populations paisibles. L’opération dura plusieurs jours et s’était soldée par des centaines d’arrestations.

Dès son agression contre le sol algérien, la France avait opté pour la solution militaire pour soumettre le peuple qui mena quarante ans durant une résistance héroïque, avec les moyens modiques dont il disposait pour rester libre dans sa patrie. Il avait payé un lourd tribut et avait subi, outre les revers des défaites, des crimes contre l’humanité dont la barbarie était unique, comme les nombreuses tribus qui avaient été enfumées dans des grottes, ou encore la destruction des oliviers et des orangers. Ce siècle s’ouvrait ainsi sur une rivière de sang pour irriguer les champs de la liberté, tellement arides que le peuple aura encore à les arroser. La France était restée fidèle à elle-même, partisane de la loi du talion et réprimer très fort toute tentative qui viserait à secouer le joug colonial. Elle dépossédait sans payer le moindre sou, implantait des Européens sans se soucier des ressentiments des populations autochtones.

17
mar 2021
  1. Préliminaires

Le procès s’ouvre le lundi quinze décembre 1902. C’est déjà la moitié du mois de Ramadhan. Les accusés de Margueritte font le jeûne. La nourriture qui leur est fournie est bonne et ils en sont contents. Voilà vingt-cinq jours qu’ils sont en détention provisoire à la maison d’arrêt de Montpellier. Ils ont repris des couleurs et une santé acceptable. Les résidents malades d’entre eux ont été traités et eux aussi sont de meilleure forme. Des femmes de Montpellier et de la région leur rendent visite, leur apportent des vêtements, de la nourriture, leur font des dons d’argent pour payer les honoraires d’avocats, dont elles réclament les coordonnées aux agents de la cour. Plusieurs d’entre elles ont été inquiétées par la police et certaines ont été même placées en garde à vue. Hélas, elles sont restées dans l’anonymat et nous ne pouvons citer quelques-unes d’entre elles nominativement. Cependant, nous leur rendons un grandiose hommage pour leur humanisme qu’elles avaient manifesté, à notre sens, pour tout le peuple français de la Métropole.

 

Le palais de justice était hautement sécurisé. Les issues étaient gardées par des soldats de l’infanterie, à l’intérieur du vestibule par des éléments du génie militaire et enfin la cour intérieure par soixante gendarmes. Toutes ces précautions étaient prises dans une négative probabilité de mutinerie. Ces mesures de sécurité draconiennes furent critiquées par la presse qui les jugeait inutiles pour des accusés, trop fragiles.

 

Une foule était venue voir ces insurgés en blanc qui avaient bravé l’ordre établi. La présence féminine sortait de l’ordinaire, tant elle était très nombreuse et visiblement fortement intéressée. Elles étaient blondes ou brunes, de toute beauté, de tout âge, le mouchoir à la main, pour essuyer des larmes hasardeuses, la bourse également ouverte pour venir en aide à leurs accusés favoris. Les hommes, quant à eux, venaient suivre un procès de grande envergure qui ne manquait pas d’interpellation sur le plan philosophique, en matière de droits de l’homme dont les ligues se trouvaient encore à l’état embryonnaire. Il y avait parmi eux beaucoup d’intellectuels et d’hommes politiques. Des journalistes et des photographes étaient aussi en grand nombre, venus alimenter leur chronique judiciaire. Une centaine de personnes, qui étaient maintenues par des soldats devant les grilles, attendaient la permission d’entrer.

 

Parmi les cent-sept accusés, qui comparaissaient, il y avait quinze vieillards et un aveugle. Ils paraissaient d’une douceur extrême et ne semblaient pas se faire une idée précise de cette tribune qui les jugeait. Le palais les impressionnait par la propreté de ses lieux, par la tenue des hommes en robe. Le public leur paraissait comme un avocat général qui était là pour les accabler de charges irréfutables. Tous ces facteurs les mettaient durablement mal à l’aise et ils ne pouvaient que suivre ce cheminement judiciaire dans la passivité totale, loin du milieu dans lequel ils avaient toujours vécu.

 

La salle a fait l’objet, elle aussi, d’aménagement léger, mais utile pour abriter ce procès monstre. La cour a installé sa tribune à deux mètres et demi en retrait du mur de fond. Prenant environ trois mètres, sur la gauche, on a élevé une succession de gradins réservés aux accusés, encadrés par les gendarmes. Des pupitres et des bancs en bois blanc étaient destinés aux avocats, face à la cour sur le côté droit ; les douze jurés et les deux autres suppléants disposaient d’une tribune, face aux gradins construits ; les témoins trouveront leur place au fond de la salle à droite, lorsqu’ils auront déposé ; enfin pour la presse, venue nombreuse de Paris et de la région, un espace lui est réservé à l’entrée au — dessus de la porte. Le service d’ordre est assuré par les soldats du deuxième Génie et les gardiens de la paix, l’ensemble dirigé par le commissaire central, M. Hitte.

extr le procès des insurgés de Margueritte cour d’assises Montpellier 1902-1903

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