ahmed bencherif écrivain et poète

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7
juin 2010

                                                       Jocelyne

 

                                           

                                    Heureuse qui comme Jocelyne fut aimée

                                    D’un amour violent sans passion du désir

                                    Voué à l’infini de forme sublimée

                                    Qui naquit un soir d’été, soudain sans prévenir.

 

                                    De présent généreux alloué au quidam

                                    Le bel émoi me conquit, nourri de mystère,

                                    L’immense prodige atteignit mon âme,

                                    Dépêché avec heur d’un lointain univers.

 

                                    Mon esprit débarqua dans son grand royaume,

                                    Faire allégeance royale sans pompes,

                                    Ne chercha à sentir les enivrants baumes,

                                    Ni à voir les attraits gracieux qui dopent.

 

                                    Mon cœur élit logis aux coteaux des Graves

                                    Près de Maison Carrée pour sentir la chaleur ;

                                    Il tremble, il guérit à ses mots suaves ;

                                    A sa voix fluette, il jouit de bonheur.

 

                                    Ma muse irriguait ses vergers assoiffés,

                                    Curant son spleen mortel, lui chantant romance.

                                    Heureux, j’ai communié avec la belle fée

                                    Par delà les chemins, point de résonance.

 

                                    Son flot de paroles m’enchantait à l’envie,

                                    D’expression candide, au timbre mielleux,

                                    Doux comme le zéphyr qui rafraîchit ma vie,

                                    Par les soirées d’été ou les jours frileux.

.

                                    Son verbe cultivait mon imaginaire

                                    Qui n’osa par sacre esquisser le portrait,

                                    Vu le temps d’un songe : cheveux noirs, peau claire,

                                    Sourcils bien tracés, visage plein d’attraits,

                                    De taille moyenne, formes gracieuses,

                                    Au pas fier et souple à ses trois décades,

                                    Aux joues pleines, couleur de cerise

                                    De pommes émergeant en jolie myriade.

 

                                    J’ai aimé ta vertu égale aux moissons

                                    D’un champ très immense fécondé au soleil.

                                    Trois mots du grand amour composent ma chanson

                                    Interprétée de nuit, de jour à mon réveil.

 

                                    Jocelyne ! Tu verras nos sapins, nos cyprès

                                    Au pied de la dune ondulée par le vent

                                    Où surgit la source fraîche, de fond doré,

                                    Couronnée d’un bouquet de verdure flottant.

                                                          

                                    Les cristaux scintillants te feront caresses

                                    Aux chevilles blanches, aux jambes fuselées ;

                                    Tu jouiras bellement de plaisir immense,

                                    Tu voudras cavaler et tu voudras rouler.

       Un rayon solaire parut sur le seuil, pénétra et chassa la triste désolation qui avait perturbé les esprits : c’était la jeune et belle Pauline de souche espagnole. Sa beauté était éclatante, de peau blanche et de chevaux noirs, la sève de sa jeunesse coulait. Un seul regard vous suffisait pour être dans d’heureux transports. Slimane enrageait dans son fort intérieur que son père fût là, déçu de cacher son admiration, de jouer l’indifférent, le grand pieux. « Bonjour Mr le moqadem, dit-elle ». Celui-ci la salua paisiblement. Elle était cliente attitrée et avait de la réserve, mariée à l’interprète de l’administrateur. Elle acheta deux draps, deux rideaux et des provisions, régla la note de dix francs, puis elle demanda à Hamza de ramener avec elle quelques colis, s’il le désirait. « Va avec elle, intima le père ». Hamza porta de bon gré le couffin lourd en produits, tandis qu’elle embarrassa ses jolis bras de colis, emballés dans du papier kraft rugueux, qui pouvait lui égratigner la peau laiteuse. Ils s’en allèrent et Hamza, comme vous pouvez l’imaginer, en était heureux.    

         La rue Saint Arnaud était animée par de multiples boutiques dont certaines répondaient au goût de leur temps, où l’homme était le propre artisan de sa vie et sublimait toutes ces belles curiosités artistiques qui manquent cruellement aujourd’hui dans nos salons ou sur nos épaules : là se trouvait un couturier brodeur, à coté un tanneur décorateur, un peu plus loin un armurier. Leurs articles et leurs produits procuraient de l’émerveillement qui coulait, fluide, dans l’âme ensorcelée par un souvenir vivant, aux motifs admirablement ouvragés. Les deux cafés maures lui donnaient un charme particulier par un canari qui chantait au seuil de l’entrée, par un gros pot de jasmin qui poussait et exhalait ses parfums, par une énorme jarre d’eau fraîche scellée au mur et ombragée par une toiture en planches rustres. Dans ce décor chatouillant, le revendeur de tapis ne manquait pas d‘apporter une touche exceptionnelle et présentait des produits de l’art de différentes régions du pays : Le tapis d’Aflou à grosse laine, le Henbel rasé de Laghouat, le Khidouss (burnous à poils de chameau et laine noire) d’Ain-Sefra. 

          Pauline et Hamza laissèrent, à leur gauche, le boulevard Bugeaud, longèrent l’artère animée bruyamment par des passants aux voix explosives, tournèrent à droite et s’engagèrent dans la rue Cavaignac qui desservait le quartier embourgeoisé. De part et d’autre de la chaussée, de somptueuses ou modestes villas se rangeaient, surélevées au sol, fleuries par de petits jardins à basse clôture, couvertes de tuiles rouges brique vers lesquelles rampaient les œillets, ajourées par de grandes fenêtres aux rideaux fins et transparents. Sur une véranda, une vieille femme somnolait, sur une autre, un homme lisait le journal, tandis qu’un autre cueillait des roses. Et elle, Pauline, passait comme une lumière que dévora le regard d’un passant, vite corrigé au flanc par un cou de coude de sa femme. Dieu l’avait comblée de grâces et de formes harmonieuses : ses lèvres sensuelles brûlaient à distance, ses yeux noisettes ensorcelaient le derviche, les deux grappes qui pendaient à sa poitrine étaient succulentes ; sa longue et soyeuse chevelure, qui retombait sur ses épaules, inspirait le poète au bord de l’eau. Elle avait cette nature espagnole, gaie et cultivée par la note des castagnettes et la danse du flamenco ; en complément de ses grâces, sa vertu la protégeait contre tous les prédateurs.     

         Ils arrivèrent au seuil de la petite villa, moins gaie en verdure et sans véranda.  Hamza voulut se débiner, mais elle le pria d’entrer pour lui offrir un rafraîchissement. Il accepta difficilement et la suivit jusqu’à la cuisine où il déposa le couffin sur la table. Pauline, qui avait presque fondu sous la chaleur, ouvrit le robinet et se débarbouilla à la hâte. L’eau coula chaude et elle pensa qu’il valait mieux s’arroser sous la douche. Elle fit asseoir son hôte sur une chaise, lui offrit un verre de limonade et lui demanda de l’attendre quelques minutes. Elle se retira et l’on entendit l’eau tomber en cascades, puis elle revint, moulue dans une robe légère, plus belle et plus envoûtante. Elle prit une chaise et s’assit en face de Hamza qu’elle admira  sereinement et longuement : il avait une belle figure, des yeux mauves pénétrants, des sourcils assez fournis, une vitalité surprenante et de la tenue avec une grande modération de gestes. Il lui paraissait cependant énigmatique, l’air sévère. Lui-même, avait le regard suspendu sur cette merveilleuse créature qu’il contemplait, qu’il gravait dans son esprit. Il planait, il voguait dans une sphère inconnue, mais merveilleuse. Enfin un charmant sourire se découvrit sur son visage qui respirait un sentiment étrange.   

        -  Tu es belle Madame Pauline, dit-il d’un ton doux. 

        -  Enfin ! A la bonne heure ! Cela me fait plaisir de t’entendre parler. Au magasin, tu étais gai ; en chemin, l’expression dure de ta belle figure m’avait fait peur. Je t’ai peut être dérangé en te ramenant avec moi. Tu n’es pas fâché ?      

        -  Ce n’est pas cela du tout. Cela m’a fait plaisir. 

        -  En es-tu sûr ? Tu voudrais encore m’aider à faire les courses ?    

        -  Je ne sais pas, c’est tellement nouveau pour moi. Je n’ai jamais fait le porteur pour qui que ce soit. Tu sais, je n’avais pas obéi à mon père pour venir avec toi. Je l’ai fait de moi-même, poussé par quelque chose que je ne parviens pas à m’expliquer. Tu viens d’où ? 

 

    Le temps s’écoulait dans une exquise effervescence où les voix humaines et les cris des animaux se confondaient souvent dans l’écho. Les bras ne manquaient pas et le travail de chaîne se poursuivait sans relâche : on stockait les grains précieux dans des Matmoura (silos sous terrains) d’une contenance de trente quintaux en moyenne dont les parois étaient tapissées de nattes d’alfa, comme isolant de protection contre l’humidité ; on faisait des bottes de foin qu’on élevait les unes sur les autres en pyramide qui était ensuite revêtue de mortier, pour les préserver contre les vents. Et sur le champ, de nombreux hommes s’affairaient à ramasser et à transporter les céréales, quand se profila nettement, à trois cents pas, une troupe montée qui cavalait et laissait sur son sillage un tourbillon de poussière. Elle venait de la garnison du village et menait une opération de police pour essayer d’intercepter des bandits de grand chemin qui auraient pu faire une incursion dans le territoire de la commune mixte. Le renseignement n’était pas fiable. Mais, la prudence détermina le Hakem, (l’administrateur) Martin, qui était de droit le chef d’expédition, à faire un ratissage dans la périphérie du mont Gountas, ne serait-ce qu’à titre préventif, pour protéger les biens de ses administrés. Il était le chef de la commune et avait toute latitude pour apprécier les opportunités, malgré l’avis réservé du capitaine Paul, commandant la garnison. Celui-ci l’accompagnait en subalterne et souffrait de ce fait une atteinte à son autorité, en présence de ses hommes. Les temps avaient changé et les militaires s’effaçaient carrément devant les civils Roumis pour qui l’histoire se faisait.            Les vingt cavaliers se dispersèrent en plusieurs phalanges, qui se mêlèrent aux malheureux besogneux, pris de bouleversement ; ils étaient près d’eux, simulaient de les charger, retenaient la bride de leurs chevaux, qui, freinés dans leurs élans, levaient nerveusement leur pattes antérieures ; ils les terrorisaient afin de délier leurs langues, obtenir peut-être un tuyau. L’homme, qui se disait venir de nulle part, se trouva presque sous l’envergure d’un coursier et risquait d’être écrasé, aplati. Pris de panique, il commença à courir. Il était dans l’épouvante, les yeux globuleux, le visage exsangue, les poumons gonflés, le cœur battant comme un tambour. Il se déboutonna la chemise, jeta son turban qui découvrit des cheveux hirsutes et fuyait à toute allure en criant : « Le feu ! La fumée ! Les balles ! » Le cavalier, qui sema la terreur, crut mettre la main sur un bandit et le poursuivit. L’homme, qui venait de nulle part, courait toujours en lançant les mêmes cris d’épouvante, puis, tomba à bout de souffle, en se revoyant enfant de six ans, enfumé avec toute sa tribu dans une grotte par les soldats français, en l’an mille huit cents quarante trois pendant la guerre de résistance que menait le peuple sous l’étendard de l’Emir Abdel Kader.     

     Ce fut par un 19 juin de l’an 1845, que Pélissier enfuma dans une grotte la tribu des Oulads Riyah et son bétail, suivant l’exemple de Cavaignac, prêchant un autre à Saint Arnaud, instruit par le général Bugeaud, promu par son lot de gloires en massacres, pillages, enlèvements de femmes vendues comme esclaves aux enchères dans les souks, troquées contre des chevaux ou gardées dans les camps et en exactions de tous genres.  Ils étaient 760 hommes, femmes, enfants et vieillards, prisonniers du grand bûcher allumé à l’entrée de la grotte par les soldats. Les victimes de l’holocauste, qui buvaient du gaz carbonique, suffoquaient, toussaient, se tordaient de douleur et vomissaient. Ils criaient à faire éclater leurs cordes vocales et tournaient en rond, vite étourdis par les inhalations toxiques. Mais, Pélissier restait sans clémence et jouissait de cette tragédie qu’il commettait diaboliquement et ses soldats, tout autant pervers, tiraient sur tous ceux qui tentaient de franchir l’écran impénétrable de fumée et de traverser le barrage de feu interminablement nourri. Bientôt la fumée eut raison d’eux et ils moururent les uns après les autres.       L’enfant, Riyahi, courut dans les profondeurs de la grotte et la providence était là pour le secourir. Il emprunta une galerie très étroite qui montait graduellement, au sommet de laquelle il entrevit le jour par une fissure et put enfin respirer. Il resta là trois jours en proie à une phobie angoissante, tremblait comme une feuille de vigne sous la bourrasque, silencieux comme un mort et quand il n’entendit plus de voix, il descendit de son perchoir providentiel. Le choc fut terrible quand il découvrit le champ macabre. Il chercha son père, sa mère ses frères et ses sœurs qu’il trouva sans vie, affreusement corrompus, les oreilles tranchées. Les autres cadavres n’en avaient plus, emportées par les soldats qui les vendaient à leur état major à dix francs la paire, l’équivalent de deux brebis. L’enfant cessa de percevoir les choses, entra dans un état second, comme un automate privé de larmes et ne ressentait ni peur, ni audace. Il respirait un air pourri, acre et abominable où se mêlaient les fortes odeurs des corps humains et animaux en décomposition. Il sortit de ce cimetière ouvert qui puait, marcha longtemps et le hasard le mena à un douar ; il raconta sa tragédie aux habitants qui l’accueillirent. Ceux-là lui répondirent que les Oulad Riyah furent tous exterminés. Il maintint en vain sa déclaration et se sentit sans origine et se jura que de ce jour il dirait qu’il venait de nulle part. Les habitants l’élevèrent comme un des leurs. Il grandit et se maria, travailla aux labours, aux moissons, n’importe où, en gardant indéfiniment son secret.           L’homme Riyahi rouvrit les yeux, étendu à l’ombre d’un pistachier et entouré de quelques personnes. Attentionné et perplexe, Hamza lui aspergeait le front d’eau froide. Le pieux moqadem psalmodiait une sourate. Le timbre de sa voix chaude émouvait et réconfortait les âmes troublées qu’une paix indéfinissable regagnait. Les versets coraniques d’élaboration miraculeusement merveilleuse coulaient, marqués par une forme rythmée sans fin et incomparable. Leur musicalité harmonieuse susurrait à l’oreille, atteignait le cœur. Les mots abondaient sans altération, ni rupture de génie divin et illustraient sans poésie l’univers ordonné où le Seigneur délégua son vicaire, l’homme, pour faire de la terre un paradis où il y fait si bon de vivre. Le tout créait une ambiante dévotion et procurait une rare quiétude qui donne l’envie inépuisable de vivre comme un ange, dans un univers purifié des vanités humaines où les hommes ne s’entretuent point et vivent dans la fraternité, au-dessus de leurs dissensions et de leurs différences de race et de religion et où les couleurs mêmes n’offrent aucun caractère de violence.   

 

        Dans le terroir du village de Marguerite, situé à neuf lieues de Meliana, la plaine bénie par les dons du ciel s’étendait à perte de vue et se prolongeait sur plusieurs mille d’est en ouest, au flanc du mont Gountas, peuplé d’un riche patrimoine forestier préservé de génération en génération. Elle était fertile et généreuse, travaillée par des bras amoureux qui lui vouaient une affection maternelle. Elle offrait un panorama de couleurs bigarrées et révélatrices d’inspiration pour de talentueux peintres : verte par ses oliveraies et son vignoble, jaune doré par ses immenses champs de blé. Elle subissait les fluctuations atmosphériques, comme elle souffrait les conflits sociaux, dégénérés par la convoitise musclée des uns et la lutte désespérée des autres. Un arpent causait des drames et en appelait un autre pour agrandir sans cesse les domaines qui échoyaient aux colons, auxquels le pouvoir accordait trop de facilités et des crédits conséquents pour se constituer une fortune en un laps de temps très court. Il faisait couler des rivières de sang et laissait des maux douloureux que seule une action vigoureuse pouvait curer.                 

        Dans la voûte céleste bleue, quelques minis cules nuages, tels des plaques fines d’argent, roulaient lentement, se désagrégeaient en mille figures bizarroïdes, allaient s’estomper dans l’environnement de la boule de feu très rouge, qui brûlait comme un gigantesque brasier,   chauffait la terre en ce mois de juin de l’an 1892, diffusait la lumière éblouissante, apportait son lot de gaieté à la vie diurne que chantaient inlassablement les passereaux dans les cimes des arbres.  Le temps était calme, les plantes restaient figées. La nature invitait aux évasions les plus enchanteresses et offrait toutes opportunités au label humain qu’elle aurait aimé réfléchi et harmonieux pour produire ses merveilleux trésors intarissables pour le bien être de tous.  Elle donnait l’espoir aux hommes vertueux dont l’idéal ne périt point par la volonté des méchants.              

       C’étaient les moissons, comme toujours pleines d’ardeur et d’enthousiasme. Elles créaient une intense activité des aurores jusqu’à la fin du jour, prodiguaient la joie aux enfants qui gambadaient parmi les gerbes, garantissaient la sécurité alimentaire des ménagères pour les saisons froides .Sur les terres agricoles de la fraction des Oulad Maamar, des hommes laborieux se donnaient à cœur à la besogne et fournissaient d’incroyables efforts, stimulés par un fantastique sentiment d’émulation, sans observer un moment de répit. Ils étaient habillés de tablier en cuir, chaussaient des godasses ou des sandales, se protégeaient les doigts de la main, à l’exception du pouce, par des chutes de roseaux. Ils avançaient en plusieurs rangées trop étirées et fauchaient le blé à une cadence rapide. Ils se penchaient et se relevaient dans un mouvement ininterrompu comme si leurs muscles étaient élastiques. Ils étaient joyeux et chantaient dans un air tendre des louanges au Seigneur pour l’abondance des grains ou encore un couplet d’amour d’une chanteuse de folklore.  Des bénévoles vinrent des tribus voisines fournir leurs services, par action de solidarité fondamentale, communément connue sous le nom de Touiza, qui régissait les rapports sociaux pour tous les grands travaux. Il y’avait aussi des salariés qui venaient de loin et appartenaient à une armée de moissonneurs, appelés roulants dont l’effectif atteignait dix mille individus, qui parcouraient les plaines à la recherche de quelques journées de travail. Celle-ci était formée d’Arabes et de Kabyles, qui avaient tout perdu et aussi d’Européens, fraîchement débarqués, qui allaient tout gagner. 

         Deux femmes robustes, au visage découvert et d’age moyen, suivaient les laborieux travailleurs, à une distance respectable, et colportaient de l’eau fraîche, dans des outres qu’elles remplissaient autant de fois que cela fut nécessaire. Elles se voulaient utiles et partageaient cette joie champêtre en chantant allègrement, allaient, venaient et donnaient ainsi une timide note de mixité spéciale au monde rural où les relations familiales sont fortement préservées au troisième et au quatrième degré, du coté de la mère ou du père. Elles traînaient, derrière elles, deux petits morveux qui ne les lâchaient pas d’une semelle et les irritaient par une trop forte turbulence. Elles les grondaient, les frappaient, les pinçaient sans trop de résultat. La marche continue, sous l’ardeur du soleil, les avait fatiguées et elles se retirèrent sous l’ombre d’un olivier pour se reposer un moment. L’un des deux petits enfants partit en courant, s’enfonça dans le champ et revint aussitôt, en sanglots : un épis le blessa à la main, fila le long de son bras et arriva au cou où il logea. Sa mère le frappa sans essayer de savoir ce qu’il avait. Sa colère apaisée, elle le questionna enfin, retira l’épis et désinfecta l’égratignure avec son foulard. 

       Les moissons étaient toujours battues précocement, car le mois de juin est climatiquement capricieux : ou les pluies tombent en averse et abîment la récolte ou le sirocco souffle brusquement et persiste pendant plusieurs jours. Les adolescents, qui se mettaient naturellement de la partie, ne ménageaient nullement leurs peines et tenaient à montrer aux adultes qu’ils étaient tout autant besogneux. Ils se lançaient un défi prétentieux et refusaient de se reposer ou de boire un coup et, quand l’un d’eux lâchait, ils s’arrêtaient tous seulement pour rire et se rassasier de taquineries. Ils se leurraient en disant qu’on ne peut pas travailler et rire, chose qui avait tout de même une certaine logique. Leur camarade Hamza, qui continuait à faucher le blé, les sermonna et les traita de flemmards. Complexés par leur faible endurance, Ils rappliquèrent sans rechigner et un salarié de souche kabyle, qui prêtait jusque-là une oreille curieuse, en fut stupéfait. Exténué et assoiffé, Il s’arrêta un moment pour souffler et prit sa gourde attachée à sa ceinture. Il interpella Hamza et lui dit : Amoukrane ! Moukal Ligh Soy (grand regarde je bois) .Un autre moissonneur, qui se disait venir de nulle part, lui clama : Hé petit héros ! Exerce davantage ton endurance, tu en auras besoin.   

       Le jeune garçon fit la sourde oreille aux compliments dont on le combla, haussa les épaules, sourit innocemment, en ressentant, au fond de lui-même, un malin orgueil et poursuivit son labeur pour bien mettre en exergue son endurance. Il était vigoureux et tenait la main. Ses camarades le craignaient et son courage égalait sa combativité, mais il ne cherchait pas à faire d’histoires, en raison de l’autorité spirituelle qu’exerçait son père en qualité de Moqadem (lieutenant du maitre) de zaouïa. Il était beau garçon et de surcroît intelligent, assidu dans les cours à l’école coranique. Il échoua cependant à l’école française et sortit à la quatrième année, pour une attitude négative de son professeur. La nature l’avait si bien servi que sa mère présageait qu’il aurait un avenir illustre. Sa curiosité le poussait à enrichir ses connaissances et il aimait s’instruire sur les batailles, à la manière d’une recrue qui s’apprête à rejoindre le front. Sa colère précédait cependant sa raison et il s’emportait pour peu. Sa vision des choses était grande et dépassait son adolescence.   

       Plusieurs enfants, de dix ans en moyenne, ne manquaient pas au décor et se divertissaient bien plus qu’ils ne travaillaient. Ils ramassaient les gerbes en brassées désordonnées, les disposaient ensuite un peu partout en bottes qui grossissaient quand même. Leurs mains, déjà rugueuses, n’en souffraient pas, habituées aux rudes travaux de la campagne où l’on commence précocement à être utile à la société. Si ce n’est pas la bêche qui donne des ampoules, c’est alors la hache.  Cependant, la nature se réclame de chacun et on y obéit presque servilement aux désirs et les petits besogneux n’échappaient pas à cette loi. Ils abandonnèrent l’ouvrage, firent la course entre eux en se lançant des défis qu’ils relevaient tous. C’était douillet et exaltant : le premier n’arrivait jamais à la ligne d’arrivée ; ils le retenaient, l’immobilisaient, lui faisaient un croche-pied, puis ils recommençaient la course. Ils reprenaient vite leur tâche, quand un adulte les surprenait à faire le rigolo.    

        Cinq vieilles femmes se dégourdissaient les jambes dans le champ, sentaient le poids des ans entamer inexorablement leurs forces. Elles souffraient de courbatures, d’arthrite, de la vue qui baissait, de maux de tête, d’insomnies. Elles étaient si fragiles qu’elles n’écartaient pas l’idée de la mort qui se rapprochait inéluctablement ; elles avaient tout donné et n’espéraient plus rien. Elles furent prolifiques et leur souvenir vivra assez longtemps, ce qui était leur plus douce consolation. Mais leurs forces morales demeuraient assez grandes, nourries interminablement par une foi religieuse profonde. Elles marmonnaient des bénédictions pour la bonne récolte, priaient le Seigneur pour préserver cette prospérité du mauvais œil. Elles exhortaient les travailleurs à plus d’ardeur et leurs voix rauques s’entendaient à une centaine de mètres plus loin.  Elles circulèrent un bon moment, amassèrent quelques gerbes qu’elles déposeraient plus tard, au village, dans la koubba de Sidi Ahmed Ben Youcef, afin de servir de semences pour les prochains labours.        

       Le domaine, qui ne dépassait pas trois mille has, fut happé dans la mouvance des vicissitudes de l’histoire et perdit cinq fois plus de son étendue en l’espace de quarante ans de colonisation.  Après la reddition de l’Emir Abdel Kadder, une grande partie fut expropriée par le fait du prince, versée au domaine public et distribuée aux premiers colons, démobilisés de l’armée. Puis vint la grande opération du séquestre, pratiqué à l’issue de la grande insurrection de 1871, comme mesure punitive pour ceux qui avaient osé lever les fusils contre le conquérant. Elle dévora encore des terres qui nécessitaient une grande fortune pour leur rachat. On appela cette procédure une contribution de guerre qui était en fait une réparation des dommages subis par l’état. Le domaine existait malgré tout, quasiment quadrillé par des fermes de nouveaux colons, venus de toutes parts et en grand nombre. Sa moitié seulement était cultivée et le reste servait au pacage.  Les parts étaient inégales, croissaient ou diminuaient selon des transactions qui s’opéraient, imposées par les nécessités de la vie.                   

 

20
mai 2010

                                     Mondialisation

              

 

        Le capital mondial s’en va à l’assaut

        Des capitales du monde, mal préparées

        A lire ses idées hardies gardées au secret, 

        Fort pernicieuses qui les mènent en bateau. 

          

        Il promet la prospérité par tous les champs,

        De nouvelles usines, de vastes cultures,

        Des transports outillés. Il part gaiement fauchant

        Les règles protectionnistes des Etats durs.  

 

        Bientôt c’est le bazar, anarchie absolue

        Au sein des Economies de l’hémisphère Sud :

        Les Douanes tombent et du circuit sont exclues ; 

        Les faux parlements effacent leurs lois rudes,

        Dévaluent leur monnaie, alignent tous les prix,

        Mandatent de nouveaux riches pour importer 

        Des jupes et leurs dessous soyeux  et veloutés,

        Des fars et des crèmes, d’inutiles produits

        Pour libérer le sexe, prisonnier des mœurs,

        Introduire la société de consommation férue

        Du plaisir et du gain facile sans pudeur,  

        Ouvrir des boites de nuit remplies de femmes nues.   

            

        On voit surgir des palais au bord de la mer, 

        Des villages touristiques trop luxueux, 

        On brade les usines, dites sans nerf,

        On renvoie les ouvriers malgré leur état miséreux.

 

        Les légions de mendiants croissent à vue d’œil :

:       Des veuves très jeunes élisent les trottoirs   

        Comme lieu de travail, de souffrance et de deuil, 

        Entourés de nourrissons du matin au soir.

 

        De filles démunies de tout se font sauter

        Accrochent des clients sur les rues et places,   

        Récoltent quelques sous, ruinent leurs beautés 

        En rythme affolant et point de décence. 

 

        La gratuité des soins est de l’ère révolue :

        Les malades sans argent restent malades,  

        Attendent le trépas, l’espérance perdue,

        Résignation accrue et foi au suicide.  

 

        Rigueur de gestion des temps nouveaux : marche ou crève.

        La machine est rapide, l’ouvrier y obéit

        Comme automate, n’a pas droit à la trêve 

        Pour souffler, se gratter la tête, sans bruit. 

extrait

14
mai 2010

                                     toi, sur Sanary-sur-mer 

                         Mais en toi ma blonde, s’opère de nuit

                         La mue infaillible pour traduire les pulsions,

                         De ton corps frémissant au plaisir enfoui 

                         Dans ton moi qui dicte les folles passions. 

                         Tu aimes ce silence grossi par le gel

                         Du trafic des bourgs fous par leurs bruits insensés ;

                         Tu aimes écouter les augures du ciel,     

                          Invoquer ses grâces, voguer dans tes pensées,

                          Cueillir l’étoile filante dans sa course,

                          La mettre dans ton cœur, en garder les éclats

                          Comme habit de charme qui t’offre réjouissance

                          Et parfums enivrants du lys et des lilas,

                          En puiser fluorescence pour éblouir tes fans

                          Rester éternellement jeune et sensuelle,

                          Boire dans la coupe de cristal de sultane

                          Le philtre magique de l’amour réel,

                          Avoir une pensée douce des nymphes antiques,

                          Subir le dard blessant du désir de la chair,

                          Empourprer  tes lèvres aux baisers fatidiques,

                          Moudre dans ta jupe soyeuse pour plaire,

                          Traîner sur tes pas mous un exotique parfum

                           Qui draine de fortes émotions de passants

                           Mettre bien en valeur tes appétissants seins,

                           De voix aigrelette fredonner la chanson,                             

                           De plaisir te rouler les belles collines

                           Où je veux accoster, te montrer mes langueurs

                           Et mon  art voluptueux, ravir ta mine

                           D’or logée entre la chair et la chair, en tiédeur.   

                          Tu vas jouir, évadée sur la mer  douce et calme

                           Blanchie par la lune, telle un disque géant,   

                           De dimension plate où glissent à la rame

                           Des voiles blanches, cap sur le néant.  

                           La plage est déserte, seuls les amoureux sont là,

                           Toi, exaltée tu tiens la main de ton amie.

                           Sur la plage, sur le sable, tu ôtes tes habits ;

                           Ton regard amoureux brasse de haut en bas, 

                           Tes trésors bien gardés, ta peau rose, ta chair ;

                           Ta main caresse tes cuisses et poitrine,

                            Comme un gant de velours filant acquis très cher, 

                            Enfile le maillot collant noir d’ébène.     

                            Un homme te scanne, tu frémis et tu jouis

                            Tu souris aimable, fière d’être femme,

                             Puis tu vas épouser les flots calmes dans la nuit, 

                             Les vagues te caressent, t’épousent dans leur charme.  

 

extrait

4
mai 2010

                       hymne à un poète. 

Que le vent du Sud balaie tes dunes d’or,

Et embaume le lit de ta vallée fertile du parfum de mon corps,

J’ai entendu la chanson de tes amours,

Qui susurre des mots qui s’échappent tour à tour,

Mais sache que là-bas j’ai laissé mon âme,

Car j’aime et me languit seule entourée de l’absence,

D’un homme d’orient qui a bien d’autres promesses,

Et Cythérée je voyage en pensée,

Sur la terre qu’il chérit m’exposant aux forces du vent déchaîné,

Puis soumise à mon destin je souris à chaque amour heureux,

Mon regard s’attendrit et je me fonds en eux,

Je m’enivre de l’air et du parfum des fleurs,

Et dans ces lieux magiques j’ai beaucoup de candeur,

Mais j’ai les sens en alerte qui s’éveillent sans fin,

Pour soumettre les hommes à m’aimer sans chagrin,

Beauté suave et éclatante j’exhale le parfum des saisons,

D’une grâce infinie je souris aux Zéphirs en totale diapason,

La lune et les Pléïades la nuit éclairent mon chemin,

Pour que je puisse tenir l’homme que j’aime par la main,

Les muses m’accompagnent de leurs belles chevelures,

Chante le rossignol au doux chant en mesure,

Puis lorsque je l’aperçois mes joues soudain s’empourprent,

Sous l’émotion subite de son être qui m’envoûte,

Je glisse dans ses draps pour lui abandonnée,

Sous les caresses de ses mains adorées,

Mes lèvres s’entrouvent, mes seins se dressent,

Alors dans la passion je subis ses caprices,

Et tous ses désirs les plus fous je cautionne,

Tous ses attraits me grisent d’une merveilleuse ivresse,

Belle et douce je reçois ses assauts éblouie,

Et sombre au pays du plaisir assouvie,

Dans l’évasion folle de ses fortes étreintes,

Je laisse de côté mes armes sans contrainte,

Subjuguée par cet amant qui me damne sans fin,

Prisonnière volontaire je reste entre ses mains,

Mais je dois aussi repartir au Palais de mon Père,

Car l’aurore à la chaussure d’or paraît bien étirée,

Battant des ailes, mes rapides colombes,

Fendant le ciel, attelées à mon char m’entraînent,

Puis arrivée je m’assieds sur mon siège doré,

Attendant les baisers que l’amant saura à nouveau prodiguer.

 auteur, poétesse

16
avr 2010
Posté dans Poésie par bencherif à 9:47 | 4 réponses »

                     

                

                                           Poétesse 

 

 

                     Que le vent du Sud, qui balaie mes dunes d’or, 

                     Et embaume le lit de ma vallée fertile, 

                     Répande les senteurs d’armoise sur ton corps, 

                     De blancheur d’albâtre couvert de fin voile,                                               

                     Te souffle la chanson de mes amours charnels, 

                     Comble tes désirs fous, tes folles attentes,     

                     Te grise de passion, dans ton lit ô ma belle,    

                     Dans l’évasion folle des fortes étreintes, 

                     Te susurre à l’oreille mon chant parfumé d’amour 

                      Comble tes attentes enflammées de sulfure, 

                      Dans ton lit par danse d’Astarté dans sa cour, 

                      Te frôle par douceur et t’orne de parure. 

                      Dans ta ravissante tenue d’Eve en éclat, 

                      De forme gracieuse qui attire mes deux mains, 

                      D’attraits ensorcelants au milieu d’un entrelacs    

                      De folle chevelure caressant tes deux seins 

                     Ce soir là, c’était hier, tu ployais dans mes bras, 

                     Le regard langoureux, la caresse si tendre, 

                     Les sens en alerte, couchée sur un beau drap, 

                     Soumise à ton destin de porter ma sonde 

                     Ton regard s’attendrit et se perd dans mes yeux, 

                     Ta main joue du velours partout sur mon être, 

                      Laisse d’abondantes traînées folles de feu, 

                      Plus vives que le bois en flamme du hêtre.                         

                      Ta langue voyage dans mon palais fiévreux, 

                      Dépose son nectar aussi doux que le miel, 

                      Aussi piquant que le gingembre fin poudreux, 

                      Stimulant comme la garance des prés frêles.                        

                      Sur la mer, le bateau dérive par houle, 

                      S’expose vaillamment aux forces déchaînées 

                      Et moi, prisonnier de ton amour charnel, 

                      Je tangue dans tes draps, en toi, abandonné. 

                      Le bateau est plus fort, il trouve son salut, 

                      Fend hardiment les flots, accoste sur un port,                         

                      Et moi battu de tes câlins si bien voulus, 

                      J’échoue dans ton amour érotique très fort, 

                      Quand ta peau de chaleur excessive s’empourpre, 

                      Tes yeux azur brillent, ton cœur s’emballe trop, 

                      Ta raison déserte, ton fol instinct sombre,   

                      Tes sens te fouettent, ta voix ne dit un mot, 

                                                                          

2
avr 2010
Posté dans Poésie par bencherif à 10:32 | 2 réponses »

      C’est un merveilleux voyage poétique dans lequel nous convie le poète , par sa plume tantôt lyrique, tantôt romantique. Le poète possède une grande verve qui nous place dans des scènes aussi diverses que variées. L’on trouve, dans Odyssée, une somme de son expérience dans la vie, de même que sa pensée qui s’illustre principalement en opposition viscérale contre la guerre et les maux sociaux universels tels que la faim dans le monde, la mondialisation qui fait des victimes.
       Il est aussi le chantre de la paix, de la liberté, de la tolérance entre les peuples et de l’harmonie entre les humains. Il compose sa poésie en alexandrins et c’est là que l’on découvre  son génie dans la sculpture des visages  tant il aborde des sujets qui ne semblent point se prêter à la versification. L’odyssée nous place dans l’universalité de la pensée qui nous rapproche de l’autre et uni  les hommes pour faire de notre Terre un lieu  où on peut sentir la création d’une vie nouvelle.

      C’est un recueil de poèmes où l’on s’abreuve de douceur, s’imprègne de mélancolie pour nous rappeler que la vie est bien vaine et que l’on doit accélérer la cadence pour faire du bien et condamner le mal que font nos semblables à la terre, notre mère à nous tous. Mais aussi la colère est bien là pour protéger la liberté de chacun et prôner la paix universelle et montrer ainsi l’horreur de la violence en montrant par la violence des mots que la guerre détruit tout simplement l’espèce humaine.

      L’amour n’est pas absent et le rôle de la femme dans la vie du poète est immense, elle est si bien chantée tantôt avec espoir, beauté, sensualité ; ainsi les poèmes d’amour s’éloignent  de la grande ode où l’héroïne forme une figure inspiratrice qui nous conduit de bout en bout à une élégie.

                En somme, l’odyssée exprime la  condition  humaine et l’on voit dans cette verve   du  poète     un réel don divin ou comme l’appelle Platon un enthousiasme divin. Mais ces femmes chantées sont des sirènes qui inspirent dans la créativité et dans un langage intime propre au poète qui évite le langage trivial et donc place son art dans un contexte de divinité .C’est un langage rythmé, scandé, associé à la musicalité d’où naissent des vers en alternance et primés d’un lexique propre au poète et de sa propre culture.

            L’odyssée, qui a suscité tant de commentaires et donné du plaisir aux visiteurs, est publiée aux éditions Edilivre Paris en un volume de 120 pages, à céder en papier à 13 euros et en numérique à 4,90 euro.   

              Editions Edilivre –Paris France

              175 boulevard Anatole France BAT A 1er étage

                 93200 Saint Denis

              Tel 01 41 62 14 40

8
mar 2010

                                           Nacera, oraison funèbre 

 

     Vos condoléances, ô bonnes gens, tel fut le cri de douleur du poète Sayed, inhérent au trépas tragique de sa bien aimée, Hiziya. C’est aussi mon cri de douleur à l’issue de la mort de ma petite sœur Nacera, ravie à la vie, moins par un sort implacable, que par l’altération des valeurs humaines. 

      Fleur tu as vécu, rayonnante de beauté, à l’éclat de rose, au charme sublime, de peau blanche, aux cheveux châtains, au sourire angélique, au bon cœur et de grande âme, de persévérance religieuse transmise de génération en génération par l’arbre de famille maraboutique, plus que millénaire, spirituelle aux plus hautes expressions accordant si peu de crédit aux éléments matériels de la vie.        

     Arbre fruitier, tu as vécu, aux fruits abondants et très bons, parmi les meilleurs des vergers de la terre, avec le peu d’éléments nutritifs. Mais tu avais cette force extraordinaire, issue de ton propre être, pour leur fournir cette matière multiforme pour croître dans des conditions idéales avec éclat et générosité. Ce sont tes enfants que tu avais nourris de générosité et de clémence, d’amour et de solidarité entre eux comme un seul corps sain et vierge de toute déchéance, de nature spontanée aux  bonnes actions, la main tendue envers autrui. Tu avais sacrifié tes moments de loisirs, tes ambitions pour continuer à cheminer dans les voies du savoir, ta fortune aurifère pour en faire de petits princes galants et surtout des chercheurs de savoir infatigables, studieux et performants, modestes et bien éduqués, dans une grosse métropole où les  tentations font légion et procèdent d’une force diabolique et impressionnante.   

      Ah, ma petite sœur ! Je fus bouleversé de savoir que le mal t’avait rongée en si peu de temps, comme un éclair dans le ciel, comme le clin de l’œil, à tel point que la thérapie avoua tôt son impuissance. D’ailleurs, je suis encore bouleversé et je n’arrive guère à comprendre que cela eût été possible, dans une capitale réputée pour ses gros moyens médicaux et ses compétences avérées. Ton mal était là ; il avait de l’age, il détruisait tes cellules, ton métabolisme  faiblissait et dépérissait. Mais tu gardais ta douleur pour toi-même par philanthropie  pour préserver l’harmonie de tes enfants et leur permettre de vaquer à leurs occupations. 

      Fleur, tu avais vécu, fleur tu es partie. Oui tu es partie tout autant belle, généreuse et de grande âme, pleine de foi en la miséricorde divine, soutenue de courage exceptionnel, préparée pour faire ton long voyage dans un monde meilleur où règne la quiétude pérenne et foisonnent les délices du paradis. Car ta maladie grave et tenace t’avait absoute et t’ouvrait grandes les portes de la félicité, d’autant que tu fus si pure que le lait et tes valeurs humaines te prédestinaient à une vie éternelle heureuse. Oui tu es partie sanctifiée comme bon nombre de femmes saintes louées par les Ecritures Saintes. Oui, sur ton lit de malade, j’avais pressenti, lors de mes visites, la grâce divine qui te comblait. 

     Nacera, ma petite sœur, repose en paix ; je te rendrai grâce, comme tu l’avais souhaité, en te dédiant un poème qui dira ta bonté, ta bonté, ta grandeur d’âme, ta souffrance. 

          

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